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Suivi des priorités du Canada en matière de recherche et de développement de vaccins de 2015

RMTC

Volume 52-3, mars 2026 : Sécurité des vaccins : adoption et hésitation

Aperçu

Suivi des priorités du Canada en matière de recherche et de développement de vaccins de 2015 : où en sommes-nous dix ans plus tard?

Nasheed Moqueet1, Kyle Lago1, Serena Cortés-Kaplan1, Harsimrat Birdi1, Shalini Desai1, Alisha Gauhar1, Bryna Warshawsky1,2, Matthew Tunis1, Krista Wilkinson1

Affiliations

1 Centre pour la surveillance et les programmes d’immunisation, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON

2 Département d’épidémiologie et de biostatistique, Université Western, London, ON

Correspondance

nasheed.moqueet@phac-aspc.gc.ca

Citation proposée

Moqueet N, Lago L, Cortés-Kaplan S, Birdi H, Desai S, Gauhar A, Warshawsky B, Tunis M, Wilkinson K. Suivi des priorités du Canada en matière de recherche et de développement de vaccins de 2015 : où en sommes-nous dix ans plus tard? Relevé des maladies transmissibles au Canada 2026;52(3):104–13. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i03a05f

Mots-clés : vaccins humains, maladies infectieuses, recherche et développement de vaccins, R-D, Canada, santé publique, ordre de priorité

Résumé

Contexte : En 2015, l’Agence de la santé publique du Canada (l’Agence) a défini un ensemble de priorités pour la recherche et le développement (R-D) de vaccins nouveaux et améliorés destinés aux humains et aux animaux. Trente agents pathogènes humains ont été regroupés en fonction du délai de mise au point du vaccin (court : 0 à 6 ans; moyen : 7 à 12 ans; long : 13 ans ou plus) et classées par ordre de priorité en matière de R-D (élevée, moyenne, faible).

Objectif : Caractériser la voie de développement d’un vaccin pour ces 30 agents pathogènes afin d’éclairer la mise à jour des priorités de l’Agence en matière de R-D sur les vaccins pour 2025.

Méthodes : Pour chaque agent pathogène, nous avons effectué une recherche ciblée sur les vaccins homologués au Canada depuis 2015 en utilisant la base de données sur les produits pharmaceutiques de Santé Canada et le Guide canadien d’immunisation, ainsi que sur les candidats faisant l’objet d’essais cliniques dans le registre ClinicalTrials.gov (date d’achèvement principale du 1er mai 2015 ou une date ultérieure). Les résultats de la recherche ont été téléchargés et filtrés par statut, phase et type d’étude. Pour certains agents pathogènes, nous avons effectué des recherches supplémentaires dans la littérature publiée (PubMed) et la littérature grise (autres registres d’essais, communiqués de presse de l’industrie et recherches sur le Web).

Résultats : Sept agents pathogènes avaient au moins un vaccin nouvellement homologué depuis 2015 : trois des 13 agents hautement prioritaires (grippe, n = 4; Streptococcus pneumoniae, n = 2; virus respiratoire syncytial, n = 3); deux des huit agents pathogènes moyennement prioritaires (zona, n = 1; méningocoque du sérogroupe B, n = 1); et deux des neuf agents pathogènes faiblement prioritaires (dengue, n = 2; papillomavirus humain, n = 1). Dix-neuf agents pathogènes n’avaient pas de vaccin homologué au Canada ou ailleurs, bien que cinq d’entre eux aient des candidats en phase 3 d’essai (Clostridioides difficile, Neisseria gonorrhoeae, Borrelia burgdorferi, norovirus et cytomégalovirus).

Conclusion : Bien que certains des agents pathogènes figurant sur la liste de 2015 disposent désormais de vaccins homologués ou de candidats en phase avancée de mise au point clinique, d’importantes lacunes subsistent et elles seront prises en compte lors de la mise à jour de l’Agence sur la R-D en matière de vaccins en 2025.

Introduction

En 2015, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC, l’« Agence ») a publié un ensemble de priorités pour la recherche et le développement (R-D) axés sur des vaccins nouveaux et améliorés destinés aux humains et aux animaux Footnote 1. L’Agence a consulté des groupes d’experts dans le cadre d’un processus en trois étapes afin d’établir une liste finale d’agents pathogènes ou de maladies (« agents pathogènes ») de priorité faible, moyenne et élevée pour la R-D sur les vaccins, en fonction de leur impact sur la santé publique dans le contexte canadien et dans le cadre des délais probables de mise en marché d’un vaccin.

Depuis 2015, des avancées significatives en matière de technologie et de science des données ont permis de réaliser des progrès substantiels dans le développement de vaccins. La pandémie de COVID-19 a encore accéléré la mise au point de vaccins en permettant l’adoption généralisée de la technologie des vaccins à ARNm, tout en soulignant la nécessité de renforcer toutes les étapes du cycle de vie des vaccins Footnote 2. En outre, la pandémie a démontré qu’avec des ressources adéquates et des efforts coordonnés, les délais de développement des vaccins peuvent être considérablement réduits Footnote 3. Au cours de la période pandémique entre 2020 et 2024, 45 vaccins ont été homologués au Canada (dont 30 pour les vaccins contre la COVID-19), ce qui est considérablement plus élevé par rapport aux décennies précédentes (2000–2009, 31 homologations; 2010–2019, 34 homologations) Footnote 4. Il n’est pas clair si de tels délais sont viables dans un contexte non urgent.

Compte tenu de l’évolution considérable du milieu vaccinal, les progrès réalisés dans la mise au point de vaccins ont été examinés pour les 30 agents pathogènes humains figurant sur la liste des priorités de R-D de 2015, dont la majorité (n = 21, 70 %) n’avait pas de vaccin homologué au Canada en 2015. Un examen plus détaillé a été réalisé pour les vaccins ciblant des agents pathogènes hautement prioritaires, ainsi que pour ceux qui se trouvent à des stades avancés d’essais cliniques (c.-à-d., en phase 3) pour des agents pathogènes moyennement et faiblement prioritaires. La mise en correspondance des agents pathogènes désignés comme prioritaires en 2015 avec le paysage des vaccins actuel a pour principaux objectifs de générer des données probantes pour éclairer la mise à jour des priorités de l’Agence en matière de R-D sur les vaccins de 2025 et fournir une orientation stratégique aux chercheurs engagés dans les différentes phases du cycle de vie de la recherche.

Méthodes

Tout d’abord, les vaccins homologués au Canada pour chaque agent pathogène humain ont été identifiés à l’aide du Guide canadien d’immunisation Footnote 5 (ils sont mentionnés dans la section « Préparations autorisées au Canada ») et de la Base de données des produits pharmaceutiques de Santé Canada Footnote 6. Ensuite, pour les agents pathogènes pour lesquels il n’existe pas de vaccins homologués au Canada, le registre des essais cliniques des États-Unis, ClinicalTrials.gov Footnote 7, a été consulté pour trouver des candidats vaccins encore en cours d’essai. Des recherches ciblées dans la littérature publiée ont également été effectuées dans PubMed, ainsi que des recherches dans la littérature grise dans d’autres bases de données et dans certains registres d’essais cliniques. Des détails sur les sources de données, les paramètres de recherche et les dates limites sont fournis dans l’appendice, le tableau A1 Footnote 8.

Résultats

Depuis 2015, deux agents pathogènes (le virus respiratoire syncytial [VRS] et le virus de la dengue) de la liste de R-D de 2015, qui n’avaient pas de vaccin homologué, ont eu des vaccins nouvellement homologués pour l’usage humain, bien que seuls les vaccins contre le VRS aient été homologués au Canada. Selon les renseignements accessibles au public en date d’avril-mai 2024, 19 agents pathogènes n’avaient pas de vaccin homologué au Canada ou ailleurs, bien que cinq d’entre eux aient des candidats en phase 3 d’essai (Clostridioides difficile, Neisseria gonorrhoeae, Borrelia burgdorferi, norovirus et cytomégalovirus [CMV]). La figure 1 fait le point sur les 30 agents pathogènes humains à l’étape de recherche la plus récente réalisée en 2024, tandis que la figure 2 met en évidence les répercussions possibles de cette progression sur la R-D tout au long du cycle de vie de la recherche. Les sections suivantes fournissent également des résumés complets des candidats les plus avancés pour les agents pathogènes hautement prioritaires qui n’avaient pas de vaccin homologué au Canada en 2015. Pour les agents pathogènes moyennement et faiblement prioritaires, une vue d’ensemble détaillée est fournie pour les vaccins candidats de phase 3 ou nouvellement homologués uniquement. De brèves mises à jour sur tous les agents pathogènes pour lesquels il existe des vaccins homologués en 2015 sont fournies dans l’appendice Footnote 8.

Figure 1 : Situation en matière de développements de vaccins pour tous les agents pathogènes humains de la liste de recherche et développement de 2015 en date de 2024Footnote aFootnote bFootnote cFootnote dFootnote e
Figure 1. La version textuelle suit
Figure 1 : Équivalent textuel

Cette figure montre l’étape finale du développement d’un vaccin pour tous les agents pathogènes humains de la liste de recherche et développement (R-D) de 2015 en date de 2024. L’état le plus récent est indiqué par des boîtes de couleur par agent pathogène, divisées par les stades d’essai clinique (préclinique, phase 1, phase 2, phase 3 ou autorisé). Les agents pathogènes indiqués en gras sont ceux pour lesquels il n’existe pas de vaccins autorisés en 2024 et qui pourraient donc figurer sur la liste actualisée de 2025.

 

Figure 2 : Les agents pathogènes humains de la liste de recherche et développement de 2015 sont regroupés par stade de développement de vaccin le plus avancé afin d’orienter les futurs efforts de recherchesFootnote aFootnote bFootnote cFootnote dFootnote eFootnote f
Figure 2. La version textuelle suit
Figure 2 : Équivalent textuel

Cette figure regroupe les agents pathogènes humains de la liste de recherche et développement (R-D) de 2015 en fonction de leur dernière étape de développement de vaccins dans l’ensemble du spectre de la recherche, allant de la recherche fondamentale à la mise en œuvre de programmes. L’objectif est de fournir un cadre thématique pour aider à orienter la priorisation stratégique et éclairer les futurs efforts de recherche et développement sur les vaccin Les questions spécifiques de R-D, les rôles des intervenants et les plans d’étude varient souvent ou se chevauchent en fonction de facteurs propres aux vaccins et aux agents pathogènes.

Pathogènes hautement prioritaires : aperçu

Sur les 13 agents pathogènes prioritaires de la liste de 2015, parmi ceux dont les vaccins sont déjà homologués au Canada, il y a eu de nouvelles approbations pour la grippe et Streptococcus pneumoniae, des candidats de phase 3 pour la tuberculose (TB) et des changements d’étiquette pour Bordetella pertussis. En outre, le VRS, pour lequel il n’existait pas de vaccin en 2015, a reçu sa première homologation au Canada en 2023. Parmi les huit pathogènes hautement prioritaires restants, deux avaient au moins un candidat en phase 3 (C. difficile, N. gonorrhoeae), trois étaient en phase 2 (Staphylococcus aureus, VIH, vaccin universel contre la grippe) et trois étaient en phase 1 (streptocoque du groupe A, hépatite C, Chlamydia trachomatis) (figure 1).

Les détails des candidats les plus avancés sont décrits ci-dessous pour les neuf pathogènes hautement prioritaires pour lesquels aucun vaccin n’a été homologué en 2015. Des informations complémentaires sur tous les agents pathogènes hautement prioritaires sont disponibles en appendice Footnote 8.

Pathogènes hautement prioritaires : situation de ceux qui n’ont pas reçu les vaccins homologués en 2015 au Canada

Virus respiratoire syncytial (VRS) : Trois vaccins contre le VRS ont été homologués depuis 2015 : deux vaccins sous-unitaires contenant une confirmation de préfusion stabilisée de la glycoprotéine F du VRS (ABRYSVO® par Pfizer et AREXVY® par GlaxoSmithKline [GSK]); et un vaccin à ARNm codant pour la glycoprotéine F du VRS (mRESVIA® par Moderna). Au Canada, les trois vaccins ont été homologués pour les personnes âgées afin de prévenir les maladies des voies respiratoires inférieures associées au VRS, tandis qu’ABRYSVO a également été homologué pour les personnes enceintes afin de protéger les nourrissons de la naissance à l’âge de six mois contre les maladies des voies respiratoires inférieures associées au VRS.

Clostridioides difficile : Un candidat vaccin à base de toxoïde contre le C. difficile a été testé dans le cadre d’un essai de phase 3 chez des personnes âgées (NCT03579459, NCT03090191, NCT03918629). Dans les données les plus récentes, le PF-06425090 de Pfizer n’a pas atteint son principal critère d’efficacité (prévention de la primo-infection à C. difficile), bien que le candidat ait été jugé sûr et bien toléré et qu’il ait montré un avantage clinique potentiel en réduisant les conséquences graves telles que l’infection à C. difficile nécessitant une intervention médicale Footnote 9. Pfizer évalue actuellement les prochaines étapes pour ce vaccin Footnote 10.

Neisseria gonorrhoeae : Nous avons identifié deux plateformes pour les candidats vaccins contre N. gonorrhoeae qui font actuellement l’objet d’essais actifs de phase 3 Footnote 8. Mis au point par GSK à l’aide d’une plateforme basée sur les modules généralisés pour les antigènes membranaires (GMMA), NgG est le seul candidat pour cibler spécifiquement N. gonorrhoeae, car tous les autres essais visent à déterminer si un vaccin existant contre le méningocoque B, 4CMenB (Bexsero), est efficace pour prévenir l’infection à N. gonorrhoeae. NgG fait actuellement l’objet d’essais de phase 1 et 2 (NCT05630859) et est testé chez des adultes en bonne santé âgés de 18 à 50 ans. Un essai de phase 2 de Bexsero (NCT04722003) est mené sur des adultes de sexe masculin et féminin, tandis que tous les autres essais (NCT04415424, NCT05294588, NCT05766904) sont soumis à des restrictions liées au sexe/genre, impliquant uniquement des hommes, des personnes non binaires, des femmes transgenres ou des personnes assignées à un sexe masculin à la naissance. Les deux essais de phase 3 de Bexsero (NCT04415424, NCT05766904) devaient s’achever en 2025.

Vaccin universel contre la grippe : Cinq vaccins universels contre la grippe candidats (OVX836, construction de l’hémagglutinine chimérique [HA], M2SR, INFLUENZA G1 et FLU-v) répondant à nos critères d’admissibilité avaient terminé les essais de phase 2. OVX836, développé par Osivax, est un nouveau vaccin universel recombinant candidat contre la grippe basé sur une plateforme de nanoparticules qui cible la nucléoprotéine interne. Dans son essai de phase 2 (NCT05060887), OVX836 s’est avéré sûr et bien toléré, suscitant des réponses immunitaires humorales et cellulaires spécifiques des nucléoprotéines et un signal préliminaire de protection contre la grippe Footnote 11. La construction chimérique HA et M2SR reposent toutes deux sur des plateformes basées sur le virus de la grippe et ont terminé les essais de phase 2 chez des adultes en bonne santé (EudraCT 2017-001584-20, EudraCT 2017-004971-30, respectivement), tout comme INFLUENZA G1 (NCT05901636) et FLU-v (NCT03180801, NCT02962908), qui utilisent tous deux des plateformes recombinants. Bien que les résultats de certains de ces essais soient encore rapportés, les activités futures et la progression vers les essais de phase 3 ne sont pas connues.

Staphylococcus aureus : Au cours de la dernière décennie, plusieurs candidats utilisant diverses plateformes et des antigènes de S. aureus ont été testés, mais aucun n’a été homologué avec succès. En mai 2024, deux vaccins candidats ont atteint la phase 2 dans différents contextes et pour différents résultats : rFSAV, un vaccin recombinant à cinq antigènes a été testé chez des patients en chirurgie élective en Chine (Chi CTR2200066259) Footnote 12 après avoir terminé les essais de phase 1 (NCT02804711 et NCT03966040); et Biomed rTSST-1, un vaccin recombinant contre la variante de la toxine-1 du syndrome de choc toxique, a terminé son essai de phase 2 en janvier 2021 chez des adultes en bonne santé pour la prévention du syndrome de choc toxique staphylococcique (NCT02814708) Footnote 13. Les deux vaccins se sont révélés sûrs, bien tolérés et immunogènes dans les populations cibles, bien que les activités d’essai futures ne soient pas claires.

Virus de l’immunodéficience humaine (VIH) : Sur les 66 essais potentiels identifiés à partir de la recherche générale et ciblée de candidats vaccins contre le VIH, seuls deux ont été jugés pertinents et tous deux se trouvaient à des stades très précoces (phase 1/2a) d’essais chez les adultes. L’étude HIV-CORE0051, qui utilise un insert d’épitope de cellule T chimérique (immunogène à cellules T HIVACAT ou HTI) avec l’administration séquentielle d’un vecteur adénoviral de chimpanzé défectueux sur le plan de la réplication (ChAdOx1) et d’un vecteur Ankara vaccinia modifié (MVA), a achevé la phase 1/2a en août 2022 (NCT04563377). Le VIR–1388 (NCT05854381), qui utilise un vecteur CMV, sera testé dans des essais de phase 1 chez les adultes vivant avec un CMV asymptomatique. Deux autres candidats (Ad26.Mos4.HIV, ALVAC-HIV), testés chez des adultes en bonne santé dans le cadre d’essais de phase 2b/3, ont été interrompus parce qu’ils ne protégeaient pas contre l’acquisition du VIH Footnote 14Footnote 15.

Chlamydia trachomatis : C. trachomatis, qui était au stade préclinique en 2015, comptait un candidat, CTH522, qui a terminé la phase 1 des essais (NCT02787109) chez des femmes adultes âgées de 18 à 45 ans. Un vaccin à sous-unité protéique recombinante, le CTH522, a été testé pour son innocuité et son immunogénicité sous forme de vaccin sans adjuvant ou avec adjuvant (avec adjuvant liposomal cationique au CAF01 ou hydroxyde d’aluminium). Les deux formes avec adjuvant se sont révélées sécuritaires, bien tolérées et immunogènes, bien que le CTH522/CAF01 ait un meilleur profil d’immunogénicité Footnote 16. Les projets d’essais et de développement futurs ne sont pas clairs.

Virus de l’hépatite C (VHC) : Le virus de l’hépatite C, qui avait des candidats en phase 2 en 2015, n’avait qu’un seul candidat qui répond à nos critères d’admissibilité. AdCh3NSmut/MVA-NSmut a terminé des essais de phase 1 dans diverses populations à l’étude (NCT02568332, NCT02362217, NCT03688061, NCT01296451). Ce vaccin a utilisé un schéma vaccinal séquentiel hétérologue à primovaccination et rappel basé sur un vecteur adénoviral du chimpanzé défectueux réplicatif et un vecteur MVA codant des protéines non structurales (NS3, NS4, NS5A et NS5B) du génotype-1b du VHC. Dans son essai de phase 1, AdCh3NSmut/MVA-NSmut a généré des niveaux très élevés de cellules T CD8+ et CD4+ spécifiques du VHC ciblant de multiples antigènes du VHC Footnote 17; cependant, les résultats d’un essai de phase 2 chez des personnes s’injectant des drogues (NCT01436357) n’ont pas permis de démontrer une protection contre l’infection chronique par le VHC, bien qu’il y ait eu des preuves virologiques d’un contrôle partiel du VHC chez les personnes vaccinées (c.-à-d. des niveaux maximums d’ARN du VHC plus faibles pendant l’infection aiguë chez les personnes vaccinées que chez les personnes ayant reçu le placebo) Footnote 18. Les futures activités de test liées à AdCh3NSmut/MVA-NSmut ne sont pas claires.

Streptocoque du groupe A : En mai 2024, trois vaccins candidats contre le streptocoque du groupe A avaient fait l’objet d’essais de phase 1 chez des adultes en bonne santé, tous ciblant des antigènes de la protéine M, un facteur de virulence essentiel. StreptAnova est un vaccin recombinant à 30 valences ciblant les protéines M présentes à la surface de 30 sérotypes de streptocoques du groupe A. Dans un essai de phase 1 mené à l’Université Dalhousie (NCT02564237), StreptAnova a été bien toléré et immunogène et n’a pas provoqué d’anticorps auto-immuns ou de réactions croisées Footnote 19. Un autre candidat, MJ8VAX, a également démontré son innocuité et son immunogénicité dans son essai de phase 1 (ACTRN12613000030774) Footnote 20, tandis que le statut de l’essai de phase 1 d’un candidat apparenté, P* 17/S2 combivax, est indiqué comme « actif, pas de recrutement » (NCT04882514) avec une date d’achèvement estimée à décembre 2025.

Agents pathogènes moyennement prioritaires : candidats subissant un examen de phase 3

Six agents pathogènes de priorité moyenne n’avaient pas de vaccins homologué en 2015 et, parmi eux, deux (B. burgdorferi et norovirus) ont progressé jusqu’aux essais de phase 3.

Borrelia burgdorferi (maladie de Lyme) : VLA15, un vaccin à protéine recombinante de Pfizer et Valneva, cible six sérotypes de B. burgdorferi et fait actuellement l’objet d’un essai de phase 3 chez des participants âgés de cinq ans et plus en Amérique du Nord et en Europe dans les régions où la maladie de Lyme est très endémique (NCT05477524). L’innocuité de ce vaccin est également testée séparément dans un essai de phase 3 chez des enfants en bonne santé âgés de 5 à 17 ans aux États-Unis (NCT05634811).

Norovirus : Sur les six candidats vaccins uniques contre le norovirus qui répondaient à nos critères d’admissibilité, deux ont le plus progressé et sont testés dans des populations d’enfants en bas âge. HIL-214 a utilisé une formulation bivalente à 2 doses de particules pseudo‑virales et subit des tests de phase 2b/3 (NCT05281094) chez les enfants âgés de cinq mois, tandis qu’un autre candidat, le vaccin bivalent humain Norovirus (G I.1/G II.4), un vaccin recombinant bivalent, est en phase 3 (NCT05916326) chez les enfants âgés de 6 mois à 13 ans.

Agents pathogènes faiblement prioritaires : nouvelles homologations ou tests de phase 3

Six des agents pathogènes peu prioritaires n’avaient pas de vaccins homologués en 2015 et, parmi ceux-ci, deux ont progressé, soit en recevant une homologation dans d’autres territoires de compétence à l’étranger (p. ex., la dengue), soit en atteignant les essais de phase 3 (p. ex., le CMV).

Les vaccins contre la dengue qui ont été homologués à l’étranger comprennent le Dengvaxia® de Sanofi, approuvé aux États-Unis en 2019 Footnote 21 et le Qdenga® de Takeda, qui a été homologué dans l’Union européenne en 2022 Footnote 22. Ces deux vaccins sont conçus pour protéger contre les quatre sérotypes du virus de la dengue (DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4). Toutefois, les tranches d’âge autorisées diffèrent; Qdenga est indiqué pour les personnes âgées de quatre ans et Dengvaxia pour celles âgées de neuf ans et plus. Dengvaxia n’est pas non plus recommandé pour les personnes qui n’ont jamais reçu de vaccin contre la dengue, tandis que Qdenga peut être administré sans tenir compte des antécédents d’infection ou d’exposition.

Pour le CMV, seul le candidat ARNm de Moderna, mRNA-1647, a atteint la phase 3 des essais (NCT05085366), bien que plusieurs autres vaccins candidats en soient à des phases antérieures de développement. L’innocuité, l’immunogénicité et l’efficacité de mRNA-1647 ont été testées dans la prévention de la primo-infection par le CMV chez des femmes en bonne santé âgées de 16 à 40 ans.

Discussion

La mise au point de vaccins a été suivie pour les 30 agents pathogènes humains figurant sur la liste de R-D de l’Agence en 2015 en raison de la charge de morbidité qui leur est associée, de leur impact sur la santé publique ou des préoccupations liées à la résistance aux antimicrobiens. Entre 2015 et 2024, deux agents pathogènes (le VRS et la dengue) ont reçu leur toute première homologation de mise en marché d’un vaccin (le VRS au Canada et la dengue dans certains autres pays); cependant, 19 agents pathogènes n’ont toujours pas de vaccin homologué au Canada ou dans le monde, ce qui souligne les lacunes persistantes dans la recherche et le développement de vaccins. Malgré le nombre limité de nouvelles homologations pour les agents pathogènes figurant sur la liste des priorités de R-D de 2015, des progrès ont été observés pour cinq agents pathogènes (C. difficile, N. gonorrhoeae, B. burgdorferi, norovirus et cytomégalovirus) qui en sont maintenant aux essais de phase 3.

La progression à travers les phases cliniques n’est pas linéaire. Bien que des progrès aient été constatés pour plusieurs agents pathogènes hautement prioritaires pour lesquels il n’existait pas de vaccin en 2015 (VRS, C. trachomatis, N. gonorrhoeae), quatre d’entre eux ont en fait régressé (c.-à-d. qu’ils se trouvaient dans une phase clinique plus précoce en 2024 qu’en 2015 : streptocoque du groupe A, VIH, hépatite C et universel contre la grippe). Parmi ceux-ci, le VIH et la grippe (universel) étaient en phase 3 en 2015, mais avaient reculé à la phase 2 en 2024, tandis que le streptocoque du groupe A et l’hépatite C étaient en phase 2 en 2015, mais en phase 1 en 2024. Il est possible que certains candidats vaccins identifiés dans le présent document n’avancent pas plus loin dans le pipeline; cependant, malgré l’absence de progrès dans l’approbation des vaccins pour certains agents pathogènes hautement prioritaires depuis 2015, il y a eu d’autres réalisations notables non vaccinales dans la prévention et le contrôle des maladies, en particulier pour les populations prioritaires à haut risque, telles que la chimioprophylaxie pour le VIH Footnote 23Footnote 24Footnote 25, C. trachomatis Footnote 26 et N. gonorrhoeae Footnote 26 et des traitements hautement curatifs avec des schémas plus courts pour l’hépatite C Footnote 27.

Le paysage canadien de la R-D sur les vaccins est complexe et multiforme, et nécessite des efforts coordonnés entre les différents intervenants en fonction du stade de développement. Afin d’orienter les futurs efforts de recherche, les agents pathogènes ont été regroupés en fonction de leur dernier stade de développement. Il convient de noter que depuis que les essais sur les humains ont commencé, seuls 33,4 % des candidats ont été homologués avec succès Footnote 28, le risque d’échec le plus élevé (« vallée de la mort ») se situent entre les phases 2 et 3 Footnote 29Footnote 30, lorsque les résultats primaires dépassent l’innocuité et l’immunogénicité (objet de la phase 2) pour inclure l’efficacité sur des populations d’étude plus importantes (phase 3). Les agents pathogènes situés aux extrémités opposées du spectre de développement nécessitent des approches de recherche et des intervenants distincts. Les candidats précliniques ont besoin de recherches scientifiques fondamentales en milieu universitaire pour établir des modèles animaux et déterminer des cibles de vaccins, tandis que les candidats de la phase 3 nécessitent de grands essais cliniques pour l’approbation réglementaire, la surveillance post-commercialisation continue et la recherche appliquée sur la mise en œuvre pour les autorités provinciales et territoriales (les détails du contexte, des intervenants et le type de questions à aborder sont présentés dans la figure 2 et dans ses notes de bas de page). Selon ce raisonnement, sept agents pathogènes peuvent être classés comme nécessitant une concentration sur la recherche clinique et appliquée avancée parce qu’ils ont des candidats en essai de phase 3 ou qu’ils ont obtenu récemment de nouvelles homologations, ainsi que neuf autres agents pathogènes qui avaient des vaccins existants en 2015. À l’autre extrémité du cycle de vie de la recherche, il y a ceux qui conviennent le mieux pour mettre l’accent sur la recherche fondamentale ou les thérapies alternatives ou les mesures de contrôle, ce qui comprend les quatre agents pathogènes de priorité moyenne ou faible qui n’avaient aucun candidat lors des essais cliniques (c.-à-d. qui étaient au stade préclinique) : Haemophilus influenzae de type non b; Pseudomonas aeruginosa; Enterococcus résistant à la vancomycine; et parvovirus B19 (figure 1 et figure 2). Il convient de noter que pour tous les agents pathogènes hautement prioritaires, au moins un candidat vaccin faisait l’objet d’essais cliniques actifs (à partir de la phase 1).

Points forts et limites

Les points forts de cette étude comprenaient une recherche approfondie et reproductible des sources de données les plus pertinentes pour le contexte canadien (registres ou bases de données du Canada, ou ceux des États-Unis ou d’autres milieux semblables à revenu élevé) complétée par une recherche ciblée dans la littérature et les rapports publiés. Les résultats du contrôle de la qualité et l’examen minutieux de plusieurs sources de données ont également permis de garantir l’exactitude et l’exhaustivité des résultats finaux. Néanmoins, étant donné que les registres des essais reposent sur l’autodéclaration des enquêteurs et que les résultats sont limités par les paramètres de recherche spécifiques appliqués, il est possible que des candidats inclus dans les résultats finaux aient été abandonnés ou ne progressent pas davantage, ou que des essais pertinents aient été enregistrés après les dates de recherche.

Ces limites inhérentes aux recherches transversales dans les registres sont partiellement compensées par l’approche de surveillance continue de multiples sources de données (rapports, registres, communiqués de presse et littérature publiée) pour les agents pathogènes prioritaires afin d’éclairer la mise à jour de la R-D pour 2025. L’exigence des organismes de réglementation (Santé Canada, Food and Drug Administration des États-Unis) d’enregistrer les essais sur les vaccins avant d’examiner la demande d’homologation permet également de s’assurer que tout progrès important pour nos agents pathogènes d’intérêt sera consigné. Il convient de noter que, comme ce travail est très spécifique au contexte canadien, les principaux jalons internationaux (p. ex., vaccins contre la malaria) n’ont pas été saisis. Enfin, bien que l’initiative de R-D de 2015 mentionne certains agents pathogènes ayant un potentiel pandémique ou d’éclosion (p. ex., la grippe, soit comme vaccin antigrippal universel ou grippe porcine A), d’autres, comme mpox et le SRAS-CoV-2, n’ont pas été mentionnés parce qu’ils ont causé des éclosions généralisées après la publication de la liste.

Conclusion

Cette étude a permis de décrire et de suivre les progrès réalisés dans la mise au point d’un vaccin contre les agents pathogènes dans la liste canadienne de R-D de 2015, en veillant à ce que la mise à jour de 2025 s’appuie sur les leçons du passé plutôt que de recommencer à zéro. Même si certains des agents pathogènes ont maintenant des vaccins ou des candidats homologués à un stade avancé de développement clinique, d’importantes lacunes persistent, ce qui éclairera la mise à jour de l’Agence sur la recherche et le développement sur les vaccins en 2025 et aura des répercussions potentielles pour les chercheurs participant à différentes phases du cycle de vie de la recherche.

Déclaration des auteurs

N. M. — Conceptualisation, conservation des données, méthodologie, supervision, visualisation, validation, rédaction de la version originale, révision et édition
K. L. — Conceptualisation, conservation des données, méthodologie, enquête, analyse formelle, validation, rédaction de la version originale
S. C. K. — Conservation des données, enquête, analyse formelle, validation, rédaction de la version originale, révision et édition
H. B. — Validation, rédaction de la version originale, révision et édition
S. D. — Validation, visualisation, rédaction de la version originale, révision et édition
A. G. — Collecte de données, rédaction–révision et édition
B. W. — Validation, visualisation, rédaction de la version originale, révision et édition
M. T. — Validation, rédaction–révision et édition
K. W. — Conceptualisation, méthodologie, validation, rédaction de la version originale, rédaction–révision et édition

Intérêts concurrents

Aucun.

Identifiants ORCID

Nasheed Moqueet — 0000-0001-9123-482X
Harsimrat Birdi — 0000-0001-9896-1499
Alisha Gauhar — 0009-0001-2406-8988
Bryna Warshawsky — 0000-0001-9870-1531

Remerciements

Aucun.

Financement

Ce travail a été soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada.

Appendice

Supplemental matDu matériel supplémentaire est disponible sur demande auprès de l’auteur : nasheed.moqueet@phac-aspc.gc.ca ou via le link inclus dans la référence 8 (en anglais seulement).

Creative Commons License
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2026-03-26

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