Excuses des Forces armées canadiennes pour la discrimination raciale et le harcèlement racial : Sgt (ret) Wendy Jocko
Vidéo / Le 16 avril 2026
Transcription
Capv Kelly Williamson : Au programme d'aujourd'hui, nous avons intégré beaucoup d'intentions d'humilité. Ça a été informé par l'engagement avec ceux directement affectés et guidé par des experts en la matière qui nous ont aidés à écouter et à apprendre. Les intervenants qui viennent après moi apportent des points de vue divers de l'expérience vécue qui donne du contexte et du sens à cette journée. Leurs mots nous rappellent que les excuses d'aujourd'hui ne sont pas la fin, mais une autre étape dans notre cheminement collectif vers la compréhension, la guérison et le changement.
J'ai maintenant l'honneur de vous présenter notre première intervenante. La sergent en retraite Wendy Jocko qui a servi dans les Forces armées pendant 23 ans, y compris différents déploiements à l'étranger. Elle a ensuite servi son peuple en tant que cheffe des Algonquins de la nation de Pikwakanagan. Elle a été décrite comme soldat, leader, mentor et voix de vérité. Sa vie nous rappelle les forces continues des peuples autochtones. Une force exprimée au travers de leurs services militaires, dans leur résilience et dans leur engagement continu à bâtir un meilleur Canada pour tous.
Je vous demande d'accueillir sergent à la retraite Wendy Jocko.
Sgt (à la retraite) Wendy Jocko : Miigwetch. Merci de cette présentation.
C'est une bonne journée. Chers amis, aîné Dumont, gouverneure générale et commandante en chef du Canada, son Excellence la très honorable Mary Simon, adjudant-chef, contre-amiral Olivier, adjudant-chef McCann, chers membres distingués des Forces armées, chers invités d'honneur et compatriotes canadiens. C'est avec un profond respect et une grande humilité que je me joins à vous ici pour cette occasion historique et solennelle qui a lieu ici, sur le territoire traditionnel algonquin non cédé.
Aujourd'hui, nous sommes réunis non seulement en tant qu'anciens combattants et membres des Forces armées canadiennes, mais aussi en tant qu'êtres humains déterminés à reconnaître les torts du passé et à tracer la voie vers la guérison. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à la cheffe d'état-major de la Défense, à l'adjudant-chef des Forces armées canadiennes et au chef de la Conduite professionnelle et culture pour le leadership et de nous avoir menés jusqu'à ce moment. Votre présence témoigne de l'engagement des plus hauts échelons de nos Forces armées lorsqu'il s'agit d'affronter des vérités difficiles et à œuvrer vers un changement important.
À tous ceux et celles qui ont fait le déplacement, de près ou de loin, pour assister à ces excuses, en particulier les anciens combattants et les militaires en service issus des communautés autochtones, noires, asiatiques et canadiennes au sens large dont nous honorons l'expérience aujourd'hui, merci d'avoir eu le courage d'être ici. Certains d'entre vous portent de profondes blessures liées à leur service, non seulement à cause des difficultés attendues de la vie militaire, mais à cause du fardeau supplémentaire du racisme systémique au sein d'une institution que vous avez choisi de servir avec honneur. Ce rassemblement représente un moment charnière dans notre parcours collectif, un moment où l'on reconnaît la douleur tout en adoptant également les possibilités qui s'offrent à nous.
Tout au long de la cérémonie d'aujourd'hui, je nous invite à écouter avec notre cœur, à réfléchir avec honnêteté et à nous engager dans le travail continu de réconciliation qui se poursuivra longtemps après que nous ayons quitté cette salle. Je m'adresse à vous sous différentes voix : je suis la fille d'anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui ont servi avec distinction, la petite-fille de combattants de la Première Guerre mondiale et l'arrière-petite-fille du grand chef algonquin Constant Pinesi, qui a combattu aux côtés des Britanniques pendant la guerre de 1812 et mère d'un fils qui a servi notre pays avec le Premier Régiment royal canadien qui, malheureusement, est décédé le 8 novembre 2023. Cet héritage militaire coule dans mes veines et me relie à des générations d'Autochtones qui ont défendu ces terres bien avant qu'elles ne soient appelées le Canada.
Je suis un ancien combattant qui a porté l'uniforme des Forces armées canadiennes avec fierté pendant 23 ans, ancienne chef des Algonquins de la Première Nation de Pikwakanagan, une enfant de cette terre et témoin à la fois de son histoire douloureuse et de son potentiel de guérison. Aujourd'hui, je ne parlerai pas de mon expérience personnelle du racisme et de la discrimination au sein des Forces armées canadiennes. Ces histoires sont pour un autre moment et un autre lieu. Grâce à ma résilience et à la force de mes ancêtres, j'ai trouvé le moyen de surmonter les épreuves de la vie, y compris celles auxquelles j'ai été confrontée au cours de mes 23 années de service.
Aujourd'hui, ce n'est pas mon parcours individuel qui importe, mais notre responsabilité collective de reconnaître les problèmes systémiques et de nous engager à apporter des changements significatifs. Ce que je puis dire, c'est que durant ma mission de maintien de la paix de l'OTAN en Bosnie en Croatie, j'ai pu voir les conséquences dévastatrices lorsque la haine et la dissension peuvent se développer sans contrôle. J'ai vu des communautés déchirées par les tensions ethniques. Et j'ai travaillé aux côtés de citoyens vulnérables qui ont payé le prix ultime suite à des échecs des institutions à faire face à la discrimination. Ce qui m'a frappée alors et ce qui me frappe aujourd'hui, c'est à quel point le silence devient une complicité lorsque nous ne reconnaissons pas le racisme, lorsque l'on minimise son impact, lorsque l'on refuse d'apporter des changements structuraux, on devient des participants dans le fait de perpétuer ces actes.
À chaque fois qu'un membre des Forces armées canadiennes racisé s'est vu dire de s'endurcir ou qu'ils sont trop sensibles, nous avons échoué. À chaque fois que quelqu'un a dû travailler deux fois plus dur pour recevoir la moitié de la reconnaissance, c'est un échec. À chaque fois que quelqu'un ne s'est pas senti en mesure de signaler de la discrimination par peur de représailles, nous avons échoué.
Aujourd'hui marque un moment solennel, mais nécessaire dans notre cheminement commun. Les excuses ne sont pas de simples mots; elles sont une reconnaissance de la vérité. Pendant des générations, les Autochtones qui ont choisi de servir le Canada ont dû faire face non seulement aux dangers du service militaire, mais aussi aux blessures infligées par le racisme systémique au sein même de l'institution qu'ils ont choisi de servir.
Certains portaient l'uniforme tout en se voyant refuser le droit de vote dans le pays qu'ils défendaient. D'autres sont revenus de conflits à l'étranger pour découvrir que leurs enfants avaient été emmenés dans des pensionnats. Beaucoup ont enduré des indignités quotidiennes : insultes chuchotées dans les mess, des promotions refusées, des pratiques culturelles interdites et des identités effacées. Pour les femmes autochtones en service, le fardeau était souvent deux fois plus lourd, car elles étaient victimes de discrimination fondée à la fois sur leur genre et leur héritage. Pour les militaires autochtones bispirituels et membres des communautés LGBTQ+, le fardeau était trois fois plus lourd. Ces identités croisées ont mené à des expériences uniques de marginalisation qui doivent être expressément reconnues et auxquelles il faut remédier. Chaque histoire porte le poids des générations : des grands-parents à qui l'on a interdit leur langue, des parents qui ont caché leur culture, des enfants qui ont cherché leur place dans une institution qui, souvent, ne reconnaissait pas leur pleine humanité.
Les excuses, bien que nécessaires, ne sont que le commencement. Aujourd'hui, nous ne voulons pas de promesses creuses ou de gestes vides de sens. Nous voulons une transformation, un changement profond, durable et significatif qui s'attaque aux systèmes qui ont perpétué les préjudices. Une véritable réconciliation exige plus que la simple reconnaissance des torts passés. Elle exige des mesures concrètes, notamment une représentation à tous les niveaux de leadership, la sécurité culturelle dans les espaces militaires, des politiques qui respectent le savoir et les traditions autochtones, et des mécanismes de responsabilisation qui garantissent que les changements mis en place perdurent. Malgré les difficultés rencontrées, les Autochtones ont servi avec distinction et honneur. Des guerres mondiales à la Corée, des missions de maintien de la paix aux conflits modernes, nos guerriers et guerrières ont perpétué des traditions ancestrales de courage, de sacrifice et de protection.
Nous rendons hommage aux personnes qui ont marché avant nous, celles qui ont servi tout en portant le fardeau supplémentaire du racisme. Leur résilience a ouvert des portes qui étaient autrefois fermées à double tour. Leur sacrifice exige que ces portes ne se referment plus jamais. Le chemin qui nous attend doit être parcouru ensemble, avec humilité, courage et un engagement inébranlable envers la justice. Cela nécessite non seulement le leadership des commandants, mais aussi des actions quotidiennes de chaque personne qui porte l'uniforme. La guérison véritable ne se fera pas au moyen d'une seule cérémonie ou proclamation. Elle se bâtira grâce à des efforts soutenus, à des conversations difficiles, à des politiques qui reflètent la diversité de ce pays et à une culture militaire qui considère la différence comme une force.
Je m'exprime aujourd'hui au nom de ceux et celles qui ne peuvent être présents, les aînés qui ont servi ce pays, mais qui ne sont plus parmi nous, les personnes dont l'esprit a été brisé par le double poids du service et de la discrimination, et les générations futures qui méritent de servir dans une armée qui honore toutes les facettes de leur identité. Le racisme systémique, il ne s'agit pas d'intentions individuelles. Il s'agit d'un pacte collectif. C'est ancré dans les politiques, les procédures, et les normes culturelles qui semblent neutres, mais qui produisent des résultats discriminatoires. Pour y faire face, ça demande plus de la bonne volonté. Ça demande des actions concrètes. En tant que descendante d'un guerrier algonquin qui a lutté pour la Couronne dans la guerre de 1812, et avec des membres de la famille qui ont servi dans les deux Guerres mondiales, et les Forces armées canadiennes actuelles, je comprends tout à fait la complexité de servir une nation qui n'a pas toujours reconnu votre humanité.
L'expérience autochtone dans l'armée canadienne représente bien celle des groupes racisés, de services malgré la marginalisation, de loyauté malgré l'exclusion. Ces excuses doivent marquer non pas une fin, mais un commencement de transformation. Les Forces armées canadiennes doivent aller au-delà des cibles de diversité et créer des environnements où l'équité et l'inclusion peuvent s'épanouir. Ceci veut dire d'examiner les pratiques de recrutement, les critères de promotion, le développement du leadership et les mécanismes de reddition de comptes au travers d'un aperçu antiraciste. La confiance une fois brisée n'est pas facilement restaurée. Cela demande non seulement des mots d'excuse, mais des actions continues et de la transparence.
Le cheminement vers des Forces armées canadiennes antiracistes doit inclure des évaluations fréquentes et indépendantes du progrès vers l'élimination des barrières systémiques; des conséquences importantes pour les comportements racistes à tous les niveaux de l'organisation; de véritables opportunités d'avancement pour les membres racisés; des systèmes informés par le traumatisme qui comprennent les méfaits uniques causés par la discrimination raciale; l'éducation qui va au-delà de la prise de conscience culturelle superficielle pour traiter du pouvoir, des privilèges et du changement systémique. Mais surtout, cela demande d'écouter, de véritablement écouter ceux qui ont vécu le racisme au sein des rangs. Leurs voix doivent être à cette transformation.
Dans mon rôle, en tant que chef de Pikwakanagan, j'ai œuvré à établir des ponts entre les communautés autochtones et les Forces armées. J'ai pu voir ce qui est possible lorsque les institutions s'engagent véritablement à la réconciliation et l'antiracisme. J'ai été témoin de la force qui vient du fait d'adopter la diversité, pas comme une case à cocher, mais comme un avantage stratégique. Les excuses d'aujourd'hui reconnaissent un passé et un présent douloureux, mais ça doit aussi présenter un avenir différent, un avenir où les Forces armées canadiennes sont un modèle d'inclusion et d'équité pour tous les Canadiens où aucun membre n'a à choisir entre son identité culturelle et sa carrière militaire, où les valeurs que nous défendons à l'étranger sont pleinement reconnues dans nos propres rangs.
La voie vers l'avant demande du courage pour reconnaître des vérités désagréables, pour remettre en question les normes de longue date, et pour se tenir comme responsable. Cela demande le même courage que l'on attend sur le champ de bataille qui est maintenant dirigé vers cette lutte tout aussi importante pour la justice et la dignité au sein de nos propres institutions. Alors que l'on réfléchit à ces excuses, il faut se souvenir que sa valeur repose non seulement dans les paroles exprimées aujourd'hui, mais dans les actions qui s'en suivent. Engageons-nous à créer des Forces armées où chaque membre peut servir avec dignité, où la diversité est reconnue comme source de force, et où le racisme, sous toutes ses formes, est confronté avec la même motivation que ce qu'on confronterait une menace pour la sécurité nationale.
Nous nous engageons à avancer de façon antiraciste. Ce n'est pas séparé de la mission militaire. C'est essentiel à la mission militaire. En tant que force qui maintient la justice et l'égalité au sein de ses rangs, nous serons plus forts à défendre ces valeurs dans le monde. Aux membres actuels et passés qui ont vécu le racisme, votre service est important. Votre douleur est reconnue et votre courage, le fait de dire la vérité au pouvoir a rendu ce moment de reconnaissance possible. Ces excuses vous appartiennent. Puissent ces excuses marquer non pas une fin, mais un commencement, un engagement à créer des Forces armées canadiennes où les militaires autochtones servent avec la fierté de leurs nations et le plein respect de l'institution au sein de laquelle ils ont choisi de servir.
Au terme de la cérémonie d'aujourd'hui, restons dans l'esprit de vérité et de réconciliation qui nous a réunis. Dans la tradition anichinabée, nous comprenons que la guérison est le fruit non pas d'un seul moment, mais d'un cheminement continu axé sur la reconnaissance, la compréhension et le renouvellement. En quittant cette salle, emportons avec nous le poids de la vérité, ainsi que la légèreté des possibilités. Honorons le courage de ceux et celles qui ont partagé leurs histoires en veillant à ce que leurs expériences mènent à un changement durable. Rappelons-nous que la roue de médecine nous enseigne l'équilibre, que la reconnaissance de la douleur est nécessaire pour avancer vers la guérison. N'oublions pas que nous sommes tous liés, comme les brins d'une tresse de foin d'odeur qui tirent leur force de leur entrelacement.
Le chemin à suivre doit être parcouru ensemble, et chaque étape doit être guidée par les Enseignements des sept grands-pères : la sagesse, l'amour, le respect, le courage, l'honnêteté, l'humilité et la vérité. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à tous ceux et celles qui ont participé à ce travail sacré aujourd'hui. Que le Créateur nous guide alors que nous poursuivons ce chemin ensemble. Que les esprits de nos ancêtres qui ont servi soient honorés par notre engagement à créer une armée où tous et toutes peuvent servir avec dignité et respect.
I'iw nama'a wi nan, maaba nesemaa, minwaa n'ode'winaanin gda-bugidinimaagom. Nous offrons nos prières, du tabac et nos cœurs. Daga bih-wiidokawishnaang wii mino pimaadizeyaang. Aidez-nous à mener une bonne vie.
Capv Kelly Williamson : Merci, Wendy pour votre leadership, votre service et votre engagement inébranlable en faveur de la vérité.
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Excuses des Forces armées canadiennes pour la discrimination raciale et le harcèlement racial : mot de la fin |
