Home About Us Services ↳ Canada PR Visa (Permanent Residency) ↳ Work Permit Canada ↳ LMIA — Labour Market Impact Assessment ↳ Spouse & Family Sponsorship Visa ↳ Student Visa Canada ↳ Visitor Visa ↳ Business Visa Provinces ↳ 🏙️ Ontario ↳ 🏔️ British Columbia ↳ 🌾 Alberta ↳ 🌻 Saskatchewan ↳ 🌊 Manitoba ↳ ⚓ Nova Scotia ↳ 🍁 New Brunswick ↳ 🦞 Prince Edward Island ↳ 🐟 Newfoundland & Labrador ↳ 🌊 Atlantic Immigration Program Healthcare Blog FAQ Careers Canadian Latest policies Contact

Résultats de l’enquête Tracks sur les infections transmises sexuellement et par le sang ainsi que sur les facteurs associés chez les personnes 2E/GBTQ+ au Canada

RMTC

Volume 52-10, octobre 2026 : ITSS chez les populations clés

Rapport d’enquête

Résultats de l’enquête Tracks sur les infections transmises sexuellement et par le sang ainsi que sur les facteurs associés chez les personnes bispirituelles, les hommes gais, bisexuels, trans et queers, ainsi que les personnes non binaires (2E/GBTQ+) au Canada, 2024

Megan Butler1, Nathan Lachowsky2,3,4, Benjamin Klassen2, Elsie Wong1, Herak Apelian1, Tyrone Curtis3, Kimia Rohani3, Anthony Amato3,4, Catherine Card5, Sandra Kiazyk5, Joseph Cox1,6, Josephine Aho1

Affiliations

1 Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa, ON

2 Centre de recherche communautaire, Vancouver, BC

3 École de santé publique et de politique sociale, Université de Victoria, Victoria, BC

4 Faculté des sciences humaines et de la santé, Université du Nord de la Colombie-Britannique, Prince George, BC

5 Direction générale du Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada, Winnipeg, MB

6 Département d'épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail, Université McGill, Montréal, QC

Correspondance

josephine.aho@phac-aspc.gc.ca

Citation proposée

Butler M, Lachowsky NJ, Klassen BJ, Wong E, Apelian H, Curtis TJ, Rohani K, Amato AT, Card C, Kiazyk S, Cox J, Aho J. Résultats de l'enquête Tracks sur les infections transmises sexuellement et par le sang ainsi que sur les facteurs associés chez les personnes bispirituelles, les hommes gais, bisexuels, trans et queers, ainsi que les personnes non binaires (2E/GBTQ+) au Canada, 2024. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2026;52(10):447–63. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i10a04f

Mots-clés : VIH, infections transmises sexuellement et par le sang, enquête Tracks, Sexe au présent, gbHARSAH, personnes bispirituelles, hommes trans, personnes non binaires, PPrE au VIH

Résumé

Contexte : Les données sur la santé de la population sont rares pour les communautés présentant une diversité sexuelle et de genre, qui sont touchées de manière disproportionnée par les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS). L'enquête Tracks, menée auprès de personnes bispirituelles, d'hommes gais, bisexuels, trans et queers, ainsi que de personnes non binaires (2E/GBTQ+), a permis de recueillir des données lors de 43 événements liés à la Fierté et à la communauté organisés dans 19 villes dans tout le Canada au cours de l'été 2024.

Objectif : Décrire la prévalence autodéclarée des ITSS, y compris le VIH, ainsi que les facteurs associés chez les personnes 2E/GBTQ+.

Méthodes : Le questionnaire auto-administré a permis de recueillir des renseignements sur les caractéristiques sociodémographiques, les déterminants sociaux de la santé, les comportements sexuels, la consommation de substances, le recours aux services de prévention des ITSS, la prophylaxie préexposition (PPrE) au VIH, les soins et le traitement du VIH, ainsi que les expériences de discrimination et d'abus. Une analyse descriptive a été réalisée.

Résultats : Sur les 4 880 participants, 52,2 % ont déclaré s'identifier comme « gai », 26,5 % « queer » et 24,1 % « bisexuel » en ce qui a trait à l'orientation sexuelle; 62,2 % s'identifiaient comme des hommes et 22,4 % comme non binaires; 28,5 % s'identifiaient comme trans, et l'âge médian était de 30 ans. Parmi les participants de 18 ans ou plus, 63,3 % ont été victimes de discrimination au cours des 12 derniers mois et 45,5 % ont subi des relations sexuelles forcées au cours de leur vie. Au cours des 12 derniers mois, 5,6 % des participants ont déclaré avoir reçu un diagnostic de gonorrhée, 5,2 % de chlamydia et 2,3 % de syphilis; dans l'ensemble, 4,2 % des participants ont déclaré vivre avec le VIH. Parmi les participants qui ont déclaré être séronégatifs, 17,5 % suivaient actuellement un traitement de PPrE au VIH.

Conclusion : Des niveaux élevés de discrimination et d'abus ont été constatés chez les participants à l'étude. Bien que la plupart des participants connaissaient l'existence de la PPrE au VIH, moins d'un sur quatre l'utilisait actuellement. Les résultats de cette enquête contribueront à orienter les programmes et les politiques sur les ITSS. L'inclusion délibérée d'une diversité de participants fournit des renseignements importants sur des populations qui, jusqu'à présent, étaient moins représentées dans la recherche sur les ITSS.

Introduction

Au Canada, les populations issues de la diversité sexuelle et de genre, notamment les personnes bispirituelles, les hommes gais, bisexuels, trans et queer, les femmes trans, les personnes pansexuelles et les personnes non binaires, sont confrontées à de nombreuses inégalités sur le plan de la santé et sur le plan social en raison de l'homophobie, de la transphobie, du capacitisme, du colonialisme, du racisme et d'autres formes de discrimination qui se recoupent Footnote 1Footnote 2. Les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (gbHARSAH), qui constituent un sous-groupe des communautés de diversité sexuelle et de genre, continuent d'être touchés de manière disproportionnée par les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) Footnote 3Footnote 4Footnote 5. En 2023, sur les 2 434 nouveaux cas de VIH diagnostiqués au Canada, 40,5 % étaient des gbHARSAH Footnote 3. De plus, malgré une augmentation plus rapide des cas de syphilis infectieuse au sein de la population autre que celle des gbHARSAH depuis 2018, les données provenant de huit provinces et territoires en 2023 ont révélé que 27 % de tous les cas provenaient de gbHARSAH cisgenres Footnote 4.

Bien qu'il existe davantage de données sur les ITSS chez les gbHARSAH, on dispose de très peu de données sur la santé de la population concernant les personnes bispirituelles, trans et non binaires au Canada, ce qui rend difficile la quantification du fardeau des ITSS au sein de ces populations Footnote 6. Cette situation s'explique en partie par le fait que les données relatives à des variables telles que l'identité de genre ou le fait d'être bispirituel ne sont généralement pas recueillies par les systèmes de surveillance routine ou ceux des maladies à déclaration obligatoire. Par conséquent, pour mieux comprendre les tendances actuelles en matière d'ITSS et les facteurs associés chez les personnes bispirituelles, les hommes gais, bisexuels, trans et queer ainsi que les personnes non binaires (2E/GBTQ+), il est nécessaire de disposer de données de surveillance plus complètes Footnote 7.

Dans le cadre des efforts visant à recueillir des données de surveillance plus complètes, l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a mis en œuvre le programme de surveillance Tracks en 2002. Ce programme surveille la prévalence du VIH, de l'hépatite C, de la syphilis et d'autres ITSS, ainsi que les facteurs associés, au sein des populations clés au Canada, en menant des enquêtes biocomportementales (questionnaire et prélèvement d'échantillons biologiques) périodiques. En collaboration avec des partenaires provinciaux, régionaux et locaux du secteur de la santé publique, deux phases de l'enquête Tracks auprès des gbHARSAH ont déjà été menées : la phase 1 (2005–2007) dans cinq villes (Victoria, Winnipeg, Toronto, Ottawa et Montréal) (N = 4 838); et la phase 2 (2008–2010) dans deux villes (Vancouver et Montréal) (N = 3 042) Footnote 8Footnote 9. Dans le cadre de la Phase 3 (2024), l'ASPC a collaboré avec le Centre de recherche communautaire (CBRC) pour mener une enquête auprès de personnes 2E/GBTQ+ Footnote 10. Ce changement dans la population étudiée, qui passe des gbHARSAH aux personnes 2E/GBTQ+, reflète la nécessité d'inclure des communautés plus larges et de comprendre la diversité de leurs expériences Footnote 6.

L'enquête Tracks sur les personnes 2E/GBTQ+ de phase 3 est également connue sous le nom de l'enquête Sexe au présent 2024. Il s'agit d'une enquête faisant partie d'une série d'enquêtes périodiques Sexe au présent, menées par la communauté et réalisées par le CBRC depuis 2002 afin de recueillir des données sur la santé sexuelle, le VIH et d'autres ITSS Footnote 11. L'enquête Sexe au présent a évolué, passant d'une étude provinciale sur les relations sexuelles entre hommes en Colombie-Britannique à une enquête d'envergure pancanadienne sur la santé des personnes ayant des orientations sexuelles et des identités de genre diverses Footnote 11Footnote 12.

Cet article présente les résultats descriptifs de l'enquête nationale Tracks sur les personnes 2E/GBTQ+ de phase 3, menée du 1er juin 2024 au 15 septembre 2024. Les objectifs sont de décrire 1) la prévalence autodéclarée du VIH, de la syphilis et d'autres ITSS et 2) les soins et le traitement du VIH. Elle fait également état des déterminants sociaux de la santé, des expériences de discrimination et d'abus, des comportements sexuels, de la consommation de substances et du recours aux services de prévention.

Méthodes

L'enquête Tracks de phase 3 (Sexe au présent 2024) menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ au Canada est une enquête biocomportementale comprenant l'administration d'un questionnaire et le prélèvement d'un échantillon biologique afin de dépister le VIH, l'hépatite C, la syphilis et l'hépatite B. Le présent rapport ne présente que les résultats tirés de la partie questionnaire de l'enquête biocomportementale de 2024, puisque seulement 39,4 % des participants invités à fournir un échantillon biologique ont choisi de le faire. Une analyse des résultats des résultats des tests de laboratoire sera effectuée et présentée dans un prochain rapport.

Méthode d'échantillonnage

À l'instar d'autres enquêtes Tracks menées auprès de populations clés et des enquêtes Sexe au présent précédentes, l'échantillonnage en fonction du lieu a été utilisé pour l'enquête Tracks sur les personnes 2E/GBTQ+ de phase 3. Des équipes d'étude locales, formées par l'équipe de recherche du CBRC, ont mené une campagne de recrutement active à différents endroits en abordant les participants potentiels et en leur fournissant des renseignements (p. ex., les objectifs de l'enquête, ce qu'implique la participation, les critères d'admissibilité), conformément au script de recrutement. Le recrutement des participants s'est déroulé lors de festivals de la Fierté ou d'autres lieux et événements liés à la communauté 2E/GBTQ+ (p. ex. pique-niques, soupers communautaires, pow-wow, bars) partout au Canada au cours de l'été 2024. La promotion de l'enquête s'est faite notamment par le biais de publications sur les médias sociaux, d'une collaboration avec les médias grand public, du bouche-à-oreille et en tirant parti des relations nouées avec des associations de la Fierté et des organismes communautaires locaux.

Dans le but d'inclure au moins un site d'étude par province, les facteurs suivants ont été pris en compte lors de la sélection : un grand bassin de population 2E/GBTQ+; une prévalence du VIH supérieure à celle de la population générale de la région; le soutien de la communauté locale; la capacité des partenaires locaux à mener l'enquête; et la participation du site d'étude à des enquêtes Sexe au présent antérieures.

Admissibilité et consentement

Les participants admissibles devaient s'identifier comme 1) une personne autochtone bispirituelle, OU 2) une personne non binaire ou un homme trans, OU 3) une personne d'un genre autre que celui de femme (cis ou trans) et être soit gai, bisexuel, queer ou avoir une autre identité non hétérosexuelle, soit déclarer avoir eu des relations sexuelles avec un homme (cis ou trans) au cours des cinq dernières années. Les participants à l'enquête devaient également : 1) être âgés d'au moins 15 ans; 2) résider au Canada; et 3) être en mesure de donner leur consentement éclairé et de remplir le questionnaire en anglais, en français ou en espagnol. Les personnes qui avaient déjà participé à l'enquête en cours ont été exclues de la participation à cette dernière.

Les participants admissibles ont pu lire le formulaire de consentement sur la tablette de l'étude ou sur leur appareil personnel. Les participants ont eu l'occasion de poser des questions aux membres de l'équipe locale chargée de l'étude. Le consentement a ensuite été obtenu en cochant une case de manière standard. Les participants ayant donné leur consentement ont rempli le questionnaire et avaient la possibilité de fournir un échantillon biologique sous forme de goutte de sang séché (GSS). Seuls les participants âgés de 18 ans ou plus ont été invités à fournir un échantillon de sang. Les participants avaient la possibilité de se faire remettre les résultats de leur analyse de GSS par des pairs formés du CBRC.

Les participants ayant déclaré souffrir d'un trouble sanguin entraînant une coagulation anormale (p. ex., l'hémophilie ou la maladie de von Willebrand) ou ayant récemment suivi une chimiothérapie ont été exclus de la possibilité de fournir un échantillon de GSS. Le nombre total de personnes sollicitées et les raisons pour lesquelles elles ont refusé de participer n'ont pas été consignés.

Questionnaire

Le questionnaire s'inspirait de questions déjà utilisées dans le cadre d'enquêtes antérieures Tracks ou Sexe au présent et présentait une validité apparente et une validité de contenu. L'élaboration du questionnaire s'est également appuyée sur une analyse de l'épidémiologie et de la littérature scientifique au sujet des ITSS chez les personnes 2E/GBTQ+, sur une analyse des questionnaires publiés destinés aux gbHARSAH, ainsi que sur des consultations menées par le CBRC auprès de partenaires communautaires afin de s'assurer que les questions reflétaient les expériences, les besoins en matière de données et les préoccupations des membres de la communauté.

Le questionnaire Tracks sur les personnes 2E/GBTQ+ de phase 3 (Sexe au présent 2024) portait sur les thèmes suivants : caractéristiques sociodémographiques; déterminants sociaux de la santé; comportements sexuels et relations; consommation de substances; recours aux services de santé et de prévention liés aux ITSS (y compris le dépistage); soins et traitements pour le VIH et l'hépatite C; connaissance et utilisation de la PPrE au VIH, de la PPrE à base de doxycycline et de la prophylaxie postexposition (PPE) à base de doxycycline Footnote 13; les expériences de discrimination et d'abus; les liens communautaires et sociaux; et la santé mentale. Il fallait en moyenne 27 minutes (écart interquartile [EI] = 17 à 30 minutes) pour remplir ce questionnaire.

Le questionnaire a été programmé à l'aide du logiciel LimeSurvey version 3 et a fait l'objet d'un essai pilote mené par le personnel de l'ASPC et du CBRC, ainsi que par des membres de la communauté 2E/GBTQ+. L'essai pilote a été mené afin d'estimer le temps nécessaire pour remplir le questionnaire de façon autonome et de repérer les éléments suivants : erreurs dans les sauts logiques ou dans les règles de validation; questions ou options de réponse ambiguës; erreurs de frappe ou d'édition; et problèmes de mise en page. Le questionnaire en anglais a fait l'objet de quatre séries d'essais pilotes, tandis que les questionnaires en français et en espagnol ont fait l'objet de deux séries. Cet essai pilote a été effectué auprès de plusieurs membres de la population étudiée. Les équipes d'étude locales ont reçu une formation sur les procédures d'enquête. Le questionnaire à remplir soi-même, avec l'aide optionnelle de l'équipe de recherche, du personnel du CBRC ou de bénévoles, était accessible sur des tablettes électroniques fournies par l'équipe de recherche ou sur l'appareil personnel du participant, en balayant un code QR. Les données du questionnaire ont été stockées sur des serveurs sécurisés de l'ASPC. Les participants qui ont rempli le questionnaire et qui étaient âgés de 18 ans ou plus avaient la possibilité de fournir un échantillon de sang prélevé par piqûre au doigt sur une carte de GSS en vue d'un dépistage des ITSS. Comme mentionné précédemment, compte tenu de la faible participation à la demande de GSS, les résultats des tests de dépistage des ITSS ne sont pas présentés dans cet article.

Les participants ont reçu 10 $ CA en argent comptant pour avoir répondu au questionnaire, ainsi qu'un sac fourre-tout Sexe au présent pour avoir fourni un échantillon de GSS, élément qui était facultatif. Le protocole et le questionnaire ont été approuvés par les comités d'éthique de la recherche de Santé Canada-ASPC (CER 2023-042P), de l'Université de Victoria (BC24-0135), de l'Université de la Colombie-Britannique (H24-00806) et de l'Université Simon Fraser (H24-00806). Des ententes de partage de données ont été conclues entre l'ASPC, le CBRC et l'Université de Victoria.

Analyse

Au total, 4 880 participants admissibles ont été recrutés lors de 43 événements organisés dans 19 villes canadiennes, entre le 1er juin 2024 et le 15 septembre 2024. Le présent rapport et les analyses qui y sont présentées sont descriptifs et portent principalement sur les données issues du questionnaire. Les résultats des tests GSS feront l'objet d'articles à venir. Les cases de tableaux avec de petits effectifs (c.-à-d. les catégories de réponse au questionnaire comportant un nombre limité d'observations) ont été évaluées afin de déterminer le risque d'identification des participants individuels et ont été conservées lorsqu'il a été établi qu'il n'y avait aucun risque de réidentification, conformément à la Directive de l'ASPC sur la collecte, l'utilisation et la diffusion de l'information sur la santé publique Footnote 14. Lorsque les données du tableau comportent un faible nombre d'observations, les résultats devraient être interprétés avec prudence. Toutes les statistiques descriptives ont été calculées à l'aide du logiciel statistique R, version 4.3.2 Footnote 15.

Les participants ayant choisi les réponses « Je ne sais pas », « Je préfère ne pas répondre » ou « Je ne suis pas certain » ont été inclus dans les analyses. Les participants qui ont sélectionné l'option de réponse « Sans objet » dans le questionnaire ou dont l'option de réponse a été codée manuellement comme « sautée » (c.-à-d. qui ne répondaient pas aux critères permettant de voir et de répondre à la question), « vide » (c.-à-d. qui n'ont pas répondu à la question et sont passés à la question suivante) ou « interrompue » (c.-à-d. qui ont quitté le questionnaire avant de l'avoir complété) ont été exclus des analyses pour la variable d'intérêt. Par conséquent, les dénominateurs varient d'une variable à l'autre en fonction du nombre de participants ayant fourni des réponses valides pour chaque item. Sur les 4 880 personnes admissibles qui ont accepté de participer, 4 640 (95,1 %) ont rempli le questionnaire dans son intégralité.

Des analyses descriptives ont été menées afin de caractériser la population étudiée. Les variables catégorielles sont présentées sous forme de fréquences (n) et de proportions (%). L'âge a été analysé à la fois de manière catégorielle (en fonction des tranches d'âge) et de manière continue (en utilisant la médiane et l'étendue).

Des comparaisons entre certains sous-groupes ont été effectuées afin d'examiner les différences potentielles au niveau des variables clés. Des tests d'indépendance du khi carré de Pearson ont été effectués pour ces comparaisons. Ces analyses étaient de nature exploratoire; des articles à venir fourniront des descriptions plus détaillées de sous-groupes particuliers.

Résultats

Caractéristiques sociodémographiques

Le recrutement des participants s'est déroulé dans les dix provinces canadiennes, environ la moitié d'entre eux ayant été recrutés dans l'une des trois villes suivantes : Toronto (25,0 %), Ottawa (13,0 %) et Vancouver (9,4 %) (tableau 1). L'âge moyen des participants était de 30 ans, l'âge s'étendant de 15 à 84 ans. Dans l'ensemble, 28,5 % des participants s'identifiaient comme une personne handicapée. L'origine ethnique la plus fréquemment déclarée était « Blanc » (64,2 %), suivie de « Autochtone » (11,2 %). Parmi les 547 participants autochtones, 63,4 % étaient des personnes bispirituelles.

Table 1: Sociodemographic characteristics of participants in the Tracks survey of 2S/GBTQ+ people in Canada, Phase 3, 2024 (n=4,880)
Sociodemographic characteristics n TotalFootnote a %
Ville de recrutement Victoria, BC 241 4,880 4,9
Vancouver, BC 458 4 880 9,4
New Westminster, BC 131 4 880 2,7
Kelowna, BC 127 4 880 2,6
Calgary, AB 264 4 880 5,4
Edmonton, AB 133 4 880 2,7
Saskatoon, SK 95 4 880 1,9
Regina, SK 77 4 880 1,6
Winnipeg, MB 301 4 880 6,2
London, ON 332 4 880 6,8
Hamilton, ON 128 4 880 2,6
Toronto, ON 1 218 4 880 25,0
Ottawa, ON 633 4 880 13,0
Montréal, QC 313 4 880 6,4
Québec City, QC 42 4 880 0.9
Moncton, NB 58 4 880 1,2
Halifax, NS 167 4 880 3,4
Charlottetown & New London, PEI 96 4 880 2,0
St John's, NL 66 4 880 1,4
Groupe d'âge 15–17 ans 158 4 880 3,2
18–24 ans 1 198 4 880 24,5
25–29 ans 950 4 880 19,5
30–39 ans 1 362 4 880 27,9
40–54 ans 728 4 880 14,9
55 ans et plus 484 4 880 9,9
S'identifie comme une personne handicapée Oui 1 372 4 808 28,5
Non 3 096 4 808 64,4
Incertain 340 4 808 7,1
Né au Canada Oui 3 452 4 805 71,8
Non 1 353 4 805 21,2
Statut permanentFootnote b 835 1 347 62,0
Statut temporaireFootnote c 512 1 347 38,0
Identité ethnoracialeFootnote d Noir 370 4 872 7,6
Asiatique de l'Est ou du Sud-Est 492 4 872 10,1
Autochtone 547 4 872 11,2
Latina, Latino, Latinx, Latine 359 4 872 7,4
Moyen-oriental 177 4 872 3,6
Asiatique du Sud 256 4 872 5,3
Blanc 3 127 4 872 64,2
Aucune de ces réponses 89 4 872 1,8
BispirituelFootnote e Oui 347 547 63,4
Non 138 547 25,2
Je préfère ne pas répondreFootnote f 62 547 11,3
Orientation sexuelleFootnote d Asexué 337 4 867 6,9
Bisexuel 1 174 4 867 24,1
Demisexuel 54 4 867 1,1
Gai 2 539 4 867 52,2
Hétéroflexible 78 4 867 1,6
Homoflexible 121 4 867 2,5
Pansexuel 680 4 867 14,0
Queer 1 292 4 867 26,5
En questionnement 132 4 867 2,7
Hétéro 118 4 867 2,4
Autre terme 122 4 867 2,5
Identité de genreFootnote d Sans genre 146 4 873 3,0
De genre fluide 443 4 873 9,1
De genre queer 469 4 873 9,6
Homme 3 030 4 873 62,2
Non binaire 1 092 4 873 22,4
En questionnement 184 4 873 3,8
Homme trans 552 4 873 11,3
Transmasculin 52 4 873 1,1
Femme transgenreFootnote g 74 4 873 1,5
FemmeFootnote g 158 4 873 3,2
Autre terme 112 4 873 2,3
S'identifie comme gbHARSAHFootnote h 3 386 4 880 69,4
S'identifie comme trans 1 390 4 880 28,5

Un peu plus de la moitié des participants (52,2 %) s'identifiaient comme gais, les orientations sexuelles les plus courantes après celle-ci étant « queer » (26,5 %) et « bisexuel » (24,1 %). Environ les deux tiers des participants s'identifiaient comme hommes (62,2 %), et 22,4 % comme personnes non binaires. Environ les deux tiers des participants étaient des gbHARSAH (69,4 %). Parmi les participants gbHARSAH, 39,7 % (1 345/3 386) étaient âgés de 15 à 29 ans (données non présentées dans le tableau). Plus d'un quart des participants se sont identifiés comme trans (28,5 %). La moitié (n = 710/1 390, 51,1 %) des participants trans avaient entre 15 et 24 ans, comparativement à seulement 18,5 % (n = 646/3 490) des participants qui ne s'identifiaient pas comme trans (données non présentées dans le tableau); cette différence était statistiquement significative (p < 0,001).

Déterminants sociaux de la santé

Les deux tiers des participants (66,5 %) avaient terminé des études postsecondaires (p. ex. certificat, diplôme), un baccalauréat ou un diplôme d'études supérieures (tableau 2). Au cours des six mois précédant l'enquête, 71,9 % des participants occupaient un emploi, 17,6 % étaient étudiants, 15,4 % étaient sans emploi et 7,2 % recevaient des prestations gouvernementales. Plus d'un tiers (37,6 %) des participants avaient connu des difficultés financières (c.-à-d. qu'ils avaient dû réduire leurs dépenses ou qu'ils n'arrivaient pas à joindre les deux bouts) et 10,6 % avaient connu une situation de logement précaire au cours des six derniers mois. Dans l'ensemble, 5,3 % des participants avaient déjà été incarcérés au cours de leur vie.

Tableau 2 : Déterminants sociaux de la santé des participants à l'enquête Tracks menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ au Canada, phase 3, 2024 (n = 4 880)
Déterminants sociaux de la santé n TotalFootnote a %
Éducation, niveau le plus élevé N'a pas terminé ses études secondaires 341 4 776 7,1
Diplôme d'études secondaires ou équivalent 1 260 4 776 26,4
Études postsecondaires 1 121 4 776 23,5
Baccalauréat 1 254 4 776 26,3
Supérieur au baccalauréat 800 4 776 16,8
Situation d'emploi au cours des six derniers moisFootnote b Avec emploiFootnote c 3 443 4 790 71,9
Sans emploi 738 4 790 15,4
Étudiant 843 4 790 17,6
Prestations gouvernementales 344 4 790 7,2
Retraité 202 4 790 4,2
En incapacité de travail 240 4 790 5,0
Aucune de ces réponses 37 4 790 0,8
Situation financière au cours des six derniers mois Confortable, avec un excédent 1 316 4 806 27,4
Assez, sans excédent 1 682 4 806 35,0
Devait réduire les dépenses 1 138 4 806 23,7
N'arrivait pas à joindre les deux bouts 670 4 806 13,9
Situation de logement précaire au cours des six derniers moisFootnote d 502 4 756 10,6
Déjà été incarcéré 246 4 676 5,3
Déjà été forcé à avoir des relations sexuellesFootnote e 1 272 2 796 45,5
Déjà été victime de violence de la part d'un partenaireFootnote e Violence verbale 1 286 2 795 46,0
Violence physique 613 2 793 21,9
Abus sexuels 744 2 795 26,6
Nombre de personnes sur lesquelles le participant peut compter pour obtenir du soutien Personne 237 4 570 5,2
1 personne 293 4 570 6,4
2 à 3 personnes 1 652 4 570 36,1
4 à 9 personnes 1 768 4 570 38,7
10 personnes ou plus 620 4 570 13,6
En couple actuellementFootnote f 2 508 4 453 56,3
Participant satisfait de ses liens avec les communautés 2ELGBTQQIA+Footnote g Oui 2 409 4 421 54,5
Nom 988 4 421 22,3
Incertain 1 024 4 421 23,2

Un peu moins de la moitié des participants (45,5 %) ont subi des relations sexuelles forcées au cours de leur vie, et la moitié (n = 1 425/2 787, soit 51,1 %) ont été victimes de violence verbale, physique ou sexuelle de la part d'un partenaire au cours de leur vie (données non présentées dans le tableau). Plus de la moitié (56,3 %) des participants ont déclaré être actuellement en couple et la majorité d'entre eux (94,8 %) comptaient au moins une personne sur laquelle ils pouvaient compter pour obtenir du soutien. Seuls 54,5 % des participants se sont dits satisfaits de leur lien avec les communautés de personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans, queers, en questionnement, intersexuées, asexuées et autres issues de diversité sexuelle et de genre (2ELGBTQQIA+).

L'encadré 1 présente des renseignements sur les expériences de discrimination vécues par les participants à l'étude âgés de 18 ans ou plus. Les deux tiers des participants (63,3 %) ont été victimes d'au moins une forme de discrimination au cours des 12 derniers mois.

Encadré 1 : Expériences de discrimination chez les participants âgés de 18 ans ou plus dans le cadre de l'enquête Tracks menée auprès des personnes 2E/GBTQ+ au Canada, phase 3, 2024Footnote a

Expérience globale de discrimination :

  • 63,3 % (1 733/2 738) des participants ont été victimes d'au moins une forme de discrimination au cours des 12 derniers mois
  • Au cours des 12 derniers mois, 22,1 % (620/2 805) des participants ont évité de recourir aux services de santé par crainte ou par souci d'être stigmatisés ou victimes de discrimination

Expériences de discrimination chez certains groupes de participants, au cours des 12 derniers mois :

  • Parmi les participants non binaires, 61,1 % (408/668) ont été victimes de discrimination en raison de leur expression de genre
  • Parmi les gbHARSAH, 25,1 % (487/1 937) ont été victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle
  • Parmi les participants trans, 64,2 % (522/836) ont été victimes de discrimination en raison de leur expérience trans
  • Parmi les participants ayant un handicap, 52,6 % (437/831) ont été victimes de discrimination en raison de leur handicap
  • Parmi les participants autochtones, 40,1 % (112/279) ont été victimes de discrimination en raison de leur identité autochtone
  • Parmi les participants ayant déclaré vivre avec le VIH, 25,0 % (27/108) ont été victimes de discrimination en raison de leur statut sérologique

Exposition aux risques d'infections transmises sexuellement et par le sang : comportements sexuels et consommation de substances

Comportements sexuels

Au total, 831 participants (17,8 %) n'avaient eu aucun partenaire sexuel au cours des six derniers mois et n'ont donc pas eu à répondre aux questions suivantes concernant leur activité sexuelle (tableau 3). Parmi eux, 282 participants (33,9 %) ont déclaré n'avoir jamais eu de relations sexuelles (données non présentées). Parmi les participants gbHARSAH de cette étude, une proportion plus élevée de gbHARSAH trans (17,0 %, 90/529) que de gbHARSAH non trans (9,2 %, 238/2 593) a déclaré n'avoir eu aucun partenaire sexuel au cours des six derniers mois (données non présentées dans le tableau). Cette différence était statistiquement significative (p < 0,001).

Tableau 3 : Comportements sexuels et consommation de substances des participants à l'enquête Tracks menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ au Canada, phase 3, 2024 (n = 4 880)
Comportements sexuels et consommation de substances n TotalFootnote a %
Comportements sexuels au cours des six derniers mois
Aucun partenaire sexuel 831 4 675 17,8
Nombre de partenaires sexuelsFootnote b 1 partenaire 1 614 3 844 42,0
2 à 5 partenaires 1 358 3 844 35,3
6 à 9 partenaires 266 3 844 6,9
10 partenaires ou plus 606 3 844 15,8
A eu des relations sexuelles avec un homme (cis ou trans)Footnote b 2 914 3 835 76,0
A eu des relations sexuelles avec une femme (cis ou trans)Footnote b 743 3 835 19,4
A eu des relations sexuelles avec une personne non binaireFootnote b 758 3 835 19,8
Types d'activité sexuelleFootnote bFootnote c Sexe oral 3 273 3 819 85,7
Masturbation mutuelle 2 635 3 819 69,0
Doigté 2 344 3 819 61,4
Relations sexuelles avec des prothèses ou des jouets sexuels 1 618 3 819 42,4
Anilingus 1 612 3 819 42,2
Sexe anal en tant que passif 1 604 3 819 42,0
Sexe anal en tant qu'actif 1 569 3 819 41,1
Relations sexuelles vaginales 1 171 3 819 30,7
Relations sexuelles entre trois personnes ou plus 866 3 819 22,7
Sexe en ligne 816 3 819 21,4
Pénétration du poing 390 3 819 10,2
Aucune de ces réponses 72 3 819 1,9
A toujours utilisé des préservatifs lors de relations sexuelles anales avec son ou ses partenaires réguliersFootnote bFootnote d 299 2 137 14,0
A toujours utilisé des préservatifs lors de relations sexuelles anales avec son ou ses occasionnelsFootnote bFootnote d 336 1 742 19,3
A donné de l'argent, des biens ou des services en échange de relations sexuellesFootnote b 66 3 798 1,7
A reçu de l'argent, des biens ou des services en échange de relations sexuellesFootnote b 136 3 798 3,6
Consommation de substances au cours des six derniers mois
A consommé des substances (y compris les cigarettes, l'alcool et le cannabis)Footnote e Oui 3 387 4 525 74,9
Non 1 030 4 525 22,8
Je préfère ne pas répondreFootnote f 108 4 525 2,4
Consommation de substances pour rendre les relations sexuelles plus intenses, moins inhibées ou plus longuesFootnote g Oui, au cours des six derniers mois 813 3 313 24,5
Oui, il y a plus de six mois 556 3 313 16,8
Non, jamais 1 944 3 313 58,7
Substances utilisées pour rendre les relations sexuelles plus intenses, moins inhibées ou plus longuesFootnote cFootnote h Cannabis 551 809 68,1
Alcool 427 809 52,8
Nitrite de pentyle (poppers) 328 809 40,5
Médicaments pour l'érection 158 809 19,5
Tabac ou nicotine 119 809 14,7
Ecstasy, « E » ou MDMA 118 809 14,6
Psychédéliques 97 809 12,0
Cocaïne 93 809 11,5
Méthamphétamine en cristaux, pinotte ou kryptonite 81 809 10,0
GHB ou GBL 65 809 8,0
Kétamine 47 809 5,8
Crack ou freebase 24 809 3,0
Amphétamine ou speed 20 809 2,5
Opioïdes 18 809 2,2
Tranquillisants ou benzodiazépines 7 809 0,9
Stéroïdes à usage non médical <5 809 s.o.Footnote i
Autre <5 809 s.o.Footnote i
S'est injecté des substances pour des raisons non-médicalesFootnote g Oui, au cours des six derniers mois 69 3 360 2,1
Oui, il y a plus de six mois 100 3 360 3,0
Non, jamais 3 191 3 360 95,0

Parmi les personnes ayant déclaré avoir eu des relations sexuelles au cours des six derniers mois, 42,0 % avaient eu un seul partenaire sexuel, 35,3 % en avaient eu de deux à cinq, 6,9 % en avaient eu de six à neuf et 15,8 % en avaient eu dix ou plus. Au cours des six derniers mois, les trois quarts (76,0 %) des participants ont eu des relations sexuelles avec un homme (cis ou trans), 19,4 % avec une femme (cis ou trans) et 19,8 % avec une personne non binaire.

Le type d'activité sexuelle le plus fréquemment déclaré par les participants au cours des six derniers mois était le sexe oral (85,7 %) (tableau 3). Au cours de cette période, environ deux cinquièmes des participants ont pratiqué le sexe anal en tant que passif (42,0 %) ou en tant qu'actif (41,1 %). Parmi les personnes ayant eu des relations sexuelles anales au cours des six derniers mois, 14,0 % utilisaient toujours des préservatifs avec leurs partenaires sexuels réguliers et 19,3 % utilisaient toujours des préservatifs avec leurs partenaires sexuels occasionnels. Environ un quart (22,7 %) des participants ont eu des relations sexuelles à trois ou plus (c.-à-d. en trio ou en groupe) au cours des six derniers mois. En ce qui concerne les relations sexuelles à caractère transactionnel, 3,6 % des participants ont reçu de l'argent, des biens ou des services en échange de relations sexuelles au cours des six derniers mois.

Consommation de substances

Les trois quarts (74,9 %) des participants ont déclaré avoir consommé des substances au cours des six derniers mois (tableau 3). Parmi eux, 24,5 % ont consommé des substances pour améliorer leur expérience sexuelle au cours de cette période. Parmi les participants ayant consommé des substances pour améliorer leur expérience sexuelle, les substances les plus couramment consommées étaient le cannabis (68,1 %), l'alcool (52,8 %) et les poppers (nitrite de pentyle) (40,5 %). Parmi les autres substances utilisées pour améliorer l'expérience sexuelle, on retrouve les médicaments pour l'érection (19,5 %), le tabac ou la nicotine (14,7 %), l'ecstasy (14,6 %), les psychédéliques (12,0 %), la cocaïne (11,5 %), la méthamphétamine en cristaux (10,0 %), le 4-hydroxybutanoate (GHB) ou le gamma-butyrolactone (GBL) (8,0 %) et la kétamine (5,8 %). La grande majorité des participants (95,0 %) ne s'étaient jamais injecté de substances à des fins non médicales.

Accès aux soins de santé et aux services de prévention et de dépistage des infections transmises sexuellement et par le sang, et utilisation de ces services

Soins de santé primaires et santé mentale

Les deux tiers des participants (68,4 %) avaient un médecin de famille ou une infirmière praticienne au moment de l'enquête. Parmi eux, 67,9 % ont déclaré que leur professionnel de la santé habituel était au courant de leur orientation sexuelle (tableau 4). Le recours à vie à des tests de dépistage du VIH était plus fréquent chez les participants dont le professionnel de la santé connaissait l'orientation sexuelle (n = 1 610/1 903, 84,6 %) par rapport aux participants dont le professionnel de la santé ignorait l'orientation sexuelle (n = 260/484, 53,7 %) (données non présentées dans le tableau). Cette différence était statistiquement significative (p < 0,001). Parmi les participants trans, 72,3 % (n = 699/966) ont déclaré que leur professionnel de la santé habituel était au courant de leur identité de genre (données non présentées dans le tableau). Plus d'un tiers des participants (38,9 %) ont déclaré avoir un état de santé mentale passable ou médiocre. La moitié des participants ont eu recours (41,4 %) ou ont tenté de recourir (11,1 %) à des services de soutien en santé mentale au cours des 12 mois précédents.

Tableau 4 : Accès et utilisation des services de soins de santé, de prévention et de dépistage des ITSS chez les participants à l'enquête Tracks menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ au Canada, phase 3, 2024 (n = 4 880)
Accès aux soins de santé et aux services de prévention et de dépistage des ITSS, et utilisation de ces services n TotalFootnote a %
Soins de santé primaires et santé mentale
A un médecin de famille ou une infirmière praticienne 3 139 4 588 68,4
Le médecin de famille ou l'infirmière praticienne est au courant de l'orientation sexuelle du participantFootnote b Oui 2 075 3 055 67,9
Non 493 3 055 16,1
Ne sait pas 487 3 055 15,9
État de santé mentale autodéclaré Excellent ou très bon 1 522 4 618 33,0
Bon 1 298 4 618 28,1
Passable ou médiocre 1 798 4 618 38,9
A tenté d'accéder à des services de consultation en santé mentale au cours des 12 derniers mois Oui, a eu accès 1 899 4 588 41,4
Oui, mais n'a pas eu accès 508 4 588 11,1
Non, n'a pas tenté d'y accéder 2 181 4 588 47,5
PPE et PPrE au VIH
Au courant de la PPE au VIH 2 860 4 759 60,1
Au courant de la PPrE au VIH Tous les participants 3 832 4 771 80,3
gbHARSAH 2 826 3 309 85,4
Autre 1 006 1 462 68,8
A déjà eu recours à la PPrE au VIHFootnote c Oui, la prend actuellement 753 4 307 17,5
Oui, mais a arrêté de la prendre 317 4 307 7,4
Non, n'y a jamais eu recours 3 237 4 07 75,2
Prend la PPrE au VIH en ce momentFootnote c gbHARSAH 696 2 960 23,5
Autre 57 1 347 4,2
A déjà tenté d'obtenir la PPrE au VIHFootnote cFootnote d 178 3 212 5,5
Souhaite obtenir la PPrE au VIHFootnote cFootnote e Oui 860 3 485 24,7
Non 1 309 3 485 37,6
Incertain 1 316 3 485 37,8
PPrE ou PEP à la doxycyclineFootnote f
Au courant de la PPrE ou de la PPE à base de doxycycline 2 201 4 757 46,3
A déjà eu recours à la PPrE ou à la PEP à base de doxycycline Oui 540 4 755 11,4
Non 4 065 4 755 85,5
Ne sait pas 150 4 755 3,2
Souhaite obtenir la PPrE ou la PPE à base de doxycyclineFootnote g Oui 1 250 4 140 30,2
Non 1 544 4 140 37,3
Incertain 1 346 4 140 32,5
Vaccinations
A déjà reçu un vaccin contre l'hépatite B Oui 2 758 4 550 60,6
Non 597 4 550 13,1
Ne sait pas 1 195 4 550 26,3
A déjà reçu un vaccin contre le VPH Oui 2 034 4 536 44,8
Non 1 345 4 536 29,7
Ne sait pas 1 157 4 536 25,5
Nombre de doses du vaccin contre la mpox reçues par le participant Une dose 502 4 567 11,0
Deux doses ou plus 882 4 567 19,3
Aucune 2 355 4 567 51,6
Ne sait pas 828 4 567 18,1
Dépistage des ITSS
A passé un test de dépistage du VIHFootnote c Douze derniers mois 2 172 4 449 48,8
Trois derniers mois 1 223 4 449 27 5
Quatre à six mois 485 4 449 10,9
Sept à 12 mois 464 4 449 10,4
Plus de 12 mois 941 4 449 21,2
Jamais testé 1 086 4 449 24,4
Ne sait pas 250 4 449 5,6
A passé un test de dépistage du VIHFootnote c (dans les douze derniers mois) gbHARSAH 1 693 3 045 55,6
Autre (non-gbHARSAH) 479 1 404 34,1
Trans 431 1,328 32.4
Autre (non trans) 1 741 3 121 55,8
A passé un test de dépistage de l'hépatite C Douze derniers mois 1 724 4 631 37,2
Trois derniers mois 902 4 631 19,5
Quatre à six mois 435 4 631 9,4
Sept à 12 mois 387 4 631 8,4
Plus de 12 mois 952 4 631 20,6
Jamais testé 1 018 4 631 22,0
Ne sait pas 937 4 631 20,2
A passé un test de dépistage d'une ITS autre que le VIH ou l'hépatite C Douze derniers mois 2 271 4 613 49,2
Trois derniers mois 1 271 4 613 27,6
Quatre à six mois 522 4 613 11,3
Sept à 12 mois 478 4 613 10,4
Plus de 12 mois 1 030 4 613 22,3
Jamais testé 919 4 613 19,9
Ne sait pas 393 4 613 8,5

Prévention des infections transmises sexuellement et par le sang : PPE ou PPrE au VIH, PPrE ou PPE à base de doxycycline et vaccinations

La connaissance de la PPE au VIH était inférieure à celle de la PPrE au VIH (60,1 % contre 80,3 %) (tableau 4). La connaissance de la PPrE contre le VIH était plus élevée chez les participants gbHARSAH que chez les non-gbHARSAH (85,4 % contre 68,8 %); cette différence était statistiquement significative (p < 0,001). Parmi tous les participants ayant déclaré être séronégatifs, 17,5 % prenaient la PPrE au VIH et 7,4 % en avaient déjà pris, mais l'avait arrêtée. Parmi les personnes qui avaient cessé de prendre la PPrE au VIH ou qui ne l'avaient jamais pris, 24,7 % étaient intéressées à y avoir recours, et 37,8 % n'étaient pas certaines de vouloir la prendre.

Moins de la moitié des participants (46,3 %) connaissaient l'existence de la PPrE ou de la PPE à base de doxycycline, et seulement 11,4 % d'entre eux y avaient déjà eu recours (tableau 4). Parmi les participants qui n'ont pas eu recours à la PPrE ou à la PPE à base de doxycycline ou qui ignorent s'ils les ont prises, 30,2 % étaient intéressés à la prendre et 32,5 % étaient incertains de la vouloir. En ce qui concerne la vaccination, 60,6 % des participants ont déclaré avoir été vaccinés contre l'hépatite B, 44,8 % contre le VPH et 19,3 % des participants avaient reçu au moins deux doses du vaccin contre la mpox.

Dépistage des infections transmises sexuellement et par le sang

Au cours des 12 derniers mois, 48,8 % des participants ont déclaré avoir passé un test de dépistage du VIH, 37,2 % de l'hépatite C et 49,2 % d'autres infections transmises sexuellement (ITS). Le dépistage du VIH au cours des 12 derniers mois était plus fréquent chez les gbHARSAH que chez les autres participants à l'étude (55,6 % contre 34,1 %; p < 0,001), alors qu'il était moins fréquent chez les personnes trans que chez les autres participants à l'étude (32,4 % contre 55,8 %; p < 0,001). Un quart des participants (24,4 %) n'ont jamais passé de test de dépistage du VIH, 22,0 % n'ont jamais passé de test de dépistage de l'hépatite C et 19,9 % n'ont jamais passé de test de dépistage d'autres ITS.

Cascade de soins liés au VIH et prévalence des infections transmises sexuellement et par le sang

Toutes les estimations de la prévalence du VIH, de l'hépatite C et d'autres ITSS reposent sur des données autodéclarées issues du questionnaire (tableau 5). Aucune donnée sur les GSS n'est présentée ici; il est donc impossible de déterminer si les participants avaient connaissance de leur statut d'infection (en comparant le statut déclaré par les participants eux-mêmes avec le résultat de leur test GSS pour chaque infection).

Tableau 5 : Cascade de soins liés au VIH et prévalence des ITSS des participants à l'enquête Tracks menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ au Canada, phase 3, 2024 (n = 4 880)
Cascade de soins liés au VIH et prévalence des ITSS n TotalFootnote a %
Prévalence autodéclarée du VIH
Personnes ayant déclaré avoir déjà reçu un diagnostic de VIH Oui, je vis avec le VIH 198 4 713 4,2
Non, on ne m'a jamais diagnostiqué le VIHFootnote b 3 292 4 713 69,8
Non, je n'ai jamais été testé pour le VIH 1 086 4 713 23,0
Je préfère ne pas répondreFootnote c 137 4 713 2,9
Cascade de soins liés au VIH (chez les participants ayant déclaré vivre avec le VIH, n = 198)
A actuellement une clinique ou un prestataire de soins pour le VIH 194 198 98,0
Actuellement sous traitement antirétroviral Oui 182 188 96,8
Non 6 188 3,2
Résultats déclarés par le participant concernant son dernier test de charge viraleFootnote d Charge supprimée 162 175 92,6
Charge non supprimée 4 175 2,3
Ne sait pas ou n'est pas sûr 9 175 5,1
A évité de recourir à des soins médicaux ou à un traitement liés au VIH par crainte ou par souci de stigmatisation ou de discrimination, au cours des 12 derniers moisFootnote e 6 110 5,5
Prévalence autodéclarée de l'hépatite C
Statut d'hépatite C autodéclaré Je suis actuellement atteint de l'hépatite C 16 4 606 0,3
J'ai déjà eu l'hépatite C, mais j'ai éliminé le virus sans traitement (spontanément) 44 4 606 1,0
J'ai déjà eu l'hépatite C, mais j'ai éliminé le virus grâce à un traitement 68 4 606 1,5
On ne m'a jamais diagnostiqué l'hépatite CFootnote b 3 460 4 606 75,1
Je n'ai jamais été testé pour l'hépatite C 1 018 4 606 22,1
Prévalence autodéclarée d'autres ITSS, au cours des 12 derniers moisFootnote f
Gonorrhée 254 4 534 5,6
Chlamydia 236 4 551 5,2
Herpès (génital ou anal) 111 4 522 2,5
Syphilis 106 4 517 2,3
Shigella 22 4 508 0,5
Mpox 19 4 510 0,4
Lymphogranulomatose vénérienne 11 4 507 0,2

Prévalence du VIH et cascade de soins

Parmi les participants à l'étude, 4,2 % ont déclaré vivre avec le VIH. Parmi eux, la quasi-totalité des participants (98,0 %) fréquentait une clinique ou un prestataire de soins pour leur prise en charge du VIH, et 96,8 % suivaient actuellement un traitement antirétroviral. Parmi ces participants, 92,6 % ont déclaré que leur dernier test de charge virale indiquait qu'elle était supprimée. Seulement 5,5 % des participants vivant avec le VIH ont déclaré avoir évité de consulter un médecin ou de suivre un traitement contre le VIH au cours des 12 derniers mois par crainte ou par souci de stigmatisation ou de discrimination.

Prévalence de l'hépatite C

Parmi tous les participants à l'étude, 0,3 % ont déclaré être atteints d'hépatite C au moment de l'enquête et 2,5 % ont déjà eu l'hépatite C, mais ont depuis éliminé le virus. Parmi les participants présentant une infection par l'hépatite C au moment de l'enquête, 53,3 % avaient un professionnel de la santé pour traiter le virus (données non présentées).

Prévalence des infections transmises sexuellement et par le sang

Au cours des 12 derniers mois, 5,6 % des participants ont déclaré avoir reçu un diagnostic de gonorrhée, 5,2 % de chlamydia, 2,5 % d'herpès (génital ou anal) et 2,3 % de syphilis.

Discussion

La population 2E/GBTQ+ au Canada est diversifiée et comprend des personnes dont les expériences varient face aux épidémies actuelles d'ITSS. Cette enquête fournit des renseignements essentiels pour mieux comprendre la prévalence des ITSS, l'accès à leur prévention, au dépistage et au traitement, les caractéristiques sociodémographiques associées, ainsi que l'exposition au risque au sein de l'échantillon étudié. Dans l'ensemble, 4,2 % des participants ont déclaré vivre avec le VIH et, bien que la plupart des participants aient connaissance de la PPrE contre le VIH, moins d'une personne sur quatre y avait actuellement recours. Des niveaux élevés de discrimination et d'abus ont été constatés chez les participants à l'étude.

Alors que les enquêtes Tracks précédentes portaient principalement sur les gbHARSAH Footnote 8Footnote 9, cette enquête de phase 3 a englobé plus largement la communauté 2E/GBTQ+. Par conséquent, cette enquête n'est pas directement comparable aux enquêtes antérieures qui ne comprenaient que des participants s'identifiant comme des hommes. De plus, les enquêtes Tracks menées précédemment auprès des gbHARSAH n'étaient ouvertes qu'aux hommes ayant déjà eu des relations sexuelles avec un autre homme. De tels critères d'admissibilité fondés sur l'activité sexuelle n'ont pas été appliqués dans le cadre de cette étude. Par conséquent, certains participants étaient admissibles même s'ils n'avaient jamais eu de relations sexuelles. Il est essentiel d'atteindre cette population dans le cadre des efforts de prévention primaire et de promotion de la santé visant à sensibiliser et à soutenir les connaissances sur les ITSS et les pratiques de réduction des méfaits. La présente enquête a également recruté ses participants principalement lors de festivals de la Fierté, tandis que les enquêtes Tracks de la phase 1 (2005–2007) et de la phase 2 (2008–2010) avaient davantage recours au recrutement dans les bars, les associations, les entreprises et les saunas. Ces différences dans les lieux d'échantillonnage pourraient contribuer davantage aux différences observées au sein des populations étudiées, en plus des changements historiques et sociétaux.

Des recherches antérieures ont été menées auprès de la population 2E/GBTQ+ au Canada, mais les résultats de la présente étude ne sont pas non plus directement comparables à ceux de ces autres études. Par exemple, on observe des différences significatives en matière de diversité et de représentation au sein de la population étudiée par rapport à l'enquête Sexe au présent 2018, une précédente enquête auprès de personnes 2E/GBTQ+ lors de festivals de la Fierté; la proportion de participants trans et non binaires a plus que quadruplé entre les deux enquêtes Footnote 16. La présente étude a également révélé des proportions plus élevées de minorités raciales et ethniques, avec une augmentation de la proportion de participants noirs, qui est passée de 4,1 % en 2018 à 7,6 % en 2024 Footnote 16. Même si la composition de la présente étude ne reflète peut-être pas la composition réelle de la population 2E/GBTQ+ au Canada, elle fournit néanmoins des renseignements précieux sur certaines sous-populations de cette communauté au sens large.

Par rapport à l'enquête Sexe au présent 2018, une proportion plus élevée de participants à cette enquête de 2024 n'a jamais passé de test de dépistage du VIH (8,4 % contre 24,4 %), l'hépatite C (9,3 % contre 22,0 %) ou d'autres ITS (7,9 % contre 19,9 %) Footnote 16. Le dépistage du VIH était moins fréquent chez les personnes trans que chez les autres participants à cette étude. Des recherches antérieures menées auprès de la population 2E/GBTQ+ ont révélé que le taux de dépistage des ITSS est plus faible chez les personnes trans et non binaires que chez les personnes cisgenres Footnote 16. Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi les participants trans et non binaires sont moins susceptibles de se faire dépister pour les ITSS. D'une part, en raison de politiques cisnormatives (p. ex., des heures d'ouverture des cliniques réservées à chaque genre), du manque de connaissances des prestataires de soins concernant les identités trans et les besoins de soins de santé propres aux personnes trans, ainsi que de diverses formes de discrimination, les personnes trans et non binaires se heurtent souvent à des obstacles pour accéder aux services de dépistage des ITSS Footnote 17Footnote 18. De plus, une étude s'appuyant sur les données de l'enquête Sexe au présent 2015 a révélé que la proportion de gbHARSAH trans qui n'avaient pas eu de relations sexuelles au cours des 12 derniers mois était nettement plus élevée que celle des hommes gbHARSAH cisgenres Footnote 19. Cette situation pourrait contribuer à un risque, réel ou perçu, moins élevé d'ITSS, et donc à une participation moindre aux tests de dépistage. Parmi les participants gbHARSAH de cette étude, une proportion plus élevée de gbHARSAH trans que de gbHARSAH cisgenres ont déclaré n'avoir eu aucun partenaire sexuel au cours des six derniers mois (17,0 % contre 9,2 %).

La prévalence du VIH déclarée par les participants dans cette étude (4,2 %) est près de 25 fois supérieure à la prévalence estimée du VIH dans la population canadienne générale en 2022, qui s'élevait à 0,17 % Footnote 3. Il est toutefois probable qu'il s'agisse d'une sous-estimation de la prévalence réelle au sein de l'échantillon de l'étude, étant donné qu'elle repose sur des données autodéclarées et en raison de la prédominance de jeunes dans cet échantillon. Près d'un quart des personnes de l'échantillon ont déclaré n'avoir jamais subi de test de dépistage du VIH, et même parmi les participants dont le résultat du test de dépistage du VIH avait auparavant été négatif, il est possible que certains aient subi une séroconversion depuis leur dernier test. Les analyses par sous-groupes de la prévalence du VIH seront également importantes, car la moitié des personnes vivant avec le VIH au Canada en 2022 étaient des gbHARSAH Footnote 3. L'étude de cohorte Engage menée auprès des gbHARSAH au Canada a également révélé que les estimations de la prévalence du VIH à Montréal, à Toronto et à Vancouver étaient de trois à cinq fois supérieures à celles de la présente étude, ce qui souligne la nécessité de mener des analyses plus approfondies, propres à chaque population et à chaque région Footnote 20.

Au niveau fédéral, le Canada s'est engagé à atteindre les cibles mondiales « 95-95-95 » visant à faire en sorte que le VIH/sida ne constitue plus un enjeu de santé publique Footnote 21. Bien que ces données autodéclarées ne permettent pas d'évaluer les progrès réalisés en vue de la première cible, soit la connaissance du statut sérologique, cette étude apporte des éclaircissements sur les deux autres cibles au sein de la population étudiée. Parmi les participants à cette étude ayant déclaré vivre avec le VIH, 96,8 % ont indiqué suivre un traitement antirétroviral contre le virus au moment de l'enquête. Parmi ces participants, 92,6 % ont déclaré que leur dernier test de charge virale indiquait qu'elle était supprimée. Ces indicateurs sont comparables à ceux relatifs au continuum de soins du VIH issus d'études menées auprès de gbHARSAH au Canada entre 2017 et 2019 Footnote 3.

Les comportements sexuels et la consommation de substances constituent des facteurs de risque importants liés aux ITSS. Parmi les participants ayant consommé des substances pour rendre leurs rapports sexuels plus intenses, moins inhibés ou plus longs, la substance la plus couramment consommée était le cannabis, suivie de l'alcool et des poppers. Ces résultats sont comparables à ceux d'une étude menée en 2021 auprès de personnes 2E/GBTQ+, qui a révélé que les poppers étaient la substance la plus couramment consommée pour améliorer les expériences sexuelles, suivis du cannabis et de l'alcool Footnote 22.

Dans cette étude, un participant sur cinq (19,3 %) ayant eu des relations anales avec un ou plusieurs partenaires occasionnels et 14,0 % de ceux ayant eu des relations anales avec un ou plusieurs partenaires réguliers au cours des six derniers mois ont déclaré utiliser systématiquement un préservatif. Le taux d'utilisation systématique du préservatif est inférieur à celui observé lors d'une précédente enquête Tracks menée auprès des gbHARSAH en 2005–2007 Footnote 9. Même si ce chiffre peut s'expliquer en partie par des différences au niveau de la population étudiée, d'autres études canadiennes menées auprès de gbHARSAH ont également mis en évidence une tendance à la baisse du nombre de rapports sexuels protégés par l'usage du préservatif Footnote 23. Une étude australienne menée auprès de gbHARSAH entre 2013 et 2017 a révélé une baisse rapide de l'utilisation systématique de préservatifs, parallèlement à une augmentation rapide du recours à la PPrE au VIH Footnote 24.

Outre les données sur les comportements sexuels et la consommation de substances, cette étude a également recueilli des renseignements sur la prévention des ITSS et les services de santé. Des études antérieures ont montré une amélioration des connaissances sur la PPrE au VIH entre 2015 et 2019, ainsi qu'une augmentation de son utilisation entre 2018 et 2020, chez les personnes 2E/GBTQ+ au Canada Footnote 25. La présente étude fait état d'une légère baisse de ces deux indicateurs par rapport à 2019 et à 2020, respectivement, bien qu'il soit difficile de les comparer à ces études. Cette baisse s'explique par une participation accrue à l'étude de personnes n'appartenant pas au groupe des gbHARSAH, chez qui le recours à la PPrE au VIH est moins élevé que chez les participants gbHARSAH à l'étude. Une analyse des données du sondage Trans PULSE de 2019 mené auprès de personnes trans et non binaires au Canada a révélé que le taux d'utilisation actuel de la PPrE au VIH s'élevait à 0,9 % Footnote 26, ce qui est nettement inférieur aux 17,3 % de participants ayant déclaré utiliser actuellement ce traitement dans le cadre d'une étude Sexe au présent menée auprès de personnes 2E/GBTQ+ la même année Footnote 25.

La doxycycline, un antibiotique couramment utilisé pour traiter la chlamydia et parfois pour la syphilis au Canada, est de plus en plus souvent prescrite hors indication pour prévenir les ITS d'origine bactérienne. Plusieurs études à grande échelle ont indiqué des résultats prometteurs pour la PPE à base de doxycycline Footnote 27Footnote 28Footnote 29. La plupart des recherches sur la PPE à base de doxycycline ont été menées auprès de gbHARSAH, et on dispose de moins de données de recherche sur la PPrE à base de doxycycline Footnote 13. Dans cette étude, 46,3 % des participants étaient au courant de la PPrE ou de la PPE à base de doxycycline, et 11,4 % y avaient déjà eu recours. Le Comité consultatif national sur les infections transmissibles sexuellement et par le sang de l'ASPC mène actuellement des travaux visant à évaluer l'efficacité de la prophylaxie à base de doxycycline et à examiner les préoccupations liées à la résistance aux antimicrobiens Footnote 30.

Un tiers des participants (31,6 %) n'avaient pas de professionnel de soins de primaires attitré. Parmi ceux qui en avaient un, 67,9 % ont déclaré que leur professionnel de la santé était au courant de leur orientation sexuelle. Cet élément peut constituer un facteur important en matière de dépistage du VIH. Parmi les participants dont le professionnel de la santé connaissait l'orientation sexuelle, 84,6 % avaient déjà passé un test de dépistage du VIH, contre seulement 53,7 % des participants dont le professionnel de la santé ignorait l'orientation sexuelle. Ce constat concorde avec la littérature existante, selon laquelle le fait de révéler son orientation sexuelle à son professionnel de la santé est associé à un recours accru au dépistage du VIH Footnote 31Footnote 32. L'une des raisons pouvant expliquer la non-divulgation pourrait être la crainte de stigmatisation et de discrimination Footnote 32. Cette réalité souligne l'importance de continuer à promouvoir l'accès à des soins de santé d'affirmation de la sexualité Footnote 33.

La majorité des participants à l'étude ont été victimes de discrimination (63,3 %) au cours des 12 mois précédant l'étude, et bon nombre d'entre eux ont subi plusieurs formes de discrimination en raison de leurs identités croisées. Les expériences de stigmatisation et de discrimination créent des environnements stressants qui peuvent exposer les minorités sexuelles et de genre à un risque accru de problèmes de santé mentale et les empêcher de chercher des soins Footnote 34. Dans la présente étude, seulement 33,0 % des participants ont jugé leur santé mentale excellente ou très bonne, comparativement à 53,7 % de la population générale au Canada la même année Footnote 35.

Les cas de violence conjugale et de relations sexuelles forcées étaient fréquents chez les participants à l'étude. Des études antérieures menées au Canada ont également montré que les minorités sexuelles et de genre courent un risque accru d'être victimes de ce type de violence Footnote 36Footnote 37. Une analyse des données de l'Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés de 2018 a révélé que, dès l'âge de 15 ans, les hommes appartenant à une minorité sexuelle avaient près de deux fois plus de chances d'avoir subi une agression physique ou sexuelle de la part d'un partenaire intime, et trois fois plus de chances d'avoir subi une agression sexuelle en général, comparativement aux hommes hétérosexuels Footnote 36. Cette étude a également révélé que, comparativement aux personnes cisgenres, les personnes trans et non binaires étaient plus susceptibles d'avoir été victimes d'agressions physiques et sexuelles depuis l'âge de 15 ans Footnote 37.

Points forts et limites

L'enquête Tracks sur les personnes 2E/GBTQ+ de phase 3 a permis un recrutement dans les dix provinces au cours de l'été 2024. L'élargissement des critères d'admissibilité aux enquêtes Sexe au présent au fil des ans a permis à l'échantillon actuel d'inclure les personnes autochtones bispirituelles ainsi qu'un large éventail d'orientations sexuelles et d'identités de genre, et de compter un important sous-échantillon de participants trans. Il s'agit d'une source d'information importante aux niveaux local, provincial et fédéral pour orienter les mesures de santé publique. Toutefois, ces résultats ne peuvent pas nécessairement être généralisés à l'ensemble de la population 2E/GBTQ+ au Canada, ni à une ville en particulier, car un échantillonnage non probabiliste a été utilisé pour recruter les participants. Bien qu'il n'existe aucune donnée de référence sur la population 2E/GBTQ+ permettant d'évaluer la représentativité de l'échantillon, des recherches ont montré que les échantillons non probabilistes issus de lieux fréquentés par les minorités sexuelles peuvent sous-représenter certains sous-groupes, tels que les personnes sans emploi ou à faible revenu Footnote 38. De plus, certains sites, comme Montréal, ont également été confrontés à des conditions météorologiques défavorables ou à des difficultés logistiques pour le recrutement des participants à l'enquête en 2024, ce qui a entraîné des tailles d'échantillon inférieures à celles initialement prévues. Comme cette étude repose sur des données autodéclarées (à l'exception des résultats des tests de GSS), il est possible que certains facteurs soient sous-représentés ou surreprésentés.

Conclusion et prochaines étapes

Cette enquête fournit des renseignements sur la santé et le bien-être d'un échantillon diversifié de personnes 2E/GBTQ+ de partout au Canada. Des niveaux élevés d'expériences de discrimination et d'abus ont été constatés chez les participants à l'étude. L'inclusion délibérée de participants issus de divers horizons fournit des renseignements importants sur les populations qui, jusqu'à présent, ont été moins prises en compte dans la recherche sur les ITSS, telles que les personnes non binaires, tout en permettant de mener à l'avenir des sous-analyses portant sur des populations dont on sait qu'elles sont touchées de manière disproportionnée par les ITSS, comme les gbHARSAH. Ces analyses secondaires supplémentaires, qui porteront sur des populations particulières (p. ex., les personnes bispirituelles, les hommes trans, les gbHARSAH, les personnes non binaires), jouent un rôle important pour orienter les programmes et les politiques en matière d'ITSS. La collaboration avec des chercheurs et des organismes autochtones ouvrira des voies essentielles pour l'analyse et la mise à profit des données provenant de participants autochtones bispirituels et GBTQ+. Une collaboration plus étroite avec les chercheurs, les organismes communautaires et les populations touchées par les ITSS contribuera à garantir que ces données soient mises à profit de manière efficace dans le cadre des efforts de prévention et de soins liés à ces infections. La recherche qualitative menée auprès des personnes 2E/GBTQ+ au Canada peut également aider à replacer ces résultats dans leur contexte et à proposer des thèmes à inclure dans de futures enquêtes menées auprès de cette population.

Déclaration des auteurs

M. B. — Méthodologie, analyse formelle, rédaction de la version originale, rédaction, révision et édition
N. L. — Conceptualisation, méthodologie, supervision, rédaction, révision et édition
B. K. — Conceptualisation, méthodologie, supervision, rédaction, révision et édition
E. W. — Conceptualisation, méthodologie, analyse formelle, rédaction de la version originale, rédaction, révision et édition
H. A. — Méthodologie, rédaction, révision et édition
T. C. — Conceptualisation, rédaction, révision et édition
K. R. — Conceptualisation, méthodologie, analyse formelle, rédaction, révision et édition
A. A. — Méthodologie, analyse formelle, rédaction, révision et édition
C. C. — Méthodologie, ressources, supervision, rédaction, révision et édition
S. K. — Méthodologie, ressources, rédaction, révision et édition
J. C. — Conceptualisation, méthodologie, rédaction, révision et édition
J. A. — Conceptualisation, acquisition du financement, supervision, méthodologie, rédaction, révision et édition

Intérêts concurrents

Aucun.

Identifiants ORCID

Megan Butler — 0009-0008-1851-7012
Nathan Lachowsky — 0000-0002-6336-8780
Benjamin Klassen — 0000-0002-8203-724X
Herak Apelian — 0000-0003-0553-2172
Anthony Amato — 0000-0002-7978-6514
Catherine Card — 0000-0002-2561-9649
Joseph Cox — 0000-0002-7041-1556
Josephine Aho — 0000-0003-1518-9582

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier tous les participants à l'étude qui ont pris le temps de remplir le questionnaire, y compris ceux qui ont également fourni un échantillon biologique, le personnel du Centre de recherche communautaire et de l'Université de Victoria, ainsi que les bénévoles. Nous tenons à souligner l'excellente expertise technique du Laboratoire national de services de référence pour le VIH (LNSRV) du Laboratoire national de microbiologie dans tous les aspects liés à l'utilisation des échantillons de gouttes de sang séché (GSS) dans le cadre de cette enquête. Nous tenons tout particulièrement à remercier J. Kim et P. Lacap, du LNSRV, pour leurs conseils techniques et leur travail dans le cadre de l'analyse des échantillons de GSS. Nous tenons également à remercier S. Totten pour ses conseils concernant la conception de l'étude, l'analyse des données et la rédaction du manuscrit. Nous souhaitons remercier tout particulièrement A. Fahlman pour la programmation du questionnaire, ainsi que S. Ambrose et T. Le pour leur expertise en matière de mobilisation des connaissances. Nous voulons remercier A. Amson et J. Helwig pour leurs précieuses observations formulées lors de la relecture de ce manuscrit. Enfin, nous souhaitons remercier les organismes communautaires partenaires qui ont appuyé le recrutement local, notamment Ribbon Community, Queer & Trans Health Collective, Centre for Sexuality, Our Own Health Centre, The 519, Muslim Pride Toronto, MAX Ottawa, RÉZO, PEERS Alliance, AIDS Coalition of Newfoundland and Labrador et Quadrangle NL.

Financement

L'enquête Tracks menée auprès des personnes 2E/GBTQ+ au Canada a été financée par l'Agence de la santé publique du Canada dans le cadre de son Système de surveillance améliorée du VIH et de l'hépatite C (enquêtes Tracks).

Creative Commons License
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International

Détails de la page

2026-10-16

Quick Enquiry

We usually reply within a few hours
By submitting you agree to be contacted about your enquiry.
Call us☎ Chat on WhatsApp✆
M

Migova AI Assistant

Online now
Hi 👋 I'm the Migova AI assistant, powered by OpenAI. Ask me about PR, study visas, work permits, LMIA, family sponsorship, provinces, or healthcare immigration to Canada.
Canada PR
Study Visa
LMIA / Work Permit