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Facteurs de risque liés aux infections transmises sexuellement et par le sang, et accès aux mesures de réduction des méfaits dans les prisons fédérales canadiennes

RMTC

Volume 52-10, octobre 2026 : ITSS chez les populations clés

Rapport d’enquête

Facteurs de risque liés aux infections transmises sexuellement et par le sang, et accès aux mesures de réduction des méfaits dans les prisons fédérales canadiennes

Marie-Pierre Gendron1, Kayla Wanamaker1, Jonathan Smith1, Shannon Thompson2,3, Daniella Filoso1, Wardah Mahboob1, Sara Johnson1

Affiliations

1 Direction de la recherche, Service correctionnel Canada, Ottawa, ON

2 Services de santé, Service correctionnel Canada, Ottawa, ON

3 École d'épidémiologie et de santé publique, Université d'Ottawa, ON

Correspondance

marie-pierre.gendron@csc-scc.gc.ca

Citation proposée

Gendron M-P, Wanamaker K, Smith J, Thompson S, Filoso D, Mahboob W, Johnson S. Facteurs de risque liés aux infections transmises sexuellement et par le sang, et accès aux mesures de réduction des méfaits dans les prisons fédérales canadiennes. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2026;52(10):439–46. https://doi.org/10.14745/ccdr.v52i10a03f

Mots-clés : infections transmises sexuellement et par le sang, réduction des méfaits, tatouage, activité sexuelle, incarcération

Résumé

Contexte : Les personnes incarcérées sont touchées de manière disproportionnée par les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) et présentent une prévalence élevée des facteurs de risque liés à ces infections.

Objectif : Cette étude visait à déterminer la prévalence des facteurs de risque liés aux ITSS (tatouages et activités sexuelles au cours des six derniers mois), ainsi que la connaissance et l'utilisation des ressources de réduction des méfaits dans les prisons fédérales.

Méthodes : Une enquête transversale a été élaborée et menée à l'échelle du Canada entre septembre 2022 et janvier 2023. Les participants comprenaient des personnes qui avaient été incarcérées dans des établissements fédéraux pour hommes et pour femmes au cours des six derniers mois.

Résultats : Au total, 1 404 personnes incarcérées ont répondu au sondage : 91,5 % proviennent d'établissements pour hommes et 8,5 % d'établissements pour femmes. Dans l'ensemble, 44,6 % ont déclaré s'être fait faire un tatouage à un certain moment pendant leur incarcération; 8,8 % ont déclaré avoir eu des relations sexuelles au cours des six derniers mois, et; 5,0 % de l'ensemble des participants ont signalé des difficultés à se procurer des moyens de protection, la majorité d'entre eux ayant notamment mentionné des difficultés à se procurer des préservatifs. La connaissance de la prophylaxie préexposition (PPrE) et de la prophylaxie postexposition (PPE) a été déclarée respectivement par 8,7 % et 7,1 % des participants. Toutefois, le taux d'utilisation était inférieur à 1 % dans les deux cas.

Conclusion : Le tatouage et les rapports sexuels sans barrière de protection pourraient contribuer à la transmission des ITSS chez les personnes incarcérées. Il est recommandé de redoubler d'efforts pour garantir que les fournitures destinées à la réduction des méfaits soient disponibles en quantité suffisante et dans des lieux privés et connus, afin d'optimiser leur utilisation. L'éducation sur la disponibilité de la PPrE et de la PPE devrait être améliorée, afin d'en garantir une utilisation optimale par les personnes qui pourraient en bénéficier.

Introduction

Au Canada, les ITSS touchent de façon disproportionnée certaines populations, notamment les personnes qui consomment des drogues, les personnes qui vendent ou achètent des services sexuels, les Autochtones et les personnes ayant une expérience d'incarcération Footnote 1. Les personnes incarcérées présentent une prévalence plus élevée de facteurs de risque d'ITSS, tels que les rapports sexuels non protégés et le tatouage dans des conditions non stériles (partage d'aiguilles et d'encre), par rapport à la population générale Footnote 2Footnote 3Footnote 4Footnote 5.

Dans le cadre de son rôle consistant à administrer les peines de deux ans ou plus, le Service correctionnel du Canada (SCC) est chargé de fournir des soins de santé essentiels et un accès raisonnable aux soins de santé non essentiels, conformément aux normes professionnelles Footnote 6. En vertu de cette exigence, le SCC a mis en œuvre diverses initiatives de prévention et de réduction des méfaits afin de réduire progressivement la transmission des ITSS dans ses établissements. Il s'agit notamment du Programme d'échange de seringues en prison et du Service de prévention des surdoses (lieu de consommation supervisée) dans certains établissements, ainsi que de la mise à disposition de prophylaxie préexposition (PPrE), de prophylaxie postexposition (PPE) et d'articles de protection (préservatifs, lubrifiant et digues dentaires) dans tous les établissements. Par la suite, la prévalence des infections par le VIH et le virus de l'hépatite C (VHC) dans les établissements du SCC a diminué. La prévalence du VIH a diminué, passant de 4,6 % en 2007 Footnote 7 à 1,19 % en 2014 et à 0,93 % en 2020 Footnote 8, tandis que la prévalence du VHC a chuté de 31,0 % en 2007 Footnote 7 à 21,0 % en 2010 et à 3,2 % en 2021 Footnote 8.

Les sondages constituent une méthode utile pour mesurer des données non observables, telles que les préférences, les attitudes et les comportements des gens Footnote 9. Le Sondage national auprès des détenu(e)s sur les maladies infectieuses et les comportements à risque (SNDMICR), dont les résultats ont été présentés par Zacharia et al. en 2007, a été mené avant la mise en œuvre des mesures de réduction des méfaits les plus récentes au sein du SCC Footnote 7. Depuis, les renseignements disponibles sur les comportements à risque liés aux ITSS chez les détenus sous responsabilité fédérale au Canada sont limités.

Par conséquent, les principaux objectifs de cette étude étaient de déterminer la prévalence des éléments suivants :

  • Tatouage (à tout moment pendant l'incarcération et au cours des six derniers mois)
  • Partage du matériel et de l'encre (chez les personnes ayant reçu un tatouage au cours des six derniers mois)
  • Activités sexuelles pendant l'incarcération, y compris le sexe du partenaire, l'utilisation de moyens de protection et les difficultés d'accès à ces derniers
  • Utilisation et la connaissance de la PPrE et de la PPE dans les prisons fédérales canadiennes

Les résultats de cette recherche permettront de mieux comprendre les besoins en matière de santé des personnes incarcérées et contribueront au maintien de programmes de services de santé efficaces au sein des établissements correctionnels.

Méthodes

À l'aide d'un questionnaire et d'une méthodologie s'inspirant du SNDMICR de 2007, une enquête transversale a été menée auprès d'un échantillon de personnes incarcérées dans des établissements fédéraux entre septembre 2022 et janvier 2023. Une méthode d'échantillonnage aléatoire réparti a été utilisée pour recruter les participants admissibles dans les établissements pour hommes, tandis que toutes les participantes admissibles dans les établissements pour femmes ont été invitées à participer. Chaque site a reçu une liste des personnes répondant aux critères d'admissibilité au sondage, classée par ordre de priorité, ainsi qu'un nombre cible de participants à recruter. Ces cibles reflétaient le poids démographique du site au sein de la population carcérale fédérale totale du Canada (y compris des cibles précises pour les participants blancs, autochtones, noirs et d'autres groupes racisés dans les établissements pour hommes). Pour être admissibles, les participants devaient avoir été incarcérés sans interruption dans une prison fédérale au cours des six derniers mois, être en mesure de remplir le questionnaire en anglais ou en français et consentir à participer avec l'aide d'un administrateur du sondage.

Deux sections du questionnaire portaient sur les comportements à risque adoptés en prison, notamment le tatouage et les relations sexuelles sans barrière de protection. La section consacrée au tatouage comportait des questions visant à déterminer si le matériel ou l'encre avaient déjà été utilisés par quelqu'un d'autre. Les questions relatives à l'activité sexuelle visaient à savoir si les participants avaient eu des relations sexuelles au cours des six derniers mois pendant leur incarcération dans une prison fédérale (y compris des relations orales, vaginales ou anales), et s'ils avaient utilisé des barrières de protection. Les participants ayant répondu « oui » ont également été questionnés sur l'accès à des préservatifs, à du lubrifiant ou à des digues dentaires lorsqu'ils en avaient besoin, ainsi que sur les raisons pour lesquelles ils n'y avaient peut-être pas accès. De plus, on a demandé aux participants qui ont déclaré avoir eu des relations sexuelles au cours des six derniers mois dans une prison fédérale s'ils avaient échangé des faveurs sexuelles contre de l'argent, de la drogue ou d'autres articles (tels que des produits de la cantine, du tabac, une seringue, etc.). Enfin, des questions visant à évaluer les connaissances des participants au sujet de la PPrE et de la PPE, ainsi que leur accès à ces traitements au cours des six derniers mois passés en prison fédérale, ont été incluses. Toutes les questions étaient dichotomiques (p. ex., les réponses possibles étaient « oui » ou « non », mais il était possible d'indiquer que la question était sans objet). Lorsque le taux de non-réponse dépassait 50 %, les résultats n'étaient pas communiqués. Le sondage a été approuvé par le Comité d'éthique de la recherche de Santé Canada, le SCC et le Comité d'éthique de la recherche de l'Université d'Ottawa. Pour plus de renseignements sur la méthodologie du Sondage national sur la santé de 2022 (SNS 2022), voir Wanamaker et al., 2024 Footnote 10. Pour des raisons de confidentialité et de protection des renseignements personnels, les questions ayant recueilli moins de cinq réponses n'ont pas été prises en compte dans cette étude. Pour chaque question, les fréquences et les proportions ont été calculées par rapport à l'échantillon total. Les analyses ont été effectuées à l'aide d'IBM SPSS version 29 Footnote 11.

Résultats

Au total, 1 404 participants ont été inclus dans l'analyse. Une grande partie d'entre eux provenaient de la région du Québec (33,2 %), étaient incarcérés dans des établissements à sécurité moyenne (47,7 %), dans des établissements pour hommes (91,5 %), étaient âgés de 31 à 40 ans (26,7 %) et s'identifiaient comme étant de race blanche (41,7 %) (tableau 1). Il n'a pas été possible de calculer le taux de réponse au sondage, car les sites participants n'ont pas tous consigné les refus. Toutefois, une comparaison avec l'ensemble de la population carcérale du SCC à la fin de l'exercice 2022–2023 a montré que les femmes, ainsi que la région du Québec, étaient surreprésentées dans l'échantillon de l'étude.

Tableau 1 : Caractéristiques des participants au Sondage national sur la santé de 2022 (n = 1 404)
Caractéristiques % de fréquence (n)
Région
Atlantique 10,8 (n = 151)
Québec 33,2 (n = 466)
Ontario 23,5 (n = 330)
Prairies 17,4 (n = 244)
Pacifique 15,2 (n = 213)
Niveau de sécurité institutionnel
Minimale 15,5 (n = 218)
Moyenne 47,7 (n = 670)
Maximale 13,5 (n = 190)
Multiple 23,2 (n = 326)
GenreFootnote a
Hommes 91,5 (n = 1 285)
Femmes 8,5 (n = 119)
ÂgeFootnote b
18 ans ou moins à 30 ans 17,7 (n = 248)
31 à 40 ans 26,7 (n = 375)
41 à 50 ans 20,4 (n = 287)
51 à 60ans 17,7 (n = 248)
61 ans et plus 12,8 (n = 180)
Groupe ethnoculturelFootnote c
Blanc 41,7 (n = 585)
Autochtone 36,8 (n = 516)
Noir 7,3 (n = 102)
Autre groupe ethnoculturel 13,5 (n = 189)

Près de la moitié des participants ont déclaré avoir reçu un tatouage à un certain moment pendant leur incarcération fédérale (n = 626/1 404; 44,6 %), tandis que 53,1 % (n = 746/1 404) n'en avaient pas reçu et que 2,3 % (n = 32/1 404) n'ont pas répondu à cette question. Interrogés sur le tatouage au cours des six derniers mois, près d'un tiers des participants ont déclaré avoir pratiqué cette activité (n = 186; 29,7 %). Parmi les personnes qui ont reçu un tatouage au cours des six derniers mois, près d'un quart ont indiqué que l'appareil utilisé avait déjà servi avant elles (n = 46; 24,7 %) et, moins fréquemment, le partage d'encre (n = 14; 7,5 %) (tableau 2).

Tableau 2 : Pratiques liées au tatouage au cours des six derniers mois dans les prisons fédérales canadiennes (n = 1 404)
Pratiques liées au tatouage % de fréquence (n)
Reçu un tatouage 29,7 (n = 186)
Parmi ceux qui ont reçu un tatouage
L'appareil a déjà été utilisé 24,7 (n = 46)
L'encre a déjà été utilisée 7,5 (n = 14)

La plupart des participants ont indiqué qu'ils n'avaient pas eu de relations sexuelles au cours des six derniers mois (n = 1 204/1 404; 85,8 %) ou présentaient des données manquantes relatives aux questions sur les relations sexuelles en prison (77 participants, 5,5 %). Les 123 participants restants (8,8 %) ont indiqué avoir eu des relations sexuelles (orales, vaginales ou anales) au cours des six derniers mois pendant leur incarcération dans une prison fédérale. Un plus grand nombre de participants ont déclaré avoir eu des relations sexuelles avec une femme (n = 87; 6,2 %) qu'avec un homme (n = 32; 2,3 %). Interrogées sur l'utilisation de moyens de protection (préservatif, lubrifiant et digues dentaires) lors de leurs activités sexuelles, plus de la moitié des personnes ayant eu des relations sexuelles orales ou anales avec un homme ont déclaré ne jamais ou rarement utiliser de barrière de protection (n = 21/32; 65,6 %) (tableau 3). Un résultat comparable a été observé chez les personnes ayant eu des relations sexuelles orales ou vaginales avec une femme : plus de la moitié ont déclaré n'utiliser jamais ou rarement une barrière de protection (n = 50/87; 57,5 %) (tableau 4). Parmi les participants ayant déclaré avoir eu des relations sexuelles au cours des six derniers mois dans une prison fédérale, 1,1 % (n = 15/1 404) ont échangé des faveurs sexuelles contre des biens.

Tableau 3 : Activités sexuelles avec un homme dans les prisons fédérales canadiennes au cours des six derniers mois (n = 32)
Relations sexuelles avec un homme % de fréquence (n)
Activité sexuelle Orale Vaginale Anale
Utilisation rare ou inexistante de barrière de protection 65,6 (n = 21) 28,1 (n = 9) 65,6 (n = 21)
Tableau 4 : Activités sexuelles avec une femme dans les prisons fédérales canadiennes au cours des six derniers mois (n = 87)
Relations sexuelles avec une femme % de fréquence (n)
Activité sexuelle Orale Vaginale Anale
Utilisation rare ou inexistante de barrière de protection 57,5 (n = 50) 57,5 (n = 50) 34,5 (n = 30)

Parmi l'échantillon total, 70 participants ont déclaré avoir rencontré des difficultés à se procurer des articles de protection sexuelle (5,0 %). Le problème le plus souvent signalé était une quantité insuffisante. Par exemple, 40,0 % (n = 28/70) des personnes ayant signalé des difficultés ont indiqué que, lorsqu'elles se sont rendues sur place pour se procurer des préservatifs, il n'y en avait plus. Le fait de ne pas savoir où se procurer des préservatifs, du lubrifiant ou des digues dentaires a également été fréquemment mentionné. De plus, les participants ont indiqué craindre que d'autres personnes puissent les voir se procurer ces fournitures (tableau 5).

Tableau 5 : Difficultés d'accès aux fournitures pour la réduction des méfaits dans les prisons fédérales canadiennes (n = 70)
Problèmes signalés % de fréquence (n)
Fournitures pour la réduction des méfaits Condoms Lubrifiant Digues dentaires
Quand je suis allé en chercher, il n'y en avait plus 40,0 (n = 28) 35,7 (n =2 5) 17,1 (n = 12)
Je ne savais pas où les trouver 20,0 (n = 14) 17,1 (n = 12) 12,9 (n = 9)
J'avais peur que d'autres personnes en détention puissent me voir aller en chercher 18,6 (n = 13) 20,0 (n = 14) 11,4 (n = 8)

Enfin, les participants ont été interrogés sur leur connaissance de la PPrE et de la PPE dans les prisons fédérales. Le sondage a révélé que 8,7 % (n = 122/1 404) savaient qu'ils pouvaient avoir accès à la PPrE dans les prisons fédérales. Parmi ces participants, 8,2 % (n = 10/122) ont déclaré avoir suivi un traitement de PPrE dans une prison fédérale, dont 50,0 % (n = 5/10) ont indiqué l'avoir suivi au cours des six derniers mois. De même, 7,1 % (n = 100/1 404) des participants ont déclaré avoir connaissance de la disponibilité de la PPE dans les prisons fédérales. Au sein de ce groupe, 11,0 % (n = 11/100) ont déclaré avoir suivi un traitement de PPE pendant leur incarcération dans une prison fédérale, tandis qu'un petit nombre d'entre eux (n < 5) ont indiqué avoir suivi un traitement de PPE au cours des six derniers mois.

Discussion

Cette étude est la plus vaste menée depuis 2007 pour évaluer la prévalence des facteurs de risque d'ITSS chez les Canadiens incarcérés dans des établissements fédéraux. Les résultats indiquent que le tatouage pourrait gagner en popularité, puisque 44,6 % des participants ont déclaré s'être fait tatouer en 2022, contre 38,0 % en 2007 Footnote 7. Bien que cette différence soit minime, elle pourrait avoir des répercussions cliniques importantes pour le SCC en matière de prévention et de traitement des ITSS. Cette proportion est supérieure à celle qui a été rapportée en Australie et aux États-Unis. Dans les prisons australiennes, la prévalence des tatouages était de 13,4 % chez les femmes et de 24,6 % chez les hommes, tandis que dans les prisons américaines, elle était estimée à 8,7 % chez les femmes et à 19,3 % chez les hommes Footnote 12. Cette proportion semble également plus élevée chez les personnes incarcérées que dans la population générale. Par exemple, selon des données nationales de 2006, on estimait que 24,0 % de la population américaine avait des tatouages et que 14,0 % avait des perçages corporels Footnote 13. De même, 13,0 % des participants au sondage de 2007 ont déclaré avoir déjà eu un perçage Footnote 7. Étant donné que les participants au SNS 2022 n'ont pas été interrogés sur les perçages corporels en prison, des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer la prévalence des perçages corporels dans les prisons canadiennes. Compte tenu du risque d'être en contact avec du sang infecté, le perçage corporel représente un risque de transmission des ITSS en milieu carcéral.

On a observé en 2022 une légère augmentation de l'activité sexuelle en milieu carcéral par rapport à 2007 (2022 : 8,8 %; 2007 : 7,2 %) Footnote 14. Toutefois, ces proportions étant semblables, cette différence ne témoigne peut-être pas d'une tendance à la hausse importante. Les résultats de la présente étude concordent avec ceux d'un sondage mené en Australie, dans lequel les auteurs ont constaté que 7,0 % des hommes et 36 % des femmes incarcérées ont déclaré avoir eu des relations sexuelles avec une autre personne incarcérée Footnote 15. Cependant, les résultats de cette étude pourraient ne pas être directement comparables à ceux de la littérature existante, car le SNS 2022 portait également sur les relations sexuelles avec une personne non incarcérée (c.-à-d. les visites familiales privées) et ne se limitait pas aux relations sexuelles avec une autre personne incarcérée.

Les résultats de cette étude ont montré que 65,6 % des personnes incarcérées ayant des relations sexuelles avec des hommes et 57,5 % de celles ayant des relations sexuelles avec des femmes ont déclaré n'utiliser que rarement, voire jamais, de barrière de protection (p. ex., préservatifs, digues dentaires). Ce constat concorde avec les résultats d'une étude menée aux États-Unis, qui a montré que, bien que 65 % des hommes incarcérés ayant des relations sexuelles avec des hommes et des femmes transgenres aient déclaré utiliser des préservatifs, 75 % d'entre eux ont également déclaré avoir eu des rapports sexuels sans préservatif Footnote 16. À titre de comparaison, une étude menée en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, a révélé que 56,8 % des hommes incarcérés ayant des relations sexuelles anales ont déclaré utiliser des préservatifs. Il est important de noter que, par rapport au Queensland (Australie), où aucun préservatif n'est fourni aux personnes incarcérées, la proportion ayant déclaré avoir eu des relations sexuelles anales était tout aussi faible. Les chercheurs ont donc conclu qu'aucun élément ne permettait de penser que la distribution de préservatifs augmentait la fréquence des rapports sexuels, qu'ils soient consensuels ou non, en prison Footnote 17.

Seule une faible proportion des participants a déclaré avoir rencontré des difficultés à se procurer des fournitures de réduction des méfaits (5 %). Néanmoins, près de la moitié de ces personnes (40 %) ont indiqué qu'elles n'avaient pas pu se procurer de préservatifs au moment où elles en avaient besoin. Parmi les personnes ayant déclaré avoir rencontré des difficultés à se procurer des fournitures, les participants ont invoqué différentes raisons, notamment une quantité insuffisante de fournitures (raison la plus fréquemment citée), le fait de ne pas savoir où se les procurer et la crainte que d'autres personnes en détention puissent les voir se procurer ces fournitures. Compte tenu des résultats ci-dessus, cela semble indiquer que les personnes connaissent peut-être l'existence du programme de distribution d'articles de protection, mais que le manque d'approvisionnement les empêche de les utiliser, ce qui les conduit à avoir des relations sexuelles à haut risque. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer les raisons pour lesquelles les participants ont signalé un manque de fournitures. Le manque d'accès ou la quantité insuffisante de fournitures ont des répercussions importantes sur la mise en œuvre des programmes, compte tenu des résultats de Scott et al., qui ont constaté que la distribution de préservatifs en prison réduisait l'incidence annuelle de la syphilis de 99,0 %, de la gonorrhée de 98,0 %, de l'hépatite B de 71,0 %, de la chlamydia de 27,0 %, et du VIH de 50,0 % Footnote 18.

Enfin, cette étude a révélé que 7 % et 8 % des participants, respectivement, savaient que la PPrE et la PPE étaient offertes dans les prisons canadiennes. Ces pourcentages sont supérieurs aux 3 % et 4 %, respectivement, observés dans trois prisons d'État de la région du Nord-Est des États-Unis Footnote 19. Bien que ce résultat soit quelque peu encourageant, seule une faible proportion des participants a effectivement eu recours à la PPrE et à la PPE dans les prisons fédérales (moins de 1 % de l'ensemble des participants).

L'un des points forts de cette étude réside dans le fait que le SNS 2022 était confidentiel et autoadministré, ce qui a pu contribuer à réduire au minimum les biais d'information, tels que celui lié à la désirabilité sociale. Une option d'entrevue menée par un enquêteur était offerte aux personnes dont le faible niveau d'alphabétisation les empêchait de répondre au questionnaire de manière autonome, ainsi qu'à celles qui préféraient cette méthode. L'échantillon utilisé dans cette étude comprenait toutes les provinces canadiennes, ainsi que des personnes hébergées dans des établissements pour hommes et pour femmes.

Limites

Toutefois, considérant une population totale de 12 399 personnes à la fin de l'exercice financier 2020–2021, les participants à l'étude représentaient 11,3 % de l'ensemble de la population du SCC Footnote 20. Étant donné que l'échantillon actuel ne représente qu'une petite partie de la population incarcérée au SCC, cela pourrait avoir eu une incidence sur la représentativité de l'échantillon. En effet, l'échantillon de cette étude comprenait, proportionnellement, davantage de personnes incarcérées dans des établissements pour femmes et de personnes incarcérées dans la région du Québec par rapport à l'ensemble de la population carcérale fédérale. Par conséquent, ces résultats pourraient être plus représentatifs de la situation dans cette région. Par exemple, dans un rapport sur les résultats du SNS 2022 portant sur les établissements pour hommes (représentant 91,5 % de l'échantillon), on a constaté qu'au Québec, moins de participants ont déclaré avoir déjà subi un test de dépistage du VHC par rapport aux autres régions Footnote 21. Il est possible que les participants ayant subi un dépistage d'ITSS soient davantage susceptibles de connaître l'existence de la PPrE et de la PPE dans les établissements correctionnels s'ils ont eu une discussion avec le personnel des services de santé au sujet de cet aspect de leur santé. Ce même rapport a révélé qu'un nombre nettement plus élevé de participants des régions de l'Atlantique et du Pacifique avaient reçu un tatouage pendant leur incarcération Footnote 21. La proportion plus élevée de participants québécois dans l'échantillon pourrait donc avoir conduit à une sous-estimation de la pratique du tatouage en prison par rapport à ce à quoi on pourrait s'attendre à l'échelle nationale si l'échantillon avait été pleinement représentatif. Une petite proportion de personnes incarcérées aurait pu être exclue du fait qu'elle n'était pas en mesure de participer en anglais ou en français. Cette proportion n'a pas été calculée pour le SNS 2022 mais elle représentait moins de 0,5 % dans le SNDMICR de 2007 Footnote 7. Bien qu'aucun changement n'ait été apporté aux politiques relatives au dépistage et à la vaccination contre les ITSS au cours de la période qui s'est écoulée entre les deux sondages, il est possible que les perturbations survenues pendant la pandémie de COVID-19, telles qu'observées au sein de la collectivité Footnote 22, aient eu une incidence sur les services et les comportements des participants. De plus, bien qu'un rapport antérieur ait présenté une analyse descriptive des différences entre les niveaux de sécurité des établissements correctionnels Footnote 21, une analyse plus approfondie s'impose pour déterminer si les facteurs de risque et les besoins en matière de mesures de réduction des méfaits varient en fonction des niveaux de sécurité des établissements correctionnels. Enfin, comme le SNDMICR a été mené 15 ans avant le SNS 2022, des sondages supplémentaires devraient être menés pour tirer des conclusions sur les tendances relatives aux facteurs de risque chez les personnes incarcérées dans les établissements fédéraux. Néanmoins, cette étude a fourni des renseignements précieux sur les comportements de la population carcérale sous responsabilité fédérale au Canada. Il est essentiel de bien comprendre les comportements à risque et les obstacles rencontrés lors de l'accès aux mesures de réduction des méfaits afin d'assurer une protection adéquate contre les ITSS en milieu carcéral.

Conclusion

Les résultats de cette étude suggèrent que le partage d'instruments lors du tatouage et les relations sexuelles sans barrière de protection en milieu carcéral pourraient constituer d'importants facteurs de risque de transmission des ITSS chez les personnes incarcérées. Des efforts constants sont nécessaires pour garantir que les articles destinés à la réduction des méfaits (en particulier les préservatifs) soient disponibles en quantité suffisante afin d'optimiser leur utilisation et leur incidence sur la prévention. Dans le cadre des recherches futures, il est nécessaire de mieux comprendre les liens entre ces facteurs de risque afin de déterminer les possibilités de programmes de réduction des méfaits et de prévention les plus susceptibles d'avoir un impact sur la réduction de la transmission. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre l'incidence du tatouage sur le risque de transmission du VIH et du VHC, et pour évaluer la capacité des programmes de réduction des méfaits mis en place dans les prisons fédérales à réduire cette transmission. Une campagne de promotion de la santé pourrait également contribuer à mieux faire connaître l'existence de la PPrE et de la PPE dans les prisons fédérales auprès des personnes les plus exposées au risque de contracter le VIH et le VHC en raison de tatouages réalisés dans des conditions non hygiéniques et de relations sexuelles à risque, et pourrait ainsi accroître la participation à ces programmes.

Déclaration des auteurs

M-P. G. — Conceptualisation, analyse formelle, rédaction–version originale, rédaction, révision et édition
K. W. — Conceptualisation, analyse formelle, rédaction, révision et édition
J. S. — Conceptualisation, rédaction, révision et édition
S. T. — Conceptualisation, rédaction, révision et édition
D. F. — Analyse formelle, rédaction, révision et édition
W. M. — Analyse formelle, rédaction, révision et édition
S. J. — Analyse formelle, rédaction, révision et édition

Intérêts concurrents

Tous les auteurs n'ont aucun intérêt concurrent à déclarer.

Identifiants ORCID

Marie-Pierre Gendron — 0009-0003-0678-3229
Kayla Wanamaker — 0000-0002-0211-4672
Jonathan Smith — 0009-0002-1687-0062
Shannon Thompson — 0009-0009-6627-4980
Daniella Filoso — 0009-0009-1218-7611
Wardah Mahboob — 0000-0001-7607-6376
Sara Johnson — 0009-0002-1994-4573

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes, dont la contribution a permis la réalisation de cette recherche : Lynne Leonard, de l'Université d'Ottawa, Michael Martin, Jean-Pascal Nadeau, Roger Martin, Hallye Ward, Ian Broom, ainsi que l'ensemble du personnel des services régionaux de santé du Service correctionnel du Canada (SCC) qui a participé à la collecte de données. Merci à Paul Sandstrom et à Emma R. Lee, du Laboratoire national du VIH et de la rétrovirologie de l'Agence de la santé publique du Canada. Enfin, nous tenons à remercier les personnes incarcérées dans les établissements du SCC qui ont participé au Sondage national sur la santé de 2022 pour les précieuses informations qu'elles nous ont fournies.

Financement

Ce projet a été financé par le Service correctionnel du Canada.

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2026-10-16

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