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Aperçu – Différences entre les sexes concernant la forte consommation épisodique d’alcool chez les adultes au Canada, 2017-2023 : une analyse transversale répétée

Revue PSPMC

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Erin Hobin, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Leili Baghaie, M.S.P.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Naomi Schwartz, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Sze Hang Fu, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Samantha Forbes, M.S.P.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Brendan Smith, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2

https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.9.04f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Creative Commons License

Attribution suggérée

Aperçu par Hobin E et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0

Rattachement des auteurs
Correspondance

Erin Hobin, Santé publique Ontario, 661, avenue University, bureau 1701, Toronto (Ontario)  M5G 1M1; tél. : 647-260-7198; courriel : erin.hobin@oahpp.ca

Citation proposée

Hobin E, Baghaie L, Schwartz N, Fu SH, Forbes S, Smith B. Différences entre les sexes concernant la forte consommation épisodique d’alcool chez les adultes au Canada, 2017-2023 : une analyse transversale répétée. 2026;46(9):374-380. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.9.04f

Résumé

La forte consommation épisodique d’alcool (FCEA) est un indicateur clé de la consommation nocive d’alcool au sein de la population. Nous avons utilisé les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes pour analyser les tendances récentes des écarts entre les sexes en matière de FCEA chez les adultes, par tranche d’âge, entre 2017 et 2019 et entre 2022 et 2023. La prévalence globale de la FCEA était de 20,5 % (IC à 95 % : 20,1 % à 20,8 %) entre 2017 et 2019 et 20,3 % (IC à 95 % : 19,9 à 20,8) entre 2022 et 2023. Dans l’ensemble, la prévalence de la FCEA était plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, les écarts entre les sexes se sont réduits en 2022-2023 par rapport à 2017-2019. Chez les 18-25 ans, les femmes ont déclaré une prévalence plus élevée de FCEA que les hommes en 2022-2023 (prévalence : 27,9 % contre 24,2 %), ce qui correspond à une différence de prévalence de −3,7 % (IC à 95 % : −9,4 à 1,9), bien que l’intervalle de confiance inclue zéro, indiquant un manque de certitude quant à une différence significative. Entre 2017-2019 et 2022-2023, la prévalence de la FCEA au Canada est restée élevée, et les écarts entre les sexes se sont réduits dans tous les groupes d’âge, en particulier chez les jeunes adultes, où les taux se sont rapprochés.

Mots-clés : prévention et lutte contre la consommation d’alcool, hyperalcoolisation rapide, maladies chroniques, comportements liés à la santé chez les adultes, facteurs liés au sexe, Canada

Points saillants

  • Nous avons analysé les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes afin d’évaluer les différences entre les sexes en matière de forte consommation épisodique d’alcool (FCEA) par tranche d’âge chez les adultes entre 2017 et 2023.
  • La prévalence de la FCEA est demeurée stable à 20 % au Canada, les hommes déclarant globalement un taux plus élevé, mais les différences entre les sexes semblant moins marquées dans tous les groupes d’âge.
  • Chez les 18-25 ans, les femmes ont déclaré une FCEA plus élevée que les hommes en 2022-2023, ce qui indique une convergence et un renversement potentiel des différences entre les sexes observées en 2017-2019.
  • L’augmentation de la FCEA chez les femmes adultes pourrait s’expliquer par les tendances à long terme en matière de consommation d’alcool, la publicité ciblée, les stratégies d’adaptation au stress et la diminution de la stigmatisation.
  • Les femmes courent davantage de risques pour leur santé physique que les hommes, même à des niveaux de consommation d’alcool plus faibles, notamment en ce qui concerne les maladies hépatiques et le cancer du sein. Cela souligne l’importance de mettre en place des stratégies de santé publique adaptées au sexe et tenant compte des spécificités de genre.

Introduction

La consommation régulière d'une grande quantité d'alcool en une seule occasion est associée à un risque accru de dépendance, de violence, ainsi que de mortalité prématurée et d'invalidité dues à des affections tant aiguës que chroniquesNote de bas de page 1Note de bas de page 2. Au Canada, la forte consommation épisodique d'alcool (FCEA) est répandue, 20 % des personnes de 12 ans et plus ayant déclaré adopter ce comportement en 2022Note de bas de page 3. Par le passé, les hommes ont signalé une prévalence plus élevée de FCEA dans tous les groupes d'âge au Canada. Cependant, de nouvelles données suggèrent une réduction de l'écart entre les sexesNote de bas de page 3Note de bas de page 4. La pandémie de COVID-19, qui a débuté en mars 2020, et les mesures de confinement qui ont suivi ont entraîné des changements importants dans le mode de vie, le niveau de stress et les habitudes de consommation d'alcool au sein de certaines populationsNote de bas de page 5Note de bas de page 6. L'étude des périodes prépandémiques et postpandémiques précoces peut fournir des renseignements précieux sur l'évolution des comportements en matière de consommation d'alcool. Une étude américaine récente a révélé qu'entre 2017 et 2019 ainsi qu'entre 2021 et 2023, les différences entre les sexes en matière de FCEA se sont réduites dans toutes les tranches d'âge, la prévalence de la FCEA chez les jeunes femmes adultes dépassant celle des hommesNote de bas de page 7. Notre étude a porté sur les tendances récentes des différences entre les sexes en matière de FCEA par groupe d'âge au Canada et nous avons émis l'hypothèse que l'écart entre les hommes et les femmes serait réduit chez les jeunes adultes et les adultes d'âge moyen.

Méthodologie

Nous avons mené une analyse transversale répétée auprès de personnes de 18 ans et plus dans le cadre de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) menée chaque année de 2017 à 2023.

L'ESCC est une enquête représentative de la population menée par Statistique Canada qui cible les personnes de 12 ans et plus, ou de 18 ans et plus à compter de 2023, vivant dans des logements privés, ce qui représente plus de 96 % de la population canadienneNote de bas de page 8. Cette enquête ne porte pas sur les Autochtones vivant sur les réserves, les membres des Forces armées canadiennes, les personnes vivant en établissement, les enfants placés en famille d'accueil, ni les personnes vivant dans le Nord du Québec et dans les territoires canadiens. Nous avons exclu les personnes de moins de 18 ans, les participantes enceintes ou qui allaitaient ainsi que celles qui n'ont pas répondu aux questions relatives à la consommation d'alcool.

Conformément aux pratiques de surveillance de la santé publique au Canada, notamment celles de l'ESCC, la FCEA a été définie comme la pratique d'une hyperalcoolisation rapide au moins une fois par mois au cours des 12 derniers moisNote de bas de page 3. Une hyperalcoolisation rapide a été définie comme la consommation d'au moins cinq verres standard pour les hommes et d'au moins quatre verres standard pour les femmes en une seule occasionNote de bas de page 9. La FCEA a été déduite d'une question sur la fréquence de l'hyperalcoolisation rapide au cours des 12 derniers mois et a été classée comme suit : présence de FCEA (une fois par mois, 2 à 3 fois par mois, une fois par semaine, plus d'une fois par semaine) ou absence de FCEA (moins d'une fois par mois ou jamais). Avant 2019, le sexe était déterminé à partir des déclarations des personnes interrogées, qui se définissaient comme « homme » ou « femme », ce qui correspondait au sexe à la naissance. À partir de 2019, l'ESCC a introduit des questions permettant de distinguer le sexe (attribué à la naissance) du genre (homme, femme ou non binaire). Conformément aux recommandations de l'ESCC concernant les analyses portant sur la période antérieure et postérieure à 2019, nous avons utilisé la variable « sexe ». Les tranches d'âge ont été définies comme suit : 18 à 25 ans, 26 à 49 ans, 50 à 64 ans et 65 ans et plus.

Nous avons utilisé des modèles de régression logistique pour analyser les associations entre la FCEA et le sexe dans les données regroupées de l'ESCC pour les périodes 2017-2019 (avant la COVID-19) et 2022-2023 (après la COVID-19), toutes tranches d'âge confondues. Les interactions à trois variables entre le sexe, la tranche d'âge et la période (avant ou après la COVID-19) ont été modélisées. Nous avons estimé la prévalence prévue et les écarts de prévalence à l'aide des effets marginaux. Les données de 2020 et 2021 ont été prises en compte dans les résultats décrivant la prévalence de la FCEA au fil du temps, mais ont été exclues des analyses basées sur des modèles en raison des mesures de confinement et des perturbations subies par la collecte des données de l'ESCC pendant la pandémie de COVID-19. Les pondérations de l'ESCC (divisées par le nombre d'années correspondant à la période considérée) ont été utilisées pour tous les modèles, et des intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été estimés à l'aide de pondérations de bootstrap à 1 000 réplications. Les analyses ont été effectuées à l'aide de la version R 4.4.2 (R Foundation for Statistical Computing, Vienne, Autriche).

Dans les analyses de sensibilité, nous avons également pris en compte le niveau de scolarité (niveau inférieur au secondaire, diplôme d'études secondaires et certificat ou diplôme d'études postsecondaires ou universitaires; au niveau du ménage pour les personnes de moins de 30 ans et au niveau individuel dans les autres cas), le milieu de résidence (centre urbain ou zone rurale) et le statut vis-à-vis de l'immigration (citoyen de naissance ou résident permanent/non permanent).

Cette étude n'a pas nécessité l'approbation par un comité d'éthique de la recherche, car elle repose exclusivement sur l'utilisation secondaire de données anonymes, conformément à l'article 2.4 de l'Énoncé de politique des trois conseils sur l'Éthique de la recherche avec des êtres humains.

Résultats

L'échantillon non pondéré comprenait 150 630 personnes interrogées entre 2017 et 2019 et 87 227 entre 2022 et 2023. La prévalence globale de la FCEA au Canada était de 20,5 % (IC à 95 % : 20,1 % à 20,8 %) en 2017-2019 et 20,3 % (IC à 95 % : 19,9 à 20,8) en 2022-2023. Comme l'indique la figure 1, la prévalence de la FCEA est restée relativement stable dans toutes les tranches d'âge, tant chez les hommes que chez les femmes, entre 2017 et 2019. On a toutefois constaté une baisse entre 2020 et 2021 chez les hommes et les femmes de 18 à 25 ans et de 26 à 49 ans. Les taux ont remonté en 2022 pour atteindre des niveaux comparables à ceux de 2017 à 2019, avant de redescendre à nouveau chez les hommes. Chez les groupes d'âge plus avancés, la prévalence de la FCEA est restée stable, avec une légère augmentation observée en 2022. Sur l'ensemble de la période étudiée, la baisse la plus marquée a été observée chez les hommes de 18 à 25 ans, la prévalence passant de 33,7 % (IC à 95 % : 30,6 à 36,7) en 2017 à 22,0 % (IC à 95 % : 18,5 à 25,4) en 2023. En revanche, chez les femmes de la même tranche d'âge, la prévalence de la FCEA a seulement légèrement diminué, passant de 28,7 % (IC à 95 % : 25,9 à 31,6) en 2017 à 27,8 % (IC à 95 % : 23,2 à 32,4) en 2023.

Figure 1. Prévalence d'une forte consommation épisodique d'alcool selon le sexe, par tranche d'âge et par année, ESCC, 2017 à 2023
Figure 1. La version textuelle suit.
Figure 1 - Texte descriptif
Groupe 2017 Prévalence
(IC à 95 %)
2018 Prévalence
(IC à 95 %)
2019
Prévalence (IC à 95 %)
2020
Prévalence (IC à 95 %)
2021
Prévalence (IC à 95 %)
2022
Prévalence (IC à 95 %)
2023
Prévalence (IC à 95 %)
18–25
Hommes 33,7 (30,6 à 36,7) 31,3 (28,0 à 34,7) 30,4 (27,2 à 33,5) 23,6 (19,8 à 27,5) 20,5 (17,0 à 24,0) 26,5 (23,1 à 29,9) 22,0 (18,5 à 25,4)
Femmes 28,7 (25,7 à 31,7) 25,3 (22,2 à 28,5) 25,4 (22,3 à 28,5) 21,8 (17,6 à 25,9) 19,2 (15,8 à 22,6) 28,0 (24,2 à 31,8) 27,8 (22,9 à 32,7)
26–49
Hommes 30,8 (29,3 à 32,3) 30,9 (29,1 à 32,7) 30,0 (28,4 à 31,7) 25,4 (23,4 à 27,4) 24,1 (22,4 à 25,9) 30,5 (28,8 à 32,2) 26,5 (24,8 à 28,2)
Femmes 21,6 (20,2 à 22,9) 20,7 (19,3 à 22,1) 18,2 (16,9 à 19,4) 17,8 (16,1 à 19,4) 16,7 (15,3 à 18,0) 22,3 (20,9 à 23,7) 20,4 (18,9 à 21,9)
50–64
Hommes 23,5 (21,8 à 25,1) 23,8 (22,1 à 25,5) 23,9 (22,2 à 25,7) 22,5 (20,2 à 24,7) 21,2 (19,2 à 23,1) 24,6 (22,9 à 26,2) 22,5 (20,7 à 24,2)
Femmes 14,6 (13,2 à 16,0) 14,4 (13,0 à 15,8) 14,8 (13,4 à 16,2) 14,3 (12,7 à 16,0) 14,3 (12,5 à 16,0) 17,2 (15,7 à 18,8) 16,7 (15,2 à 18,3)
65+
Hommes 10,9 (9,9 à 12,0) 10,7 (9,6 à 11,7) 10,6 (9,7 à 11,5) 10,3 (9,2 à 11,4) 10,7 (9,7 à 11,8) 12,9 (11,9 à 13,8) 12,5 (11,4 à 13,5)
Femmes 5,0 (4,3 à 5,7) 4,7 (4,0 à 5,5) 5,0 (4,4 à 5,6) 4,8 (4,2 à 5,5) 5,7 (4,9 à 6,5) 7,5 (6,8 à 8,3) 7,6 (6,9 à 8,3)

Abréviation : ESCC, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes.

Le tableau 1 présente les estimations de prévalence d'une FCEA fondées sur un modèle. En 2017-2019, la prévalence de FCEA était globalement plus élevée chez les hommes que chez les femmes (24,2 % contre 16,5 %), avec un écart de prévalence entre les sexes de 7,7 % (IC à 95 % : 5,6 à 9,7) (tableau 1). Les hommes présentaient une prévalence plus élevée de FCEA dans toutes les tranches d'âge, y compris chez les adultes de 18 à 25 ans (prévalence : 31,8 % contre 26,5 %; écart de prévalence : 5,3 %, IC à 95 % : 1,6 à 8,9).

En 2022-2023, les hommes ont continué à présenter une prévalence globalement plus élevée de FCEA que les femmes (22,2 % contre 18,4 %; écart de prévalence : 3,8 %; IC à 95 % : 0,9 à 6,6). Toutefois, les différences entre les sexes en matière de FCEA semblent moins marquées dans toutes les tranches d'âge par rapport à la période 2017-2019. Il convient de noter que, chez les 18-25 ans, la prévalence de la FCEA était plus faible chez les hommes que chez les femmes (prévalence : 24,2 % contre 27,9 %), avec un écart de prévalence de −3,7 % (IC à 95 % : −9,4 à 1,9; tableau 1), bien que l'intervalle de confiance inclue zéro, indiquant un manque de certitude quant à une différence significative.

Tableau 1. Prévalence estimée d'une forte consommation épisodique d'alcool et écarts de prévalence selon le sexeNote de bas de page a
Groupe d’âge
(ans)
Taille de l’échantillon
non pondérée
Prévalence moyenne prévue (%)
(IC à 95 %)
Hommes
Prévalence moyenne prévue (%)
(IC à 95 %)
Femmes
Différence de prévalence (%)
(IC à 95 %)
(hommes par rapport à femmes)
Période 1 : 2017-2019
Total 150 630 24,2 (23,1 à 25,3) 16,5 (15,6 à 17,5) 7,7 (5,6 à 9,7)
18 à 25 10 890 31,8 (29,9 à 33,6) 26,5 (24,7 à 28,3) 5,3 (1,6 à 8,9)
26 à 49 47 225 30,6 (29,6 à 31,6) 20,1 (19,4 à 20,9) 10,5 (8,8 à 12,2)
50 à 64 38 214 23,7 (22,7 à 24,7) 14,6 (13,8 à 15,4) 9,1 (7,3 à 10,9)
65 et plus 54 301 10,7 (10,1 à 11,3) 4,9 (4,5 à 5,3) 5,8 (4,8 à 6,8)
Période 2 : 2022-2023
Total 87 227 22,2 (20,8 à 23,6) 18,4 (17,0 à 19,9) 3,8 (0,9 à 6,6)
18 à 25 4 502 24,2 (21,8 à 26,7) 27,9 (24,9 à 31,1) −3,7 (−9,4 à 1,9)
26 à 49 25 270 28,5 (27,2 à 29,7) 21,3 (20,3 à 22,4) 7,2 (4,8 à 9,5)
50 à 64 21 655 23,5 (22,4 à 24,7) 17,0 (15,9 à 18,1) 6,5 (4,2 à 8,8)
65 et plus 35 800 12,7 (12,0 à 13,4) 7,6 (7,0 à 8,1) 5,1 (3,9 à 6,3)

Des résultats comparables ont été observés lors des analyses de sensibilité réalisées à l'aide de modèles tenant compte du niveau de scolarité, du milieu de résidence et du statut vis-à-vis de l'immigration (annexe 1, disponible sur demande auprès de la personne-ressource).

Analyse

La FCEA est un indicateur clé de la consommation nocive d'alcool et un marqueur important des risques pour la santé liés à l'alcool. Cette analyse a mis en évidence une réduction des écarts entre les sexes concernant la prévalence de la FCEA au Canada dans toutes les tranches d'âge, en particulier une convergence et un possible renversement de tendance chez les jeunes adultes. En 2022-2023, les femmes de 18 à 25 ans ont présenté une prévalence observée de FCEA plus élevée que les hommes. Toutefois, l'intervalle de confiance de cet écart englobait le zéro, rendant l'ampleur réelle et le sens de la différence entre les sexes non certains. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si la prévalence d'une FCEA chez les jeunes femmes adultes dépasse effectivement celle des hommes au Canada.

Chez les jeunes adultes, les évolutions observées entre 2017 et 2023 reposent sur une baisse de la FCEA chez les deux sexes entre 2017 et 2021. Cette tendance a été suivie d'une remontée en 2022, avec des niveaux comparables à ceux observés en 2017-2019, puis d'une redescente en 2023 chez les hommes par rapport aux femmes. Ces résultats concordent avec des données récentes provenant des États-Unis et du Canada, qui ont également mis en évidence une convergence des écarts de FCEA entre les sexes chez les jeunes adultes, due à la fois à une baisse de prévalence d'une FCEA après la pandémie chez les jeunes hommes et à une augmentation chez les jeunes femmesNote de bas de page 4Note de bas de page 7Note de bas de page 10. Des tendances comparables de FCEA entre les sexes ont été observées à l'échelle internationale, notamment dans des données récentes provenant d'Europe, qui indiquent que les adolescentes égalent ou dépassent désormais les adolescents en matière de consommation d'alcool, ainsi que dans des rapports de l'OCDE signalant une augmentation des taux de consommation élevée chez les jeunes femmes hautement qualifiées dans les pays à revenu élevéNote de bas de page 11Note de bas de page 12. Ces résultats mettent en évidence une évolution mondiale des habitudes de consommation d'alcool, caractérisée par une diminution des écarts entre les sexes et l'émergence de données probantes indiquant un renversement potentiel de tendance en matière de FCEA chez les jeunes.

La prévalence élevée et persistante d'une FCEA chez les jeunes femmes adultes observée dans cette étude reflète à la fois des tendances à long terme dans la consommation d'alcool et des perturbations à court terme liées à la pandémie. Au cours des 15 dernières années, l'augmentation de la consommation d'alcool et de la FCEA au Canada et dans le monde a été attribuable dans une large mesure à la hausse des taux chez les femmesNote de bas de page 4Note de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15. Plusieurs facteurs contribuent probablement à cette tendance, notamment l'intensification des campagnes publicitaires de l'industrie de l'alcool ciblant les femmes, en particulier pour les boissons prêtes à boire, les boissons aromatisées et certains vins, qui mettent souvent l'accent sur l'identité sociale, l'attrait du style de vie et la normalisation d'une consommation plus importante d'alcoolNote de bas de page 16Note de bas de page 17. Parallèlement, les sanctions sociales traditionnelles décourageant la FCEA chez les femmes se sont affaibliesNote de bas de page 18. De nouvelles données suggèrent également que, par rapport aux hommes, les femmes sont plus susceptibles de faire état d'une consommation d'alcool pendant et après la pandémie comme stratégie pour faire face au stress, à l'anxiété, à la dépression ou à des expériences traumatiquesNote de bas de page 17Note de bas de page 19Note de bas de page 20. Ces facteurs sociaux et contextuels peuvent aider à expliquer les changements observés en matière de FCEA chez les jeunes femmes adultes au Canada.

À l'inverse, si la FCEA reste répandue chez les jeunes hommes adultes au Canada, les tendances générales observées au cours de la période étudiée indiquent une baisse. Les facteurs à l'origine de ce déclin ne sont pas encore pleinement compris, mais plusieurs mécanismes plausibles méritent d'être pris en considération. Le passage au cannabis reste une possibilité, car sa consommation au sein de la population au Canada a augmenté depuis la légalisation et reste plus répandue et plus fréquente chez les jeunes hommes adultes que chez les jeunes femmesNote de bas de page 21Note de bas de page 22. De plus, la consommation d'alcool est très liée au pouvoir d'achat et au revenu disponible. Des contraintes financières plus générales pourraient donc limiter les dépenses chez les deux sexes, en particulier chez les jeunes hommes adultes, qui sont plus enclins à consommer de l'alcool dans des lieux de rencontre informels (par exemple, les bars ou les restaurants)Note de bas de page 23. Prises dans leur ensemble, ces conclusions laissent penser que la convergence observée en matière de FCEA reflète à la fois une augmentation modérée chez les jeunes femmes adultes et une tendance à la baisse chez les jeunes hommes adultes, influencées par l'évolution des normes de genre, les forces du marché, les effets de substitution et la conjoncture économique. Des recherches qualitatives pourraient s'avérer utile pour comprendre les différences liées au sexe et au genre ainsi que les recoupements entre ces identités dans les habitudes de FCEA, les opinions et les attitudes à l'égard de l'alcool.

Bien que les Repères canadiens sur l'alcool et la santé adoptent une approche universelle fondée sur les risques, le rapport de 2023 souligne l'importance des écarts entre les sexes en matière de consommation d'alcool, car l'alcool affecte différemment le corps des femmes et celui des hommesNote de bas de page 24. Les femmes sont biologiquement plus sensibles aux effets néfastes de l'alcool sur la santé, tant aigus que chroniques, à des niveaux de consommation plus faibles et plus rapidement que les hommesNote de bas de page 25Note de bas de page 26. Au Canada, les taux de maladies hépatiques liées à l'alcool et d'hospitalisations attribuables à l'alcool ont augmenté plus fortement chez les jeunes femmes adultes que chez les hommes dans les dernières annéesNote de bas de page 27Note de bas de page 28Note de bas de page 29. La FCEA est également un facteur de risque bien établi pour le cancer du sein chez les femmes, même après prise en compte de la consommation cumulative d'alcool, l'exposition entre l'apparition des premières règles et la première grossesse menée à terme étant plus fortement liée au cancer du sein préménopausiqueNote de bas de page 30. Ces tendances en matière de FCEA chez les jeunes soulignent le besoin urgent de stratégies globales, spécifiques au sexe et tenant compte des questions de genre, afin de prévenir et gérer la consommation d'alcool. Les stratégies à l'échelle de la population qui portent sur le prix, la disponibilité et la commercialisation de l'alcool sont essentielles pour réduire la consommation d'alcool par habitant et la FCEA, ainsi que pour minimiser les méfaits liés à l'alcoolNote de bas de page 31. L'intégration de dépistages systématiques de la consommation d'alcool et d'interventions brèves, comprenant une rétroaction personnalisée et des informations sur l'alcool et la santé, dans les structures de santé familiales, communautaires et sur les campus universitaires, offre une approche réalisable et efficace pour établir et réduire la consommation, en particulier chez les jeunes femmes adultes susceptibles de se présenter pour d'autres problèmes de santéNote de bas de page 32Note de bas de page 33. Les étiquettes d'avertissement de santé obligatoires sur les contenants d'alcool se sont également révélées efficaces pour sensibiliser les consommateurs aux risques liés à l'alcool, réduire la consommation d'alcool et contrer les efforts publicitaires de l'industrieNote de bas de page 34Note de bas de page 35Note de bas de page 36. Enfin, le renforcement du suivi de la consommation d'alcool au sein des différents groupes démographiques permettra de développer davantage de politiques et de pratiques de santé publique ciblées et équitables.

Points forts et limites

Notre étude présente des limites. Tout d'abord, le fait de s'appuyer sur des données autodéclarées concernant la FCEA peut entraîner des biais liés à la mémoire et à la désirabilité socialeNote de bas de page 37Note de bas de page 38. Toutefois, ce biais devrait rester relativement constant d'un cycle d'enquête à l'autre et ne devrait pas affecter les comparaisons dans le temps. Ensuite, l'ESCC peut présenter un biais de non-réponse (qui pourrait être plus important chez les personnes présentant une FCEA) et un biais de sélection (dû à l'exclusion de populations à haut risque, telles que les personnes en établissement ou en situation d'itinérance)Note de bas de page 39. Bien que nous ayons utilisé des pondérations d'enquête pour corriger ces biais, nos résultats peuvent sous-estimer la FCEA et ne sont généralisables qu'à la population cible de l'ESCC. Enfin, avant 2019, l'ESCC ne faisait pas de distinction entre le sexe et le genre, les personnes interrogées étant invitées à s'identifier comme homme ou femme seulement. Cet élément reflète donc probablement un ensemble de facteurs à la fois biologiques et socioculturelsNote de bas de page 40.

Conclusion

Les données nationales indiquent que la prévalence d'une FCEA chez les adultes au Canada est restée stable, à environ 20 %, entre 2017 et 2023. Les hommes adultes ont systématiquement fait état d'une prévalence plus élevée de FCEA que les femmes. Toutefois, les écarts entre les sexes se sont réduits en 2022-2023 par rapport à 2017-2019 dans toutes les tranches d'âge, avec des signes de convergence, voire d'inversion, chez les jeunes adultes. La réduction des écarts entre les sexes s'explique à la fois par la hausse des taux de FCEA chez les femmes adultes et par la stabilité ou la baisse de ces taux chez les hommes de manière globale et dans la plupart des groupes d'âge. Les recherches futures devraient approfondir l'étude de la FCEA chez les jeunes adultes en tenant compte à la fois des variables liées au sexe et au genre, afin de mieux saisir l'hétérogénéité des habitudes de consommation d'alcool, des expériences vécues et des besoins qui y sont associés, et de contribuer à l'élaboration de politiques et de pratiques de santé publique plus ciblées et plus équitables.

Conflits d'intérêts

Aucun.

Financement

Cette étude est financée par la Société canadienne du cancer (subvention no 707616) et les Instituts de recherche en santé du Canada.

Contributions des auteurs et avis

EH a conçu l'étude, mobilisé les ressources, supervisé les stagiaires et le personnel et rédigé la première version du manuscrit. LB a dirigé l'analyse formelle, a contribué à la rédaction de la première version du manuscrit puis à la révision et à l'édition de ce dernier. NS a contribué à l'analyse, a contribué à la rédaction de la première version du manuscrit puis à la révision et à l'édition de ce dernier. SHF, SF et BS ont contribué à la conception et à l'analyse ainsi qu'à la révision et l'édition du manuscrit.

Le contenu et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du gouvernement du Canada.

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2026-09-23

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