Promotion de la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé au Canada

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Numéro : RMTC : Volume 52-3, mars 2026 : Sécurité des vaccins : adoption et hésitation
Date de publication : mars 2026
ISSN : 1719-3109
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Volume 52-3, mars 2026 : Sécurité des vaccins : adoption et hésitation
Rapport d’enquête
Promotion de la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé au Canada : résultats d’une enquête en ligne sur Facebook
Mylène Tantchou Dipankui1, Kieran O’Doherty1, Lucie Marisa Bucci2, Benjamin Giguère1
Affiliations
1 Université de Guelph, Département de psychologie/Collège des sciences sociales et humaines appliquées, Guelph, ON
2 Association canadienne de santé publique, Ottawa, ON
Correspondance
Citation proposée
Tantchou Dipankui M, O’Doherty K, Bucci LM, Giguère B. Promotion de la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé au Canada : résultats d’une enquête en ligne sur Facebook. Relevé des maladies transmissibles au Canada, 2026;52(3):85−93. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i03a03f
Mots-clés : grippe, Facebook, vaccination, mésinformation, professionnels de la santé
Résumé
Contexte : Au Canada, les taux de vaccination antigrippale chez les travailleurs de la santé sont inférieurs à l’objectif national de 80 %. L’objectif de cette étude était d’identifier les formats promotionnels préférés et les types d’informations que les professionnels de la santé prendraient en compte au cours de leur processus de décision de se faire vacciner contre la grippe. Les objectifs de cette enquête étaient 1) de contribuer à la conception d’une campagne de marketing social visant à aider les professionnels de la santé à prendre des décisions éclairées sur la vaccination antigrippale, et 2) d’éclairer les futurs travaux d’éducation et de promotion menés par les intervenants en vaccination.
Méthodes : Nous avons mené une enquête bilingue à l’aide de publicités sur Facebook pour recruter des professionnels de la santé partout au Canada. L’enquête comprenait 15 questions à choix multiples et des questions ouvertes. Pour être admissibles, les participants devaient notamment être des professionnels de santé canadiens en exercice, par exemple des médecins, des infirmiers, des pharmaciens, des infirmiers praticiens, des sages-femmes ou des dentistes.
Résultats : Au total, 265 professionnels de la santé ont participé à l’étude, dont la majorité (51,3 %) était des infirmiers et exerçait en Ontario (32,1 %). Les infographies sont considérées comme le format promotionnel le plus susceptible d’influencer leur prise de décision (33,6 %). Les professionnels de la santé se servaient des informations provenant de divers médias et de revues à comité de lecture (15,8 %) pour prendre leurs décisions. Enfin, les répondants ont indiqué que l’efficacité du vaccin antigrippal était l’information la plus pertinente pour leur prise de décision (80,8 %).
Conclusion : Les infographies peuvent constituer une méthode importante pour promouvoir la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé. Ces représentations visuelles devraient mettre l’accent sur des informations à jour concernant l’efficacité du vaccin antigrippal afin de répondre aux besoins d’information des professionnels de la santé. Les prochaines étapes consisteront à concevoir une campagne de marketing axée sur l’efficacité des vaccins, en utilisant des infographies comme support promotionnel.
Introduction
La grippe est l’une des dix principales causes de décès au Canada Footnote 1. Elle est associée à environ 12 200 hospitalisations et 3 500 décès par an Footnote 1. La vaccination reste la stratégie préventive la plus efficace pour réduire le nombre de décès et d’hospitalisations causés par des complications de la grippe chez les personnes présentant un risque élevé d’infection Footnote 2. Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) recommande que tous les professionnels de la santé soient vaccinés contre la grippe afin de minimiser la transmission de la maladie aux personnes à haut risque, telles que les personnes âgées et les jeunes enfants Footnote 3. La vaccination antigrippale chez les professionnels de santé est considérée comme un élément essentiel de la norme de soins pour leurs patients Footnote 2. Cependant, les taux de vaccination les plus récents disponibles pour les professionnels de santé varient entre 32,7 % pour le personnel hospitalier (2024–2025, Ontario) Footnote 4 et 20,5 % (février 2025, Nouvelle-Écosse) Footnote 5, ce qui est inférieur à l’objectif national d’une couverture de 80 % chez les professionnels de santé Footnote 6. Les données disponibles sur la répartition des taux de vaccination par profession de santé sont rares. Dans une étude transversale nationale regroupant les données des cycles 2007 à 2014 de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes Footnote 7, menée chaque année par Statistique Canada depuis 2007, 50 % des professionnels de la santé ont déclaré avoir été vaccinés contre la grippe saisonnière au cours des 12 derniers mois. Les taux de vaccination varient selon le type de profession : 72 % des médecins de famille et des omnipraticiens ont déclaré avoir été vaccinés contre la grippe au cours de l’année écoulée, contre seulement 4 % des chiropraticiens, des sages-femmes et des praticiens des médecines douces. Parmi les autres groupes, 59 % des infirmiers auxiliaires autorisés et 50 % des pharmaciens ont déclaré être vaccinés.
Les stratégies visant à augmenter les taux de vaccination chez les professionnels de la santé ont consisté à faciliter le soutien à la vaccination sur le lieu de travail en améliorant l’accès aux vaccins, en imposant la vaccination et en la promouvant Footnote 8Footnote 9Footnote 10.
Parmi les obstacles à la vaccination antigrippale chez les professionnels de la santé figurent la perception d’un faible risque d’infection, les préoccupations relatives à la sécurité et à l’efficacité des vaccins et la mésinformation qui circule sur les médias sociaux et les réseaux en ligne Footnote 10. En fait, les médias sociaux et les réseaux en ligne peuvent être utiles pour développer des réseaux professionnels et pour les soins et l’éducation des patients Footnote 11Footnote 12. Cependant, ils constituent également un moyen de diffuser de la mésinformation Footnote 13, car il n’existe aucune mesure permettant de contrôler la qualité du contenu partagé sur ces portails Footnote 14. À l’instar de Guess et Lyons Footnote 15, cette étude définit la mésinformation comme une affirmation qui contredit ou déforme la compréhension commune de faits vérifiables. Ces informations erronées, lorsqu’elles sont diffusées sur les médias sociaux, peuvent susciter des émotions négatives à l’égard des vaccins et conduire à une augmentation de l’hésitation Footnote 16Footnote 17Footnote 18.
Compte tenu des risques pour la santé associés au partage d’informations inexactes ou désuètes, les entreprises de technologie elles-mêmes ont pris position et modifié leurs politiques. Par exemple, depuis février 2019, Pinterest, Facebook, Instagram et Google se sont attaqués aux contenus anti-vaccins sur leurs sites et ont reconnu le rôle néfaste qu’ils ont joué dans la diffusion de mésinformation sur les vaccins Footnote 19. Ces entreprises ont tenté de réduire l’accès à des informations trompeuses sur les vaccins et de promouvoir un contenu éducatif précis partagé par des organisations spécialisées Footnote 20Footnote 21Footnote 22.
C’est dans cette optique que l’Association canadienne de santé publique (ACSP) a obtenu un soutien, sous forme de crédits pour le marketing, de la part de Facebook Canada, afin de faire la promotion d’informations crédibles sur les vaccins sur les médias sociaux. L’ACSP et Immunisation Canada ont rencontré les chercheurs de l’équipe du projet, dont un expert en campagnes de marketing social, pour discuter de la conception et de la mise en œuvre du projet de recherche, et ils ont mis l’accent sur l’importance d’identifier clairement un comportement et un public cibles. Après de nombreuses discussions et un examen de la documentation, l’ACSP et Immunisation Canada ont décidé de lancer deux campagnes distinctes : l’une fournissant des informations crédibles sur la nécessité de le faire vacciner contre le virus du papillome humain (VPH) aux parents d’au moins un enfant âgé de 8 à 15 ans, et l’autre fournissant des informations crédibles sur la nécessité de le faire vacciner contre la grippe saisonnière annuelle aux professionnels de la santé. Les résultats de la campagne pour le VPH ont été publiés en 2023 Footnote 23. Le présent article se concentre sur l’enquête sur la grippe qui a été réalisée pour préparer la campagne.
Une enquête a été menée sur Facebook auprès de professionnels de la santé (p. ex., infirmiers, médecins, pharmaciens) afin de recueillir des renseignements de base sur les formats promotionnels qu’ils préfèrent et les types d’informations qu’ils prennent en compte lors de leur processus de décision au sujet de la vaccination antigrippale. Les objectifs de cette enquête étaient 1) de contribuer à la conception d’une campagne de marketing social visant à aider les professionnels de la santé à prendre des décisions éclairées sur la vaccination antigrippale (les résultats de cette étude seront utilisés pour mener une campagne après enquête afin d’évaluer l’efficacité de l’intervention dans le cadre d’une étude future), et 2) d’éclairer les futurs travaux d’éducation et de promotion menés par les intervenants en vaccination. Les questions de recherche de cette étude étaient les suivantes : a) quels formats promotionnels les professionnels de la santé préfèrent-ils pour recevoir des informations sur la vaccination antigrippale et b) quels types d’informations les professionnels de la santé prennent-ils en compte dans leur processus de décision de se faire vacciner contre la grippe?
Méthodes
Recrutement des participants
Le recrutement s’est déroulé sur une période de 11 mois, soit de mars 2021 à février 2022. Nous avons collecté les adresses courriel des participants pour un tirage au sort et une enquête de suivi après la campagne de marketing. Les participants ont donné leur consentement par le biais de la page Facebook et en remplissant le questionnaire. Toutes les réponses ont été anonymisées avant d’être analysées. Le projet a été approuvé par le Comité d’éthique de la recherche de l’Université de Guelph, conformément aux directives fédérales relatives à la recherche avec des participants humains (REB no 24-08-004).
Mesures
L’enquête comprenait 15 questions à choix multiples et trois questions ouvertes, et prenait environ 15 minutes à remplir (voir les questions de l’enquête dans l’appendice, le matériel supplémentaire A). Nous avons utilisé SimpleSurvey comme plateforme d’enquête, avec des questions aléatoires. Les thèmes suivants ont été abordés :
- Renseignements sociodémographiques (p. ex., âge, province/territoire où le participant pratique sa profession, sexe, genre, fonction)
- Processus de décision concernant le vaccin antigrippale
- Sources d’information sur la grippe
- Les formats publicitaires les plus susceptibles d’influencer la prise de décision
- Confiance à l’égard des messages de santé publique
Cet article se concentre sur les thèmes 3 et 4, car les réponses à ces thèmes étaient nécessaires à la mise en œuvre de la campagne de marketing. Nous avons élaboré, en collaboration avec Immunisation Canada, une coalition nationale d’organisations non gouvernementales, professionnelles, de santé, gouvernementales et du secteur privé qui se consacre à la promotion des avantages de l’immunisation et des questions sur celle-ci, des éléments spécifiques aux sources de médias sociaux, aux formats promotionnels préférés et au type d’informations que les professionnels de la santé prendraient en compte au cours de leur processus de décision (question 3 et 4) Footnote 24. À la fin du questionnaire, les participants étaient invités à fournir leur adresse courriel afin que nous puissions les recontacter pour une enquête de suivi après la campagne.
Atténuation des problèmes liés aux enquêtes en ligne
Le recrutement en ligne pour les enquêtes peut présenter des difficultés. Notamment il est possible de recruter des participants frauduleux, les taux de recrutement sont faibles, les réponses peuvent être incomplètes et le taux d’attrition peut être élevé. Pour remédier au faible taux de recrutement, nous avons élargi la période de recrutement. Pour identifier les participants frauduleux, deux membres de l’équipe ont examiné les listes de participants afin d’identifier les adresses courriel frauduleuses (p. ex., celles qui comportaient des mots inappropriés ou celles pour lesquelles le message nous était renvoyé lorsque l’on essayait de recontacter le participant), qui ont ensuite été retirées de l’étude. Les répondants qui n’ont pas répondu à au moins 80 % de l’enquête ont également été retirés de l’étude. Pour réduire l’attrition, les membres de l’équipe ont envoyé deux rappels aux non-répondants afin d’optimiser le taux de réponse. Enfin, les réponses à l’enquête ont été contrôlées pendant que l’enquête était encore en ligne, et le nombre de participants a été mis à jour pendant les réunions de l’équipe.
Analyse des données
Nous avons analysé les réponses à l’enquête selon une approche déductive et inductive. Pour sélectionner les variables, l’ensemble des données a été examiné afin de déterminer les variables. Une fois les questions clés nécessaires au lancement de la campagne de marketing identifiées, l’équipe a discuté des variables susceptibles de répondre aux questions de recherche et est parvenue à un consensus sur celles à inclure dans la recherche. Un seuil de questions sans réponse de 20 % ou plus a été adopté. L’équipe a vérifié les variables afin de déterminer les valeurs aberrantes univariées. Les réponses aux questions sur les sources d’information sur la grippe ont été regroupées en deux variables principales : 1) les sources provenant de médias sociaux et 2) les « autres » sources. Les sources provenant de médias sociaux ont combiné les réponses des participants qui ont déclaré s’appuyer sur Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest ou Reddit pour obtenir des informations crédibles sur les vaccins et la vaccination antigrippale. Les autres sources regroupent les réponses des participants qui se sont appuyés sur des sources scientifiques ou non scientifiques qui n’étaient pas considérées comme des médias sociaux pour obtenir des informations crédibles sur les vaccins et la vaccination antigrippale (voir les tableau 1 et tableau 2 pour plus de détails).
| Source provenant de médias sociaux | Participants qui classent les médias sociaux en première place | Pourcentage (%) |
Pourcentage valide (%) |
|---|---|---|---|
| 77 | 29,1 | 38,1 | |
| 17 | 6,4 | 8,4 | |
| 11 | 4,2 | 5,4 | |
| 7 | 2,6 | 3,5 | |
| 15 | 5,7 | 7,4 | |
| Autres | 75 | 28,3 | 37,1 |
| Total | 202 | 76,2 | 100,0 |
| Absent | 63 | 23,8 | s.o. |
| Total | 265 | 100,0 | s.o. |
| Sources | N | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Sources non scientifiques | 64 | 65,3 |
| Sources scientifiques | 34 | 34,7 |
| Total | 98 | 100,0 |
Résultats
Profil démographique des participants
Au total, 524 professionnels de la santé ont participé à l’étude. Au total, 259 répondants ont été exclus parce que jusqu’à 80 % de leur formulaire n’était pas rempli. Donc, 265 professionnels de la santé ont répondu à l’enquête, dont une majorité (51,3 %) était des infirmiers. Au total, 83,4 % des répondants étaient des femmes et 50,6 % étaient âgés de 25 à 44 ans. La plupart des participants exerçaient leur profession en Ontario (32,1 %) et au Québec (19,6 %), et seuls quelques-uns exerçaient dans les territoires (Yukon [n = 1; 0,4 %] et Nunavut [n = 1; 0,4 %]). Ces résultats sont résumés dans le tableau 3.
| Caractéristiques démographiques | Nombre de répondants (n) |
Pourcentage (%) |
|||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Âge (ans) | 248 | 93,6 | |||||
| 18 à 24 | 13 | 4,9 | |||||
| 25 à 34 | 67 | 25,3 | |||||
| 35 à 44 | 67 | 25,3 | |||||
| 45 à 54 | 51 | 19,2 | |||||
| 55 à 64 | 44 | 16,6 | |||||
| 65 à 74 | 6 | 2,3 | |||||
| Absent | 17 | 6,4 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
| Sexe | 248 | 93,6 | |||||
| Femme | 221 | 83,4 | |||||
| Homme | 24 | 9,1 | |||||
| A choisi de ne pas répondre | 3 | 1,1 | |||||
| Absent | 17 | 6,4 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
| Genre | 248 | 93,6 | |||||
| Femme | 220 | 83,0 | |||||
| Homme | 25 | 9,4 | |||||
| Autres | 3 | 1,1 | |||||
| Absent | 17 | 6,4 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
| Province de résidence | 247 | 93,2 | |||||
| Alberta | 30 | 11,3 | |||||
| Colombie-Britannique | 32 | 12,1 | |||||
| Manitoba | 16 | 6,0 | |||||
| Nouveau-Brunswick | 7 | 2,6 | |||||
| Terre-Neuve-et-Labrador | 2 | 0,8 | |||||
| Nouvelle-Écosse | 13 | 4,9 | |||||
| Nunavut | 1 | 0,4 | |||||
| Ontario | 85 | 32,1 | |||||
| Québec | 52 | 19,6 | |||||
| Saskatchewan | 8 | 3,0 | |||||
| Yukon | 1 | 0,4 | |||||
| Sous-total | 247 | 93,2 | |||||
| Absent | 18 | 6,8 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
| Titre du poste | 248 | 93,6 | |||||
| Médecin (M.D.) | 17 | 6,4 | |||||
| Infirmières et infirmiers | 136 | 51,3 | |||||
| Pharmacien | 10 | 3,8 | |||||
| Dentiste | 4 | 1,5 | |||||
| Autres | 81 | 30,6 | |||||
| Absent | 17 | 6,4 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
Sources provenant de médias sociaux sur lesquelles les participants s’appuient pour obtenir des informations crédibles sur les vaccins et la vaccination antigrippale
L’enquête a été réalisée sur Facebook. Cette plateforme est la principale source de médias sociaux sur laquelle la plupart des professionnels de santé interrogés ont déclaré s’appuyer pour trouver des informations crédibles sur les vaccins et la vaccination antigrippale (29,1 %; n = 77) (voir tableau 1). La deuxième source choisie par les participants est « Autres » (28,3 %; n = 75). Twitter est la troisième source de médias sociaux choisie (6,4 %; n = 17).
Formats promotionnels utilisés pour fournir des informations sur la vaccination antigrippale susceptibles d’influencer la prise de décision des professionnels de la santé
Les participants ont été invités à classer une série de formats promotionnels utilisés pour fournir des informations sur la vaccination antigrippale par ordre de probabilité (de « 1 » à « 5 ») d’influencer leur décision, en veillant à ce que deux supports ne reçoivent pas la même note (c.-à-d. que deux formats promotionnels ne pouvaient pas recevoir la même note). Les données ont ensuite été combinées pour déterminer le format promotionnel que chaque participant a classé en premier. Quatre-vingt-neuf participants ont classé les infographies au premier rang des formats les plus influents, ce qui en fait le format le plus fréquemment choisi. Les « autres » sources (p. ex., les articles scientifiques) ont été classées en deuxième position (42 au total), les « vidéos » en troisième position (34 au total) et les « récits » en quatrième position (21 au total) (voir tableau 4).
| Formats promotionnels | Participants classant le format en premier | Pourcentage (%) |
Pourcentage valide (%) |
|---|---|---|---|
| Vidéos | 34 | 12,8 | 17,3 |
| Images | 11 | 4,2 | 5,6 |
| Infographies | 89 | 33,6 | 45,2 |
| Récits/histoires | 21 | 7,9 | 10,7 |
| Autres | 42 | 15,8 | 21,3 |
| Total | 197 | 74,3 | 100,0 |
| Absent | 68 | 25,7 | s.o. |
| Total | 265 | 100,0 | s.o. |
Les autres sources identifiées par les participants comme pouvant influencer leur prise de décision concernant les vaccins et la vaccination antigrippale ont été regroupées en deux catégories principales : les sources scientifiques et les sources non scientifiques. Les sources scientifiques comprenaient des revues scientifiques à comité de lecture, des rapports et des sites web d’organismes gouvernementaux. Les sources non scientifiques comprenaient les médias sociaux, les messages audio et vidéo et les expériences personnelles. La majorité des participants (65,3 %, n = 64) se sont appuyés sur des sources non scientifiques, tandis que 34,5 % (n = 34) se sont appuyés sur des sources scientifiques (voir tableau 2). Parmi les sources non scientifiques, les professionnels de la santé s’appuient principalement sur des informations provenant de divers médias, tels que des diffusions audio, des vidéos et des communiqués de presse (20,3 %; n = 13). Ils s'appuient également sur des informations provenant de leur lieu de travail (14,1 %; n = 9). Enfin, 6,3 % des professionnels de la santé (n = 4) ont déclaré que le matériel promotionnel n’influençait pas leur prise de décision. Ces résultats sont résumés dans le tableau 5. Les thèmes et les catégories sont présentés dans le matériel supplémentaire.
| Sources non scientifiques | N | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Nouvelles | 13 | 20,3 |
| Expérience personnelle | 3 | 4,7 |
| Informations provenant du système de santé | 9 | 14,1 |
| Publications sur les médias sociaux | 2 | 3,1 |
| Annonce non influente | 4 | 6,3 |
| Autres sources non classables | 10 | 15,6 |
| Ne sait pas | 11 | 17,2 |
| Aucune | 12 | 18,8 |
| Total | 64 | 100,0 |
Informations que les professionnels de la santé prennent en compte au cours de leur processus de décision de se faire vacciner contre la grippe
L’information la plus fréquemment recherchée par les professionnels de la santé lorsqu’ils décident de recevoir ou non un vaccin antigrippal est l’efficacité du vaccin (n = 214), suivie par les données des essais cliniques (n = 156). L’information sur les effets secondaires potentiels des vaccins est la troisième option la plus fréquemment choisie (n = 148). Les répondants ont aussi jugé importante la question de savoir qui surveille la sécurité des vaccins (n = 107) et qui la réglemente (n = 107). La façon de minimiser la douleur et la peur liées à l’injection du vaccin n’ont pas reçu un classement élevé (19 au total), pas plus que le calendrier alternatif de vaccination antigrippale (18 au total). Ces résultats sont résumés dans le tableau 6.
| Informations que les professionnels de la santé recherchent pour prendre leurs décisions au cours de leur processus de décision de se faire vacciner contre la grippe | Nombre de répondants (n) |
Pourcentage (%) |
|||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Efficacité des vaccins | 214 | 80,8 | |||||
| Données d’essais cliniques | 156 | 58,9 | |||||
| Effets secondaires potentiels des vaccins | 148 | 55,8 | |||||
| Qui surveille la sécurité des vaccins? | 107 | 40,4 | |||||
| Qui réglemente la sécurité des vaccins? | 107 | 40,4 | |||||
| Comment les vaccins sont testés | 86 | 32,5 | |||||
| Ingrédients des vaccins | 71 | 26,8 | |||||
| Comment minimiser la douleur et la peur liées à l’injection du vaccin | 19 | 7,2 | |||||
| Autres calendriers de vaccination | 18 | 6,8 | |||||
| Ne sait pas/incertain | 11 | 4,2 | |||||
| Remèdes homéopathiques | 2 | 0,8 | |||||
| Total | 265 | 100,0 | |||||
Discussion
L’objectif de cette étude était d'identifier les formats promotionnels et les types d’informations que les professionnels de la santé considèrent au cours de leur processus de décision concernant les vaccins et la vaccination antigrippale. L’étude a révélé que les professionnels de la santé interrogés considéraient les infographies comme le format le plus influent pour les aider à prendre des décisions concernant les vaccins et la vaccination antigrippale. Ils ont également identifié l’efficacité du vaccin comme l’information la plus pertinente pour ce processus.
Une infographie est une représentation visuelle d’un contenu éducatif Footnote 25. Ce format est couramment utilisé pour partager des informations complexes, communiquer des faits scientifiques et favoriser les changements de comportement Footnote 25. Lorsqu’elles sont bien conçues, les infographies peuvent intéresser aussi bien les spécialistes que les profanes Footnote 26. Li et al. suggèrent qu’une infographie bien conçue peut illustrer des concepts, clarifier des modèles de données et procurer un plaisir esthétique. Les infographies visuellement simples, dont le message visuel est ordonné, équilibré et clair, peuvent être plus efficaces pour susciter des changements de comportement que les infographies complexes Footnote 26.
Même si une campagne de vaccination axée sur l’éducation et la promotion de la vaccination antigrippale peut suffire à modifier certaines des idées fausses sous-jacentes sur la grippe et l’utilisation du vaccin, ces informations seules n’entraîneront pas de changements de comportement significatifs Footnote 27. Dans une étude récente visant à analyser les stratégies d’augmentation de la couverture vaccinale chez les travailleurs de la santé, Schumacher et al. Footnote 28 ont noté que, dans les études où la couverture vaccinale initiale était faible, les campagnes de vaccination axées sur l’éducation et la promotion de la vaccination antigrippale n’ont augmenté la couverture vaccinale que de 25 % à 40 %. Ils ont également noté que les aspects éducatifs et promotionnels étaient la base de toutes les campagnes, mais que lorsqu’ils étaient mis en œuvre en tant qu’intervention unique clé, la couverture vaccinale absolue ne dépassait pas 40 %. Ces auteurs suggèrent que les campagnes axées sur l’éducation et la promotion, ou la vaccination sur place devraient être combinées à d’autres approches, telles que les kiosques de vaccination et les incitatifs, afin d’atteindre une couverture vaccinale globale élevée.
L’efficacité des vaccins antigrippaux est la principale information que les professionnels de la santé recherchent lorsqu’ils prennent des décisions concernant les vaccins et la vaccination antigrippale. Chaque année, des chercheurs mènent des études pour déterminer dans quelle mesure ces vaccins protègent contre la grippe. Cependant, les estimations de l’efficacité d’un vaccin antigrippal varient en fonction de la conception de l’étude, des résultats mesurés, de la population étudiée et du type de vaccin antigrippal Footnote 29. L’efficacité du vaccin antigrippal dépend principalement des caractéristiques de la personne vaccinée, telles que l’âge et l’état de santé, et de la correspondance entre le vaccin et les souches virales prévalentes circulant dans la communauté Footnote 29. Elle peut également dépendre des antécédents d’infections d’un individu Footnote 30. L’efficacité du vaccin antigrippal peut donc varier d’une saison à l’autre. Au Canada, le CCNI fournit à l’Agence de la santé publique du Canada des recommandations annuelles concernant l’utilisation des vaccins antigrippaux autorisés Footnote 31. Ces recommandations sont fondées sur des informations actualisées concernant l’épidémiologie de la grippe, les pratiques d’immunisation et les vaccins antigrippaux autorisés et offerts au Canada. Les résultats de l’enquête menée dans le cadre de la présente étude confirment l’importance de partager avec les professionnels de la santé ces informations actualisées sur l’efficacité du vaccin antigrippal et les recommandations qui s’y rapportent. Cependant, les professionnels de la santé doivent être vaccinés au début de la saison grippale, alors que les estimations de l’efficacité du vaccin ne sont pas encore disponibles et ne sont généralement connues qu’après la fin de la saison grippale. Il peut donc être utile de communiquer aux professionnels de la santé des statistiques générales sur l’efficacité du vaccin antigrippal, y compris celles de l’année précédente. Les résultats de l’enquête suggèrent également que l’utilisation d’infographies peut être importante pour communiquer ces informations.
Cette étude a mis en évidence un certain nombre de points forts. Pour autant que l’on sache, cette étude est la première menée au Canada pour déterminer le format et le type d’informations que les professionnels de la santé prennent en compte au cours de leur processus de décision de se faire vacciner contre la grippe. Ainsi, la principale force de cette étude est de contribuer à accroître le corpus de connaissances sur les stratégies visant à augmenter le taux de vaccination antigrippale parmi les professionnels de santé utilisant Facebook. Puisque des professionnels de la santé de tout le pays ont participé à l’étude, la diversité de l’échantillon rend les résultats applicables à divers environnements de soins de santé. L’accent mis par l’étude sur les formats promotionnels et les types d’informations que les professionnels de la santé recherchent lorsqu’ils décident de se faire vacciner contre la grippe confère une valeur concrète à ses résultats, car ils pourraient orienter les décisions liées à l’objectif d’améliorer la vaccination antigrippale parmi les professionnels de la santé.
Limites
L’étude comportait plusieurs limites. Puisque l’étude était en cours au début de la pandémie de COVID-19, les réponses des participants ont pu être influencées par la « fatigue des enquêtes » Footnote 32 en raison de leur participation à de multiples études. Cette lacune a été atténuée en permettant aux participants de réaliser l’étude à leur propre rythme et dans un délai raisonnable.
Les enquêtes sur Facebook elles-mêmes posent des problèmes de fiabilité, notamment en ce qui concerne la participation frauduleuse et l’utilisation de faux courriels par les participants, qui craignent que leurs renseignements personnels soient transmis à des tiers et utilisés à mauvais escient Footnote 33. Il aurait été utile de valider l’identité des participants en faisant correspondre les adresses IP aux provinces ou territoires déclarés afin d’identifier un plus grand nombre de faux courriels.
Les utilisateurs de Facebook peuvent facilement accéder aux opinions des autres utilisateurs. Cela a pu conduire les participants à être influencés par les opinions d’autres personnes. En outre, les participants peuvent avoir répondu en disant ce qu’ils pensaient que les chercheurs voulaient entendre, plutôt que d’exprimer honnêtement leurs propres pensées Footnote 33.
Outre le fait qu’il s’agit d’un petit échantillon d’utilisateurs de plateformes de médias sociaux, la plupart des répondants ont déclaré être des femmes et des infirmières de l’Ontario ou du Québec, ce qui n’est pas représentatif de l’ensemble des professionnels de la santé au Canada. Par conséquent, la représentation limitée de nombreux secteurs de la profession de la santé rend difficile la généralisation des résultats de l’étude à l’ensemble des professionnels de la santé.
Le pourcentage de données manquantes pourrait affecter la généralisation des résultats. Ce biais a été atténué en indiquant à la fois le pourcentage et le pourcentage valide dans les tableaux afin de refléter les données réelles.
Enfin, l’une des limites apparues dans le cadre de ce travail est la difficulté de coder de manière fiable le type de média préféré utilisé dans la communication. Les recherches futures pourraient inclure l’élaboration d’un processus de codage ciblé visant à aborder la question du format préféré pour les communications au cours des interventions Footnote 34.
Conclusion
Les résultats de cette étude suggèrent que les infographies peuvent être une méthode importante pour promouvoir les vaccins et la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé sur Facebook. Ces représentations visuelles devraient se concentrer sur l’efficacité des vaccins afin de répondre aux besoins d’information des professionnels de la santé. Toutefois, comme l’efficacité du vaccin antigrippal peut varier d’une saison à l’autre et que ces informations ne sont disponibles qu’après la saison grippale, il semble important de partager des informations actualisées ou des statistiques générales sur l’efficacité des vaccins antigrippaux et les recommandations avec les professionnels de la santé lors de la conception d’infographies. Les prochaines étapes consisteront à concevoir une campagne de marketing axée sur l’efficacité des vaccins, en utilisant des infographies comme format promotionnel. À l’issue de la campagne de marketing, il sera possible de mesurer les connaissances, les attitudes et les perceptions des professionnels de la santé à l’égard du vaccin et de la vaccination antigrippale, ce qui permettra d’évaluer l’efficacité de la campagne de marketing social en ce qui concerne l’utilisation des infographies en tant qu’outil de communication.
Déclaration des auteurs
M. T. D. — Conceptualisation, méthodologie, analyse des données, rédaction de la version originale, rédaction–révision et édition
K. O. — Conceptualisation, obtention des fonds, supervision, méthodologie, analyse des données, rédaction–révision et édition
L. M. B. — Conceptualisation, obtention des fonds, supervision, méthodologie, analyse des données, rédaction–révision et édition
B. G. — Conceptualisation, supervision, méthodologie, analyse des données, validation, visualisation, rédaction–révision et édition
Le contenu de cet article et les opinions qui y sont exprimées n’engagent que les auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux du gouvernement du Canada.
Intérêts concurrents
Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts.
Identifiants ORCID
Mylène Tantchou Dipankui — 0009-0002-4393-9360
Kieran O’Doherty — 0000-0002-9242-2061
Lucie Marisa Bucci — 0000-0003-2713-0975
Remerciements
Nous remercions Danielle Macpherson, Ruotian Xu et Emma Mallach pour leur contribution au processus de collecte des données. Nous tenons également à exprimer notre gratitude à tous les professionnels de la santé qui ont répondu à cette enquête pendant une période difficile.
Financement
Ce projet a été soutenu par Mitacs et l’Association canadienne de santé publique.
Appendice
Du matériel supplémentaire est disponible sur demande auprès de l’auteur : mtantcho@uoguelph.ca
Matériel supplémentaire A : Enquête sur Facebook sur la vaccination antigrippale auprès des professionnels de la santé

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