L’évolution de la formation en épidémiologie de terrain appliquée au Canada

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Numéro : RMTC : Volume 52-7/8, juillet/août 2026 : Programme canadien d'épidémiologie de terrain – 50 ans
Date de publication : juillet 2026
ISSN : 1719-3109
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Volume 52-7/8, juillet/août 2026 : Programme canadien d'épidémiologie de terrain – 50 ans
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L’évolution de la formation en épidémiologie de terrain appliquée au Canada : les cinquante dernières années et une vision pour l’avenir
Benjamin Hetman1, Esmé Lanktree1, Carolyn Dohoo1, Joanne Stares1, Marc-André Bélair1, Lisa Jensen1
Affiliation
1 Unité d’apprentissage et de perfectionnement, Centre des mesures d’urgence, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON
Correspondance
Citation proposée
Hetman B, Lanktree E, Dohoo C, Stares J, Bélair MA, Jensen L. L’évolution de la formation en épidémiologie de terrain appliquée au Canada : les cinquante dernières années et une vision pour l’avenir. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2026;52(7/8):307–11. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i78a02f
Mots-clés : épidémiologie de terrain, formation, apprentissage des adultes, formation en santé publique appliquée
Résumé
Au Canada, les crises successives (p. ex. le syndrome respiratoire aigu sévère [SRAS] en 2003, la grippe H1N1 en 2009 et la COVID-19 en 2019) ont non seulement mis à l’épreuve la capacité d’intervention du personnel de santé publique, mais ont également transformé la façon dont les épidémiologistes de terrain sont formés. Au cours des cinq dernières décennies, la formation fédérale en épidémiologie appliquée au Canada est passée d’un petit programme en présentiel axé sur les enquêtes sur les éclosions à un écosystème de formation multidisciplinaire coordonné à l’échelle nationale, intégrant la gestion des urgences, l’équité en santé, l’adaptation aux changements climatiques et la maîtrise des technologies. Le présent commentaire porte sur cette évolution et examine l’avenir du Programme de formation en épidémiologie de terrain dans un contexte où les besoins en santé publique se recoupent et évoluent rapidement.
Introduction
Un regard rétrospectif : l’évolution de la formation fédérale en épidémiologie appliquée au Canada en réponse aux urgences de santé publique
La formation en épidémiologie appliquée destinée aux praticiens et aux praticiennes de la santé publique constitue un élément central de la fonction publique fédérale canadienne depuis plus de 50 ans. Au début des années 1970, le programme « Épidémiologie en action » (ou « EIA » en anglais) a été mis en place comme modèle pédagogique de formation en épidémiologie appliquée, axé sur la surveillance et les enquêtes sur les éclosions au Canada. Le Programme de formation en épidémiologie de terrain (PFET) du pays a été officiellement créé en 1975 et renommé « Programme canadien d’épidémiologie de terrain » (PCET). Depuis sa création, la formation « Épidémiologie en action » constitue la base de l’enseignement en salle de classe et a contribué à la formation de 50 cohortes d’épidémiologistes de terrain au Canada Footnote 1.
Les grandes urgences de santé publique ont orienté les priorités de formation du PCET tout au long de son histoire. Par exemple, l’éclosion de cas du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003 a mis en lumière d’importantes lacunes en matière de coordination nationale et de capacité d’intensification Footnote 2 tout en soulignant l’importance de la formation en épidémiologie de terrain au Canada. La création subséquente de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) en 2004 a officialisé l’engagement du gouvernement fédéral à renforcer les capacités en épidémiologie appliquée et à éliminer les obstacles à une intervention coordonnée en santé publique. En 2006, une unité de formation spécialisée a été créée au sein des services de santé publique sur le terrain de l’ASPC afin d’assurer la composante pédagogique officielle du PCET et de soutenir le perfectionnement plus large du personnel de santé publique. Cette unité, officialisée en 2010 et désormais connue sous le nom d’Unité d’apprentissage et de perfectionnement (UAP), est devenue responsable de la prestation de la formation structurée en salle de classe requise conformément aux normes et à l’accréditation mondiales des PFET Footnote 3, tout en soutenant le perfectionnement professionnel continu du personnel de terrain et des effectifs connexes.
La pandémie de grippe H1N1 de 2009 a également renforcé la nécessité de disposer de modèles de formation évolutifs Footnote 4, d’une meilleure maîtrise technique pour interpréter et évaluer les données Footnote 5, ainsi que d’une coordination accrue entre les administrations. Cet événement a aussi suscité un intérêt accru pour la formation liée à la vaccinologie, la réticence à l’égard de la vaccination et le rôle des campagnes de vaccination dans le contrôle des éclosions. L’UAP a adapté la formation offerte dans le cadre du PFET en conséquence, notamment en ajoutant de nouveaux éléments en vaccinologie et en enrichissant les études de cas du programme « Épidémiologie en action » afin d’accorder une plus grande place aux éclosions de maladies transmissibles de personne à personne. Une formation sur les logiciels statistiques a également été mise en place, mettant l’accent sur la gestion des données, l’épidémiologie spatiale et l’analyse des séries chronologiques. L’UAP a également élargi son rôle afin de combler des lacunes et de renforcer les capacités en réponse à des urgences autres que les pandémies. Par exemple, une formation sur la compétence culturelle et la surveillance de santé publique lors de rassemblements de masse a été élaborée rapidement pour répondre aux besoins de santé publique associés à l’arrivée d’un grand nombre de réfugiés syriens en 2016. Cette formation a ensuite été adaptée au cours des années suivantes afin de soutenir les interventions auprès des demandeurs d’asile à la frontière canadienne et dans les centres de réfugiés.
Résultats
Les leçons tirées des urgences antérieures ont pris une ampleur particulière durant la pandémie de COVID-19, ce qui a accéléré la transformation de la portée et des modalités de la formation en épidémiologie appliquée (tableau 1). Alors que le personnel de santé publique s’adaptait à des conditions de travail décentralisées, l’UAP a également réorienté ses activités de formation afin d’élargir la portée de celles-ci et d’optimiser l’utilisation des ressources. La nécessité d’offrir rapidement des formations en ligne ciblées pour répondre à des besoins précis est également devenue évidente. Par exemple, une lacune a été relevée dans la formation portant sur les méthodes de recherche des contacts, ce qui a donné lieu à une collaboration entre l’UAP et Santé Canada afin d’élaborer et d’offrir rapidement un nouveau cours virtuel sur ce sujet. Alors que les modèles de formation antérieurs exigeaient des déplacements, l’adaptation de certains cours à un environnement virtuel a permis de renforcer davantage les capacités au sein des unités de santé publique disposant de moins de ressources ou situées dans des régions éloignées, de créer de nouvelles possibilités de réseautage entre les administrations et de modifier les ressources nécessaires au fonctionnement du programme (p. ex. des compétences plus diversifiées pour la conception des cours, mais moins de responsables de l’animation en personne pour offrir la formation).
| Année | Jalon |
|---|---|
| 1973 | Mise au point de la formation « Épidémiologie en action » |
| 1975 | Création officielle du Programme canadien d’épidémiologie de terrain (PCET) |
| 2003 | Pandémie de SRAS |
| 2004 | Création de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) |
| 2006 | Lancement des programmes partenaires du PCET : Unité des services de terrain et de la formation, Service de la santé publique du Canada (SSPC) |
| 2010 | Lancement de l’Unité des services de terrain et de la formation comme entité indépendante officielle chargée de soutenir le PCET et le SSPC |
| 2014 | Formation ponctuelle en réponse à l’éclosion d’Ebola de 2014 à 2016 |
| 2019 | L’Unité des services de terrain et de la formation a été rebaptisée « Unité d’apprentissage et de perfectionnement » (UAP) |
| 2020 | Formation ponctuelle sur la recherche de contacts dans le cadre de la COVID-19. La formation « Épidémiologie en action » est adaptée pour être offerte en ligne et son contenu est adapté à la période de la COVID-19 |
| 2021 | Lancement d’une formation sur R dans le contexte de la santé publique et d’une formation sur l’épidémiologie et la communauté 2ELGBTQI+ (toutes deux intégrées au curriculum de base) |
| 2022 | Lancement de la formation en ligne « La gestion des urgences et la santé publique », première formation obligatoire pour l’ensemble du personnel de l’ASPC offerte par l’UAP |
| 2024 | Lancement de la série d’apprentissage « Brunch et conférence »/« Partez du bon pied » de l’UAP, offrant une formation ponctuelle sur les enjeux émergents en santé publique au Canada et à l’échelle mondiale Collaboration avec le Réseau des programmes de formation en épidémiologie et interventions de santé publique (TEPHINET) afin de rendre les modules sur la rédaction d’articles scientifiques accessibles en français |
| 2025 | Lancement d’une formation (curriculum de base) sur les données fondées sur la race |
En 2019, l’UAP a élargi son mandat afin d’inclure la formation en préparation aux situations d’urgence destinée au personnel fédéral de santé publique au Canada, en parallèle avec le début de la pandémie de COVID-19. L’UAP a élaboré un curriculum de formation en gestion des urgences de santé publique composé de modules d’apprentissage en ligne autodirigés et structurés par niveaux, permettant aux apprenants et aux apprenantes de choisir le degré de spécialisation requis selon les rôles qu’ils sont appelés à jouer dans une intervention d’urgence. Cette transition vers une approche plus large et inclusive de la gestion des urgences au Canada a mis en évidence le fait que la maîtrise des principes de gestion des urgences ne relevait plus exclusivement des intervenants spécialisés sur le terrain. Les professionnels et les professionnelles de la santé publique, tous domaines confondus, doivent désormais posséder une connaissance fonctionnelle des systèmes de gestion des incidents, de la production de rapports de situation, de la communication des risques et de la coordination opérationnelle. Dans le cadre de cette nouvelle approche, la formation de base en gestion des urgences de santé publique est désormais obligatoire pour l’ensemble du personnel de l’ASPC, et les personnes en formation au sein du PCET doivent suivre des formations spécialisées supplémentaires dans ce domaine.
Discussion
Une approche moderne de la formation en épidémiologie de terrain : Intégration de l’équité, des changements climatiques et de l’humilité culturelle
Chaque année, l’administrateur ou l’administratrice en chef de la santé publique (ACSP) du Canada publie un rapport sur l’état de la santé publique au Canada. Ces rapports annuels mettent en lumière les données probantes actuelles sur des enjeux prioritaires de santé publique et offrent des orientations prospectives pour l’élaboration de programmes de santé publique. Par exemple, un thème récurrent des récents rapports de l’ACSP est l’équité en santé, qui est également devenue un élément central des compétences essentielles en santé publique au Canada Footnote 6Footnote 7Footnote 8Footnote 9Footnote 10Footnote 11. Au cours des dernières années, la formation du PCET a donc inclus des modules portant sur les données fondées sur la race en santé publique ainsi qu’une formation intitulée « Apprentissage Deux esprits, lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer, intersexuel, + autres communautés de diversité sexuelle et de genre (2ELGBTQI+) et leçons intégrées en épidémiologie », afin de soutenir la collecte et l’interprétation de données désagrégées, l’application de perspectives d’équité dans la surveillance et les enquêtes sur les éclosions, ainsi qu’une mobilisation culturellement adaptée.
Limites
La maîtrise des outils technologiques est devenue essentielle en santé publique et dans les analyses de terrain, ce qui a entraîné d’importants changements dans le paysage de la formation du PCET. Par exemple, au cours de la dernière décennie, le logiciel R est devenu l’un des langages de programmation à code source ouvert les plus utilisés en santé publique et en épidémiologie, permettant des méthodes analytiques avancées, des visualisations de données professionnelles et une gestion évolutive des bases de données au sein des unités de santé publique Footnote 12Footnote 13. La formation au logiciel R est ainsi devenue une composante centrale du curriculum du PCET et attire de nombreuses personnes participantes provenant de différentes administrations de santé publique au Canada. L’approche de l’UAP en matière de formation pour R comprend des études de cas thématiques et des exemples qui mettent l’accent sur la gouvernance et la gestion responsables des données, les flux de travail reproductibles et l’importance de veiller à ce que les analystes adoptent des approches fondées sur le principe de « ne pas nuire » lors de la diffusion et de la publication des résultats.
Conclusion
Regard vers l’avenir : une vision pour l’avenir de la formation en épidémiologie de terrain au Canada
Comme indiqué précédemment, l’évolution de la formation fédérale en épidémiologie appliquée au Canada a historiquement été façonnée par les réponses aux crises de santé publique. Par exemple, l’épidémie de SRAS a donné lieu à une réforme institutionnelle qui a mené à la création de l’ASPC. L’intervention liée à la pandémie de grippe H1N1 a mis en évidence la nécessité d’une capacité opérationnelle évolutive et a coïncidé avec la création d’une unité de formation officielle et spécialisée. Enfin, la pandémie de COVID-19 a accéléré la transformation numérique et élargi la portée de la formation en gestion des urgences au-delà du personnel de terrain. Pour assurer la préparation aux défis futurs, il faudra aller au-delà d’une adaptation réactive et privilégier le renforcement anticipatif des capacités. Les programmes de formation doivent préparer le personnel de santé publique à faire face aux menaces connues, mais également à relever des défis incertains et interreliés, notamment l’instabilité climatique, la mésinformation et la désinformation, les changements démographiques et l’accentuation des iniquités en santé. Cela exige de former une nouvelle génération d’épidémiologistes de terrain possédant une solide expertise technique et disciplinaire, mais aussi de l’empathie, une conscience accrue et les compétences interpersonnelles nécessaires pour adopter une pensée systémique et collaborer efficacement entre les secteurs.
À une époque où l’influence exercée par les médias sociaux peut générer d’importants gains financiers ou politiques, la mésinformation et la désinformation figurent parmi les risques les plus sérieux pour la santé publique Footnote 14Footnote 15. La santé publique repose sur la diffusion rapide d’informations exactes afin de sensibiliser la population aux moyens d’éviter ou d’atténuer les risques pour la santé. L’intelligence artificielle a le potentiel d’amplifier la mésinformation et la désinformation, mais elle offre également de nouvelles possibilités dans plusieurs domaines de l’épidémiologie de terrain. Former les prochaines générations d’épidémiologistes de terrain à tirer parti des technologies en constante évolution, tout en reconnaissant leurs limites et en exerçant un esprit critique à l’égard des résultats produits, constituera un défi continuel, mais important.
Les modalités de formation continueront d’évoluer afin de répondre aux besoins d’accessibilité du personnel de santé publique, en tenant compte des environnements de travail non traditionnels ainsi que de la diversité des besoins et des préférences en matière d’apprentissage. Par exemple, des cours auparavant offerts sous forme de séances intensives d’une semaine pourraient être divisés en modules plus courts répartis sur une plus longue période, entrecoupés d’activités réalisées entre les séances afin de favoriser l’application des connaissances acquises. Divers modes de prestation continueront d’être explorés, notamment les vidéos enregistrées, le travail collaboratif, les études de cas, les webinaires, les tables rondes, les balados ainsi que les plateformes d’apprentissage en ligne synchrones et asynchrones. Des options de formation telles que les simulations complexes, les environnements d’apprentissage ludiques en ligne et la réalité virtuelle existent déjà, mais leur accessibilité devra être évaluée avant leur mise en œuvre.
L’apprentissage sur le terrain doit demeurer au cœur de la formation, non seulement pour renforcer l’état de préparation opérationnelle, mais aussi pour favoriser l’entretien de relations entre les intervenants de plusieurs administrations. Parallèlement, la formation doit délibérément renforcer la capacité de reconnaître les voix et les perspectives absentes et de favoriser l’inclusion avant qu’une urgence ne survienne. En adaptant continuellement la formation aux réalités de la santé publique, le programme vise à encourager les futures générations de participants et de participantes du PCET à conjuguer excellence scientifique et opérationnelle avec des interventions empreintes d’empathie et centrées sur la personne.
Déclaration des auteurs
B. H. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
E. L. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
C. D. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
J. S. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
M.-A. B. — Conceptualisation, rédaction–révision et édition
L. J. — Rédaction–révision et édition
Intérêts concurrents
Aucun.
Identifiants ORCID
Benjamin Hetman — 0000-0002-9435-5771
Esmé Lanktree — 0009-0000-8243-2410
Marc-André Bélair — 0009-0005-7828-6728
Remerciements
Les auteurs et autrices souhaitent remercier les membres du corps professoral, les spécialistes en la matière et les responsables de présentations qui ont contribué aux activités de formation au fil des ans, car ces formations n’auraient pas été possibles sans eux. Il en va de même pour les personnes participant aux formations, qui donnent à ce travail tout son sens.
Financement
Ce travail a été soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada.

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