Excuses des Forces armées canadiennes pour la discrimination raciale et le harcèlement racial : présentation des excuses nationales
Vidéo / Le 9 avril 2026
Transcription
Capv Kelly Williamson : Mesdames, Messieurs, les témoignages que nous venons d'écouter sont empreints de courage et ils nous rappellent que le racisme n'est pas une idée lointaine, mais une réalité que nous devons reconnaître et transformer ensemble.
Maintenant, nous arrivons au cœur de la cérémonie d'aujourd'hui. Nous savons qu'il n'y a pas un seul événement où une seule déclaration peut réduire les blessures, mais nous devons faire face à la vérité avec humilité pour travailler, pour continuer la guérison et pour changer ensemble.
J'ai l'honneur d'accueillir la cheffe d'état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, qui présentera les excuses nationales des Forces armées canadiennes pour le racisme systémique.
Gén Jennie Carignan : Bonjour. Bon après-midi. Votre Excellence, membres des Forces armées canadiennes, ceux qui sont là, les vétérans, les anciens combattants, madame Jean. Merci de l'organisation pour la journée aujourd'hui, Jacques.
On sait que c'est une journée historique, exceptionnelle et merci pour l'organisation. Merci beaucoup à notre maître de cérémonie. Kelly, merci beaucoup.
M. McCann et moi-même, nous sommes face à vous aujourd'hui avec beaucoup d'humilité. Nous représentons avec la possibilité, la responsabilité de s'améliorer. Pour tous ceux qui sont ici en personne et qui sont avec nous virtuellement à travers le Canada ou à travers le monde, merci pour votre participation aujourd'hui. Merci de vous joindre à nous pour ce moment important. Je vais avoir besoin de votre aide.
Aujourd'hui, c'est un jalon important dans l'histoire des Forces armées canadiennes et c'est aussi une journée très difficile. Une journée où nous devons confronter une vérité difficile, douloureuse que notre institution a causé des dommages à tant de personnes qu'elle devait soutenir et respecter. Notre grande institution se place sur une fondation de valeurs fondamentales, des valeurs qui devraient être manifestes dans le quotidien, dans l'action et les paroles de chacun de nos membres. Le racisme systémique, la discrimination raciale, le harcèlement sont un affront à ces valeurs et tout de même, nous avons permis ces injustices d'avoir lieu et de faire leur dommage dans nos rangs. En tant que personne, que ce soit du fait d'une ignorance ou une indifférence ou une complaisance ou même une complicité, ce n'est pas une excuse. C'était une trahison claire de toutes nos valeurs.
Cette situation a conduit la population canadienne à perdre confiance en nos Forces armées, à réduire leur soutien à notre égard et à remettre en question notre capacité à mener à bien notre mission. Plus important encore, cela a causé du tort à des personnes, nos collègues, nos coéquipiers. Comme nous l'avons entendu aujourd'hui, les difficultés liées à la santé mentale, à la perte d'opportunités et à l'érosion de la dignité sont bien réelles.
Pour bien trop longtemps, les Premières Nations, les Inuits, les Métis, les Noirs, les Asiatiques et d'autres membres racisés des Forces armées canadiennes ont fait face à des obstacles systémiques qui ont fait en sorte que leur capacité de servir, de contribuer, et d'aller de l'avant était limitée. Et bien trop souvent, ils ont été maltraités et ont subi des abus de la part de leurs collègues. Ils ont fait face à l'exclusion, à l'iniquité et à l'injustice. Personnellement, ce que j'ai appris m'a vraiment crevé le cœur. Ça m'a remplie de tristesse, de colère, mais aussi la volonté de faire beaucoup mieux. Mais aussi une humilité, car je reconnais le rôle que le leadership des Forces armées canadiennes à tous les niveaux ont joué pour que cette injustice puisse avoir lieu et que ça a vraiment terni le service de tant de Canadiens et Canadiennes courageux, ayant causé des dommages profonds et qui durent.
Je sais que les excuses présentées aujourd'hui ne peuvent pas effacer les souffrances endurées par tant de nos collègues pour si longtemps. Mais nous l'offrons honnêtement et sincèrement avec un profond désir de faire mieux, un profond désir d'apprendre du passé et de tracer un avenir meilleur où chaque Canadien et Canadienne se sentira libre de servir, de trouver l'expérience du service riche, gratifiante et épanouissante à la hauteur de la générosité d'esprit, du courage et du patriotisme avec lesquels elle est offerte.
Donc, au nom des Forces armées canadiennes, j'offre mes excuses les plus sincères et les plus profondes. J'offre mes excuses à chaque membre des Forces armées canadiennes, chaque ancien combattant qui a vécu le racisme, la discrimination et le harcèlement,et je reconnais que nous avons failli à notre devoir.
Par conséquent, au nom des Forces armées canadiennes, je présente mes excuses les plus sincères et les plus profondes. Je présente mes excuses à tous les militaires et anciens combattants des Forces armées canadiennes qui ont été victimes de racisme, discrimination et harcèlement et je reconnais qu'on vous a laissé tomber.
Nous n'avons pas respecté les valeurs que nous projetons et dont nous faisons la promotion à travers le monde aujourd'hui en ne reconnaissant pas notre échec de protéger ces valeurs dans notre rang. Nous n'avons pas protégé votre dignité et votre bien-être.
Dans de trop nombreux cas, nous n'avons pas réussi à créer un environnement dans lequel vous auriez pu servir votre pays à la hauteur de votre dévouement, de votre détermination et de votre fierté. Et je m'excuse pour le silence, l'indifférence et des défaillances systémiques qui ont permis que cette situation perdure pendant tant d'années.
À chaque membre des Forces armées canadiennes, à tous les rangs, à tous les niveaux, sur chaque base, chaque station, opération et déploiement, je dis ces excuses aujourd'hui, c'est un jalon dans notre histoire, mais c'est exactement ça. C'est un jalon et ce n'est pas un point final. C'est une voie sur laquelle nous nous sommes lancés avec un cheminement plus long que nous devons parcourir ensemble. De la réflexion et de la sensibilisation, de la compréhension et la création d'alliés. Et nous n'avons pas peur. Nous allons avancer. Nous allons pouvoir le faire. S'il y a une organisation qui peut le faire, c'est nous, du fait de qui nous sommes.
Les excuses présentées aujourd'hui ne marquent pas la fin de notre travail. Cela montre plutôt notre engagement collectif renouvelé à nous améliorer chaque jour et à fournir des efforts inébranlables. Nous affirmons vouloir des Forces armées canadiennes exemptes de racisme systémique et de la discrimination qui en découle. Nous devons donc veiller à ce que nos actes soient en accord avec nos paroles. Et c'est une chose de dire que chaque militaire dans notre organisation doit être traité avec la même compassion, la même dignité et le même respect. Ça en est une autre de démontrer à chaque jour, de le vivre véritablement et d'en faire l'expérience vécue par ceux qui portent l'uniforme. Mes attentes sont donc très claires. Cette démarche exigera une vigilance constante et à tous les niveaux.
Je sais que nous savons tous que des excuses qui ne s'accompagnent pas d'actions tangibles pour nous améliorer à l'avenir, eh bien, ce serait vide et sans véritable sens. À cette fin, au nom de toute personne dans les Forces armées canadiennes, je voudrais renouveler notre engagement pour rester vigilants, pour empêcher les obstacles systémiques qui empêcheraient la participation de chacun dans le service militaire. Nous devons nous attaquer aux préjugés à tous les niveaux, que ce soit individuel ou institutionnel, pour assurer que la sensibilisation au racisme systémique soit intégrée dans notre recrutement et nos formations. Et nous devons faire tout notre possible pour faire en sorte que le service chez les militaires soit significatif et que ce soit une carrière qui permet l'épanouissement. C'est dans l'ignorance vis-à-vis de ce racisme systémique que de l'activité raciste, ça existe.
À tous les militaires qui ont subi des préjudices, c'est grâce à votre courage qu'il y a, qui vous a poussés à raconter votre histoire que nous sommes ici aujourd'hui. Nous vous voyons, nous vous entendons et nous honorons ces excuses par des actions soutenues. C'est désormais notre lutte collective. Vous n'êtes pas seuls. Nous sommes témoins de la colère et du désespoir qui ont façonné et alourdi votre expérience. Et en tant qu'institution, nous en assumons la responsabilité. Nous continuerons à relever ce défi de manière significative en tant qu'alliés dans la cause de la justice et de l'équité. Nous allons et nous devons accomplir cette tâche aux côtés de personnes ayant vécu le racisme, la discrimination et le harcèlement. Nous ne pouvons pas y arriver sans vous. Là où la confiance a été érodée, nous nous efforcerons de la rétablir.
Nous ne tolérerons pas des répercussions vis-à-vis ce travail et nous n'allons pas accepter des faux récits comme quoi nous ne devons plus faire preuve de vigilance. Le racisme n'a pas sa place dans les Forces armées canadiennes. Ça ne peut pas être toléré et ça n'a pas de place dans notre avenir. Et nous accepterons aucune excuse qui vont miner un véritable changement. Notre travail dans les Forces armées canadiennes, c'est la plus haute des vocations. Nous risquons tout dans notre défense de notre pays et de nos Canadiens et Canadiennes, la sécurité et leurs valeurs et la prospérité. Une vocation également importante, c'est la défense de la dignité de chaque personne qui porte l'uniforme. Voilà l'avenir auquel nous aspirons : des forces militaires qui sont encore plus méritantes, de la fierté des membres racisés , malgré le traitement qu'ils ont reçu. Ils doivent avoir le respect de toute la nation.
Merci. Miigwetch.
Capv Kelly Williamson : Merci, Générale Carignan. J'invite maintenant l'adjudant-chef Bob McCann, adjudant chef des Forces armées canadienne, à prendre la parole.
L’Adjuc Bob McCann : Votre Excellence, invités distingués, membres des Forces armées canadiennes, mais aussi membres affectés pour ceux qui sont ici aujourd'hui. Good afternoon, Bonjour, Kwe.
Je suis devant vous aujourd'hui avec humilité et j'ai le cœur lourd. Je me fais l'écho des regrets exprimés par la générale Carignan, mais aussi quand j'ai entendu les récits de cet après-midi. Nous avons seulement entendu une partie, car chacun avait une histoire qu'il pouvait raconter. On a besoin d'entendre ces histoires. En tant qu'adjudant, c'est clair, mon devoir. Je dois respecter les valeurs, les valeurs que nous devons défendre, mais c'est plus encore. C'est ma responsabilité de m'assurer que chaque membre de nos Forces soit vu, entendu, respecté et protégé.
Que chaque personne en uniforme sache qu'elle a sa place, que nos membres sentent qu'ils peuvent et qu'ils puissent effectivement être entièrement eux-mêmes au travail afin de réaliser leur plein potentiel et servir dans un environnement de confiance en toute dignité, en sécurité, que ce soit physique, émotionnel ou mental.
Aujourd'hui, nous parlons d'une vérité difficile. Pour trop d'entre nous, ça n'a pas été la réalité. En tant qu'adjudant en chef, je représente les membres non commissionnés, principaux, rangs junior, et ensemble, nous sommes les Forces armées canadiennes. Et en notre nom, je vous dis ceci : Nous reconnaissons que le racisme et la discrimination ont causé de véritables dommages.
Comme on a vu cet après-midi dans les témoignages, des membres ont été rabaissés, bouleversés, des occasions ont été refusées, le lien de confiance a été brisé et des carrières remplies de promesse et de possibilité ont été écourtées. Et malheureusement, ce ne sont pas des cas isolés. Ce sont les symptômes d'un problème beaucoup plus profond, d'un échec systémique qui persiste depuis beaucoup trop longtemps. Cela a affaibli notre unité, cela a compromis notre mission. Certains de ces torts se sont produits dans le silence, à l'abri des regards sauf pour celui de la victime, la personne affectée et l'agresseur, le répondant. D'autres ont eu lieu plus ouvertement et ont été tolérés ou pire encore, ont été excusés.
Vous avez enduré des injustices terribles qui n'auraient jamais dû avoir lieu. On vous a laissés tomber. Vous avez souffert des actes racistes, d'omissions et des actions claires découlant d'un racisme systémique qui pouvait s'épanouir puisque votre leadership n'a pas fait ce qu'il fallait pour le confronter, pour le condamner ou pour l'arrêter.
Vous n'auriez jamais dû avoir à porter ce fardeau. Et nous savons que cela n'a pas seulement eu des répercussions sur vos carrières, ça a eu des répercussions sur votre santé mentale, ça a eu des répercussions sur vos familles, sur vos amitiés et sur vos collectivités entières. Et dans certains cas, ça a duré beaucoup, beaucoup trop longtemps.
Au nom des dirigeants des Forces armées canadiennes, je présente nos excuses qui viennent du fond du cœur à tous les membres qui ont enduré le racisme. Une excuse à chaque personne qui a fait face à la discrimination. Je suis désolé de ce que vous avez vécu et ce que vous avez dû endurer.
Au nom de la direction des Forces armées canadiennes, je vous présente mes excuses les plus sincères à chaque membre qui ont eu à faire face à du racisme, à chacun d'entre vous qui avez été victimes de discrimination. Je suis extrêmement désolé pour ce que vous avez eu à vivre et pour ce qu'on vous a fait subir.
Je suis désolé pour chaque moment où votre voix a rencontré du silence, pour chaque moment où on vous a fait vous sentir invisible. Je suis désolé pour chaque moment où un autre membre, très souvent dans un poste de leadership a choisi de détourner les yeux.
Je suis désolé pour les affronts, pour le manque de respect qu'on a eu envers vous, pour les fois où vous avez été rejetés à cause de votre identité, pour les fois que votre loyauté a été remise en question.
Vous avez donné votre meilleur à cette institution, à ce pays. Et vous avez donné le meilleur de vous à votre équipe. Et vous méritiez bien mieux que ce que vous avez reçu. Mais une excuse, même si elle est importante, n'est pas suffisante. Réparer les torts prendra plus que des mots. Ça demandera de chacun d'entre nous, à tous les niveaux, de devenir plus informé, plus conscient et plus responsable.
Nous, en tant que dirigeants, devons incarner les valeurs que nous prêchons et nous devons exiger la même chose de tous ceux autour de nous. Cela nécessitera une transformation continue de notre culture, que ça soit dans nos salles de classe, que ce soit dans nos aéronefs, dans nos postes de commandement, sur chaque base, dans chaque escadre, sur chaque navire ou dans chaque déploiement opérationnel.
Cela ne sera pas facile. Comme la générale le mentionnait, s'il y a une organisation qui peut le faire, c'est bien la nôtre, à cause de qui nous sommes et à cause des gens formidables que nous avons et au travers notre unité. Ça veut dire faire face à des difficultés, des vérités difficiles, avoir des conversations difficiles et s'engager à du vrai changement que l'on peut mesurer. Je suis très fier de porter cet uniforme. Je suis tout aussi fier de servir dans les Forces armées canadiennes et avec les excuses d'aujourd'hui et les actions qui doivent s'en suivre, j'ai un profond espoir que tout le monde dans les Forces armées canadiennes, peu importe qui ils sont, peu importe d'où ils viennent, puissent dire la même chose.
Merci. Miigwetch.
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