Recherche quantitative originale – Maladie chronique et isolement social chez les Canadiens : données probantes de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins 2022

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Publié par : L'Agence de la santé publique du Canada
Date de publication : juin 2026
ISSN: 2368-7398
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Dorian DiTommasoNote de bas de page *, M.A.Note de rattachement des auteurs 1; Fabio RobibaroNote de bas de page *, M.A.Note de rattachement des auteurs 1; Nicholas D. Spence, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 3
https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.6.03f
Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Attribution suggérée
Article de recherche par DiTommaso D et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0
Rattachement des auteurs
Correspondance
Nicholas D. Spence, 700, University Avenue, Unit 17100, Toronto (Ontario) M7A 2S4; tél. : 416-208-2698; courriel : nicholas.spence@utoronto.ca
Citation proposée
DiTommaso D, Robibaro F, Spence ND. Maladie chronique et isolement social chez les Canadiens : données probantes de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins 2022. 2026;46(6):265-274. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.6.03f
Résumé
Introduction. Les problèmes de santé chroniques sont très répandus au Canada et sont souvent étudiés sous forme de variable d’exposition unique et agrégée dans la recherche sur l’isolement social. De telles approches mettent l’accent sur le fardeau global de la maladie mais rendent difficile la distinction entre les contributions indépendantes de la catégorie diagnostique, de la douleur chronique et de l’incapacité. Dans cette étude, nous analysons ces dimensions séparément afin d’évaluer la manière dont chacune est associée à l’isolement social chez les adultes canadiens.
Méthodologie. À l’aide de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins de 2022 (n = 9 861), nous avons évalué l’association entre d’une part les problèmes de santé chroniques, la douleur chronique et le handicap et d’autre part le soutien social, en utilisant l’Échelle de provisions sociales (EPS‑10) et en appliquant une régression linéaire multivariée.
Résultats. Un handicap plus sévère est négativement associé au soutien social (B = −0,09, IC à 95 % = −0,11 à −0,08). Les personnes présentant des déficiences fonctionnelles bénéficient d’un soutien social plus faible, ce qui généralement est le signe d’un isolement social plus marqué.
Conclusion. Lorsqu’on les analyse conjointement, on constate que l’incapacité fonctionnelle, à la différence de la catégorie de maladie chronique et de celle de la douleur chronique, est associée de manière indépendante à un soutien social plus faible. Ces constatations indiquent que l’isolement social chez les adultes canadiens est plus étroitement lié aux limitations fonctionnelles qu’aux étiquettes diagnostiques, ce qui souligne l’importance d’adopter des approches centrées sur la dimension fonctionnelle dans la recherche et les interventions.
Mots-clés : maladie chronique, douleur chronique, personnes en situation de handicap, isolement social, politique de santé
Points saillants
- Cette étude porte sur l’impact simultané des problèmes de santé chroniques, de la douleur chronique et du handicap sur l’isolement social à l’aide de données canadiennes représentatives à l’échelle nationale.
- Les étiquettes diagnostiques en tant que telles ne sont pas associées à l’isolement social lorsque la limitation fonctionnelle et la douleur sont prises en compte.
- La limitation fonctionnelle est un prédicteur clé d’un soutien social réduit, contribuant à un isolement social accru.
- Il est important d’analyser conjointement la maladie chronique, la douleur chronique et le handicap dans la recherche sur l’isolement social à l’échelle de la population.
Introduction
Les maladies chroniques sont très répandues chez les adultes canadiens et entraînent d’importantes répercussions sociales, telles que l’isolement social — un état caractérisé par des contacts ou des interactions sociales limitésNote de bas de page 1Note de bas de page 2. L’isolement social constitue un problème de santé publique majeur, en particulier dans les sociétés vieillissantesNote de bas de page 2Note de bas de page 3. Au Canada, environ 16 % des aînés vivent dans l’isolement social et près de 30 % risquent de vivre de l’isolement social en raison de la détérioration de leur santéNote de bas de page 3. Près de la moitié des Canadiens vivaient avec au moins un problème de santé chronique important en 2021, et 1 sur 12 avec trois problèmes de santé ou plus : une proportion importante de la population se trouve donc dans des contextes sociaux et sanitaires où l’isolement social est susceptible d’être observéNote de bas de page 4. La recherche sur l’isolement social et la santé couvre l’ensemble du parcours de vie adulte, en mettant souvent l’accent sur les dernières étapes, où l’isolement social est plus fréquent, avec des associations bien documentées entre l’isolement, les problèmes de santé chroniques et des résultats défavorables pour la santéNote de bas de page 5Note de bas de page 6Note de bas de page 7Note de bas de page 8. Les problèmes de santé chroniques ne se manifestent pas nécessairement de manière uniforme en lien avec l’isolement social, ce qui souligne l’importance de tenir compte de l’hétérogénéité des problèmes de santé lors de l’élaboration de stratégies d’intervention à l’échelle de la population.
Les adultes atteints de maladies chroniques sont davantage susceptibles de vivre dans l’isolement socialNote de bas de page 9Note de bas de page 10. Une étude de la portée sur le sujet a révélé que la multimorbidité (c’est-à-dire la coexistence de plusieurs maladies chroniques) est associée à une plus grande solitude, avec moins de données probantes en lien avec l’isolement socialNote de bas de page 10. Une étude ultérieure a confirmé cette observation chez les aînésNote de bas de page 11. Une analyse de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (n = 29 847) a révélé que la multimorbidité était associée à un isolement social plus élevé, bien que les effets restent modestesNote de bas de page 9. La même étude montre que les maladies chroniques modifient l’impact des rôles sociaux (par exemple, la famille, le travail, l’engagement communautaire) sur l’isolement, la présence de maladies chroniques limitant l’accès à ces rôles et à leurs effets bénéfiquesNote de bas de page 9. Appuyant ces constatations, des rapports sur les politiques indiquent qu’une mauvaise santé et la présence de plusieurs maladies chroniques contribuent à un isolement social accru plus tard dans la vieNote de bas de page 3Note de bas de page 12. Ces travaux soulignent la nécessité d’analyser plus en profondeur les liens entre maladies chroniques et isolement social à l’échelle de la population, en particulier au Canada.
La recherche a traité des problèmes de santé chroniques comme une catégorie homogénéisée, censée capter l’influence combinée de tout problème de santé, malgré les données probantes indiquant que l’isolement social connaît des variations considérables selon les problèmes de santéNote de bas de page 13. Le regroupement de problèmes de santé variés risque de masquer des mécanismes et des points d’intervention importants. Par exemple, les maladies cardiaques et les problèmes de santé connexes présentent des liens bien documentés avec l’isolement social, ce qui justifie une exploration plus approfondieNote de bas de page 14. L’isolement social est associé à des pronostics cardiovasculaires plus défavorables. Une méta-analyse a montré que les patients entretenant de mauvaises relations sociales, caractérisées par l’isolement social et la solitude, présentaient un risque accru de 29 % de maladie coronarienne et de 32 % d’accident vasculaire cérébral (AVC)Note de bas de page 15. Une étude transversale menée auprès de 2 521 patients cardiaques danois a révélé que la solitude et l’isolement social coexistaient fréquemment avec une faible littératie en santé et un fardeau de traitement élevé, suggérant que l’isolement peut à la fois résulter de difficultés dans la gestion de la santé cardiovasculaire et y contribuerNote de bas de page 16. Des constatations similaires ont été observées pour d’autres problèmes de santé. L’ostéoarthrite et la polyarthrite rhumatoïde sont associées à un risque accru d’isolement socialNote de bas de page 17Note de bas de page 18. Une étude longitudinale européenne a montré que l’ostéoarthrite plus sévère était liée à un risque accru de 47 % de se retrouver socialement isolé, même après ajustement pour les facteurs sociodémographiques, la dépression et la mobilitéNote de bas de page 19.
La douleur chronique et l’incapacité fonctionnelle peuvent constituer un lien entre les problèmes de santé chroniques et l’isolement social. La douleur peut être un symptôme direct (par exemple, dans l’arthrite) ou résulter de complications de la maladie (par exemple, une neuropathie diabétique ou un cancer). Les personnes souffrant de douleur chronique sont particulièrement vulnérables à l’isolement social, ce qui peut accentuer un déclin de mobilitéNote de bas de page 20. La douleur est souvent liée à l’isolement social par le biais de plusieurs problèmes de santé chroniques, en particulier ceux impliquant la douleur musculosquelettiqueNote de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23. Pour comprendre comment les maladies chroniques influencent spécifiquement l’isolement social, il est nécessaire d’évaluer les problèmes de santé chroniques individuels désagrégés (par exemple, maladie cardiovasculaire, arthrite) en tenant compte simultanément des comorbidités, telles que la douleur et l’incapacité fonctionnelle.
Les mécanismes des problèmes de santé chroniques ne sont pas tous physiques. Par exemple, le diagnostic et le traitement du cancer perturbent les habitudes quotidiennes et altèrent l’identité sociale. Une enquête de 2023 menée par l’American Cancer Society a révélé que plus de la moitié des personnes en rémission de cancer se sentaient socialement isolées, en citant la fatigue, la douleur et la crainte de représenter un fardeau pour autruiNote de bas de page 24. Bien que certains aient rapporté des liens familiaux renforcés, le cancer est généralement associé à une solitude et un isolement accrus, impactant à la fois la qualité de vie et la survieNote de bas de page 24. Un changement d’identité sociale et ses interrelations avec l’isolement en lien avec les problèmes de santé chroniques ne sont pas l’apanage du cancer. Les problèmes de santé mentale chroniques sont également associés à l’isolement social. Une revue globale de 53 études a montré des associations constantes entre solitude, isolement et certains diagnostics comme la dépression ou la psychose, bien que la qualité méthodologique des études individuelles soit faibleNote de bas de page 25Note de bas de page 26. La stigmatisation accentue ce phénomène : une étude qualitative menée auprès de jeunes adultes vivant avec une dépression a décrit la stigmatisation comme un facteur favorisant le secret et un isolement accruNote de bas de page 27. Peut-être plus que les maladies physiques, les troubles mentaux sont susceptibles de diminuer à la fois la capacité et la motivation à socialiser, ce qui en fait un thème particulièrement pertinent pour l’étude de l’isolement social.
L’isolement social est une préoccupation majeure de santé publique. À l’aide de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins (ESMAS) de 2022 (n = 9 861), un échantillon pondéré représentatif de la population canadienne à l’échelle nationale, nous avons analysé comment les problèmes de santé chroniques, la douleur chronique et le handicap étaient associés aux scores sur l’Échelle des provisions sociales (EPS-10), une mesure du soutien social perçuNote de bas de page 28Note de bas de page 29. Le soutien social est une dimension étroitement liée aux relations sociales et covarie souvent avec l’isolement socialNote de bas de page 5Note de bas de page 30. L’EPS-10 mesure le soutien social aux niveaux structurel et fonctionnel, en évaluant la présence de liens relationnels, les caractéristiques des interactions (par exemple leur fréquence), les perceptions de soutien, le niveau d’intégration au réseau social et la finalité des relationsNote de bas de page 31Note de bas de page 32. Des scores plus élevés à l’EPS-10 indiquent un soutien social perçu plus important, généralement associé à un isolement social moindreNote de bas de page 5Note de bas de page 30. Ainsi, bien que nous présentions nos résultats en termes de soutien social, nous discutons de leurs implications en matière d’isolement social en tant qu’enjeu de santé publique. Dans notre analyse, nous avons créé une mesure désagrégée des maladies chroniques, en étudiant les différents problèmes de santé chroniques et leurs recoupements en lien avec l’isolement social, ainsi que la douleur chronique, le handicap et diverses variables sociodémographiques. Nous avons étendu notre recherche à l’échelle de la population canadienne sur l’isolement social en intégrant les données probantes sur les maladies chroniques physiques et sur les maladies chroniques mentales.
Méthodologie
Source de données
Cette étude a utilisé l’ESMAS, une enquête transversale pondérée et représentative à l’échelle nationale, menée par Statistique Canada entre le 17 mars et le 13 juillet 2022Note de bas de page 28. L’ESMAS a enregistré un taux de réponse de 25 %, avec 9 861 participants sur 39 485 personnes sollicitéesNote de bas de page 28. L’enquête a recueilli des données sur l’état de santé et l’accès aux services de santé avant et pendant la pandémie de COVID-19, incluant de nombreuses variables relatives au bien-être subjectif, aux troubles mentaux, aux maladies chroniques, à la douleur et au handicap ainsi qu’une série complète de variables sociodémographiques. Les répondants étaient âgés de 15 ans et plus et provenaient de toutes les provinces et de tous les territoires, à l’exception des groupes suivants : les Autochtones vivant dans les réserves, les habitants de certaines régions rurales, les membres des Forces armées canadiennes et les personnes vivant en institution. La collecte de données a été stratifiée pour suréchantillonner les quatre principaux groupes de minorités visibles du Canada (Noirs, Asiatiques du Sud, Chinois, Philippins) et pour assurer une représentation adéquate des différents groupes d’âge (15 à 24 ans, 25 à 44 ans, 45 à 64 ans, 65 ans et plus) et des genres (hommes, femmes). Des renseignements détaillés sur les variables et la conception de l’échantillonnage sont disponibles dans le guide de l’utilisateur, le questionnaire et le dictionnaire de données de l’ESMASNote de bas de page 28.
Définitions des variables
Notre variable de résultat est l’EPS-10, une mesure validée dans une fourchette de 10 à 40 points du soutien social perçu, qui additionne le niveau d’accord des répondants sur 10 questions, notées de 1 (pas du tout d’accord) à 4 (tout à fait d’accord), couvrant cinq dimensions : attachement, orientation, intégration sociale, alliance fiable et réassurance de la valeurNote de bas de page 29. L’EPS-10 évalue le soutien social aux niveaux structurel et fonctionnel, en considérant la présence de liens relationnels, les caractéristiques des interactions, les perceptions du soutien, le niveau d’intégration au réseau social et la finalité des relationsNote de bas de page 31Note de bas de page 32. Des scores plus élevés à l’EPS-10 indiquent un soutien social perçu plus important, que nous discutons ici en lien avec l’isolement social, étant donné qu’il s’agit d’une covariable communeNote de bas de page 5Note de bas de page 30.
Nous avons identifié trois variables explicatives d’intérêt distinctes : 1) le handicap, 2) la douleur chronique et 3) les problèmes de santé chroniques. Pour évaluer l’association de chaque variable d’exposition avec l’isolement social, indépendamment des autres facteurs, chacune des trois variables a été incluse dans un modèle analytique avec les variables sociodémographiques.
Le handicap a été évalué à l’aide de l’Échelle d’évaluation du handicap de l’Organisation mondiale de la santé à 12 éléments (WHODAS 2.0), une mesure validée dans une fourchette de 0 à 40 points qui somme le niveau de difficulté déclaré par les répondants sur une échelle de 1 (aucune) à 5 (extrême/impossible à réaliser), couvrant les domaines de la cognition, de la mobilité, des soins personnels, des relations interpersonnelles et des activités de la vie quotidienne. Des scores plus élevés indiquent des niveaux d’incapacité plus importantsNote de bas de page 33. L’échelle WHODAS 2.0 ne comporte aucune question sur la douleur, ce qui le distingue de la mesure de la douleur utilisée dans notre analyse.
La douleur chronique a été mesurée à l’aide de la mesure « pain-by-interruption-of-activities » de l’indice de l’état de santé Health Utilities Index (HUI)Note de bas de page 34. Plus précisément, le système de classification HUI Mark 3 (HUI3) a été utilisé pour construire la variable à partir de deux questions : 1) une question demandant si le répondant était « habituellement exempt de douleur ou d’inconfort » et 2) une question demandant dans quelle mesure la douleur ou l’inconfort du répondant empêchait la réalisation d’activitésNote de bas de page 28Note de bas de page 34. La variable comprend cinq catégories : « pas de douleur ou de malaise », « douleur qui n’empêche aucune activité », « douleur qui empêche peu d’activités », « douleur qui empêche quelques activités » et « douleur qui empêche la plupart des activités ».
Les problèmes de santé chroniques relevaient de dix catégories : « aucun problème de santé identifié », « problème cardiovasculaire » (hypertension artérielle, cardiopathie), « asthme », « diabète », « arthrite », « problèmes de dos (sauf la fibromyalgie et de l’arthrite) », « migraines », « troubles mentaux » (dépression, dysthymie, manie, troubles bipolaires, anxiété généralisée ou sociale, trouble obsessionnel-compulsif, trouble panique, trouble de stress post-traumatique [TSPT], trouble déficitaire de l’attention [TDA]), « autres problèmes de santé non spécifiés » (bronchite chronique, emphysème, maladie pulmonaire obstructive, cancer, troubles intestinaux, maladie de Crohn, colite ulcéreuse, syndrome de fatigue chronique, sensibilités chimiques multiples, troubles d’apprentissage, schizophrénie, psychose, troubles de l’alimentation et autres problèmes physiques ou mentaux de longue durée non identifiés) et « plusieurs problèmes de santé se chevauchant ». Cette variable a été construite à partir des réponses des répondants aux questions binaires (non/oui) demandant s’ils présentaient l’une des conditions énumérées. Les catégorisations ont d’abord suivi le Système canadien de surveillance des maladies chroniques (SCSMC)Note de bas de page 35. Les problèmes de santé qui, dans l’ESMAS, étaient identiques aux catégories établies dans le SCSMC (par exemple l’arthrite) ont été maintenues en tant que catégories de problèmes de santé uniques lorsque la taille de leur échantillon était suffisante pour être conforme aux règles de publication des résultats. Les problèmes de santé qui ne correspondaient à aucune des définitions du SCSMC ont été soit laissés en tant que catégories de problèmes de santé uniques (par exemple les migraines), soit fusionnés avec d’autres problèmes de santé, lorsque la taille de l’échantillon était insuffisante, afin de respecter les règles de diffusion avec pré-pondération relatives à la taille de l’échantillon de l’ESMASNote de bas de page 28. Les catégories uniques sont mutuellement exclusives. La catégorie « autres problèmes de santé non spécifiés » regroupe tous les problèmes de santé pour lesquels le nombre de répondants était trop faible pour être analysé individuellementNote de bas de page 28Note de bas de page *. La catégorie «plusieurs problèmes de santé se chevauchant » inclut les répondants présentant plus d’un problème de santé.
Les variables de contrôle sociodémographiques étaient l’âge, le genre, l’appartenance ou non à une minorité visible, l’appartenance ou non à la communauté 2ELGBTQI+, le niveau de scolarité, la situation professionnelle, le revenu du ménage, l’état matrimonial, le statut vis-à-vis de l’immigration, la région de résidence et la religiositéNote de bas de page 28Note de bas de page 34. L’âge a été recodé pour correspondre aux tranches cibles de l’ESMAS : 15 à 24 ans, 25 à 44 ans, 45 à 64 ans et 65 ans et plus. Le genre comprenait Hommes+ et Femmes+ : le signe « + » indique que les répondants non binaires ont été répartis de manière aléatoire dans chaque catégorieNote de bas de page †. L’appartenance à une minorité visible comprenait la catégorie de non-appartenance à une minorité visible (Blanc, Autochtone) et des catégories de minorités visibles (Noir, Sud-Asiatique, Chinois, Philippin, autre)Note de bas de page ‡. L’appartenance à la communauté 2ELGBTQI+ incluait les catégories Non-2ELGBTQI+ et 2ELGBTQI+Note de bas de page §. Le niveau de scolarité a été recodé afin de fusionner de petites catégories : « moins que le secondaire », « diplôme d’études secondaires ou équivalent », « collège, métier ou apprentissage », « université, moins que le baccalauréat » et « baccalauréat ou niveau supérieur ». La situation professionnelle a été construite à partir d’une variable à trois catégories demandant aux répondants leur statut professionnelNote de bas de page **. Les personnes travaillant et celles absentes de leur travail ont été regroupées dans la catégorie « en emploi », tandis que celles « n’ayant pas d’emploi » ont été codées « sans emploi ». Une troisième catégorie, « exclu », a été ajoutée afin d’éviter la perte de tous les répondants âgés de plus de 75 ans lors de la suppression par cas (« casewise deletion »)Note de bas de page ††.
Le revenu du ménage, en dollars canadiens (CAD), a été recodé à partir de 15 catégories pour former les groupes suivants : moins de 20 000 CAD, 20 000 $ à 39 999 CAD, 40 000 CAD à 59 999 CAD, 60 000 $ à 79 999 CAD, et 80 000 CAD ou plus, conformément aux travaux antérieurs dans le cadre de l’ESMASNote de bas de page 36. L’état matrimonial a été recodé afin de fusionner de petites catégories : « marié(e) ou en union de fait », « jamais marié(e) » et « veuf(ve), séparé(e) ou divorcé(e) »Note de bas de page 28Note de bas de page 37. Le statut vis-à-vis de l’immigration comprenait les catégories « non-immigrant » et « immigrant ». La région de résidence a été classée en quatre catégories : zones rurales (< 1 000 habitants), petit centre de population (1 000 à 29 999 habitants), centre de population moyen (30 000 à 99 999 habitants) et grand centre de population urbain (> 100 000 habitants). La religiosité été évaluée en fonction de l’importance de la religion ou de la spiritualité pour le répondant, selon quatre niveaux : « religion pas du tout importante », « religion pas très importante », « religion quelque peu importante » et « religion très importante ».
Analyse statistique
Conformément aux travaux antérieurs de l’ESMAS, les données manquantes pour toutes les variables ont été traitées par suppression par casNote de bas de page 36Note de bas de page 37. L’étude comprend 7 994 répondants admissibles. Des pondérations d’enquête et des pondérations bootstrap ont été appliquées conformément aux directives de Statistique Canada en tenant compte du plan d’enquête complexe de l’ESMASNote de bas de page 28. Nous avons construit des modèles de régression linéaire pondérés, bivariés et multivariés dans la version 4.5.2 de R (R Foundation for Statistical Computing, Vienne, Autriche), ces derniers évaluant simultanément la manière dont les trois variables d’exposition, ajustées pour les variables de contrôle, étaient associées à l’isolement social.
Résultats
Le tableau 1 présente les caractéristiques de l’échantillon pondéré, avec les moyennes et les pourcentages par catégorie accompagnés de leurs intervalles de confiance [IC] à 95 %. Le score moyen de la variable de résultat « isolement social » était de 35,4 (35,3 à 35,6).
| Caractéristiques | Échantillon complet (n = 7994) Pourcentage pondéré (IC à 95 %) |
|---|---|
| Âge | |
| 15 à 24 ans | 14,4 % (14,1 % à 14,8 %) |
| 25 à 44 ans | 33,9 % (33,4 % à 34,5 %) |
| 45 à 64 ans | 31,7 % (31,1 % à 32,2 %) |
| 65 ans et plus | 19,9 % (19,5 % à 20,4 %) |
| Genre | |
| Hommes+ | 49,4 % (48,8 % à 50,0 %) |
| Femmes+ | 50,6 % (50,0 % à 51,2 %) |
| Appartenance à une minorité visible | |
| N’appartenant pas à une minorité visible | 74,1 % (73,3 % à 74,9 %) |
| Appartenant à une minorité visible | 25,9 % (25,1 % à 26,7 %) |
| Appartenance à la communauté 2ELGBTQI+ | |
| Personne n’appartenant pas à la communauté 2ELGBTQI+ | 93,8 % (93,1 % à 94,4 %) |
| Personne 2ELGBTQI+ | 6,2 % (5,6 % à 6,9 %) |
| Scolarité | |
| Moins que le secondaire | 9,9 % (9,1 % à 10,7 %) |
| Diplôme d’études secondaires ou équivalent | 24,0 % (22,9 % à 25,2 %) |
| Collège, métier ou apprentissage | 29,7 % (28,4 % à 30,9 %) |
| Université, moins que le baccalauréat | 4,5 % (4,0 % à 5,1 %) |
| Baccalauréat ou niveau supérieur | 31,9 % (30,8 % à 33,0 %) |
| Situation professionnelle | |
| Sans emploi | 20,6 % (19,5 % à 21,6 %) |
| En emploi | 61,1 % (60,0 % à 62,2 %) |
| Exclu | 18,3 % (17,8 % à 18,8 %) |
| Revenu du ménage | |
| < 20 000 CAD | 2,6 % (2,1 % à 3,0 %) |
| 20 000 à 39 999 CAD | 7,3 % (6,6 % à 8,0 %) |
| 40 000 à 59 999 CAD | 11,1 % (10,2 % à 12,0 %) |
| 60 000 à 79 999 CAD | 12,1 % (11,2 % à 12,9 %) |
| ≥ 80 000 CAD | 67,0 % (65,7 % à 68,2 %) |
| État matrimonial | |
| Marié(e) ou en union de fait | 58,1 % (56,9 % à 59,4 %) |
| Jamais marié(e) | 29,5 % (28,5 % à 30,6 %) |
| Veuf(ve), séparé(e) ou divorcé(e) | 12,3 % (11,4 % à 13,2 %) |
| Statut vis-à-vis de l’immigration | |
| Non-immigrant | 70,8 % (69,7 % à 71,9 %) |
| Immigrant | 29,2 % (28,1 % à 30,3 %) |
| Région de résidence | |
| Milieu rural (< 1000 habitants) | 18,6 % (17,5 % à 19,7 %) |
| Petit centre de population (1 000 à 29 999 habitants) | 11,2 % (10,4 % à 12,0 %) |
| Centre de population moyen (30 000 à 99 999 habitants) | 8,6 % (7,8 % à 9,4 %) |
| Grand centre de population urbain (> 100 000 habitants) | 61,6 % (60,3 % à 62,8 %) |
| Religiosité | |
| Religion pas du tout importante | 28,1 % (26,8 % à 29,3 %) |
| Religion pas très importante | 20,6 % (19,6 % à 21,7 %) |
| Religion quelque peu importante | 24,1 % (22,9 % à 25,2 %) |
| Religion très importante | 27,2 % (26,1 % à 28,3 %) |
| Problèmes de santé chroniques | |
| Aucun problème de santé identifié | 36,5 % (35,2 % à 37,8 %) |
| Problème cardiovasculaire | 5,8 % (5,2 % à 6,4 %) |
| Asthme | 2,6 % (2,2 % à 3,0 %) |
| Diabète | 1,6 % (1,3 % à 1,9 %) |
| Arthrite | 3,6 % (3,1 % à 4,1 %) |
| Problèmes de dos (sauf fibromyalgie/arthrite) | 4,6 % (4,0 % à 5,2 %) |
| Migraines | 3,6 % (3,1 % à 4,1 %) |
| Troubles mentaux | 7,1 % (6,4 % à 7,8 %) |
| Autres problèmes de santé non spécifiés | 6,2 % (5,5 % à 6,8 %) |
| Multiples problèmes de santé se chevauchant | 28,5 % (27,3 % à 29,7 %) |
| Niveau de douleur | |
| Pas de douleur ou de malaise | 77,2 % (76,1 % à 78,3 %) |
| Douleur qui n’empêche aucune activité | 7,1 % (6,4 % à 7,8 %) |
| Douleur qui empêche peu d’activités | 7,4 % (6,7 % à 8,1 %) |
| Douleur qui empêche quelques activités | 5,0 % (4,4 % à 5,6 %) |
| Douleur qui empêche la plupart des activités | 3,3 % (2,8 % à 3,8 %) |
| Échelle d’évaluation du handicap de l’OMS (WHODAS 2.0) (0-40) [moyenne] | 6,3 (6,0 à 6,6) |
| Échelle des provisions sociales (EPS-10) (10-40) [moyenne] | 35,4 (35,2 à 35,5) |
L’analyse des caractéristiques sociodémographiques a révélé que la majorité des participants avaient entre 25 et 44 ans (33,9 % [33,4 à 34,5]), s’identifiaient comme femmes+ (50,6 % [50,0 à 51,2]), n’appartenaient pas à une minorité visible (74,1 % [73,3 à 74,9]), n’appartenaient pas à la communauté 2ELGBTQI+ (93,8 % [93,1 à 94,4]), détenaient un baccalauréat ou plus (31,9 % [30,8 à 33,0]), avaient un emploi (61,1 % [60,0 à 62,2]), avaient un revenu de ménage de 80 000 CAD ou plus (67,0 % [65,7 à 68,2]), étaient mariés ou en union de fait (58,1 % [56,9 à 59,4]), étaient non-immigrants (70,8 % [69,7 à 71,9]), résidaient dans un grand centre de population urbain (61,6 % [60,3 à 62,8]) et considéraient la religion ou la spiritualité comme n’étant pas du tout importante (28,1 % [26,8 à 29,3]).
Les variables d’exposition se présentaient comme suit : le score moyen de handicap était de 6,3 (6,0 à 6,6), la majorité des participants ne ressentaient aucune douleur ou aucun malaise (77,2 % [76,1 à 78,3]) et 36,5 % n’avaient aucun problème de santé chronique identifié (36,5 % [35,2 à 37,8]).
Les résultats des modèles de régression linéaire pondérés bivariés (non ajustés) et multivariés (ajustés) sont présentés dans le tableau 2. Après ajustement pour les variables d’exposition et les variables de contrôle sociodémographiques, seul le handicap s’est révélé significativement associé au score EPS-10 dans le modèle multivarié (B = −0,09 [IC à 95 % : −0,11 à −0,08]). Aucune catégorie de maladie chronique ni aucun niveau de douleur n’a été significativement associé au score EPS-10 dans le modèle multivarié.
| Caractéristiques | Modèle bivarié (IC à 95 %) | Modèle multivarié (IC à 95 %) |
|---|---|---|
| Problèmes de santé chroniques | ||
| Aucun problème de santé identifié | Référence | Référence |
| Cardiovasculaire | 0,11 (−0,35 à 0,57) | 0,29 (−0,17 à 0,75) |
| Asthme | 0,64 (−0,09 à 1,38) | 0,19 (−0,49 à 0,87) |
| Diabète | −0,63 (−1,50 à 0,25) | −0,32 (−1,17 à 0,54) |
| Arthrite | −0,12 (−0,71 à 0,47) | −0,23 (−0,87 à 0,42) |
| Problèmes de dos (sauf fibromyalgie/arthrite) | −0,01 (−0,63 à 0,61) | 0,08 (−0,52 à 0,68) |
| Migraines | 0,05 (−0,57 à 0,67) | −0,21 (−0,80 à 0,38) |
| Troubles mentaux | −0,30 (−0,81 à 0,21) | −0,21 (−0,72 à 0,30) |
| Autres problèmes de santé non spécifiés | 0,27 (−0,22 à 0,77) | 0,17 (−0,29 à 0,63) |
| Plusieurs problèmes de santé se chevauchant | −0,80 (−1,11 à −0,48)Note de bas de page *** | −0,19 (−0,53 à 0,15) |
| Niveau de douleur | ||
| Pas de douleur ou de malaise | Référence | Référence |
| Douleur qui n’empêche aucune activité | −0,19 (−0,65 à 0,27) | −0,10 (−0,55 à 0,35) |
| Douleur qui empêche peu d’activités | −0,76 (−1,24 à −0,29)Note de bas de page ** | −0,33 (−0,81 à 0,15) |
| Douleur qui empêche quelques activités | −0,83 (−1,48 à −0,17)Note de bas de page * | 0,12 (−0,50 à 0,74) |
| Douleur qui empêche la plupart des activités | −2,13 (−3,06 à −1,20)Note de bas de page *** | 0,22 (−0,72 à 1,17) |
| Échelle d’évaluation du handicap de l’OMS (WHODAS 2.0) (0-40) | −0,01 (−0,11 à −0,08)Note de bas de page *** | −0,09 (−0,11 à −0,08)Note de bas de page *** |
Analyse
Nous avons évalué l’association entre d’une part les problèmes de santé chroniques, la douleur chronique et le handicap et d’autre part les scores sur l’EPS-10. Bien que l’EPS-10 mesure le soutien social, il est corrélé à l’isolement social, qui constitue notre variable d’intérêt. Les résultats ont montré que seul le handicap était significativement associé aux scores sur l’EPS-10 dans la population canadienne au moment de la collecte des données. Même si l’effet pratique est modeste (une diminution de 12 % du score EPS-10 sur l’ensemble de l’échelle WHODAS 2.0), l’association demeure significative au niveau de la population, compte tenu de la forte prévalence des limitations fonctionnelles chez les adultes canadiensNote de bas de page 1Note de bas de page 3Note de bas de page ‡‡. Ces résultats soulignent l’importance de se concentrer sur les capacités fonctionnelles plutôt que sur les étiquettes diagnostiques lors de l’évaluation de la vulnérabilité sociale. Notre modèle souligne l’importance de considérer simultanément différents aspects de l’expérience de la maladie afin de comprendre comment l’interaction entre la maladie, la douleur et le handicap est associée à l’isolement social.
Aucune catégorie de maladie chronique ni aucun niveau de douleur chronique n’a été associé de manière indépendante aux scores de l’EPS-10 après ajustement pour les autres variables d’exposition et les facteurs sociodémographiques. Loin d’indiquer une absence de risque, ces constatations nulles laissent plutôt penser que la relation entre un problème de santé chronique et l’isolement n’est pas uniquement déterminée par le diagnostic. L’une des explications possibles est qu’une grande partie de la recherche dont on dispose porte sur les problèmes de santé de manière isolée, en mettant l’accent sur des constatations cliniques ou spécifiques à une maladieNote de bas de page 38Note de bas de page 39. Les études qui analysent les problèmes de santé chroniques de manière autonome, sans tenir compte du handicap ni du risque de douleur chronique, masquent la manière dont chaque problème de santé est associé à l’isolement. Dans ces circonstances, le biais de variable omise affecte la magnitude du coefficient, rendant potentiellement certains problèmes de santé plus fortement liés au résultat étudié. En évaluant des problèmes de santé désagrégés en même temps que la douleur, le handicap et les variables de contrôle sociodémographiques à l’aide de données représentatives à l’échelle nationale, nous montrons que l’association de nombreux problèmes de santé diminue. Ainsi, le risque d’isolement associé à des problèmes de santé chroniques spécifiques pourrait être moins lié au diagnostic lui-même qu’à leurs conséquences incapacitantes et au rôle social. Les recherches futures devraient explorer ces pistes plus en détail.
L’absence d’association indépendante entre la douleur chronique et les scores sur l’EPS-10 laisse en outre penser que la douleur pourrait agir sur l’isolement social de manière indirecte, par l’intermédiaire de limitations fonctionnelles, plutôt que de constituer un prédicteur autonome. La douleur peut restreindre la mobilité, réduire l’endurance et limiter l’engagement dans les activités sociales, mais ses conséquences sociales peuvent être plus prononcées lorsqu’elle se traduit par un handicap mesurable. Cette interprétation s’aligne sur les modèles conceptuels qui distinguent les symptômes de leurs effets fonctionnels et sociaux en aval et souligne l’importance d’analyser les voies médiatrices dans les recherches futures. Pris ensemble, ces résultats renforcent la nécessité de déplacer l’attention théorique et empirique des explications de l’isolement social centrées sur des maladies spécifiques vers des mécanismes fonctionnels qui transcendent les frontières diagnostiques. Plus précisément, les recherches futures disposant de données plus robustes (par exemple, des études longitudinales avec un échantillon plus large) devraient explorer ces voies de médiation.
Le handicap s’est révélé significativement associé à l’isolement social dans notre modèle multivarié. Cette observation s’inscrit dans les tendances identifiées dans la littérature qui soulignent l’importance de la déficience fonctionnelle comme facteur d’isolement social au-delà des problèmes de santéNote de bas de page 20Note de bas de page 40. Les limitations fonctionnelles peuvent restreindre la participation aux activités sociales, créer des barrières logistiques à l’interaction et contribuer au sentiment de fardeau, renforçant ainsi l’isolement. Nos résultats suggèrent qu’une fois le handicap et d’autres facteurs sociodémographiques pris en compte, d’autres variables d’exposition, comme la douleur chronique, peuvent agir indirectement par l’intermédiaire du handicap plutôt que de constituer un prédicteur autonome de l’isolement. Les politiques visant à améliorer la mobilité, à réduire les obstacles à la participation et à développer les technologies d’assistance seront probablement plus efficaces pour réduire l’isolement que des interventions exclusivement centrées sur la gestion des problèmes de santé chroniques. Du point de vue du système de santé, l’intégration des évaluations du handicap dans les soins courants pour les maladies chroniques pourrait aider à identifier les personnes les plus à risque d’isolement et faciliter la mise en place de prescriptions sociales ou d’interventions proactives. Une désagrégation plus fine du handicap, combinée à d’autres mesures, permettrait d’obtenir des perspectives encore plus nuancées, car l’échelle WHODAS 2.0 ne dispose pas d’un seuil universellement reconnu définissant le handicapNote de bas de page 41.
Points forts et limites
Notre mesure des problèmes de santé chroniques a utilisé la désagrégation en catégories chaque fois que possible, tout en incluant à la fois les problèmes de santé physiques et les problèmes de santé mentaux, plutôt que de regrouper des conditions hétérogènes. Cette approche a permis de mettre en évidence des associations (non significatives) auparavant masquées dans les analyses regroupant l’ensemble des problèmes de santé. Nos résultats confirment l’importance de l’incapacité comme déterminant central de l’isolement, suggérant que les interventions devraient privilégier les soutiens fonctionnels et l’amélioration de l’accessibilité.
Les données transversales limitent les inférences causales; néanmoins, l’ESMAS fournit une image représentative et robuste à l’échelle nationale de la relation entre les problèmes de santé chroniques, la douleur chronique, le handicap et l’isolement social au moment de la collecte.
Il serait possible d’aller plus loin pour identifier les associations potentielles entre certaines catégories de maladies chroniques individuelles qui n’étaient pas dissociables dans la cette étude (par exemple, le cancer).
La suppression par cas et les règles de diffusion pondérées liées à la taille de l’échantillon de l’ESMAS limitent toutefois l’analyse significative de sous-groupes. Les recherches futures devraient explorer des hypothèses de voies médiatrices ou modératrices en lien avec certaines caractéristiques sociodémographiques telles que l’âge, le genre, le statut socio-économique et la race/ethnie, en s’appuyant sur des données plus robustes sur le plan empirique (par exemple, des études longitudinales) et sur des mesures plus directes de l’isolement social.
Cette enquête a été menée à la fin de la pandémie de COVID-19, période durant laquelle les modèles de participation sociale ont été modifiés. Cela peut limiter la généralisabilité des résultats aux contextes post-pandémiques, tout en offrant un aperçu utile de la manière dont les contraintes fonctionnelles influencent l’isolement social dans des conditions de participation sociale restreinte.
Conclusion
Cette étude a porté sur l’association entre d’une part les problèmes de santé chroniques, la douleur chronique et le handicap et d’autre part par les scores sur l’EPS-10, dans le contexte de l’isolement social chez les adultes canadiens. Après ajustement pour les facteurs sociodémographiques, le handicap est apparu comme la seule variable d’exposition significativement associée à l’isolement social. Ces résultats suggèrent que l’isolement social est davantage lié aux limitations fonctionnelles qu’aux diagnostics ou aux symptômes seuls. En analysant simultanément les maladies chroniques, la douleur et le handicap au sein d’un modèle unique à l’échelle de la population, cette étude montre que le handicap et les limitations fonctionnelles, qui restreignent la participation et l’engagement social, peuvent jouer un rôle plus déterminant dans l’isolement social. Cette distinction a des implications importantes pour les politiques et les interventions en santé, en mettant en évidence la valeur des évaluations fonctionnelles pour identifier les personnes à risque d’isolement social. Les initiatives visant à réduire l’isolement social sont susceptibles d’être plus efficaces lorsqu’elles se concentrent sur la diminution des obstacles fonctionnels et le soutien à la participation plutôt que sur la prise en charge des problèmes de santé chroniques de manière isolée.
Remerciements
Cette recherche a été soutenue par le département de sociologie de l’Université de Toronto grâce à une subvention de recherche.
Conflits d’intérêts
Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Contributions des auteurs et avis
- DD : conception; acquisition de financements; analyse formelle; méthodologie; présentation visuelle; rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- FR : conception; acquisition de financements; analyse formelle; méthodologie; présentation visuelle; rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- NDS : conception, méthodologie, supervision, relectures et corrections.
Le contenu et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du gouvernement du Canada.
Cette analyse repose sur l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins de Statistique Canada (2022). Tous les calculs, utilisations et interprétations de ces données relèvent entièrement des auteurs Dorian DiTommaso, Fabio Robibaro et Nicholas Spence.

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