Recherche quantitative originale – Évolution des priorités en matière de santé des élèves et des interventions de promotion de la santé en milieu scolaire au Québec, 2016-2025

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Publié par : L'Agence de la santé publique du Canada
Date de publication : juillet/août 2026
ISSN: 2368-7398
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Robert J. Wellman, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Erin K. O’Loughlin, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 3; Annie Montreuil, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 4Note de rattachement des auteurs 5; Mounia Naja, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 2; Jennifer L. O’Loughlin, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 5
https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.7/8.03f
Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Attribution suggérée
Article de recherche par Wellman RJ et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0
Rattachement des auteurs
Correspondance
Jennifer O’Loughlin, Centre de Recherche CRCHUM, Université de Montréal, 850, rue Saint-Denis, Bureau S03-454, Montréal (Québec) H2X 0A9; tél. : 514 890-8000 x 15858; téléc. : 514-412-7137; courriel : jennifer.oloughlin@umontreal.ca
Citation proposée
Wellman RJ, O’Loughlin EK, Montreuil A, Naja M, O’Loughlin JL. Évolution des priorités en matière de santé des élèves et des interventions de promotion de la santé en milieu scolaire au Québec, 2016-2025. 2026;46(7/8):325-335. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.7/8.03f
Résumé
Introduction. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande la mise en œuvre d’interventions de promotion de la santé (IPS) dans les écoles afin d’améliorer la santé et le bien-être des élèves. Le projet transversal PromeSS analyse si les inégalités sociales se manifestent dans les priorités perçues des préoccupations liées à la santé des élèves et dans la disponibilité des IPS dans les écoles publiques du Québec.
Méthodologie. Nous avons analysé les données de 171 écoles primaires (de la maternelle à la 6e année) dans PromeSS I (2016-2019) et de 218 dans PromeSS II (2023-2025), ce qui permet d’actualiser les constats post-COVID-19 et d’observer les priorités émergentes. Les directions d’école ou le personnel désigné ont documenté les préoccupations prioritaires liées à la santé des élèves ainsi que la disponibilité des IPS associées lors d’entrevues structurées (PromeSS I) ou au moyen de questionnaires en ligne ou papier (PromeSS II). L’analyse des données est centrée sur des comparaisons descriptives.
Résultats. L’importance perçue a augmenté pour une mauvaise alimentation (+16 %), un sommeil inadéquat (+15 %), le manque d’activité physique (+13 %) et des problèmes de santé mentale (+12 %). La disponibilité des IPS a augmenté pour la santé mentale (+12 %) et la sécurité personnelle (+13 %), mais a diminué pour l’activité physique (–13 %) et la santé dentaire (–19 %), malgré les exigences gouvernementales. En 2023-2025, le temps passé devant un écran a constitué une préoccupation quasi universelle (98 %), mais seulement trois des écoles proposaient des IPS en lien avec ce sujet. Le comportement sédentaire a constitué une préoccupation fréquente (51 %), avec une disponibilité des IPS de 42 %. Les trois quarts des écoles ont mis en œuvre des IPS liées à l’utilisation non sécuritaire de la technologie. Les principaux défis liés à la disponibilité des IPS étaient le manque de temps du personnel (62 %), le financement inadéquat (45 %) et le soutien insuffisant pour la mise en œuvre (35 %). Peu d’écoles ont signalé un manque d’engagement de la part des enseignants, des élèves ou des parents.
Conclusion. Entre 2016 et 2025, les préoccupations concernant la santé des élèves ont augmenté, en particulier en ce qui concerne la santé mentale, l’inactivité physique et l’alimentation. Toutefois, la disponibilité des IPS est fluctuante. L’augmentation des ressources financières et du soutien à la mise en œuvre est essentielle pour mieux aligner les efforts de santé scolaire sur l’évolution des besoins.
Mots-clés : services de santé en milieu scolaire, inégalités en santé, écoles primaires, promotion de la santé
Points saillants
- Entre 2016 et 2025, les écoles ont fait état d’une préoccupation croissante concernant l’alimentation malsaine, le sommeil, l’inactivité physique et la santé mentale.
- La disponibilité des IPS a augmenté pour la santé mentale et la sécurité personnelle, mais a diminué pour l’activité physique et la santé dentaire, malgré les exigences gouvernementales.
- Le temps passé devant un écran et l’exposition aux traumatismes ont été largement identifiés comme des enjeux importants, mais les IPS correspondantes étaient souvent insuffisantes.
- Des difficultés d’apprentissage ont été presque universellement rapportées, reflétant probablement des effets durables liés à la pandémie sur la scolarité.
- Les principaux obstacles à la mise en œuvre des IPS étaient le manque de temps du personnel (62 %), le financement (45 %) et le soutien à la mise en œuvre (35 %). Peu d’écoles ont signalé un faible engagement du personnel, des élèves ou des familles, ce qui suggère une forte implication de la collectivité.
Introduction
Pour améliorer la santé et le bien-être des enfants d’âge scolaire, le cadre des écoles promotrices de santé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) promeut des environnements physiques et sociaux favorables, une éducation pour la santé adaptée à l’âge, des politiques favorisant des climats respectueux et des partenariats entre les écoles, les familles, les collectivités et le gouvernement, en mettant l’accent sur l’accès aux services de soutien au bien-êtreNote de bas de page 1Note de bas de page 2. Dans ce contexte, les interventions de promotion de la santé (IPS) en milieu scolaire sont essentielles, contribuant à réduire les inégalités en matière de santé enracinées dans les disparités socioéconomiquesNote de bas de page 3 et à améliorer les résultats pour les enfants et les adolescentsNote de bas de page 4. Pour renforcer l’impact des IPS, l’OMS encourage les écoles à les intégrer dans leurs politiques, systèmes et environnements (PSE) (c’est-à-dire des changements structurels rendant les choix sains plus accessibles), par exemple la fourniture de repas nutritifs, l’investissement dans des ressources liées à l’activité physique, l’espace et le personnel, ainsi que des programmes gratuits de santé et de soins dentaires à l’écoleNote de bas de page 5.
Le Québec soutient l’adoption des IPS et des PSE par l’entremise du référent ÉKIP (santé, bien-être et réussite éducative des jeunes)Note de bas de page 6. Parmi les exemples de mise en œuvre des PSE dans les écoles du Québec figurent « l’intervention positive », visant à promouvoir la santé mentale positive chez les jeunes enfants dans les Cantons-de-l’EstNote de bas de page 7, ainsi que « Comment faire mieux? », un programme de prévention des problèmes liés à l’alimentation, à l’inactivité physique et à l’obésitéNote de bas de page 8. En 2016, avec le soutien du ministère de la Santé et des Services sociaux, nous avons lancé PromeSS, une étude transversale répétée fondée sur la théorie de la diffusion des innovations de RogersNote de bas de page 9, dans le but de documenter les inégalités sociales dans la perception des priorités des préoccupations liées à la santé des élèves et la disponibilité des IPS dans les écoles publiques du Québec. PromeSS est une des rares études qui s’intéresse à de multiples IPS à l’échelle provinciale.
Dans PromeSS I (2016-2019), les directions d’écoles primaires défavorisées (de la maternelle à la 6e année) étaient plus susceptibles que celles d’écoles favorisées de prioriser le manque d’activité physique, une alimentation malsaine, une mauvaise hygiène et la santé dentaire. Seules les IPS en santé mentale étaient mises en œuvre moins fréquemment dans les écoles défavoriséesNote de bas de page 10. Les IPS portant sur l’activité physique, le harcèlement, le cyberharcèlement et l’exclusion, la santé sexuelle et la santé dentaire (toutes exigées par le ministère de l’Éducation) étaient disponibles de manière équivalente dans l’ensemble des écoles. Ces constats soulignent l’importance de surveiller la présence et l’équité des IPS dans tous les contextes socioéconomiques.
PromeSS II a débuté en 2023 afin d’actualiser les constats de PromeSS I. Entre les deux enquêtes, la pandémie de COVID-19 (2020-2022) a considérablement perturbé le fonctionnement des écoles, notamment par des fermetures, des passages à l’enseignement virtuel et diverses autres interruptions dans la scolarisation habituelleNote de bas de page 11. Compte tenu des réaffectations de ressources liées à la COVID-19 et des impacts possibles sur le rendement des élèves et leur bien-être émotionnelNote de bas de page 12Note de bas de page 13, une réévaluation des priorités en matière de préoccupations liées à la santé et de la disponibilité des IPS dans le contexte postpandémique est essentielle afin d’assurer la mise en œuvre de stratégies de santé scolaire pertinentes.
Le renforcement de la promotion de la santé en milieu scolaire nécessite une compréhension du paysage actuel des IPS et de son évolution en réponse aux changements sociaux, économiques et de santé publique. La comparaison entre PromeSS I et II permet de déterminer si les efforts progressent, stagnent ou deviennent moins équitables, ce qui constitue une information cruciale dans un contexte de préoccupations croissantes en matière de santé mentale, d’utilisation accrue des écrans et d’élargissement des disparités socioéconomiques. Sans évaluations périodiques, les lacunes émergentes ou les conséquences involontaires des politiques risquent de passer inaperçues.
L’évaluation des défis de mise en œuvre est tout aussi importante, puisque le succès des IPS dépend des ressources structurelles, financières et humaines des écoles. Identifier ces défis est essentiel pour s’assurer que les IPS soient présentes et durables dans divers contextes scolaires, en particulier à l’heure où les écoles reconstruisent leurs capacités après la pandémie.
Nous présentons ici les changements dans l’importance perçue des préoccupations liées à la santé et dans la disponibilité des IPS entre 2016 et 2019 ainsi que de nouvelles données sur les préoccupations émergentes et les IPS correspondantes pour 2023 à 2025. Nous analysons également les défis perçus dans la mise en œuvre des IPS au cours des années dites « pandémiques » (2020-2022).
Méthodologie
En 2016, nous avons obtenu l’autorisation de 32 des 69 centres de services scolaires (commissions scolaires) du Québec, représentant 594 (33 %) des 1 795 écoles primaires publiques de la province, d’inviter des directions ou des personnes mandatées à participer à PromeSS INote de bas de page 10. En 2023, 35 centres, représentant 988 (52 %) des 1 881 écoles, ont donné leur autorisation. Au total, 171 écoles (29 % des écoles admissibles) ont participé à PromeSS I, et 218 (22 %) à PromeSS II. Seules 25 écoles ont participé aux deux vagues. Nous avons utilisé un devis transversal répété afin d’évaluer les tendances au fil du temps.
PromeSS a reçu l’approbation du comité d’éthique du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (2013-4130, CE 12.307; 2023-11168, 22.212-YP). Les certificats d’approbation ont été transmis aux centres de services scolaires et aux directions d’écoles. Les centres de services ont autorisé l’équipe de recherche à contacter les écoles, et chaque répondant scolaire a fourni son consentement éclairé.
Développement du questionnaire
Comme cela a été décrit ailleursNote de bas de page 10, les questionnaires de PromeSS I ont été élaborés ou adaptés à partir d’études antérieures et éclairés par des cadres conceptuels de mise en œuvreNote de bas de page 9Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19, certains éléments ayant été nouvellement élaborés. L’instrument a été révisé par une direction d’école qualifiée et testé auprès de 20 membres du personnel. Dans PromeSS II, de nouveaux éléments ont été élaborés afin de tenir compte des préoccupations émergentes, et l’instrument révisé a fait l’objet de tests pilotes approfondis. Afin d’assurer la comparabilité, les éléments retenus de PromeSS I ont été formulés de manière identique. Les nouveaux éléments ont été clairement identifiés, et la validité de contenu a été confirmée lors des tests. Des différences dans le mode de collecte des données (entretiens téléphoniques dans PromeSS I et questionnaires en ligne ou imprimés dans PromeSS II) pourraient avoir influencé les réponses et sont reconnues comme une source potentielle de variation. De plus amples détails ainsi que les questionnaires complets sont disponibles en ligneNote de bas de page 20.
Collecte de données
Les données de PromeSS I ont été recueillies de 2016-2017 à 2018-2019 lors d’entretiens téléphoniques en deux parties (durée médiane : 52 minutes), en français ou en anglais. Les directions ou les personnes mandatées ont fourni des données sur leur rôle, leurs années de service, les caractéristiques de l’école, la priorité perçue des préoccupations liées à la santé des élèves et la disponibilité des IPS. Chaque école a reçu 100 $. Dans PromeSS II, les données ont été auto-rapportées au moyen de questionnaires d’une durée de 30 à 40 minutes, administrés en ligne à l’aide de LimeSurvey et hébergés sur un serveur sécurisé. En octobre 2023, les écoles participantes ont reçu un courriel d’invitation contenant un lien personnalisé, suivi de rappels toutes les deux semaines pendant trois mois. En mars 2024, les écoles n’ayant pas encore participé ont été contactées par téléphone, puis en juin 2024 au moyen d’un questionnaire envoyé par courriel, avec des rappels supplémentaires en octobre et décembre 2024. La collecte des données a pris fin en février 2025.
Variables de l’étude
Toutes les écoles publiques du Québec comptant 30 élèves ou plus sont classées selon un indice de défavorisation des écolesNote de bas de page 21Note de bas de page 22, un indicateur composite fondé sur la proportion de mères sans diplôme d’études secondaires et sur le statut d’emploi des parents au cours de la semaine précédant le recensement dans la zone de résidence de chaque élèveNote de bas de page 23. Nous avons classé les écoles comme très favorisées (déciles 1 à 3), modérément favorisées (4 à 7) ou défavorisées (8 à 10). Les zones desservies ont été classées, selon le code postalNote de bas de page 24, comme rurales (< 1 000 habitants), petits centres (1 000 à 29 999), centres moyens (30 000 à 99 999) ou grands centres (≥ 100 000)Note de bas de page 25. Nous avons également consigné la langue officielle des centres de services scolaires et le nombre total d’inscriptions.
Importance perçue des préoccupations liées à la santé
L’importance perçue des préoccupations liées à la santé a été évaluée par la question suivante : « Au cours de la dernière année, quelle a été l'importance de chacun des problèmes de santé suivants pour les élèves de votre école? » L’importance a été définie comme nécessitant une attention particulière. Dans PromeSS I, les répondants ont évalué 13 préoccupations liées à la santé identifiées par l’Institut national de santé publique du QuébecNote de bas de page 26. Les préoccupations portant sur une mauvaise alimentation, un sommeil inadéquat, un manque d’activité physique, des problèmes dentaires, des infections/parasites, des problèmes d’hygiène personnelle, des problèmes d’attention (TDAH), un comportement agressif ou perturbateur ainsi que le manque de respect pour la sécurité ont été évaluées pour tous les niveaux scolaires. L’intimidation, la cyberintimidation et l’exclusion ainsi que le tabagisme ont été évalués pour les classes de la 3e à la 6e année tandis que la santé mentale et la puberté l’ont été pour les classes de 5e et 6e années.
Les répondants de PromeSS II ont répondu à ces 13 questions ainsi qu’à 15 préoccupations supplémentaires : le temps d’écran, l’utilisation des médias sociaux, l’utilisation non sécuritaire de la technologie, le comportement sédentaire, les virus respiratoires, les cigarettes électroniques/vapotage, la consommation d’alcool, l’usage de cannabis, l’usage de drogues (autres que le cannabis), les difficultés d’apprentissage, les préoccupations concernant l’image corporelle, l’automutilation ou les idées suicidaires, les troubles de l’alimentation, l’exposition à des situations traumatisantes et l’insécurité alimentaire/pauvreté. Ces préoccupations ont été identifiées dans le cadre de consultations auprès d’experts, de l’analyse de rapports provinciaux et d’essais pilotes. Les choix de réponse ont été regroupés en deux catégories : « importantes » (importante, très importante, extrêmement importante) ou « non importantes » (peu ou pas du tout importante).
Disponibilité des interventions de promotion de la santé
Les IPS ont été définies comme des activités complémentaires au curriculum scolaire, offertes à tous les élèves pendant les heures de classe, sans frais et avec une participation obligatoire. La disponibilité des interventions de promotion de la santé (IPS) a été mesurée à l’aide de la question suivante : « Au cours de la dernière année, votre école a-t-elle offert des IPS portant sur les thèmes suivants? », suivie, dans PromeSS I, de huit thèmes. Le ministère de l’Éducation exige que les écoles mettent en œuvre des IPS portant sur l’activité physique et la vie activeNote de bas de page 27, la santé buccodentaireNote de bas de page 28, l’éducation à la sexualitéNote de bas de page 29 ainsi que l’intimidation, la cyberintimidation et l’exclusionNote de bas de page 30. Les IPS relatives à la santé mentale et au bien-être, à la saine alimentation, au tabagisme et à la sécurité personnelle/prévention des blessures sont laissées à la discrétion des écoles. PromeSS II comprenait 12 thèmes facultatifs supplémentaires : le temps d’écran, l’utilisation non sécuritaire de la technologie, le comportement sédentaire, les virus respiratoires, les cigarettes électroniques et le vapotage, la consommation d’alcool, l’usage de cannabis, l’usage de drogues (autres que le cannabis), les saines habitudes de sommeil, l’exposition à des situations traumatisantes, la régulation du comportement et l’environnement (ce qui témoigne d’une reconnaissance croissante de son importance)Note de bas de page 31.
Les défis liés à la mise en œuvre des IPS
Les défis liés à la mise en œuvre des IPS ont été évalués à l’aide de la question suivante : « Au cours des trois dernières années, dans quelle mesure chacun des éléments suivants constitue-t-il un défi à la mise en œuvre des IPS dans votre école? » Les options de réponse étaient : « pas du tout un défi », « un léger défi » ou « un grand défi ». Les défis intégraient plusieurs éléments dérivés des cadres conceptuels de mise en œuvreNote de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19 : le manque de temps du personnel, un soutien insuffisant, l’incapacité du personnel scolaire à résoudre les problèmes de mise en œuvre, un financement inadéquat, un espace insuffisant, une manque d’adaptation des IPS aux besoins des élèves ainsi qu’un manque d’engagement ou d’intérêt de la part des parents, des enseignants ou des élèves, auxquels se sont ajoutés des restrictions liées à la COVID-19, le manque d’informations et une faible priorité accordée à la santé des élèves.
Analyse des données
Toutes les analyses étaient descriptives et les résultats sont présentés sous forme de pourcentages. Nous avons calculé les différences entre PromeSS I et PromeSS II en ce qui concerne la proportion de répondants ayant identifié certaines préoccupations comme importantes, ainsi que la proportion d’écoles ayant mis en œuvre les IPS correspondantes. Conformément aux lignes directrices STROBE (Strengthening the Reporting of Observational Studies in Epidemiology) pour les études observationnelles, aucun test de signification n’a été réalisé, en raison de l’absence d’échantillonnage aléatoire, de la puissance statistique insuffisante pour les comparaisons au niveau des écoles ainsi que de la faible taille des cellules, rendant les analyses inférentielles inappropriéesNote de bas de page 32.
Résultats
Le tableau 1 compare les écoles PromeSS I et PromeSS II à l’ensemble des écoles primaires publiques du Québec de 2017 à 2025. Les échantillons de PromeSS sont globalement représentatifs, avec une légère surreprésentation des écoles rurales et des centres de plus petite taille dans PromeSS II.
| Caractéristiques des écoles | PromeSS I 2016-2019 (n = 171) |
PromeSS II 2023-2025 (n = 218) |
Québec 2017-2018 (n = 1795)Note de bas de page b |
Québec 2023-2024 (n = 1881)Note de bas de page b |
|---|---|---|---|---|
| DéfavorisationNote de bas de page a | ||||
| Défavorisées (%) | 36 | 41 | 38 | 35 |
| Modérément favorisées (%) | 44 | 40 | 39 | 41 |
| Très favorisées (%) | 21 | 19 | 24 | 24 |
| Zone ruraleNote de bas de page c (%) | 40 | 37 | 30 | 29 |
| École francophone (%) | 83 | 89 | 90 | 90 |
| Nombre médian d’élèves par école | 267 | 249 | 259 | 280 |
Changements entre PromeSS I et II
Le tableau 2 résume les changements dans l’importance perçue des préoccupations liées à la santé des élèves et la disponibilité des IPS.
| Préoccupation liée à la santé | PromeSS I (n = 171) % |
PromeSS II Importance perçueNote de bas de page a (n = 194) Disponibilité des IPS (n = 165) % |
Changement |
|---|---|---|---|
| Mauvaise alimentation | |||
| Importance perçue | 51 | 67 | Augmentation de 16 % |
| Disponibilité des IPS | 70 | 65 | Diminution de 5 % |
| Sommeil inadéquat | |||
| Importance perçue | 63 | 78 | Augmentation de 15 % |
| Disponibilité des IPS | s.o.Note de bas de page c | 59 | s.o. |
| Manque d’activité physiqueNote de bas de page b | |||
| Importance perçue | 51 | 64 | Augmentation de 13 % |
| Disponibilité des IPS | 89 | 76 | Diminution de 13 % |
| Problèmes dentairesNote de bas de page b | |||
| Importance perçue | 30 | 24 | Diminution de 6 % |
| Disponibilité des IPS | 94 | 75 | Diminution de 19 % |
| Infections/parasites | |||
| Importance perçue | 46 | 36 | Diminution de 10 % |
| Disponibilité des IPS | s.o. | s.o. | s.o. |
| Problèmes d’hygiène personnelle | |||
| Importance perçue | 36 | 36 | 0 % de changement |
| Disponibilité des IPS | s.o. | s.o. | s.o. |
| Problèmes de santé mentale | |||
| Importance perçue | 65 | 77 | Augmentation de 12 % |
| Disponibilité des IPS | 42 | 54 | Augmentation de 12 % |
| Problèmes d’attention (TDAH) | |||
| Importance perçue | 79 | 91 | Augmentation de 12 % |
| Disponibilité des IPS | s.o. | s.o. | s.o. |
| Comportement agressif ou perturbateur | |||
| Importance perçue | 68 | 72 | Augmentation de 4 % |
| Disponibilité des IPS | s.o. | 84 | s.o. |
| Intimidation/cyberintimidation/exclusionNote de bas de page b | |||
| Importance perçue | 60 | 54 | Diminution de 6 % |
| Disponibilité des IPS | 90 | 91 | Augmentation de 1 % |
| Manque de respect pour la sécurité | |||
| Importance perçue | 61 | 65 | Augmentation de 4 % |
| Disponibilité des IPS | 45 | 58 | Augmentation de 13 % |
| Préoccupations concernant la pubertéNote de bas de page b | |||
| Importance perçue | 54 | 37 | Diminution de 17 % |
| Disponibilité des IPS | 85 | 90 | Augmentation de 5 % |
| Tabagisme | |||
| Importance perçue | 5 | 6 | Augmentation de 1 % |
| Disponibilité des IPS | 9 | 13 | Augmentation de 4 % |
L’importance perçue a augmenté pour une mauvaise alimentation, un sommeil inadéquat et le manque d’activité physique. Les préoccupations concernant les infections/parasites et les problèmes dentaires ont diminué. Malgré les exigences ministérielles, la disponibilité des IPS a diminué pour l’activité physique, la santé dentaire et une mauvaise alimentation. La disponibilité des IPS liées au sommeil a été évaluée uniquement dans PromeSS II.
L’importance perçue et la disponibilité des IPS ont augmenté pour les problèmes de santé mentale. L’importance perçue des problèmes d’attention (TDAH) a montré une forte augmentation mais la disponibilité des IPS associées n’a pas été évaluée. L’importance perçue du comportement agressif ou perturbateur et du manque de respect pour la sécurité a légèrement augmenté, avec des augmentations substantielles d’IPS correspondantes, dont des interventions nouvellement mentionnées visant le comportement agressif. L’importance perçue de l’intimidation/cyberintimidation et de l’exclusion a légèrement diminué, tandis que la disponibilité des IPS associées est restée stable. Les préoccupations concernant la puberté ont nettement diminué, tandis que la disponibilité des IPS a légèrement augmenté, conformément à l’éducation obligatoire en matière d’éducation à la sexualité. Le tabagisme est resté une préoccupation de faible priorité, avec peu d’IPS associées mises en œuvre.
PromeSS II : préoccupations prioritaires liées à la santé et disponibilité des IPS
Le tableau 3 présente les proportions de répondants de PromeSS II ayant identifié chaque préoccupation comme importante et la disponibilité des IPS dans leur école. Le temps d’écran et l’utilisation des médias sociaux ont été les préoccupations les plus fréquemment citées. Les IPS traitant du temps d’écran étaient disponibles dans seulement trois écoles et celles traitant de l’utilisation non sécuritaire de la technologie étaient disponibles dans les trois quarts des écoles. Environ la moitié des répondants ont mentionné le comportement sédentaire et un tiers les virus respiratoires, la disponibilité des IPS étant inférieure à l’importance perçue de respectivement 9 et 13 points de pourcentage. Moins de 10 % ont indiqué que les cigarettes électroniques, l’alcool, le cannabis ou les drogues étaient des sujets de préoccupation concernant la santé de leurs élèves, et 10 % à 15 % des écoles proposaient des IPS associées.
| Préoccupation liée à la santé | Importance perçue (n = 194) % |
Disponibilité des IPS (n = 165) % |
|---|---|---|
| Temps d’écran | 98 | 1,8 |
| Utilisation des médias sociaux | 89 | s.o. |
| Utilisation non sécuritaire de la technologie | 52 | 75 |
| Comportements sédentaires | 51 | 42 |
| Virus respiratoiresNote de bas de page a | 37 | 24 |
| Cigarettes électroniques (vapotage) | 7 | 15 |
| Consommation d’alcool | 5 | 10 |
| Usage de cannabis | 5 | 10 |
| Usage de drogues (autres que le cannabis) | 4 | 12 |
| Difficultés d’apprentissage | 92 | s.o. |
| Préoccupations concernant l’image corporelle | 45 | s.o. |
| Automutilation, idées suicidaires | 24 | s.o. |
| Troubles de l’alimentation | 16 | s.o. |
| Exposition à des situations traumatisantesNote de bas de page b | 39 | 31 |
| Insécurité alimentaire/pauvreté | 47 | s.o. |
| Sensibilisation à l’environnementNote de bas de page c | s.o. | 74 |
Les difficultés d’apprentissage ont été amplement rapportées. Les préoccupations liées à l’image corporelle et à l’exposition à des situations traumatisantes ont été mentionnées par plus d’un tiers des répondants, les idées suicidaires ou d’automutilation par un quart, et les troubles alimentaires par 16 %. Les données sur la disponibilité des IPS n’ont pas été recueillies pour la plupart de ces préoccupations, bien que les IPS liées aux traumatismes aient été signalées par environ un tiers des écoles. Près de la moitié des répondants ont cité l’insécurité alimentaire ou la pauvreté comme des problèmes importants, et les trois quarts des écoles ont abordé la sensibilisation à l’environnement par le biais des IPS.
Défis perçus pour la mise en œuvre des IPS
Parmi les 165 écoles du projet PromeSS II, la plupart ont mentionné le manque de temps du personnel et près de la moitié ont identifié un financement inadéquat comme des obstacles très importants à la mise en œuvre (tableau 4). Moins d’écoles ont cité les restrictions liées à la COVID-19, le désengagement parental ou un soutien insuffisant comme des obstacles majeurs, bien que plus d’un tiers les aient encore jugés importants. La plupart ne considéraient pas les contraintes d’espace ou le manque d’information comme des obstacles importants. Plus de 85 % ont signalé peu ou pas de difficultés liées à l’intérêt, à l’engagement ou à la motivation des enseignants ou des élèves. Presque toutes ont signalé une difficulté minimale concernant la priorité institutionnelle accordée à la santé des élèves ou à l’adaptabilité des IPS. Dans l’ensemble, ce sont le temps et le financement, et non les facteurs d’intérêt ou d’engagement, qui ont constitué les principaux goulots d’étranglement.
| ÉlémentNote de bas de page a | Ampleur du défi | ||
|---|---|---|---|
| Pas du tout un défi (%) |
Un léger défi (%) |
Un grand défi (%) |
|
| Manque de temps du personnel pour mettre en œuvre les IPS | 5 | 33 | 62 |
| Financement inadéquat | 12 | 43 | 45 |
| Restrictions ou contraintes liées à la COVID-19 | 40 | 21 | 39 |
| Manque d’engagement ou d’intérêt de la part des parents | 21 | 44 | 36 |
| Soutien insuffisant à la mise en œuvre des IPS | 13 | 52 | 35 |
| Espace insuffisant | 38 | 37 | 25 |
| Manque d’informations sur les types d’activités à mettre en œuvre | 16 | 59 | 24 |
| Manque d’engagement ou d’intérêt de la part des enseignants | 22 | 65 | 13 |
| Les membres du personnel ne sont pas en mesure de résoudre les problèmes de mise en œuvre | 38 | 50 | 12 |
| Manque d’engagement ou d’intérêt de la part des élèves | 35 | 53 | 12 |
| Faible priorité accordée à la santé des élèves | 57 | 37 | 6 |
| Les IPS étaient mal adaptées aux besoins des élèves | 55 | 41 | 4 |
Analyse
Nos constatations révèlent des écarts, entre 2016 et 2025, entre les préoccupations liées à la santé des élèves et la disponibilité des IPS. La santé mentale était la préoccupation la plus fréquemment citée mais, bien que les IPS en santé mentale aient augmenté, un écart important entre l’importance perçue et la disponibilité a persisté. Des écarts comparables ont été observés pour le manque d’activité physique, la mauvaise alimentation et le sommeil inadéquat. Le temps passé devant un écran est également apparu comme une préoccupation majeure. Ces résultats soulignent la complexité croissante de la mise en œuvre des IPS en milieu scolaire, compte tenu de l’évolution des besoins des élèves et des ressources limitées. Même si les écoles augmentent leur offre d’IPS, le rythme de croissance n’a pas suivi l’augmentation rapide des préoccupations liées à la santé. De manière cohérente avec la recherche nationale et internationale sur la promotion de la santé en milieu scolaire, qui a documenté des lacunes de mise en œuvre similaires et des pressions sur les ressourcesNote de bas de page 1, nos résultats confirment ces défis tout en élargissant la base de données probantes grâce à des données sur les tendances à l’échelle provinciale. Cette contribution est unique dans le contexte canadien, où peu de systèmes assurent un suivi de l’alignement à grande échelle. Pour combler ces lacunes, des ressources supplémentaires et des approches ciblées plus souples, reflétant l’évolution des priorités, seront nécessaires.
Priorités changeantes et disparités dans la mise en œuvre
Nous avons observé, comme dans des études internationales et canadiennes, une augmentation des préoccupations liées à la santé mentale des élèvesNote de bas de page 33Note de bas de page 34. L’augmentation de 12 % de la disponibilité des IPS en santé mentale s’aligne sur les tendances nationales à une expansion des initiatives en milieu scolaireNote de bas de page 35. Cependant, un écart persistant dans la mise en œuvre (plus d’un quart des écoles concernées n’ont signalé aucune IPS associée) pourrait suggérer la présence d’obstacles systémiques, comme un manque de temps du personnel, une instabilité au niveau du financement, des possibilités de formation limitées, une coordination fragmentée de la santé publique en milieu scolaire et une faiblesse des systèmes de suiviNote de bas de page 36. Dans l’ensemble, cette lacune souligne la nécessité de stratégies de soutien ciblées, telles que des flux de financement dédiés et des rôles de coordination des IPS.
Les IPS visant l’activité physique ont diminué de 13 % malgré des préoccupations croissantes et des exigences de longue date. Cela reflète des tendances nationales et mondiales, où les programmes obligatoires font face à des difficultés de mise en œuvre en raison de pénuries de personnel et de demandes concurrentesNote de bas de page 37Note de bas de page 38. Les IPS liées à la nutrition sont restées stables, tandis que celles liées à la santé dentaire ont diminué, malgré leur caractère obligatoireNote de bas de page 28. Ces tendances suggèrent que les exigences gouvernementales n’assureraient pas, à elles seules, une mise en œuvre soutenue lorsque la pertinence perçue est faible ou que les ressources sont limitées. En revanche, l’éducation à la sexualité est restée largement disponible (> 90 %), malgré une diminution des préoccupations, ce qui suggère que certaines IPS sont maintenues pour des raisons de conformité plutôt que de réactivité.
Le décalage entre les IPS exigées et les priorités identifiées par les écoles indique un besoin de réévaluer les politiques. Les écoles semblent particulièrement réceptives aux préoccupations urgentes et modifiables, comme en témoigne l’adoption généralisée de programmes de gestion des comportements, bien qu’ils ne soient pas obligatoires. À l’inverse, certaines IPS perçues comme peu pertinentes sont susceptibles de se maintenir dans le temps. La nature interreliée des problèmes et leurs causes communes font ressortir les limites des programmes cloisonnés. Un modèle intégré et multithématique peut être plus efficace en contexte de contraintes de ressources. L’intégration de plusieurs composantes de promotion de la santé dans les opérations courantes augmente la pérennitéNote de bas de page 39 et des interventions intégrées portant sur les habitudes alimentaires, l’utilisation des espaces verts et la santé mentale ont montré de bons résultatsNote de bas de page 40.
Lacunes dans la disponibilité d’interventions pour les questions émergentes
L’écart entre les écoles qui se disent préoccupées par le temps passé devant un écran (98 %) et le sommeil (78 %) et celles qui mettent en œuvre des IPS associées (1,8 % et 59 %) est frappant. Ces comportements étroitement liés sont essentiels au développement et à la prévention des maladies chroniquesNote de bas de page 41Note de bas de page 42Note de bas de page 43, mais demeurent encore sous-étudiés. Nos constatations mettent en lumière la nécessité d’approches intégrées portant sur la santé numérique, l’hygiène du sommeil et le bien-être psychologique, plutôt que sur des programmes isolés, conformément aux requêtes pour des interventions coordonnéesNote de bas de page 43.
Les écoles ont également fait état d’une préoccupation accrue concernant l’image corporelle, les troubles alimentaires et l’automutilation, des problèmes qui nécessitent non seulement des IPS, mais aussi un accès à des professionnels de la santé mentale. En revanche, la consommation de cannabis et le vapotage ont été rarement cités, ce qui reflète les tendances d’initiation à la consommation de substances selon l’âgeNote de bas de page 44.
Trois préoccupations hautement prioritaires dépassent largement la portée des IPS. Le TDAH nécessite des soutiens individualisés et multisystémiquesNote de bas de page 45Note de bas de page 46Note de bas de page 47, dont certains sont partiellement pris en charge par l’intermédiaire des PSE, mais une intervention complète exige une collaboration intersectorielle. Les difficultés d’apprentissage pourraient résulter des pertes d’apprentissage liées à la pandémie de COVID-19Note de bas de page 48, et l’insécurité alimentaire pourrait être prise en charge de manière plus adéquate par l’élargissement des programmes de repas scolaires universelsNote de bas de page 49. En octobre 2025, les gouvernements provinciaux, territoriaux et autochtones ont conclu des ententes bilatérales avec le Programme national d’alimentation scolaire du Canada et bénéficient de son financement pour étendre et renforcer les services de repas scolaires à l’échelle nationaleNote de bas de page 50.
Malgré ces lacunes, peu d’écoles ont signalé un faible engagement de la part du personnel, des élèves ou des familles, ce qui suggère un fort soutien aux IPS malgré des ressources limitées. Le manque d’interventions ciblant le sommeil, le temps d’écran et l’insécurité alimentaire pourrait être attribuable à des modèles limités ou des ressources insuffisantes.
Incidences sur les politiques et les pratiques
Les pénuries de personnel, le manque de temps et un financement limité ont constitué les principaux défis à la mise en œuvre des IPS et ont été aggravés par la pandémie, qui a perturbé les programmes et accru les besoins des élèves. Conformément aux recherches antérieures, nos constats confirment l’existence d’obstacles bien connus. Cependant, l’originalité de PromeSS réside dans la production de données populationnelles sur les tendances concernant l’alignement entre les priorités perçues en matière de santé et la disponibilité des IPS dans un large éventail de domaines.
Nos résultats suggèrent que les directions d’écoles sont motivées et lucides, mais que les structures existantes sont insuffisantes. Les parties prenantes pourraient envisager de : i) revoir les exigences gouvernementales; ii) investir dans des IPS qui abordent plusieurs enjeux de santé; iii) établir des partenariats avec des organismes de santé publique et communautaires; iv) allouer un financement stable et du personnel dédié, y compris des facilitateurs pour la promotion de la santé en milieu scolaire, particulièrement dans les écoles moins bien desservies et v) mettre en place des systèmes de monitorage pour suivre l’alignement entre les préoccupations et leur couverture par les IPS.
Points forts et limites
Cette étude s’appuie sur un échantillon large et diversifié, globalement représentatif des écoles primaires du Québec selon les catégories de l’IMSE et la taille des écoles, et comprend des données recueillies à deux moments, avant et après la pandémie. Elle figure parmi les premières à documenter à la fois les priorités en matière de santé et les tendances en matière de disponibilité des IPS, et ce, à l’aide d’un outil validé. Cependant, les réponses d’un seul répondant par école peuvent avoir entraîné des erreurs de classification. Un biais de désirabilité sociale peut également être présent, les directions d’école rendant compte des pratiques du personnel sous leur supervision. De plus, les données ayant été recueillies exclusivement auprès du personnel scolaire, l’étude ne reflète pas les perspectives des élèves eux-mêmes, malgré l’accent mis sur les priorités pour leur santé. Seules 25 écoles ont participé aux deux vagues de PromeSS, ce qui limite les comparaisons directes. La taille modeste de l’échantillon et l’utilisation de statistiques descriptives peuvent limiter la généralisabilité des résultats. Néanmoins, la représentativité de nos échantillons dans chacune des deux vagues permet d’identifier des tendances potentiellement systémiques. Cette analyse n’adopte pas explicitement une perspective d’équité. Bien que l’IMSE est un indicateur de défavorisation au niveau de l’école, des analyses plus fines (par exemple selon la race/l’ethnicité, le handicap ou l’intersectionnalité) n’étaient pas possibles. Enfin, les études transversales répétées ne permettent pas d’établir de lien de cause à effet.
Recherches futures
Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur les facteurs qui influencent l’adoption des IPS lorsque des obligations existent mais que leur mise en œuvre est décalée. Des analyses longitudinales des écoles participant aux deux vagues PromeSS pourraient mieux documenter des éléments liés à la pérennité. Un travail qualitatif pourrait révéler comment les écoles évaluent l’urgence et les compromis en matière de ressources. Les recherches futures devraient intégrer une analyse de l’équité et prendre en compte les points de vue des élèves. L’impact de nouvelles politiques, telles que l’interdiction des téléphones cellulaires à l’école à partir de 2025, mérite également d’être évalué.
Conclusion
Entre 2016 et 2025, les écoles primaires du Québec ont été confrontées à des préoccupations croissantes concernant la santé des élèves, ainsi qu’à des inégalités accrues dans leur capacité à y répondre. Bien que la promotion de la santé mentale ait progressé, d’autres domaines demeurent négligés. Nos constatations invitent à des politiques mises à jour, à des stratégies intégrées et à des investissements soutenus. Le renforcement de ces soutiens est essentiel pour garantir une promotion de la santé réceptive, équitable et efficace dans ce contexte de reprise et de réformes post-pandémiques. Combler ces lacunes nécessitera probablement une collaboration intersectorielle durable.
Remerciements
Le projet PromeSS a été financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. J. L. O’Loughlin a été titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur les déterminants précoces des maladies chroniques de l’adulte de 2006 à 2021.
Conflits d’intérêts
Les auteurs ne déclarent aucune relation financière pertinente en lien avec cet article et aucun conflit d’intérêts.
Jennifer L. O’Loughlin est membre du comité de rédaction de cette revue, mais n’a pas participé au processus de révision ni à la prise de décision éditoriale concernant cet article.
Contributions des auteurs et avis
- R. J. W. : analyse formelle, rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- E. K. O’L. : curation de données, analyse formelle, rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- A. M. : rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- M. N. : analyse formelle, logiciel, rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- J. O’L. : conception; acquisition de financement, méthodologie, administration du projet, ressources, supervision, rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
Le contenu et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du gouvernement du Canada ni des gouvernements provinciaux.

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