Les enjeux de santé physique et psychologique sont importants pour le SCC, mais ce ne sont pas les seuls défis qu'il doit relever. Certains groupes de délinquants ont besoin de programmes adaptés à leurs besoins particuliers, programmes qui serviront à mieux les encadrer et augmenteront leurs chances de réinsertion sociale.
Délinquantes
C'est en 1934 que les autorités ont ouvert le premier établissement pour femmes (la Prison des femmes), à Kingston, en Ontario. Jusque-là, celles-ci étaient incarcérées dans le même bâtiment que les hommes, et aucun des programmes alors en place ne répondaient à leurs besoins. Cet établissement représentait un pas en avant, mais il demeurait le seul à pouvoir accueillir des femmes, ce qui veut dire que les délinquantes étaient incarcérées dans un environnement à sécurité maximale plutôt qu'à niveaux de sécurité multiples, loin de leur famille et de leur collectivité d'origine. Un rapport sur la situation des délinquantes intitulé La création de choix et publié en 1990 a ouvert la porte à de nombreux changements : la Prison des femmes a été fermée et remplacée par cinq établissements régionaux et un pavillon de ressourcement pour les délinquantes autochtones.
Les délinquantes dites à sécurité minimale et moyenne vivent dans des unités d'habitation comprenant une salle de séjour commune et elles ont la responsabilité de répondre à leurs propres besoins quotidiens : cuisine, ménage et lessive.
Les différentes études sur les délinquantes ont aussi mené à la mise sur pied de diverses initiatives. Parmi celles-ci, le Programme mère-enfant est particulièrement important puisqu'il vise à créer un milieu de vie favorisant le maintien et le développement de la relation mère-enfant. Il est important de savoir que les deux tiers des femmes incarcérées ont des enfants de moins de cinq ans. Elles sont souvent chefs de famille monoparentale et le fait de séparer les mères de leurs enfants rend leur situation encore plus difficile. Ce programme permet donc l'acquisition d'habiletés parentales et l'établissement d'une relation mère-enfant saine, tout cela dans l'intérêt de l'enfant, dont la sécurité et le bien-être physique, affectif et spirituel est le critère prépondérant.
Autochtones
De façon générale, les Autochtones sont surreprésentés dans les pénitenciers fédéraux. En 2007-2008, ils comptaient pour 17 p. 100 de la population totale de délinquants sous responsabilité fédérale, alors qu'ils représentent 4 p. 100 de la population adulte canadienne.
Une étude sur les collectivités autochtones a révélé que les principaux facteurs qui contribuent au succès de la réinsertion sociale des délinquants autochtones sont les suivants :
- participation à des activités spirituelles et culturelles;
- participation à des programmes (donnés de préférence par des Autochtones);
- soutien de la famille et de la collectivité.
Devant cette réalité, le SCC a établi de nouvelles stratégies qui visent l'élaboration et la mise en œuvre d'interventions adaptées à la culture des Autochtones. C'est donc en 2003 que la gamme de soins liés aux services correctionnels pour Autochtones a été instaurée.
L'approche est fondée sur la guérison et la réconciliation. Elle encourage les délinquants autochtones à rétablir la communication avec leur famille et leur collectivité.
La gamme de soins :
- commence à l'admission dans le but d'identifier les délinquants autochtones et de les inciter à renouer avec leur culture et leur collectivité;
- mène au processus de guérison dans les établissements pour mieux préparer les délinquants autochtones au transfèrement à un niveau de sécurité moindre et à la mise en liberté sous condition;
- incite les collectivités autochtones à accueillir les délinquants qui reviennent dans leur collectivité et à appuyer leur réinsertion sociale;
- se termine par la mise en place de soutiens communautaires qui permettent de poursuivre les progrès au-delà de la fin de la peine et d'empêcher la récidive.
En plus de leur offrir une série d'interventions socioculturelles dans le cadre de la continuité de la prise en charge, le SCC offre aux délinquants autochtones des programmes correctionnels qui s'attaquent aux comportements criminels. Ces programmes intègrent les approches traditionnelles de guérison autochtones aux principes de l'approche correctionnelle judicieuse. Les programmes correctionnels destinés aux Autochtones sont les suivants :
- Programme pour délinquants autochtones toxicomanes
- Programme de guérison de base (compétences psychosociales)
- Cercles de changement (compétences psychosociales)
- Nouveau programme Esprit de la guerrière (prévention de la violence)
- En quête du guerrier en vous (prévention de la violence)
- Programmes d'intensité élevée de prévention de la violence familiale pour les Autochtones
- Tupiq (pour délinquants sexuels inuits)
- Programme de maintien pour les délinquantes autochtones
Les Aînés et conseillers spirituels issus des Premières nations, Inuits et Métis jouent un rôle essentiel. Ils participent à l'identification et à l'orientation des délinquants autochtones à l'admission. Ils facilitent l'accès aux cérémonies et aux enseignements qui font partie de leur culture particulière. Ils les aident à rétablir les liens avec leur famille et leur collectivité. En outre, les Aînés et conseillers spirituels secondent le SCC et les collectivités dans la planification du retour du délinquant. Lorsqu'un délinquant décide d'amorcer le chemin de la guérison, l'Aîné ou le conseiller spirituel devient membre de l'équipe de gestion des cas. Il participe à l'élaboration d'un plan de guérison qui guidera tous les employés du SCC à appuyer le délinquant durant la peine et pour qui lui permettra de poursuivre sa guérison après la mise en liberté.
Groupes ethnoculturels
La population carcérale est à l'image de la collectivité : elle est diversifiée. Il n'est donc pas étonnant qu'on retrouve dans les pénitenciers fédéraux, des délinquants de toutes origines ethniques et, encore ici, leurs besoins particuliers doivent être pris en compte pour s'assurer qu'ils participent aux programmes mis en place par le SCC. Le personnel et les délinquants sont donc davantage sensibilisés à cette réalité.
Le SCC reconnaît l'importance de la contribution des ressources communautaires extérieures dans l'application des programmes pour les délinquants issus de divers groupes ethniques. La participation de groupes ethniques dans l'application des programmes permet de mieux répondre aux besoins particuliers de la clientèle carcérale.
Le SCC consulte régulièrement des dirigeants de communautés ethnoculturelles et des organisations ayant une connaissance du milieu pour recueillir des conseils sur la façon d'encadrer (services et programmes correctionnels) les délinquants issus de groupes ethnoculturels. Cette consultation se fait au moyen du Comité consultatif national sur les minorités ethnoculturelles (CCNME) et des comités régionaux connexes (CCRME). Ceux-ci permettent au SCC de tisser des liens avec des organisations partenaires de la collectivité qui aident les délinquants issus de diverses minorités ethnoculturelles à être mieux préparés à leur mise en liberté.
C'est pourquoi l'on organise des séminaires, des conférences, des festivals culturels; on célèbre la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale (21 mars); on a créé des groupes multiculturels et des comités sur la diversité et organisé des visites dans les communautés ethniques. Les détenus ont aussi leurs associations, comme l'Association des détenus de race noire, ainsi que des groupes italiens, chinois, grecs, juifs qui contribuent à affirmer et à renforcer leur identité culturelle. Ces détenus peuvent être des citoyens canadiens, mais il arrive aussi qu'il s'agisse de ressortissants étrangers incarcérés dans des établissements fédéraux. Ceux-ci bénéficient des mêmes droits et privilèges que les autres détenus.
Délinquants sexuels et délinquants dangereux
D'autres délinquants demandent une attention particulière, en raison de la nature de leurs crimes. Ils commettent des crimes qui sont souvent très médiatisés. Le SCC veille à ce que ces délinquants fassent l'objet d'une évaluation, d'un traitement et d'une surveillance accrue, pendant l'incarcération et après la mise en liberté. Les traitements qui leur sont offerts sont adaptés à leurs besoins et aux risques qu'ils présentent.
Un délinquant dangereux est une personne qui a été reconnue coupable de « sévices graves à la personne ». Cette condamnation peut découler d'un acte de brutalité ou d'une série d'infractions donnant lieu à une peine d'une durée indéterminée. Le délinquant déclaré dangereux ne pourra obtenir de libération conditionnelle tant que la Commission des libérations conditionnelles n'aura pas établi qu'il ne présente plus de risque pour la collectivité. On réexamine les dossiers de ces délinquants sept ans après qu'ils aient été déclarés dangereux, puis tous les deux ans par la suite, afin de déterminer s'ils peuvent réintégrer la collectivité en toute sécurité.
Des programmes particuliers ont été élaborés pour les délinquants dangereux : traitement de la déviance sexuelle, programmes intensifs de prévention de la violence, traitement pour les troubles mentaux et programmes de sensibilisation, au besoin.
Gangs et crime organisé
Près d'un délinquant sur six et près d'une délinquante sur 10 déclare, lors de son évaluation initiale, être affilié à un gang. Les groupes les plus présents dans les établissements fédéraux sont les gangs de motards, les gangs autochtones et les groupes traditionnels du crime organisé.
Les délinquants membres d'organisations criminelles posent un certain nombre de problèmes importants pour le SCC :
- intimidation, extorsion et violence parmi les détenus en établissement et les libérés sous condition dans la collectivité;
- trafic de drogue dans les établissements;
- recrutement de nouveaux membres;
- intimidation et corruption d'employés;
- augmentation des condamnations pour crimes graves qui fait augmenter les risques et affecte la capacité d'accueil des établissements à sécurité maximale.
Le SCC travaille donc à mettre en place des processus normalisés dans toute l'organisation pour assurer l'échange d'informations à l'échelle nationale, améliorer la sécurité du public et élargir les échanges avec les différents partenaires et intervenants à l'échelle internationale.
On le constate, la population carcérale est à l'image de la collectivité : elle est diversifiée. Le SCC doit donc s'assurer de répondre aux besoins particuliers de chaque groupe de délinquants afin de remplir son mandat qui est d'assurer une réinsertion en toute sécurité des délinquants sous sa responsabilité.