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Recherche originale par méthodes mixtes – Une approche par méthodes mixtes pour comprendre les expériences des pharmaciens en lien avec le questionnaire sur le risque de diabète CANRISK et son guide de l’utilisateur

Revue PSPMC

Table des matières |

Josephine Ta, M.G.S.S., pharmacienne agréée, ÉADNote de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Ying Jiang, M.D., M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Sebastian Srugo, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Howard Morrison, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Margaret de Groh, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1

https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.4.01f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Creative Commons License

Attribution suggérée

Article de recherche par Ta J et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0

Rattachement des auteurs
Correspondance

Josephine Ta, Division de la recherche appliquée, Agence de la santé publique du Canada, 785, avenue Carling, Ottawa (Ont.)  K1A 0K9; courriel : jta034@uottawa.ca

Citation proposée

Ta J, Jiang Y, Srugo S, Morrison H, de Groh M. Une approche par méthodes mixtes pour comprendre les expériences des pharmaciens en lien avec le questionnaire sur le risque de diabète CANRISK et son guide de l’utilisateur. 2026;46(4):149-157. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.4.01f

Résumé

Introduction. Le Questionnaire canadien sur le risque de diabète (questionnaire CANRISK) est un outil pertinent pour le dépistage du risque de diabète, mais l’ampleur de son adoption et de sa mise en œuvre par les pharmaciens canadiens n’a pas encore été évaluée. Notre objectif était de décrire l’utilisation de l’outil CANRISK et du guide de l’utilisateur par les pharmaciens, d’en identifier les éléments facilitateurs et les obstacles et de proposer des solutions pour améliorer cette utilisation.

Méthodologie. Nous avons utilisé une approche mixte reposant sur une enquête quantitative initiale en ligne suivie d’entrevues qualitatives avec des pharmaciens afin de mieux comprendre leurs expériences. Nous avons utilisé des statistiques descriptives pour analyser les données de l’enquête et une analyse thématique pour analyser les données des entrevues.

Résultats. Nous avons constaté que 89 % des pharmaciens interrogés fournissaient des conseils sur le diabète tous les jours ou toutes les semaines, mais que plus de la moitié d’entre eux (55 %) ne connaissaient CANRISK et son guide de l’utilisateur. Parmi ceux qui étaient au courant de son existence, 60 % ont indiqué qu’ils utilisaient CANRISK rarement ou jamais. Cinq thèmes principaux ont été identifiés dans le volet qualitatif. Les facteurs facilitant l’adoption de CANRISK étaient l’intérêt du pharmacien, des journées cliniques sur le diabète et des campagnes de sensibilisation ainsi que la relation patient-fournisseur. Plusieurs obstacles à sa mise en œuvre demeurent, notamment des contraintes de temps, des priorités concurrentes, des pressions financières, des pénuries de personnel et une compréhension limitée de l’utilité de l’outil.

Conclusion. Cet article a révélé que l’utilisation de CANRISK était limitée et qu’un soutien est nécessaire pour éliminer les obstacles à une mise en œuvre réussie de CANRISK dans les pharmacies.

Mots-clés : CANRISK, diabète, pharmaciens, guide de l’utilisateur de CANRISK, étude à méthodes mixtes

Points saillants

  • Le Questionnaire canadien sur le risque de diabète (CANRISK) est un outil pertinent, mais on en sait peu sur l’utilisation qu’en font les pharmaciens.
  • Cette étude a permis de cerner certains des principaux facteurs qui facilitent la mise en œuvre de CANRISK en milieu pharmaceutique, comme les journées de soins cliniques sur le diabète et la relation patient-fournisseur. Toutefois, cet outil n’est pas largement utilisé dans les pharmacies en raison d’obstacles tels que des priorités concurrentes et une compréhension limitée de son utilité.
  • Il est nécessaire d’accroître la connaissance de l’existence de l’outil CANRISK et sa compréhension, ainsi que d’offrir plus de soutien pour améliorer sa visibilité et son intégration à la pratique courante.

Introduction

Le diabète est l’une des maladies chroniques les plus courantes au Canada et augmente à un taux de 3,3 % par anNote de bas de page 1. Avant que le diabète apparaissent en tant que tel, les taux de glycémie dépassent la normale pour atteindre la fourchette du prédiabète, un état qui peut être diagnostiqué et inversé s’il est détecté précocement. En l’absence de traitement, environ 25 % des personnes atteintes de prédiabète passeront au diabète de type 2 en trois à cinq ans et jusqu’à 70 % développeront le diabète au cours de leur vieNote de bas de page 2. Il existe également des données probantes selon lesquelles la prévention ou le report de l’apparition du diabète peut réduire le risque de complications macrovasculaires comme les maladies cardiovasculaires et les complications microvasculaires comme la rétinopathie et la néphropathieNote de bas de page 1. Un dépistage précoce est donc essentiel pour obtenir de meilleurs résultats en matière de santé.

En 2011, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a élaboré un outil d’évaluation des risques pertinent et facile à administrer, le Questionnaire canadien sur le risque de diabète CANRISK (Canadian Diabetes Risk Questionnaire), afin d’identifier les personnes qui présentent un risque élevé de prédiabète ou de diabèteNote de bas de page 3. Les scores de CANRISK ont été validés en les comparant aux tests sanguins normalisés de référence et le questionnaire est pertinent pour la population multiethnique du CanadaNote de bas de page 3. Bien qu’il ait été mis au point il y a plus de 10 ans déjà, CANRISK demeure un outil très pertinent et efficace pour l’évaluation du risque de diabète au Canada. Il continue à évoluer grâce à des efforts permanents de validation et à des mises à jour ciblées, ce qui renforce sa viabilité. Les initiatives récentes, comme son adaptation pour les jeunes adultes de 18 à 39 ans et sa validation adaptée sur le plan culturel pour les populations africaines, caribéennes et noires, reflètent un investissement soutenu et un engagement ferme envers l’équité en santéNote de bas de page 4. Si on le compare à des outils similaires comme AUSDRISK et FINRISK, CANRISK offre un rendement comparable pour ce qui est d’identifier les personnes à risque élevé de diabète de type 2, ce qui en fait une solution rentable et évolutiveNote de bas de page 3.

Une évaluation antérieure de CANRISK selon diverses perspectives régionales en matière de santé publique a confirmé la pertinence de son utilisation comme outil de dépistage du risque de diabète et de promotion de la santé, mais les points de vue des pharmaciens n’ont pas été pris en compte à ce moment-làNote de bas de page 5Note de bas de page 6Note de bas de page 7. Or les pharmaciens jouent un rôle important à la fois dans la prévention et dans la gestion du diabète et plusieurs ont dirigé des programmes communautaires de dépistage du diabèteNote de bas de page 8Note de bas de page 9Note de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 12Note de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17. Ils sont très accessibles en région rurale comme en région urbaine, ce qui les place dans une position idéale pour promouvoir la sensibilisation à la santé publique et la prévention du diabèteNote de bas de page 17. CANRISK est un outil pratique qui peut être mis en œuvre dans les contextes de soins primaires en pharmacie pour permettre la détection précoce des personnes à risque de diabète de type 2. Le questionnaire est composé d’éléments simples, comme l’âge, le tour de taille, les antécédents familiaux et le niveau d’activité physique. Il est également facile à administrer et son système de notation permet d’identifier rapidement les personnes à risque faible, à risque modéré et à risque élevé. De plus, CANRISK peut être utilisé pour appuyer à la fois l’aiguillage et le counseling, les patients à risque élevé pouvant être aiguillés vers des fournisseurs de soins primaires pour des tests de confirmation et ceux à risque modéré pouvant recevoir des conseils des pharmaciens sur des interventions liées au mode de vie (alimentation, activité physique et gestion du poids). Des outils similaires, comme AUSDRISK, mettent en évidence l’importance de l’évaluation des risques. Par exemple, le Pharmacy Diabetes Screening Trial (PDST) en Australie a examiné plus de 14 000 participants et déterminé que 45 % d’entre eux avaient besoin d’un aiguillageNote de bas de page 18. Après l’aiguillage, 136 participants ont reçu un diagnostic de diabète et 338, de prédiabèteNote de bas de page 18. Par conséquent, son intégration dans les flux de travail des pharmacies peut faciliter la détection précoce des personnes à risque et permettre aux pharmaciens de jouer un rôle clé dans les soins préventifs. L’Association des pharmaciens du Canada (APhC) a également élaboré un guide de l’utilisateur de CANRISK à l’intention des pharmaciens, qui fournit des informations supplémentaires afin de faciliter l’adoption de CANRISKNote de bas de page 19Note de bas de page 20. Cependant, on en sait peu sur l’expérience des pharmaciens concernant la mise en œuvre de CANRISK.

L’objectif de cette étude était d’évaluer l’expérience des pharmaciens à propos de l’outil CANRISK et du guide de l’utilisateur à l’intention des pharmaciens élaboré par l’APhC, d’identifier les éléments facilitateurs et les obstacles à leur utilisation et de proposer des solutions pour améliorer l’adoption et l’utilisation de l’outil.

Méthodologie

Conception de l’étude

Cette étude repose sur une approche mixte utilisant une enquête en ligne et des entrevues avec des pharmaciens. Le seul critère d’inclusion était d’être pharmacien(ne) canadien(ne) agréé(e), quel que soit le lieu d’exercice.

Collecte de données

Enquête

L’enquête a été conçue par une pharmacienne, également éducatrice agréée en diabète au sein de l’équipe de recherche, et elle a été testée au préalable par l’ensemble de l’équipe de recherche. Les questions ont également été revues par l’équipe de recherche sur l’opinion publique de Santé Canada. Disponible en français et en anglais, l’enquête contenait 10 questions avec une combinaison de questions binaires, d’échelles de Likert et de questions ouvertes pour comprendre l’expérience et la satisfaction des pharmaciens par rapport à l’outil. L’enquête a été hébergée sur Qualtrics (Seattle, Washington, États-Unis) d’octobre 2022 à février 2023, et le recrutement a consisté à communiquer avec diverses organisations pour aider à distribuer l’enquête : L’APhC (par l’entremise de son bulletin mensuel en octobre et novembre 2022), Diabète Canada (par l’entremise de son équipe de communication), les associations provinciales de pharmaciens (seule la Pharmacists’ Association of Newfoundland and Labrador a répondu et a publié le lien de l’enquête dans son bulletin bihebdomadaire en novembre 2022), les intervenants concernés via le système de gestion de l’information sur les consultations et les intervenants de Santé Canada et de l’ASPC, ainsi que des contacts antérieurs avec des pharmaciens. On a également utilisé la méthode d’échantillonnage en boule de neige pour accroître le recrutement, les contacts antérieurs ayant aidé à davantage diffuser l’enquête par l’entremise de leurs réseaux professionnels. L’échantillonnage en boule de neige a été utilisé parce que notre population cible était les pharmaciens de tout le Canada dans divers milieux de pratique, et parce qu’il n’existe pas de cadre d’échantillonnage exhaustif des pharmaciens réalisant effectivement une évaluation du risque de diabète. Cette méthode s’appuie sur les réseaux professionnels en place pour augmenter les taux de réponse parmi les cliniciens en activité et elle a été utilisée dans des études antérieures portant sur les pharmaciens et l’éducation au diabète ainsi que dans la recherche sur le risque de diabète de manière plus générale pour recruter des fournisseurs de soins de santéNote de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23Note de bas de page 24. Nous estimons qu’environ 20 800 pharmaciens ont reçu le lien vers l’enquête. La participation à l’enquête était facultative. Les participants ont fourni leur consentement et ont reçu l’assurance que toutes les informations recueillies demeureraient confidentielles.

Entrevues

À la fin de l’enquête, on a demandé aux participants s’ils aimeraient partager leur expérience sur l’outil CANRISK ou sur son guide de l’utilisateur en participant à un entretien. Dans l’affirmative, on leur a demandé de fournir leur adresse courriel. Ils ont ensuite été contactés par un membre de l’équipe de recherche pour un entretien semi-structuré. Nous avons réalisé, de décembre 2022 à février 2023, des entrevues individuelles enregistrées de 20 à 30 minutes réalisées à l’aide de Microsoft Teams (Redmond, Washington, États-Unis). Les questions des entrevues ont été élaborées et revues par l’équipe de recherche. Elles ont également été revues par l’équipe de recherche sur l’opinion publique de Santé Canada. L’entretien comportait entre quatre et neuf questions, selon l’expérience des pharmaciens et de leur connaissance de l’outil CANRISK ou du guide de l’utilisateur. S’ils ne connaissaient pas l’outil CANRISK ou le guide de l’utilisateur, les pharmaciens étaient invités à les analyser et à donner leur avis. Les questions posées lors des entrevues figurent dans le matériel complémentaire (disponible sur demande auprès des auteurs). Les entrevues ont été enregistrées avec l’autorisation des participants. Leur consentement verbal relatif à la protection de la vie privée et à la confidentialité a été fourni au début de l’entretien. Tous les participants ont accepté l’enregistrement audio et leur consentement a été enregistré au début de chaque entretien.

Analyse des données

Des statistiques descriptives, avec effectifs et pourcentages, ont été utilisées pour décrire et synthétiser les données de l’enquête. Les données qualitatives issues des entrevues ont été transcrites et analysées de manière thématiqueNote de bas de page 25. Une membre de l’équipe de recherche (JT) a tout d’abord élaboré un manuel de codage sur la base des deux premières entrevues. Un autre membre de l’équipe (SS) a ensuite codé ces deux entrevues à l’aide du manuel de codage. Ensuite, ces deux membres de l’équipe (JT et SS) se sont réunis pour vérifier la cohérence des définitions des codes et pour affiner et finaliser le manuel de codage. Ils ont ensuite codé indépendamment les cinq transcriptions restantes à l’aide du manuel de codage final. Une fois les entrevues codées, les différences de codage ont été revues et discutées jusqu’à ce qu’un consensus soit atteint. Des catégories, des motifs et des concepts communs ont été identifiés, ce qui a permis de dégager plusieurs thèmes. L’analyse des données (quantitatives et qualitatives) a été réalisée sur Microsoft Excel (Redmond, Washington, États-Unis).

Approbation éthique

En se fondant sur l’article 2.5 de l’Énoncé de politique des trois conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains, le Comité d’éthique de la recherche de Santé Canada et de l’ASPC a conclu qu’une approbation déontologique n’était pas nécessaireNote de bas de page 26. La Division de la gestion de la protection des renseignements personnels de l’ASPC a revu le projet pour s’assurer que les lignes directrices sur la confidentialité et la protection des renseignements personnels étaient respectées.

Résultats

Résultats de l’enquête

Au total, 44 répondants ont accepté de participer à l’enquête en ligne, qui a généré un faible taux de réponse (estimé à moins de 1 %) (tableau 1). Parmi eux, 89 % fournissaient quotidiennement des conseils hebdomadaires sur le prédiabète ou le diabète, mais plus de la moitié (55 %) des pharmaciens ne connaissaient pas l’outil CANRISK (tableau 2). Parmi ceux qui étaient au courant de son existence, 60 % ont indiqué qu’ils utilisaient rarement ou jamais CANRISK. L’un des pharmaciens avait utilisé un autre outil. De plus, 60 % des pharmaciens qui ont répondu à l’enquête n’étaient pas au courant du guide de l’utilisateur à l’intention des pharmaciens élaboré par l’APhC. Ceux qui en avaient connaissance ne l’utilisaient que rarement ou jamais.

Tableau 1. Caractéristiques de base des pharmaciens (n = 44) participant à l’enquête
Caractéristiques n %
Années d’expérience
0 à 5 ans 4 9
6 à 10 ans 15 34
11 ans ou plus 25 57
Région d’exerciceFootnote a
Colombie-Britannique 5 11
Prairies (Alb., Sask., Man.) 1 2
Ontario 21 47
Québec 15 33
Atlantique (N.-É., N.-B., T.-N.-L. et Î.-P.-É.) 3 7
Lieu de pratique principaleFootnote b
Centre de population de taille moyenne ou grande 39 89
Centre de population de petite taille ou rural 5 11
Tableau 2. Questions et résultats de l’enquête
Questions n %
Combien de patients voyez-vous par semaine? Incluez tous les patients, qu’ils viennent vous voir pour des visites liées au diabète ou non.
Moins de 20 2 5
20 à 50 6 14
51 à 80 2 5
81 à 110 11 25
111 à 140 5 11
Plus de 140 18 41
En moyenne, à quelle fréquence donnez-vous des conseils sur le prédiabète ou le diabète à vos patients?
Tous les jours 28 64
Toutes les semaines 11 25
Tous les mois 0 0
Quelques fois par an 3 7
Moins de quelques fois par an 2 5
Jamais 0 0
Connaissez-vous l’outil CANRISK?
Oui 20 45
Non 24 55
i) [Si vous avez répondu « Oui »] Comment avez-vous entendu parler de CANRISK?
À l’école de pharmacie 8 40
Lors d’une conférence 3 15
Au travail 7 35
Par un collègue 0 0
Autres (courriel, documentation, lignes directrices) 2 10
ii) [Si vous avez répondu « Oui »] À quelle fréquence utilisez-vous le questionnaire CANRISK pour l’évaluation du risque de prédiabète ou de diabète?
Tous les jours 0 0
Toutes les semaines 0 0
Tous les mois 2 10
Quelques fois par an 6 30
Moins de quelques fois par an 6 30
Jamais 6 30
Utilisez-vous d’autres outils pour évaluer le risque de prédiabète et de diabète?
Oui (un participant a mentionné le PCPD) 1 2
Non 43 98
Connaissez-vous le guide de l’utilisateur de CANRISK publié par l’APhC?
Oui 8 40
Non 12 60
i) [Si vous avez répondu « Oui »] À quelle fréquence consultez-vous le guide de l’utilisateur lorsque vous utilisez l’outil CANRISK pour l’évaluation des risques?
Tous les jours 0 0
Toutes les semaines 0 0
Tous les mois 1 13
Quelques fois par an 2 25
Moins de quelques fois par an 2 25
Jamais 3 38
ii) [Si vous avez répondu « Oui »] Comment évaluez-vous le degré de facilité d’utilisation du guide de l’utilisateur?
Difficile 0 0
Dur 0 0
Moyen 3 38
Facile 5 63
Très facile 0 0
Pensez-vous qu’un guide similaire pour le grand public ou pour les travailleurs communautaires qui aident d’autres personnes à utiliser l’outil CANRISK en milieu communautaire serait utile?
Oui 18 90
Non 2 10

Résultats des entrevues

Sept pharmaciens ont été interviewés : cinq de l’Ontario, un de la région de l’Atlantique et un du Québec. Les concepts classés par thèmes sont présentés dans le tableau 3. On a considéré que la saturation des données était atteinte dans la mesure où les trois derniers participants n’ont pas abordé d’autres thèmes. Cinq thèmes ont émergé et sont décrits ci-dessous.

Tableau 3. Occurrence des concepts dans les entrevues (n = 7)
Concepts Occurrence
(nombre de pharmaciens)
Thème 1 : rôle et intérêt du pharmacien
Le pharmacien a un rôle à jouer pour identifier les patients à risque 6/7
Le pharmacien qui s’intéresse personnellement au diabète ou le pharmacien qui est aussi ÉAD est plus susceptible d’utiliser CANRISK 4/7
Bonne relation patient-fournisseur 5/7
Les pharmaciens sont le premier point de contact avec le système de santé 5/7
Thème 2 : perception positive de CANRISK
L’outil est utile 5/7
Utilisé/utilisable lors de journées de soins cliniques sur le diabète ou de campagnes de sensibilisation 5/7
Thème 3 : utilisation limitée du guide de l’utilisateur
Connaissance de l’existence du guide de l’utilisateur 4/7
A utilisé le guide de l’utilisateur dans sa pratique 1/4
Commentaires positifs après la lecture du guide de l’utilisateur pour ceux qui n’en avaient pas connaissance auparavant 3/3
Thème 4 : obstacles à la mise en œuvre
Contraintes de temps 7/7
Priorités concurrentes 7/7
Pressions financières 6/7
Manque de personnel 5/7
Compréhension limitée de l’utilité de CANRISK 4/7
Thème 5 : recommandations
Accroître la sensibilisation et l’utilisation
Formation pour augmenter l’utilisation de CANRISK 5/7
Poser des affiches dans les pharmacies pour accroître la sensibilisation 3/7
Développer des webinaires sur CANRISK 2/7
Utiliser le guide de l’utilisateur pour créer du contenu pour webinaire 3/7
Améliorer l’outil CANRISK
Améliorer la lisibilité 4/7
Éviter tout langage potentiellement offensant 5/7
Expliquer la différence entre le sexe et le genre 4/7
Améliorer la procédure de mesure du tour de taille dans les espaces publics 5/7
Fournir des renseignements sur les prochaines étapes après que le patient a rempli le questionnaire 7/7
Améliorer le guide de l’utilisateur de CANRISK
Mettre à jour le contenu (périmé) 4/7
Développer un webinaire avec le contenu du guide de l’utilisateur 3/7

Thème 1 : rôle et intérêt du pharmacien

La plupart des personnes interrogées ont souligné que les pharmaciens pourraient, en raison de leur accessibilité et de leur expertise, jouer un rôle clé dans l’identification des personnes présentant un risque de diabète de type 2. Grâce à CANRISK, les pharmaciens peuvent dépister et éduquer les patients sur les facteurs de risque modifiables tels que l’alimentation, l’activité physique et la gestion du poids. Ils peuvent également orienter les personnes à risque élevé vers des fournisseurs de soins primaires pour un test de confirmation, et fournir un soutien et un suivi continus. Il est donc possible d’intégrer CANRISK dans les services offerts en pharmacie afin de faciliter le dépistage précoce et de sensibiliser le public.

Les personnes interrogées ont noté que, sur la base de leur expérience clinique ou de leurs observations, les pharmaciens qui s’intéressent au diabète ou qui sont éducateurs agréés en diabète (ÉAD) ont tendance à inclure CANRISK dans leurs discussions avec les patients et dans les journées de soins cliniques sur le diabète et les campagnes de sensibilisation. Entretemps, pour ce qui est de la participation, ils ont signalé que les patients sont plus susceptibles de remplir le questionnaire s’il existe une bonne relation patient-fournisseur ou si le patient n’a pas de médecin de famille, comme un pharmacien l’a mentionné : « Lorsque les patients sentent que quelque chose ne va pas, ils sont plus enclins à s’adresser à un pharmacien qu’ils connaissent personnellement pour demander de l’aide. » (Pharmacien 2)

Thème 2 : perception positive de CANRISK

Les pharmaciens qui utilisent CANRISK dans leur pratique ont trouvé l’outil utile pour identifier les patients à risque et ont tendance à intégrer CANRISK dans leurs journées de soins cliniques sur le diabète ou leurs campagnes de sensibilisation. La plupart des pharmaciens (5 sur 7) sont favorables à son utilisation, comme l’illustre l’un de leurs commentaires : « C’est un très bon outil de base, qui est très sous-utilisé. » (Pharmacien 3)

Thème 3 : utilisation limitée du guide de l’utilisateur

Certains pharmaciens connaissaient l’existence du Guide de l’utilisateur à l’intention des pharmaciens élaboré par l’APhC, mais un seul pharmacien interrogé l’avait consulté dans sa pratique. Lorsque le guide de l’utilisateur a été analysé par les pharmaciens qui n’en avaient pas eu connaissance préalablement, ils l’ont trouvé instructif et ont estimé qu’il constituait un bon complément au questionnaire. « Oh, je ne connais pas le guide de l’utilisateur. » (Après analyse :) « Oh, c’est bon! Il est bon! Il y a beaucoup de détails et tout [ce qu’il faut]. » (Pharmacien 2)

Thème 4 : obstacles à la mise en œuvre

Les défis relevés ont été les contraintes de temps, les priorités concurrentes, les pressions financières, les pénuries de personnel et une compréhension limitée de l’utilité de CANRISK. Plusieurs pharmaciens ont souligné que la sensibilisation à CANRISK était une solution pour augmenter son utilisation. « L’autre partie est simplement la sensibilisation. Les patients ne savent pas que cela existe. Beaucoup de professionnels de la santé ne le savent pas non plus. » (Pharmacien 1)

Thème 5 : recommandations

Les pharmaciens ayant utilisé CANRISK ont formulé des recommandations basées sur leur expérience, et ceux qui ne l’ont pas utilisé ont lu le questionnaire et le guide de l’utilisateur puis ont fait des suggestions pour les améliorer. Les recommandations concernant la manière d’accroître la sensibilisation et l’utilisation de CANRISK sont l’installation d’affiches dans les pharmacies pour encourager les patients à parler de CANRISK, l’organisation de webinaires sur CANRISK à l’intention des pharmaciens et la possibilité d’utiliser le guide de l’utilisateur pour créer du contenu pour des webinaires. Cela pourrait contribuer à sensibiliser les pharmaciens et les aider à se sentir plus à l’aise lors de l’administration du questionnaire.

Les recommandations visant à améliorer le questionnaire ont porté notamment sur l’amélioration de la lisibilité (taille de police plus grande, mots plus simples), le fait d’éviter un langage potentiellement offensant (éviter le mot « gros » pour faire référence au poids, utiliser un préambule pour fournir une justification concernant le sexe par rapport au genre), l’amélioration des procédures de mesure du tour de taille dans un espace public et la présentation d’options sur les étapes suivantes lorsqu’une personne a reçu un score de risque élevé. Par exemple, les prochaines étapes pourraient consister à demander au patient de consulter un fournisseur de soins de santé pour effectuer des analyses sanguines afin d’évaluer le risque et à fournir une brochure ou feuille d’information au patient après qu’il a rempli le questionnaire afin de placer le risque dans son contexte.

Parmi les recommandations concernant le guide de l’utilisateur, citons la mise à jour du contenu, car certaines informations et certains liens sont obsolètes, et l’utilisation du contenu du guide de l’utilisateur pour élaborer un webinaire ou du matériel de formation continue à l’intention des pharmaciens.

Analyse

Il s’agit de la première étude portant sur l’expérience des pharmaciens à l’égard de l’outil CANRISK et du guide de l’utilisateur. Les résultats de l’enquête ont révélé que la plupart des pharmaciens n’étaient pas au courant de CANRISK et que son utilisation dans les pharmacies était limitée. Les thèmes dégagés au cours des entrevues ont aidé à expliquer les obstacles à la mise en œuvre de CANRISK, mais ils ont aussi fait ressortir qu’il est possible d’améliorer l’adoption de CANRISK dans les milieux pharmaceutiques.

Nos résultats montrent que l’adoption de CANRISK par les pharmaciens est limitée, ce qui concorde avec une revue systématique portant sur l’adoption des outils d’évaluation du risque de diabète par les professionnels de la santéNote de bas de page 27. Néanmoins, les conclusions de Bird et ses collaborateurs, qui ont analysé l’utilisation de CANRISK du point de vue des organisations régionales de santé publique, ont révélé que cet outil était largement utilisé pour le dépistage des risques et la promotion de la santéNote de bas de page 5. Il demeure qu’ils ont échantillonné principalement des administrateurs d’organisations de santé, et non des professionnels de la santé de première ligne comme ceux visés par notre étudeNote de bas de page 5.

Les entrevues ont permis de cerner divers obstacles à la mise en œuvre de CANRISK, en particulier des contraintes de temps, des priorités concurrentes, des limites financières, des pénuries de personnel, un manque de sensibilisation et une compréhension limitée de son utilité. Ces obstacles sont du même ordre que ceux relevés par une revue systématique et la littérature existante, qui citent les attitudes à l’égard des outils d’évaluation du diabète, l’aspect peu pratique des outils et le manque de remboursement et de soutien réglementaireNote de bas de page 27Note de bas de page 28. L’absence de connaissance de l’existence de CANRISK pourrait découler d’une promotion minimale depuis le lancement de CANRISK il y a plus de 10 ans. Lors du lancement de CANRISK, l’APhC a élaboré le guide de l’utilisation de CANRISK à l’intention des pharmaciens, qui fournit des informations supplémentaires, des messages clés et des précisions que les pharmaciens peuvent communiquer aux patients. Comme c’est le cas pour de nombreux programmes, la participation atteint souvent un sommet au départ puis diminue, ce qui peut expliquer l’utilisation limitée actuelle. Nos résultats ont révélé que même si plus de la moitié des pharmaciens sondés n’étaient pas au courant de l’existence de CANRISK, ceux qui l’utilisaient l’intégraient à leurs efforts de sensibilisation au diabète. Cela donne à penser qu’il est possible de mobiliser plus efficacement les pharmaciens afin d’aider au dépistage précoce des personnes qui risquent de développer le diabète de type 2 et de les aiguiller rapidement vers des fournisseurs de soins primaires. Les pharmaciens jouent de plus en plus un rôle clé dans la prévention et la prise en charge des maladies chroniques, dont le diabète, comme on l’a vu dans la littérature à propos de plusieurs interventions dirigées par des pharmaciensNote de bas de page 27Note de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 31Note de bas de page 32Note de bas de page 33Note de bas de page 34. En particulier, les pharmaciens communautaires sont dans une position irremplaçable pour appuyer la mise en œuvre de CANRISK en raison de leur accessibilité, de leurs interactions régulières avec les patients et de leur expertise en prévention et gestion des maladies chroniques. Bien que les pénuries de personnel et les priorités concurrentes fassent partie des défis mentionnés, CANRISK pourrait être intégré aux activités déjà en place (comme le counseling des patients ou la vérification des médicaments) en tant qu’outil pertinent de dépistage du risque. À titre d’exemple – en attendant les tests de faisabilité – pendant que les patients attendent leur ordonnance ou leur vaccin contre la grippe, un assistant en pharmacie ou un technicien pourrait leur présenter le questionnaire CANRISK. Les patients pourraient le remplir sur papier ou sur une tablette, après quoi le pharmacien évaluerait les résultats, donnerait des conseils et, au besoin, aiguillerait les patients vers un médecin. Les résultats pourraient alors être intégrés dans le système de la pharmacie pour le suivi.

Les pharmaciens qui ont participé aux entrevues ont également formulé des recommandations sur l’outil CANRISK, recommandations qui concordent avec la revue systématique et l’étude de Bird et ses collaborateursNote de bas de page 5Note de bas de page 27 : l’amélioration de la lisibilité, le traitement du langage potentiellement offensant, l’amélioration des procédures pour mesurer le tour de taille dans un espace public et l’établissement d’étapes claires pour les personnes ayant des scores de risque élevéNote de bas de page 5Note de bas de page 27. La similitude des recommandations sur CANRISK formulées par les pharmaciens et par d’autres publics indique qu’il faudrait peut-être réviser l’outil CANRISK pour en améliorer la convivialité et la pertinence.

Points forts et limites

Cette étude fournit des informations précieuses sur l’utilisation de CANRISK et du guide de l’utilisateur élaboré à l’intention des pharmaciens. Étant donné que les pharmaciens sont très accessibles et qu’ils ont un champ d’exercice élargi (variable d’une administration à l’autre), il est important de mieux comprendre ce qui favoriserait l’utilisation de l’outil. Les limites de cette étude sont la petite taille des échantillons, le fait que certaines provinces ne sont pas représentées et que d’autres sont surreprésentées (l’Ontario et le Québec) et la méthode non aléatoire d’obtention des répondants (échantillonnage en boule de neige), qui limite sa capacité de généralisabilité. Bien que diverses organisations et que des pharmaciens contactés antérieurement aient contribué à la distribution de l’enquête, le taux de réponse est demeuré faible. Parmi les facteurs susceptibles d’avoir contribué à ce faible taux de réponse, on peut citer les contraintes de temps, le manque d’incitation à participer à l’enquête et la lassitude (s’ils sont invités à participer à de nombreuses enquêtes), ce qui est confirmé par la littératureNote de bas de page 35. Une faible participation peut également être le signe d’un manque d’intérêt, de sensibilisation ou de temps pour CANRISK. Les pharmaciens qui ont participé s’intéressaient peut-être déjà à la prévention du diabète, ce qui pourrait avoir une incidence sur nos constatations en raison d’un biais de sélection. Malgré ses limites, cette étude apporte des informations sur l’utilisation actuelle et l’évaluation future de CANRISK.

Conclusion

CANRISK demeure un outil pertinent et précieux pour le dépistage précoce du risque de diabète de type 2, avec des mises à jour récentes qui élargissent son utilisation à des populations plus jeunes et plus diversifiées. Il s’agit non seulement d’un instrument de dépistage gratuit ou peu coûteux, mais aussi d’une aide efficace dans l’aiguillage et le counseling fournis dans les pharmacies, qui renforce l’intervention en temps opportun et l’éducation en matière de santé. Nos constatations laissent entendre qu’il faut plus de soutien pour éliminer les obstacles à la mise en œuvre de CANRISK dans les milieux pharmaceutiques et qu’une révision de l’outil est recommandée, particulièrement pour améliorer la lisibilité, éviter un langage potentiellement offensant et fournir de l’information sur les prochaines étapes après que les patients ont rempli le questionnaire. D’autres études sont nécessaires pour évaluer l’incidence de la mise en œuvre de CANRISK dans les milieux pharmaceutiques et les économies possibles pour le système de soins de santé découlant de l’intervention des pharmaciens, comme l’aiguillage vers des fournisseurs de soins primaires, les recommandations de pharmacothérapie et les interventions liées au mode de vie.

Remerciements

Les auteurs remercient l’Association des pharmaciens du Canada (APhC), Diabète Canada, la Pharmacists’ Association of Newfoundland and Labrador et leurs contacts antérieurs pour leur aide dans la distribution du sondage. Nous remercions également les pharmaciens qui ont participé au sondage et ceux qui ont accepté de participer aux entrevues et qui nous ont fait part de leur expérience et de leurs observations concernant l’outil CANRISK et le guide de l’utilisateur. Cette étude a été rendue possible grâce à la capacité de recherche interne de l’Agence de la santé publique du Canada.

Conflits d’intérêts

Margaret de Groh est ex-rédactrice en chef adjointe de la revue et Howard Morrison est rédacteur en chef par intérim et membre du comité de rédaction de la revue. Ils se sont tous deux retirés du processus d’évaluation de cet article. Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Contributions des auteurs et avis

  • JT : conception, analyse formelle, rédaction – première version du manuscrit, rédaction – relectures et corrections.
  • YJ : conception, supervision, rédaction – relectures et corrections.
  • SS : analyse formelle, rédaction – relectures et corrections.
  • HM : rédaction – relectures et corrections.
  • MdG : conception, supervision, rédaction – relectures et corrections.

Le contenu de cet article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteurs; ces points de vue ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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2026-04-15

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