Recherche quantitative originale – Facteurs de risque et de protection liés à la consommation de cannabis en solitaire chez les élèves du secondaire canadiens : résultats de l’étude COMPASS

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Publié par : L'Agence de la santé publique du Canada
Date de publication : octobre 2026
ISSN: 2368-7398
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Alexandra Butler, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Amanda Doggett, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 2; Kelly Skinner, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Karen A. Patte, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 3; Christopher M. Perlman, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Scott T. Leatherdale, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1
https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.10.03f
Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Attribution suggérée
Article de recherche par Butler A et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0
Rattachement des auteurs
Correspondance
Alexandra Butler, University of Waterloo, 200 University Avenue West, Waterloo (Ontario) N2L 3G1; tél. : 519-888-4567; courriel : alle.butler@uwaterloo.ca
Citation proposée
Butler A, Doggett A, Skinner K, Patte KA, Perlman CM, Leatherdale ST. Facteurs de risque et de protection liés à la consommation de cannabis en solitaire chez les élèves du secondaire canadiens : résultats de l’étude COMPASS. 2026;46(10):405-418. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.10.03f
Résumé
Introduction. La consommation de cannabis en solitaire est de plus en plus répandue chez les jeunes au Canada et est associée à des problèmes tant psychologiques que comportementaux. Cette étude vise à combler les lacunes actuelles de la littérature en analysant les facteurs associés à la consommation de cannabis en solitaire, afin de comprendre la complexité des contextes particuliers dans lesquels cette consommation s’inscrit et d’améliorer les efforts de prévention ciblant les comportements associés à des répercussions plus importantes sur la santé et à des risques accrus.
Méthodologie. Cette étude porte sur la consommation de cannabis en solitaire au sein d’un échantillon transversal (n = 2 899) de jeunes Canadiens (11 à 18 ans) ayant déclaré avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours et ayant participé à l’étude COMPASS en 2020-2021. À l’aide d’une approche par étapes, nous avons créé des modèles linéaires généralisés à effets mixtes pour étudier les facteurs de risque et les facteurs de protection associés à la consommation en solitaire. Un cadre d’imputation bayésien a été utilisé pour traiter les données manquantes.
Résultats. Soixante-six pour cent des élèves ont déclaré avoir consommé du cannabis seuls au cours des 30 derniers jours. Toutes les variables relatives à la consommation de substances présentaient une forte association avec la consommation en solitaire. Une corrélation préliminaire a été observée entre l’attachement à l’école et l’épanouissement, ce qui suggère que ce sentiment d’appartenance pourrait offrir une protection modérée contre la consommation de cannabis en solitaire et varier en fonction des scores d’épanouissement.
Conclusion. La consommation de cannabis en solitaire est courante chez les jeunes Canadiens et est associée à plusieurs autres facteurs de risque. Ces résultats laissent penser que des stratégies de prévention globales, visant à favoriser à la fois un épanouissement personnel et un environnement scolaire équitable, pourraient contribuer à réduire la consommation de cannabis en solitaire et les risques qui y sont associés. Les recherches futures devraient étudier dans quelle mesure certains comportements sont associés à une consommation en solitaire et recourir à des études longitudinales afin de comprendre comment ces comportements évoluent au fil du temps.
Mots-clés : cannabis, consommation de substances, jeunes, santé mentale, services de santé scolaire
Points saillants
- La consommation de cannabis en solitaire est courante chez les jeunes Canadiens qui consomment du cannabis.
- Il est nécessaire de mener des recherches supplémentaires sur la consommation de cannabis en solitaire chez les jeunes.
- La majorité des jeunes qui déclarent consommer du cannabis indiquent en consommer fréquemment en solitaire.
- La consommation en solitaire est étroitement liée à la consommation d’autres substances et à des comportements à risque.
- L’effet protecteur du sentiment d’appartenance à l’école est susceptible de varier en fonction du niveau d’épanouissement.
Introduction
La consommation de cannabis chez les jeunes Canadiens est très répandue et s’est de plus en plus banalisée depuis la légalisation fédérale du cannabis (Loi sur le cannabis) en 2018Note de bas de page 1. Or les adolescents sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes liés au cannabis, et des comportements comme la consommation fréquente, l’initiation précoce, l’usage de drogues multiples et le contexte de consommation ont été associés à des risques accrus de consommation problématique de substances, de dépendance et de conséquences psychosociales négativesNote de bas de page 2Note de bas de page 3. L’un des comportements à risque de plus en plus répandu chez les jeunes nord-américains est la consommation de cannabis en solitaire (c’est-à-dire la consommation de cannabis seul plutôt que dans un contexte social)Note de bas de page 4Note de bas de page 5. Au Canada, on estime que plus d’un tiers des jeunes ayant consommé du cannabis au cours de l’année écoulée l’ont fait seulsNote de bas de page 6. La consommation de cannabis en solitaire (CCS) peut présenter des risques particuliers en raison d’une diminution des précautions sociales, ou constituer un indicateur important pour évaluer les risques associés. D’après le modèle des motivations de Cooper concernant la consommation de substances, la consommation non sociale est souvent motivée par des facteurs internes et vise à faire face à des difficultésNote de bas de page 7, ce qui correspond à des schémas de consommation problématique et à une régulation inadaptée. Au-delà des motivations d’adaptation, la consommation en solitaire de substances a également été associée à une santé mentale plus précaire, à d’autres indicateurs de consommation à risque et à la persistance de problèmes liés à la consommation de substances à l’âge adulteNote de bas de page 8Note de bas de page 9Note de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 12Note de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 16. Des études récentes portant sur le risque de trouble lié à la consommation de cannabis chez les jeunes adultes au Canada ont révélé que les participants présentant un risque élevé d’en être affectés affichaient des taux de prévalence de la CCS particulièrement élevés par rapport aux participants à faible risqueNote de bas de page 17. Bien que plusieurs risques et conséquences à long terme sur la santé aient été identifiés, la recherche sur la CCS chez les jeunes reste extrêmement limitée.
Les facteurs sociaux jouent un rôle central dans la consommation de cannabis chez les adolescents et sur leur fonctionnement, et ce, à différents niveaux d’influence. Un examen systématique des influences à plusieurs niveaux du cannabis démontre que la désapprobation des pairs et la surveillance parentale se sont révélées être de puissants facteurs de protection, tandis que la normalisation par les pairs et l’acceptation parentale étaient associées à un risque accru de consommation de cannabis. Par ailleurs, l’attachement à l’école a joué un rôle de facteur de protectionNote de bas de page 18. Cependant, les restrictions liées à la COVID-19 en 2020-2021, notamment les fermetures d’écoles, ont modifié la manière dont les jeunes interagissaient avec leur environnement familial et scolaire. Il convient en particulier de noter que les soutiens sociaux et environnementaux sur lesquels les jeunes s’appuient généralement, notamment leurs amis, leurs enseignants et les programmes scolaires, ont été perturbés, ce qui a entraîné une augmentation des symptômes d’intériorisation et de la consommation de substances signalée par les jeunesNote de bas de page 19. Le cannabis étant généralement consommé dans un contexte social ou à l’écoleNote de bas de page 1, sa consommation en solitaire s’écarte des schémas plus courants ou expérimentaux observés à l’adolescence, ce qui constitue un schéma comportemental fondamentalement différent. Très peu de données sont disponibles sur la mesure dans laquelle ces influences sociales façonnent de la même manière la consommation à des fins non sociales. Il est donc essentiel de mieux cerner le phénomène de la CCS afin d’orienter les futures initiatives de recherche et de surveillance, ainsi que les mesures ciblées visant à atténuer les risques associés, en particulier pour les populations vulnérables telles que les jeunes.
Depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur le cannabis, les jeunes Canadiens ont fait état d’une normalisation accrue de la consommation de cannabis, d’un accès plus facile à cette substance et d’une perception moindre des risquesNote de bas de page 1Note de bas de page 20. De plus, les restrictions liées à la COVID-19 ont entraîné des changements contextuels et sociaux supplémentaires qui ont pu influencer les comportements des jeunes en matière de consommation de substances. Alors que les études indiquent que la prévalence de la consommation de cannabis est restée stable pendant la pandémie de COVID-19Note de bas de page 21, les jeunes ont déclaré plus fréquemment consommer du cannabis pour surmonter une situation et gérer leur santé mentaleNote de bas de page 22Note de bas de page 23, ce qui suggère que le confinement a pu avoir une incidence sur la manière dont les jeunes consomment du cannabis et sur les raisons qui les poussent à le faire. L’étude COMPASSNote de bas de page 24 est une étude de cohorte prospective (2012-2027) qui recueille des données longitudinales sur les comportements liés à la santé chez les élèves du secondaire canadiens. Elle a été conçue pour évaluer les changements en cours, dans la pratique, au niveau des programmes, des politiques et des ressources destinés aux établissements scolaires, aux collectivités et aux provinces. À partir des données transversales issues de l’étude COMPASS, nous avons analysé la CCS ainsi que sur les facteurs de risque et de protection associés au sein d’un large échantillon d’élèves du secondaire canadiens pendant la période de fermeture des établissements scolaires liée à la COVID-19. Plus précisément, les objectifs étaient les suivants : 1) estimer la prévalence de la CCS chez les jeunes participants ayant déclaré avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours et 2) étudier les facteurs démographiques, psychologiques, comportementaux et liés au soutien social associés à la CCS.
Méthodologie
Conception de l’étude
L’étude COMPASS recueille chaque année des données auprès d’une cohorte renouvelée d’élèves fréquentant un échantillon de commodité d’établissements d’enseignement secondaire situés en Alberta, en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec. Une autorisation éthique a été obtenue auprès du Comité d’éthique en matière d’étude sur des sujets humains de l’Université de Waterloo (ORE no 30118), du Comité d’éthique de la recherche de l’Université Brock (REB no 23-087), du CIUSSS de la Capitale-Nationale – Université Laval (no MP-13-2017-1264), du Bureau d’éthique de la recherche de l’Université de l’Alberta (projet no 00040729), de l’Université de la Colombie-Britannique (H17-00167), ainsi que des conseils scolaires participants. Cette étude s’est appuyée sur des données transversales relatives aux élèves issues de la vague 2020-2021 de l’étude COMPASS (échantillon de référence 2020-2021 : n = 45 329)Note de bas de page 24. Les questionnaires destinés aux élèves ont été diffusés en ligne : un lien vers l’enquête initiale et un rappel ont été envoyés par courriel par les responsables de l’établissement. Tous les élèves ont été invités à participer selon les protocoles d’accord parental par consentement par défaut avec clause de retraitNote de bas de page 25 et pouvaient refuser ou se retirer à tout moment (taux de réponse des élèves : 58 %).
Échantillon de l’étude
Ont été inclus les élèves du secondaire (11 à 18 ans) ayant déclaré avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois pendant l’année scolaire 2020-2021. Ce sous-échantillonnage est nécessaire, car l’évaluation de la CCS s’est fondée sur la consommation de cannabis au cours des 30 derniers jours (N = 3 153). Les élèves pour lesquels certaines données n’étaient pas disponibles ont été exclus de l’analyse, notamment ceux qui n’étaient pas sûrs de leur consommation de cannabis en solitaire (N = 159), ceux qui ont refusé d’indiquer leur genre (N = 64) et les élèves québécois inscrits dans des filières d’études non traditionnelles (N = 48). L’échantillon final utilisé pour l’analyse comptait 2 899 élèves.
Mesures de l’étude
Variable dépendante
Pour évaluer la CCS, la question suivante a été posée aux élèves : « Au cours des 30 derniers jours, combien de fois avez-vous consommé du cannabis lorsque vous étiez seul? », avec les réponses possibles suivantes : « jamais », « une fois », « deux fois », « trois fois ou plus » et « je ne sais pas ». Compte tenu de la faible proportion d’élèves ayant déclaré avoir consommé en solitaire « une fois » ou « deux fois », une mesure binaire de la CCS a été utilisée, fondée sur les réponses des élèves indiquant avoir consommé seuls au moins une fois au cours des 30 derniers jours (oui = 1) ou « jamais » (non = 0). Les élèves ayant répondu « je ne sais pas » (n = 159) ont été exclus de l’échantillon analytique.
Variables indépendantes
Nous avons analysé le lien entre plusieurs variables indépendantes et la CCS. Ces variables ont été sélectionnées à partir de la littérature sur la consommation de cannabis chez les jeunesNote de bas de page 6Note de bas de page 18Note de bas de page 26Note de bas de page 27Note de bas de page 28Note de bas de page 29 et organisées de manière hiérarchique selon des modèles comportementaux à plusieurs niveauxNote de bas de page 30.
Caractéristiques sociodémographiques
Les caractéristiques sociodémographiques prises en compte dans les analyses sont les suivantes : le genre (« féminin », « masculin », « je me définis autrement » ou « je préfère ne pas répondre »), le niveau scolaire (9e, 10e, 11e, 12e, ainsi que « secondaire I à V » et « autre » [pour les écoles du Québec uniquement; les niveaux secondaire I et II correspondent aux classes de 7e et 8e en Ontario, « autre » désigne les élèves qui font partie d’une classe sans équivalent officiel en termes de niveau]), l’origine ethnique (Blanc, Noir, Asiatique, Premières Nations [inscrits et non inscrits], Métis, Inuits, Latino-Américains ou Hispaniques, ou « autre »), ainsi que la situation financière perçue de leur famille par rapport à celle de leurs camarades (« plus aisée », « aussi aisée » et « moins aisée ») comme indicateur du statut socioéconomique (SSE).
Dans les modèles analytiques, la province a été exclue en raison de sa forte corrélation avec le niveau scolaire (par exemple, les niveaux secondaire I et II sont propres au Québec) et les élèves ayant défini leur genre « autrement » ont été exclus en raison du faible nombre d’observations dans certaines cellules. La catégorie « origine ethnique » a été recodée en deux catégories : « racisé » (par exemple, Noir, Asiatique, Autochtone, Latino-Américains, autres) et « non racisé » (Blanc).
Caractéristiques psychologiques
Les symptômes dépressifs ont été évalués à l’aide de l’échelle de dépression du Centre for Epidemiologic Studies (révisée) – 10 (CESD-R-10Note de bas de page 31). Les élèves ont répondu à des questions portant sur des symptômes dépressifs tels que des sentiments de tristesse, une perte d’intérêt et des troubles du sommeil au cours de la semaine écouléeNote de bas de page 31Note de bas de page 32Note de bas de page 33. Les symptômes d’anxiété ont été évalués à l’aide de l’échelle à 7 items du trouble d’anxiété généralisée (GAD-7)Note de bas de page 34. Les élèves ont répondu à des questions portant sur la présence, au cours des deux dernières semaines, de symptômes d’anxiété tels que des sentiments d’inquiétude, de peur et d’irritabilité. Les scores du CESD-R-10 et du GAD-7 variaient respectivement entre 0 à 30 et 0 à 21, les scores totaux les plus élevés indiquant une fréquence plus élevée des symptômes. À l’instar d’autres études, nous avons retenu pour notre étude des scores supérieurs ou égaux à10, tant pour l’échelle de dépressionNote de bas de page 33 que pour celle d’anxiétéNote de bas de page 34, afin d’indiquer la présence de symptômes cliniquement significatifs. Des versions abrégées des échelles de dépressionNote de bas de page 33 et d’anxiétéNote de bas de page 34 ont été validées par rapport aux échelles originales en vue de leur utilisation auprès des adolescents. La cohérence interne des échelles CESD-R-10 (α = 0,99) et GAD-7 (α = 0,98) s’est avérée élevée.
Le bien-être psychosocial des élèves a été évalué à l’aide de l’échelle de bien-être de DienerNote de bas de page 35Note de bas de page 36. Les élèves ont été invités à rendre compte de leurs réussites perçues dans divers domaines du bien-être psychosocial. L’échelle de réponse révisée et validéeNote de bas de page 37 à cinq niveaux, allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord », a été utilisée pour évaluer les atouts psychosociaux perçus et les ressources de soutien, les scores totaux les plus élevés (fourchette : 8 à 40), indiquant un niveau d’épanouissement plus élevéNote de bas de page 36. La cohérence interne de l’échelle d’épanouissement était élevée (α = 0,98).
Les troubles émotionnels ont été évalués à l’aide d’une version abrégée de l’échelle des difficultés de régulation émotionnelle (DERS)Note de bas de page 38. Les élèves ont été invités à évaluer leur perception de la régulation émotionnelle sur six items, dont un item issu de chaque sous-échelle : l’incapacité à accepter les émotions difficiles, les difficultés à adopter des comportements orientés vers un objectif, les difficultés à contrôler ses impulsions, la conscience émotionnelle, l’accès à des stratégies de régulation émotionnelle et la clarté émotionnelle. Une échelle de Likert à cinq éléments, allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord », a été utilisée pour évaluer le dérèglement émotionnel perçu, les scores totaux les plus élevés (fourchette : 6 à 30) indiquant un dysfonctionnement émotionnel plus marquéNote de bas de page 37. La cohérence interne de la DERS était élevée (α = 0,99).
Caractéristiques de la consommation de substances
Afin d’évaluer la fréquence de consommation de cannabis, la question suivante a été posée aux élèves : « Au cours des 12 derniers mois, à quelle fréquence avez-vous consommé du cannabis? (un joint, de la marijuana, de l’herbe, du haschisch) » Les options de réponse utilisées pour cette étude étaient les suivantes : « une fois par mois », « deux ou trois fois par semaine », « quatre à six fois par semaine » et « tous les jours ». La fréquence de consommation chez les élèves déclarant consommer du cannabis a été évaluée selon les catégories « une fois par mois », « une fois par semaine » et « tous les jours ».
Afin d’évaluer l’augmentation de la consommation de cannabis pendant la pandémie de COVID-19, la question suivante a été posée aux élèves : « En quoi votre vie a-t-elle changé à cause de la COVID-19? Ma consommation de cannabis… » les réponses possibles étaient les suivantes : « a augmenté », « est restée la même/sans objet » et « a diminué ». L’augmentation de la consommation de cannabis due à la COVID-19 a été évaluée à l’aide d’une mesure binaire [augmentation = 1, pas d’augmentation = 0].
Afin d’évaluer les modes de consommation du cannabis, la question suivante a été posée aux élèves : « Si vous avez consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, comment l’avez-vous consommé? » Les réponses possibles étaient les suivantes : « Je l’ai consommé en le fumant », « Je l’ai consommé en le vapotant » et « Je l’ai consommé en le mangeant ou en le buvant ». Nous avons demandé aux élèves de sélectionner toutes les réponses qui s’appliquaient. Ces trois modes de consommation ont été analysés comme des variables binaires distinctes (c’est-à-dire le mode de consommation : fumer, vapoter, ingérer [oui = 1, non = 0]).
Pour évaluer l’hyperalcoolisation rapide, les élèves ont été invités à répondre à la question suivante : « Au cours des 12 derniers mois, à quelle fréquence avez-vous consommé au moins 5 verres d’alcool en une seule occasion? » Les réponses possibles allaient de « jamais » à « tous les jours ou presque tous les jours ». Les réponses des élèves ont été évaluées à l’aide d’une mesure binaire fondée sur la consommation excessive d’alcool au cours des 30 derniers jours [oui = 1, non = 0].
Afin d’évaluer la consommation d’alcool en solitaire, la question suivante a été posée aux élèves : « Au cours des 30 derniers jours, combien de fois avez-vous bu de l’alcool lorsque vous étiez seul? », avec les réponses possibles suivantes : « jamais », « une fois », « deux fois », « trois fois ou plus » et « je ne sais pas ». Les réponses des élèves ont été codées sous forme de variable binaire en fonction de la consommation d’alcool en solitaire au cours des 30 derniers jours [oui = 1, non = 0], la réponse « je ne sais pas » ayant été classée dans la catégorie des données manquantes.
La conduite sous influence (de l’alcool ou du cannabis) a été évaluée à l’aide de deux questions portant sur le fait d’avoir pris place dans un véhicule au cours des 30 derniers jours avec un conducteur (soi-même ou une autre personne) ayant consommé de l’alcool ou du cannabis. Les réponses (« jamais » à « trois fois ou plus » ou « je ne sais pas ») ont été codées comme suit : 1 = oui pour l’une ou l’autre de ces substances, 0 = non pour les deux, et 2 = réponses mitigées ou incertaines (y compris « je ne sais pas »).
Caractéristiques sociales
Une version en six items de l’échelle d’attachement à l’école issue de l’Étude longitudinale nationale sur la santé des adolescents a été utilisée pour évaluer l’attachement à l’école perçu par les élèvesNote de bas de page 39Note de bas de page 40. Les élèves ont été invités à décrire leur sentiment d’appartenance à l’école (par exemple, se sentir proche des personnes présentes à l’école, avoir le sentiment d’en faire partie, se sentir heureux et en sécurité à l’école). Une échelle de Likert à quatre éléments, allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord », a été utilisée pour évaluer l’attachement à l’école perçu, les scores totaux les plus élevés (fourchette : 6 à 24) indiquant un attachement à l’école plus fortNote de bas de page 39. La cohérence interne de l’échelle d’attachement à l’école était élevée (α = 0,99).
Deux items tirés de l’échelle multidimensionnelle du soutien social perçu et un item supplémentaire destiné à évaluer l’environnement familial ont été utilisés pour analyser la perception qu’avaient les participants de l’adéquation des relations de soutien et de leur environnement familialNote de bas de page 41. Les élèves ont été invités à indiquer dans quelle mesure ils étaient d’accord avec les affirmations suivantes : « Je peux parler de mes problèmes avec ma famille », « Je peux parler de mes problèmes avec mes amis » et « J’ai une vie familiale heureuse », sur une échelle de Likert à cinq éléments allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord ». Les réponses ont été codées de manière dichotomique (d’accord = 0, pas d’accord = 1). Les élèves ayant exprimé une position neutre ont été classés dans la catégorie « d’accord » afin de réduire les risques d’erreur de classification et de privilégier l’inclusion. En effet, les recherches sur les échelles de Likert suggèrent que les réponses neutres reflètent un manque de sentiment marqué dans un sens ou dans l’autre, plutôt que l’absence de l’attribut mesuréNote de bas de page 42.
Analyses statistiques
Des statistiques descriptives ont été utilisées pour estimer la proportion d’élèves ayant déclaré une CCS. Des tests à une variable (test du khi carré et analyse de la variance à un facteur) ont été utilisés pour étudier les différences en matière de CCS en fonction des caractéristiques sociodémographiques, psychologiques, comportementales et sociales des élèves. À l’aide d’une approche par étapes, quatre modèles linéaires généralisés à effets mixtes ont été créés avec des interceptions aléatoires au niveau de l’établissement scolaire. Le modèle 1 a porté sur le lien entre les caractéristiques sociodémographiques (genre, niveau scolaire, origine ethnique, situation socioéconomique) et la CCS. Les modèles suivants ont consisté à intégrer progressivement des caractéristiques psychologiques (modèle 2), comportementales (modèle 3) et sociales (modèle 4). Cette approche a permis de mettre en évidence l’évolution des associations entre les variables à mesure que de nouvelles variables étaient ajoutées, ainsi que les variations de leur intensité et de leur signification statistique. Des tests a posteriori portant sur les interactions entre les termes du produit ont été réalisés à partir des résultats du modèle 4 et une interaction importante a été observée, ce qui a permis d’aboutir à un modèle d’interaction final, le modèle 5. Le nettoyage et le formatage des données ont été effectués dans SAS StudioNote de bas de page 43. Des modèles linéaires généralisés à effets mixtes ont été calculés dans un cadre d’imputation bayésienNote de bas de page 44 dans R StudioNote de bas de page 45 à l’aide de la trousse JointAINote de bas de page 46, et les données manquantes ont été imputées sur les variables dépendantes et indépendantes. Les tailles de l’échantillon selon le tableau 1 et le tableau 2 ne concordent pas, puisque les résultats descriptifs sont fondés sur un échantillon de cas complets (n = 2822) alors qu’une imputation a été utilisée pour les modèles linéaires (n = 2899).
Résultats
Description de l’échantillon et CCS
Au sein de l’échantillon analytique composé de 108 établissements participants, 2 822 élèves ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois, et 1 853 d’entre eux (66 %) ont déclaré avoir eu une CCS. La moitié des élèves se sont identifiés comme étant de sexe féminin tandis que la majorité n’appartenait à aucune minorité ethnique (71 %) et ont déclaré avoir une situation financière aussi confortable que celle de l’étudiant moyen de leur classe (59 %). C’est en Ontario que résidait la plus grande partie des élèves (48 %). Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour la CCS (CCI : 4,8 %) suggère une faible variation de la CCS d’une école à l’autre.
Parmi les élèves ayant déclaré une CCS, 30 % ont indiqué l’avoir fait une ou deux fois au cours des 30 derniers jours (n = 552), tandis que 70 % ont déclaré l’avoir fait trois fois ou plus (n = 1 303). Les caractéristiques des élèves par CCS ont fait l’objet d’une analyse descriptive (tableau 1). La proportion d’élèves déclarant une CCS augmentait au fur et à mesure que le niveau scolaire progressait. Parmi les élèves ayant fait état d’une consommation en solitaire, 50 % étaient des filles, 40 % des garçons et 10 % ont décrit leur genre autrement. Trente-trois pour cent des personnes ayant consommé uniquement du cannabis appartenaient à une minorité ethnique, tandis que 68 % étaient non racisés. La CCS était la plus fréquente chez les élèves se percevant comme ayant un SSE moyen (58 %), par rapport à ceux se percevant comme ayant un SSE élevé (24 %) ou faible (18 %).
| Caractéristiques | Consommation de cannabis | |||
|---|---|---|---|---|
| Aucune consommation solitaire N = 969 % (n) |
Consommation solitaire N = 1 853 % (n) |
Échantillon total N = 2 968Note de bas de page b % (n) |
Test du khi carré ou analyse de la variance à un facteur | |
| Province | ||||
| Ontario [réf.] | 37,5 (363) | 53,2 (986) | 47,9 (1 421) | 86,1 (< 0,0001) |
| Québec | 52,1 (505) | 34,3 (635) | 40,3 (1 197) | 86,1 (< 0,0001) |
| Alberta | 7,2 (70) | 9,1 (169) | 8,5 (251) | 86,1 (< 0,0001) |
| Colombie-Britannique | 3,2 (31) | 3,4 (63) | 3,3 (99) | 86,1 (< 0,0001) |
| Genre | ||||
| Féminin [réf.] | 52,9 (512) | 50,1 (927) | 50,2 (1 487) | 56,7 (< 0,0001) |
| Masculin | 44,1 (427) | 40,6 (751) | 42,6 (1 263) | 56,7 (< 0,0001) |
| Défini autrement | 3,0 (29) | 9,5 (173) | 7,3 (215) | 56,7 (< 0,0001) |
| Niveau | ||||
| Secondaire I et II | 9,9 (96) | 5,9 (110) | 7,46 (221) | 45,0 (< 0,0001) |
| 9e année [réf.] | 16,0 (155) | 17,0 (314) | 16,6 (493) | 45,0 (< 0,0001) |
| 10e année | 29,9 (289) | 23,4 (433) | 25,6 (760) | 45,0 (< 0,0001) |
| 11e année | 28,8 (279) | 30,7 (569) | 29,9 (887) | 45,0 (< 0,0001) |
| 12e année | 15,4 (149) | 23,0 (425) | 20,3 (603) | 45,0 (< 0,0001) |
| Ethnicité | ||||
| Non racisé [réf.] | 78,7 (760) | 67,5 (1 246) | 71,2 (2 103) | 39,4 (< 0,0001) |
| Racisé | 21,3 (206) | 32,5 (599) | 28,8 (852) | 39,4 (< 0,0001) |
| Statut socioéconomique (SSE) | ||||
| Plus aisé [réf.] | 30,0 (290) | 23,9 (442) | 25,8 (765) | 35,5 (< 0,0001) |
| Aussi aisé | 59,8 (578) | 58,0 (1 073) | 58,8 (1 741) | 35,5 (< 0,0001) |
| Moins aisé | 10,2 (99) | 18,1 (334) | 15,4 (456) | 35,5 (< 0,0001) |
| Caractéristiques psychologiques | ||||
| Dépression | ||||
| Faibles scores (< 10) | 39,8 (354) | 28,2 (476) | 32,5 (880) | 38,7 (< 0,0001) |
| Scores cliniquement significatifs (≥ 10) | 60,2 (535) | 71,8 (1 214) | 67,5 (1 827) | 38,7 (< 0,0001) |
| Anxiété | ||||
| Faibles scores (< 10) | 57,5 (529) | 46,5 (809) | 50,6 (1 415) | 31,1 (< 0,0001) |
| Scores cliniquement significatifs (≥ 10) | 42,50 (391) | 53,5 (930) | 49,4 (1 380) | 31,1 (< 0,0001) |
| Épanouissement (moyenne, [ETM]) | 30,1 (6,6) | 27,5 (7,1) | 28,4 (7,1) | 43,2 (< 0,0001) |
| Dérèglement émotionnel (moyenne, [ETM]) | 16,7 (5,6) | 18,0 (5,5) | 17,5 (5,6) | 18,6 (< 0,0001) |
| Caractéristiques de la consommation de substances | ||||
| Fréquence de consommation du cannabis | ||||
| Chaque mois [réf.] | 71,8 (696) | 26,8 (497) | 41,4 (1 230) | 575,1 (< 0,0001) |
| Chaque semaine | 21,1 (204) | 39,5 (731) | 33,3 (987) | 575,1 (< 0,0001) |
| Chaque jour | 7,1 (69) | 33,7 (625) | 25,3 (751) | 575,1 (< 0,0001) |
| Augmentation de la consommation de cannabis depuis la pandémie de COVID-19 | ||||
| Est restée la même ou a diminué [réf.] | 58,5 (535) | 27,5 (472) | 38,7 (1 069) | 245,6 (< 0,0001) |
| Augmentation | 41,5 (379) | 72,5 (1 245) | 61,4 (1 697) | 245,6 (< 0,0001) |
| Hyperalcoolisation rapide | ||||
| Non [réf.] | 18,9 (182) | 18,8 (348) | 19,4 (572) | 10,6 (0,0049) |
| Oui | 81,1 (782) | 81,2 (1 501) | 80,5 (2 381) | 10,6 (0,0049) |
| Consommation d’alcool solitaire | ||||
| Non [réf.] | 63,5 (568) | 38,7 (663) | 47,6 (1 282) | 149,2 (< 0,0001) |
| Oui | 36,5 (326) | 61,3 (1 050) | 52,4 (1 413) | 149,2 (< 0,0001) |
| Conduite sous l’emprise de l’alcool ou de substances | ||||
| Non [réf.] | 67,0 (646) | 44,6 (823) | 52,1 (1 539) | 269,4 (< 0,0001) |
| Oui | 29,7 (286) | 49,9 (921) | 42,4 (1 253) | 269,4 (< 0,0001) |
| Je ne sais pas | 3,3 (32) | 5,5 (101) | 5,5 (162) | 269,4 (< 0,0001) |
| Mode de consommation : vapotage | ||||
| Non [réf.] | 63,1 (599) | 51,3 (943) | 55,8 (1 633) | 39,4 (< 0,0001) |
| Oui | 36,9 (350) | 48,7 (894) | 44,2 (1 295) | 39,4 (< 0,0001) |
| Mode de consommation : ingestion | ||||
| Non [réf.] | 64,7 (614) | 50,0 (919) | 55,6 (1 627) | 61,4 (< 0,0001) |
| Oui | 35,3 (335) | 50,0 (918) | 44,4 (1 301) | 61,4 (< 0,0001) |
| Mode de consommation : fumée | ||||
| Non [réf.] | 12,4 (118) | 10,5 (192) | 11,4 (334) | 6,9 (0,032) |
| Oui | 87,6 (831) | 90,0 (1 645) | 88,6 (2 594) | 6,9 (0,032) |
| Caractéristiques sociales | ||||
| Attachement à l’école (moyenne [ETM]) | 17,4 (3,6) | 15,8 (3,9) | 16,3 (3,9) | 49,0 (< 0,0001) |
| Vie de famille heureuse | ||||
| D’accord/neutre [réf.] | 87,1 (883) | 80,0 (1 462) | 82,5 (2 415) | 22,1 (< 0,0001) |
| Pas d’accord | 12,9 (123) | 20,0 (365) | 17,5 (512) | 22,1 (< 0,0001) |
| Soutien familial | ||||
| D’accord/neutre [réf.] | 69,8 (670) | 62,0 (1 127) | 64,7 (1891) | 17,0 (0,0002) |
| Pas d’accord | 30,2 (290) | 38,0 (692) | 35,3 (1 031) | 17,0 (0,0002) |
| Soutien par les pairs | ||||
| D’accord/neutre [réf.] | 90,5 (868) | 84,0 (1 530) | 86,1 (2 516) | 22,9 (< 0,0001) |
| Pas d’accord | 9,4 (91) | 16,0 (291) | 13,9 (405) | 22,9 (< 0,0001) |
Les élèves ayant déclaré une CCS présentaient des caractéristiques psychologiques moins favorables que ceux qui n’en ont pas déclaré, et ce, pour l’ensemble des indicateurs. Par rapport aux élèves n’ayant pas déclaré de CCS, une plus grande proportion d’élèves ayant déclaré une CCS présentait des scores de dépression (71,8 % contre 60,2 %) et des scores d’anxiété (53,5 % contre 42,5 %) cliniquement significatifs, ainsi qu’un niveau moyen de bien-être inférieur (27,5 contre 30,1) et un niveau de dérèglement émotionnel plus élevé (18,0 contre 16,7). Ces différences non ajustées sont statistiquement significatives pour l’ensemble des caractéristiques psychologiques. En ce qui concerne les autres comportements liés à la consommation de substances, 40 % des élèves ayant déclaré une CCS consommaient également du cannabis chaque semaine, 34 % ont déclaré en consommer quotidiennement et 73 % ont indiqué avoir augmenté leur consommation de cannabis pendant la pandémie de COVID-19. Les élèves ayant déclaré une CCS ont également fait état de taux élevés de consommation d’alcool en solitaire (61 %), de conduite sous l’influence du cannabis ou de l’alcool (46 %), ainsi que de consommation de cannabis par fumée (90 %), par vapotage (49 %) et par ingestion (50 %).
Les élèves ayant déclaré une CCS avaient une perception moins favorable des différents soutiens sociaux disponibles, quel que soit l’indicateur considéré. Leur niveau moyen d’attachement à l’école était nettement plus faible (15,8 contre 17,4) et ils étaient également plus susceptibles de ne pas se reconnaître dans l’affirmation selon laquelle ils avaient une vie familiale heureuse (20,0 % contre 12,9 %), de déclarer manquer de soutien familial (38,0 % contre 30,2 %) et de soutien insuffisant de la part de leurs pairs (16,0 % contre 9,4 %), par rapport aux élèves n’ayant pas déclaré de CCS.
Résultats du modèle
Les résultats du modèle par étapes permettant de prédire la CCS des élèves sont présentés dans le tableau 2. Dans le modèle final (modèle 5), les élèves de secondaire I et II (RC : 0,50 [IC à 95 % : 0,33 à 0,77]) présentaient un risque plus faible de CCS (en raison de l’inclusion des élèves de secondaire I et II, l’échantillon du Québec est plus jeune que celui des autres provinces). Les élèves issus de la diversité de genre présentaient un risque plus élevé de CCS que les filles (RC : 2,08 [1,26 à 3,50]), et les élèves racisés présentaient un risque plus élevé de CCS (RC : 1,43 [1,13 à 1,81]) que les élèves non racisés. Les élèves ayant déclaré être dans une situation financière aussi confortable (RC : 1,27 [1,02 à 1,59]) ou moins confortable (RC : 1,55 [1,10 à 2,19]) présentaient un risque plus élevé de CCS que leurs pairs ayant une meilleure situation financière. Toutes les variables liées à la consommation de substances étaient fortement et positivement associées à la CCS, à l’exception de l’hyperalcoolisation rapide. Aucune des variables relatives à la santé mentale n’était associée de manière indépendante à la CCS dans le modèle final (modèle 5). Une interaction entre l’épanouissement et l’attachement à l’école a été retenue pour une analyse a posteriori, sur la base de considérations tant théoriques qu’empiriques. En théorie, l’épanouissement et l’attachement à l’école constituent des facteurs protecteurs complémentaires, ce qui laisse entrevoir une relation modératrice plausible, confirmée par la diminution de l’ampleur de l’effet de l’épanouissement après l’intégration de l’attachement à l’école dans le modèle 4. Une interaction faible mais significative a été observée entre l’épanouissement et l’attachement à l’école (RC : 1,00 [0,99 à 1,00]) (figure 1). La figure 1 illustre qu’un niveau plus élevé d’attachement à l’école est associé à un risque moindre de CCS, ce lien variant en fonction des quantiles de bien-être. Cette estimation négative (β[ÉPANOUISSEMENT*ATTACHEMENT À L’ÉCOLE] = −0,00431) implique que, à mesure que l’épanouissement augmente, la pente de l’attachement à l’école devient plus négative, ce qui entraîne une réduction plus importante de la probabilité de CCS. L’épanouissement et l’attachement à l’école présentaient une corrélation modérée et positive (r = 0,54, IC à 95 % [0,51 à 0,56], p < 0,001). Bien que les effets aient été importants, la corrélation entre les deux variables pourrait expliquer la faible ampleur de l’effet observé.
| Variables |
Modèle 1 RC (IC à 95 %) |
Modèle 2 RC (IC à 95 %) |
Modèle 3 RC (IC à 95 %) |
Modèle 4 RC (IC à 95 %) |
Modèle 5 RC (IC à 95 %) |
|---|---|---|---|---|---|
| Variables sociodémographiques | |||||
| Genre | |||||
| Féminin | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Masculin | 0,98 (0,83 à 1,16) | 1,19 (0,99 à 1,42) | 0,99 (0,79 à 1,22) | 0,99 (0,8 à 1,24) | 1,00 (0,81 à 1,24) |
| Diversité de genre | 2,89 (1,91 à 4,49)Note de bas de page ** | 2,82 (1,83 à 4,42)Note de bas de page ** | 2,02 (1,23 à 3,39)Note de bas de page ** | 1,98 (1,20 à 3,34)Note de bas de page ** | 2,08 (1,26 à 3,50)Note de bas de page ** |
| Niveau | |||||
| 9e année | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| 10e année | 0,75 (0,58 à 0,97)Note de bas de page * | 0,78 (0,60 à 1,01) | 0,92 (0,68 à 1,26) | 0,91 (0,67 à 1,23) | 0,89 (0,66 à 1,20) |
| 11e année | 1,07 (0,84 à 1,38) | 1,19 (0,92 à 1,55) | 1,55 (1,14 à 2,11)Note de bas de page ** | 1,53 (1,13 à 2,07)Note de bas de page ** | 1,50 (1,11 à 2,03)Note de bas de page ** |
| 12e année | 1,34 (1,00 à 1,78) | 1,55 (1,15 à 2,08)Note de bas de page ** | 1,70 (1,20 à 2,39)Note de bas de page ** | 1,68 (1,19 à 2,36)Note de bas de page ** | 1,64 (1,17 à 2,29)Note de bas de page ** |
| Secondaire I et II | 0,59 (0,41 à 0,85)Note de bas de page ** | 0,60 (0,42 à 0,87)Note de bas de page ** | 0,51 (0,33 à 0,78)Note de bas de page ** | 0,51 (0,33 à 0,77)Note de bas de page ** | 0,50 (0,33 à 0,77)Note de bas de page ** |
| Ethnicité | |||||
| Non racisé | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Racisé | 1,47 (1,21 à 1,79)Note de bas de page ** | 1,41 (1,16 à 1,73)Note de bas de page ** | 1,43 (1,13 à 1,80)Note de bas de page ** | 1,42 (1,13 à 1,780)Note de bas de page ** | 1,43 (1,13 à 1,81)Note de bas de page ** |
| Statut socioéconomique (SSE) | |||||
| Plus aisé | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Aussi aisé | 1,28 (1,06 à 1,53)Note de bas de page ** | 1,19 (0,98 à 1,44) | 1,30 (1,04 à 1,63)Note de bas de page * | 1,30 (1,03 à 1,62)Note de bas de page * | 1,27 (1,02 à 1,59)Note de bas de page * |
| Moins aisé | 2,12 (1,61 à 2,81)Note de bas de page ** | 1,70 (1,28 à 2,27)Note de bas de page ** | 1,58 (1,13 à 2,22)Note de bas de page ** | 1,57 (1,11 à 2,21)Note de bas de page ** | 1,55 (1,10 à 2,19)Note de bas de page * |
| Variables psychologiques | |||||
| Dépression | |||||
| Aucune dépression | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Dépression | s.o. | 1,25 (0,98 à 1,58) | 1,07 (0,81 à 1,41) | 1,05 (0,79 à 1,38) | 1,00 (0,75 à 1,33) |
| Anxiété | |||||
| Aucune anxiété | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Anxiété | s.o. | 1,05 (0,84 à 1,3) | 1,02 (0,78 à 1,31) | 1,01 (0,79 à 1,31) | 1,01 (0,78 à 1,31) |
| Épanouissement | s.o. | 0,96 (0,95 à 0,98)Note de bas de page ** | 0,97 (0,95 à 0,99)Note de bas de page ** | 0,98 (0,96 à 1,00)Note de bas de page * | 1,05 (0,99 à 1,11) |
| Régulation des émotions | s.o. | 1,01 (0,99 à 1,03) | 1,01 (0,98 à 1,03) | 1,01 (0,98 à 1,03) | 1,01 (0,98 à 1,03) |
| Variables de consommation de substances | |||||
| Fréquence de consommation du cannabis | |||||
| Chaque mois | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Chaque semaine | s.o. | s.o. | 4,51 (3,61 à 5,62)Note de bas de page ** | 4,44 (3,56 à 5,54)Note de bas de page ** | 4,43 (3,6 à 5,54)Note de bas de page ** |
| Chaque jour | s.o. | s.o. | 9,95 (7,33 à 13,64)Note de bas de page ** | 9,72 (7,16 à 13,32)Note de bas de page ** | 9,79 (7,18 à 13,44)Note de bas de page ** |
| Modifications concernant le cannabis liées à la COVID-19 | |||||
| Stable/diminution | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Augmentation | s.o. | s.o. | 2,69 (2,20 à 3,31)Note de bas de page ** | 2,72 (2,21 à 3,35)Note de bas de page ** | 2,74 (2,23 à 3,37)Note de bas de page ** |
| Hyperalcoolisation rapide | |||||
| Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 0,75 (0,58 à 0,98)Note de bas de page * | 0,76 (0,59 à 0,99)Note de bas de page * | 0,77 (0,59 à 0,99)Note de bas de page * |
| Consommation d’alcool en solitaire | |||||
| Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 3,07 (2,47 à 3,82)Note de bas de page ** | 3,06 (2,46 à 3,81)Note de bas de page ** | 3,06 (2,47 à 3,82)Note de bas de page ** |
| Conduite sous l’emprise de l’alcool ou de substances | |||||
| Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 1,65 (1,33 à 2,04)Note de bas de page ** | 1,63 (1,32 à 2,02)Note de bas de page ** | 1,65 (1,33 à 2,03)Note de bas de page ** |
| Je ne sais pas | s.o. | s.o. | 1,93 (1,17 à 3,23)Note de bas de page ** | 1,89 (1,14 à 3,16)Note de bas de page * | 1,92 (1,16 à 3,20)Note de bas de page ** |
| Mode de consommation | |||||
| Vapotage | |||||
| Non | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 1,27 (1,03 à 1,57)Note de bas de page * | 1,28 (1,04 à 1,57)Note de bas de page * | 1,27 (1,03 à 1,57)Note de bas de page * |
| Ingestion | |||||
| Non [réf.] | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 1,36 (1,10 à 1,67)Note de bas de page ** | 1,36 (1,10 à 1,68)Note de bas de page ** | 1,37 (1,11 à 1,69)Note de bas de page ** |
| Fumée | |||||
| Non [réf.] | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Oui | s.o. | s.o. | 1,06 (0,78 à 1,45) | 1,03 (0,75 à 1,40) | 1,02 (0,75 à 1,39) |
| Variables liées au soutien social | |||||
| Attachement à l’école | s.o. | s.o. | s.o. | 0,96 (0,93 à 0,99)Note de bas de page * | 1,10 (0,99 à 1,22) |
| Vie de famille heureuse | |||||
| D’accord/neutre | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Pas d’accord | s.o. | s.o. | s.o. | 0,87 (0,64 à 1,19) | 0,89 (0,66 à 1,22) |
| Soutien des parents | |||||
| D’accord/neutre | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Pas d’accord | s.o. | s.o. | s.o. | 0,93 (0,74 à 1,18) | 0,93 (0,73 à 1,17) |
| Soutien par les pairs | |||||
| D’accord/neutre | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. |
| Pas d’accord | s.o. | s.o. | s.o. | 1,13 (0,81 à 1,57) | 1,15 (0,83 à 1,60) |
| Terme d’interaction | |||||
| Épanouissement*attachement à l’école | s.o. | s.o. | s.o. | s.o. | 1,00 (0,99 à 1,00)Note de bas de page * |
Figure 1 - Texte descriptif
La figure 1 illustre la probabilité prédite de consommation de cannabis en solitaire (CCS) en fonction d’une interaction à deux sens entre l’attachement à l’école et l’épanouissement. L’attachement à l’école (fourchette de 6 à 24) se trouve sur l’axe des x et la probabilité prédite de CCS se situe sur l’axe des y. Trois lignes représentent l’interaction selon des quartiles d’épanouissement faible, médian et élevé (correspondant au 25e percentile [score : 21,5], au 50e percentile [score : 28,5] et au 75e percentile [score : 35,5]), chacun présentant une bande de confiance à 95 %. Les équations linéaires pour chaque ligne sont les suivantes : épanouissement à 21,5 : y = 0,195 – 0,0019x (R2 = 0,94); épanouissement à 28,5 : y = 0,230 – 0,0053x (R2 = 0,98); et épanouissement à 35,5 : y = 0,260 – 0,0080x (R2 = 0,98). Cela se traduit par les données suivantes :
| Attachement à l’école | Épanouissement = 21,5 prédit (IC à 95 %) | Épanouissement = 28,5 prédit (IC à 95 %) | Épanouissement = 35,5 prédit (IC à 95 %) |
|---|---|---|---|
| 6 | 0,18 (0,09, 0,33) | 0,20 (0,11, 0,35) | 0,22 (0,11, 0,39) |
| 7 | 0,18 (0,09, 0,32) | 0,20 (0,11, 0,33) | 0,21 (0,11, 0,37) |
| 8 | 0,18 (0,09, 0,32) | 0,19 (0,11, 0,32) | 0,20 (0,11, 0,35) |
| 9 | 0,18 (0,10, 0,31) | 0,18 (0,10, 0,31) | 0,19 (0,10, 0,33) |
| 10 | 0,18 (0,10, 0,30) | 0,18 (0,10, 0,29) | 0,18 (0,10, 0,31) |
| 11 | 0,17 (0,10, 0,29) | 0,17 (0,10, 0,28) | 0,17 (0,09, 0,29) |
| 12 | 0,17 (0,10, 0,29) | 0,17 (0,10, 0,27) | 0,16 (0,09, 0,27) |
| 13 | 0,17 (0,10, 0,28) | 0,16 (0,09, 0,26) | 0,15 (0,08, 0,25) |
| 14 | 0,17 (0,10, 0,28) | 0,15 (0,09, 0,25) | 0,14 (0,08, 0,24) |
| 15 | 0,17 (0,09, 0,28) | 0,15 (0,09, 0,24) | 0,13 (0,08, 0,22) |
| 16 | 0,16 (0,09, 0,27) | 0,14 (0,08, 0,24) | 0,13 (0,07, 0,21) |
| 17 | 0,16 (0,09, 0,27) | 0,14 (0,08, 0,23) | 0,12 (0,07, 0,20) |
| 18 | 0,16 (0,09, 0,27) | 0,13 (0,08, 0,22) | 0,11 (0,06, 0,19) |
| 19 | 0,16 (0,09, 0,27) | 0,13 (0,07, 0,21) | 0,10 (0,06, 0,18) |
| 20 | 0,16 (0,09, 0,27) | 0,12 (0,07, 0,21) | 0,10 (0,06, 0,17) |
| 21 | 0,15 (0,08, 0,27) | 0,12 (0,07, 0,20) | 0,09 (0,05, 0,16) |
| 22 | 0,15 (0,08, 0,27) | 0,12 (0,06, 0,20) | 0,09 (0,05, 0,15) |
| 23 | 0,15 (0,08, 0,27) | 0,11 (0,06, 0,19) | 0,08 (0,04, 0,14) |
| 24 | 0,15 (0,07, 0,28) | 0,11 (0,06, 0,19) | 0,08 (0,04, 0,14) |
Ces équations linéaires approximatives ne constituent que des estimations visuelles et descriptives, dont l’intention est de caractériser la tendance générale de chaque ligne tracée. Le modèle sous-jacent étant une régression logistique, la relation est linéaire sur l’échelle du logarithme des cotes mais courbe sur l’échelle de la probabilité illustrée dans la figure; les équations linéaires sur l’échelle de la probabilité ne fait qu’estimer cette relation.
Remarque : La figure 1 a été réalisée à des fins d’illustration; les valeurs qui y figurent sont issues d’une analyse des cas complets et non des valeurs imputées présentées dans le tableau 2, modèle 5. Toutefois, le sens et l’intensité de l’association sont cohérents entre les deux résultats.
Analyse
Cette étude a révélé que, pendant la pandémie de COVID-19 et les fermetures d’établissements scolaires qui en ont découlé, la consommation de cannabis était très répandue chez les élèves du secondaire canadiens ayant déclaré avoir consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours. Il convient de noter que 64 % des élèves de cet échantillon ont déclaré avoir consommé du cannabis en solitaire, ce qui correspond aux données de la littératureNote de bas de page 6Note de bas de page 8Note de bas de page 9. Au cours de cette période, près des trois quarts des élèves ayant déclaré une CCS ont indiqué avoir consommé du cannabis seuls au moins trois fois au cours du dernier mois, ce qui suggère une fréquence plus élevée de consommation en solitaire. Les comportements liés à la consommation de substances analysés dans cette étude étaient systématiquement et fortement associés à la CCS. Des indices préliminaires suggérant un effet modérateur de l’épanouissement sur la relation protectrice entre l’attachement à l’école et la CCS ont été observés, malgré le contexte particulier des fermetures d’établissements scolaires, où les conditions auraient pu favoriser une diminution du sentiment d’appartenance et une consommation solitaire. Ces résultats comblent une lacune dans la recherche actuelle, soulignant l’importance du rôle des établissements scolaires même pendant les restrictions liées à la COVID-19, et justifient la nécessité de mener, à l’avenir, des recherches allant au-delà des tendances générales de consommation de cannabis chez les adolescents, afin d’étudier les contextes particuliers dans lesquels cette consommation a lieu, spécialement ceux associés à des répercussions plus importantes sur la santé et à des comportements plus risqués.
Qui est à risque de CCS?
En cohérence avec les recherches dont on dispose, la CCS s’est avérée associée à d’autres comportements liés à la consommation de substances, ce qui indique des schémas de risque plus largesNote de bas de page 5Note de bas de page 9Note de bas de page 15Note de bas de page 47. La CCS était plus fréquente chez les élèves ayant augmenté leur consommation de cannabis pendant la pandémie de COVID-19, ce qui révèle à quel point l’isolement social, la fermeture des établissements scolaires et la perturbation des habitudes quotidiennes peuvent influencer la consommation de substances. Des recherches antérieures ont mis en évidence le rôle protecteur des environnements structurésNote de bas de page 48, et ces résultats vont dans le même sens en démontrant qu’un sentiment d’appartenance plus fort à l’école est associé à une diminution de la CCS. Ces résultats sont particulièrement pertinents dans la mesure où la fermeture des établissements scolaires a pu modifier l’attachement des élèves, qui constitue généralement un facteur de protection contre les comportements à risque liés à la consommation de substances, ce qui pourrait avoir influencé les résultats observés dans cette étude concernant la CCS.
La CCS était plus fréquente chez les jeunes marginalisés, en particulier les élèves issus de minorités ethniques ou issus de la diversité de genre et ceux dont le SSE était perçu comme plus faible, ce qui met en évidence que les considérations en matière d’équité sont importantes dans les stratégies de prévention de la CCS. Par le passé, ces populations ont été exclues des environnements scolaires bienveillants, ce qui peut aggraver leur risque de consommation en solitaire et de consommation problématique de cannabisNote de bas de page 49. Ces résultats soulignent l’importance d’adopter des approches fondées sur l’équité lors de la mise en œuvre de stratégies de prévention et d’interventionNote de bas de page 50.
Quels sont les facteurs de protection contre la CCS?
Ces résultats suggèrent l’existence d’une relation potentiellement nuancée mais protectrice entre l’attachement à l’école, l’épanouissement et la CCS. Les élèves présentant des niveaux d’épanouissement plus élevés ont bénéficié d’effets protecteurs plus marqués liés à leur sentiment d’appartenance à l’école, la baisse la plus marquée de consommation en solitaire ayant été observée dans le quartile supérieur des scores d’épanouissement. Cela suggère que les élèves qui font état d’un plus grand épanouissement pourraient tirer davantage profit des aspects sociaux et relationnels positifs de l’environnement scolaire et, par conséquent, seraient moins enclins à consommer du cannabis seuls. Il est important de noter que ces résultats préliminaires suggèrent que le lien protecteur entre l’attachement à l’école et la CCS peut varier en fonction du niveau d’épanouissement, et que les interventions visant uniquement à renforcer ce sentiment d’appartenance pourraient s’avérer insuffisantes pour certains jeunes. À l’inverse, des approches intégrées, telles que les programmes de bien-être mis en place en milieu scolaire, pourraient être nécessaires pour accompagner ces élèves et réduire le nombre de cas de CCS. Cette interaction fournit des indications préliminaires sur l’imbrication complexe entre les facteurs individuels, interpersonnels et environnementaux dans la formation des comportements de consommation de substances chez les jeunes et elle justifie de mener des recherches supplémentaires afin de clarifier la nature et l’ampleur de ces relations.
Facteurs non prédictifs associés à la CCS
Contrairement aux études précédentesNote de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 12Note de bas de page 16, la CCS n’était pas associée significativement de manière importante aux symptômes de dépression ou d’anxiété. Ces résultats négatifs pourraient indiquer que les mesures généralisées de la dépression, de l’anxiété et de la régulation émotionnelle ne permettent pas de cerner de manière adéquate les motivations ou les contextes psychosociaux qui sous-tendent la CCS. En revanche, l’épanouissement, qui était un facteur prédictif dans les modèles antérieurs, a présenté une interaction significative avec l’attachement à l’école. Ces résultats concordent avec des recherches antérieures menées auprès de cet échantillon, qui ont montré que les mesures du bien-être positif sont plus étroitement associées aux comportements de consommation de substances chez les jeunes que les échelles traditionnelles d’évaluation des troubles mentauxNote de bas de page 51. Les futures recherches menées sur la CCS devraient intégrer des mesures de santé mentale plus ciblées (par exemple, l’anxiété sociale, les motivations d’adaptation) afin de mieux comprendre les facteurs uniques susceptibles d’expliquer plus clairement ces comportements et ces motivations.
Recommandations pour de futures recherches et pour la prévention
En cohérence avec les recherches dont on disposeNote de bas de page 52, nos résultats suggèrent que l’attachement à l’école peut atténuer les risques pour la santé pendant l’adolescence et semble avoir une incidence particulièrement importante chez les élèves vulnérables (par exemple ceux issus de milieux familiaux défavorisés ou sans soutien). Cependant, ces mêmes populations déclarent souvent se sentir moins proches de leur établissement scolaire, ce qui met en évidence une lacune majeure en matière de stratégies de prévention équitables. S’il est nécessaire de renforcer l’attachement à l’école, ce dernier ne suffit pas à lui seul à réduire la CCS. Des approches globales favorisant le bien-être et l’épanouissement des élèves, en particulier ceux issus de milieux marginalisés ou en situation de vulnérabilité, sont indispensablesNote de bas de page 53Note de bas de page 54.
Du point de vue de la santé publique, le CCI (4,84 %) indique que les facteurs liés à l’établissement scolaire jouent un rôle modeste mais significatif dans la détermination des schémas de CCS. Dans la mesure où les données le permettent, de futures recherches pourraient s’intéresser à certaines caractéristiques spécifiques à chaque établissement, telles que les politiques d’inclusion, les relations entre le personnel et les élèves, l’offre d’activités parascolaires ou le soutien disponible, afin d’expliquer les éventuelles différences entre les établissements en matière de CCS des élèves. Par ailleurs, des études longitudinales sont nécessaires pour comprendre comment évoluent les schémas de CCS et pour déterminer si la fréquence de CCS s’accompagne de facteurs de risque différents, notamment en réponse aux restrictions liées à la COVID-19 et à l’évolution, au fil du temps, de l’attachement des élèves à leur établissement scolaire et de leurs comportements en matière de consommation de substances. Dans la mesure où les comportements liés à la CCS peuvent être en partie influencés par les conditions d’isolement liées à la COVID-19, il est encore difficile de déterminer si la prévalence de la CCS et les caractéristiques associées observées dans cette étude reflètent un schéma comportemental qui persistera après la pandémie de COVID-19 ou si ces résultats sont le fruit de ces circonstances particulières. C’est pourquoi il est nécessaire de poursuivre le suivi et la surveillance de ces comportements à haut risque dans le contexte de l’après-pandémie.
Points forts et limites
L’un des principaux points forts de cette étude réside dans l’utilisation d’un vaste échantillon représentatif de la population, qui a permis une analyse solide de multiples facteurs de risque et de protection liés à la CCS. L’étendue de l’ensemble de données a également permis de prendre en compte des variables liées à l’équité ainsi que les interactions complexes entre les caractéristiques des élèves et l’environnement scolaire. De plus, cette étude a traité les données manquantes à l’aide d’un cadre d’imputation bayésien afin d’atténuer les biais fréquemment observés dans les analyses de cas complets.
Il subsiste toutefois certaines limites. Les données relatives à la CCS n’étaient pas disponibles pour la période précédant immédiatement la pandémie de COVID-19 et la CCS a été classée en deux catégories en raison de la répartition des réponses. De futures recherches pourraient vérifier comment les facteurs prédictifs de la CCS varient en fonction de la fréquence, dans la mesure où les données sont disponibles. Par ailleurs, l’étude COMPASS ne recueille pas d’information sur les intentions ou les motivations liées à une consommation en solitaire, ni sur le contexte de l’isolement (par exemple, avec des amis en ligne). Ces difficultés liées aux données concernent tout particulièrement les élèves qui répondent « je ne sais pas » à la CCS, ce qui pourrait traduire une incertitude quant à la composition du produit (par exemple, tétrahydrocannabinol [THC] ou cannabinol [CBD]) ou une ambiguïté dans l’interprétation de la question. Des entretiens au sein de groupes de discussion permettraient de mieux cerner la compréhension des participants et les raisons de leurs réponses et contribueraient à améliorer cet indicateur en vue de son utilisation future. Il convient de noter que les données ont été recueillies pendant la pandémie de COVID-19, période durant laquelle les restrictions sociales et les fermetures d’écoles ont pu modifier de manière structurelle les habitudes de consommation de cannabis chez les jeunes : les schémas de CCS observés dans cette étude pourraient résulter de l’isolement imposé, ce qui limite la généralisation de ces résultats à des contextes non pandémiques.
Ces données étant transversales, il n’est pas possible d’établir une relation causale entre la CCS et les variables associées. Toutefois, les données transversales actuelles issues de l’étude COMPASS (2020-2021) constituent la première vague de données sur la CCS disponibles pour l’échantillon complet des élèves de l’étude COMPASS. Cette étude a enregistré un taux de réponse de 58 %, ce qui pourrait s’expliquer par les difficultés rencontrées pour collecter les données pendant la pandémie de COVID-19, période durant laquelle les taux de participation aux recherches menées en milieu scolaire ont baissé. Il n’en reste pas moins qu’un biais de sélection est possible, car les élèves n’ayant pas répondu peuvent présenter des différences systématiques par rapport à ceux ayant répondu sur des variables clés telles que l’attachement à l’établissement scolaire et la consommation de cannabis. Les résultats de cette étude transversale exploratoire permettent d’établir les variables associées à la CCS et constituent une base pour de futures recherches longitudinales. Ces résultats ne sont pas généralisables à l’ensemble de la jeunesse canadienne, même s’il convient de noter que l’étude COMPASS n’a pas été conçue pour être représentative à l’échelle nationale et que les données disponibles indiquent que son vaste échantillon de commodité correspond à d’autres données comparables représentatives à l’échelle nationaleNote de bas de page 55.
Conclusion
Cette étude, menée pendant la période de fermeture des établissements scolaires imposée par la pandémie de COVID-19, met en évidence la prévalence de la CCS chez les élèves du secondaire canadiens, la majorité de ceux qui ont déclaré consommer du cannabis indiquant une CCS fréquente. La consommation en solitaire s’est révélée plus fréquente chez les élèves adoptant d’autres comportements à risque, chez ceux dont la consommation avait augmenté pendant la pandémie de COVID-19 ainsi que chez les jeunes marginalisés. De plus, l’attachement à l’école s’est révélé être un facteur de protection essentiel et semblait varier selon les niveaux d’épanouissement. Ces résultats soulignent l’intérêt potentiel de mettre en place des stratégies de prévention globales et justifient la nécessité de mener des recherches supplémentaires sur les interventions visant à favoriser à la fois l’épanouissement et l’équité dans les environnements scolaires, afin de réduire la CCS et les risques qui y sont associés.
Remerciements
L’étude COMPASS a été financée par une subvention transitoire de l’Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) au moyen des subventions prioritaires « Obésité – Interventions pour prévenir ou traiter » (OOP-110788; attribuées à SL); une subvention de fonctionnement de l’Institut de la santé publique et des populations (ISPP) des IRSC (POG-114875; attribuée à SL); une subvention de projet des IRSC (PJT-148562; attribuée à SL); une subvention transitoire des IRSC (PJT-149092; attribuée à KAP/SL); une subvention de projet des IRSC (PJT-159693; attribuée à KAP); une entente de financement de la recherche avec Santé Canada (no 1617-HQ-000012; contrat attribué à SL) et une subvention de projet de l’ISPP des IRSC (PJT-180262; attribuée à SL et KAP). Le projet COMPASS-Québec bénéficie également du financement du ministère de la Santé et des Services sociaux de la province du Québec et de la Direction régionale de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale. KAP est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’équité et l’inclusion en santé des enfants. Les auteurs tiennent à remercier les établissements scolaires, les conseils scolaires et les élèves qui ont participé à l’étude COMPASS, ainsi que tous les membres de l’équipe COMPASS, le personnel, les partenaires et les membres du comité de participation des jeunes.
Conflits d’intérêts
Aucun.
Contributions des auteurs et avis
- AB : conception, méthodologie, rédaction de la première version du manuscrit, analyse formelle, relectures et corrections.
- AD : recherche, analyse formelle, relectures et corrections.
- KS : relectures et corrections.
- KAP : relectures et corrections.
- CP : relectures et corrections, recherche de financement.
- SL : supervision, recherche, recherche de financement, gestion des données, relectures et corrections.
Le contenu et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du gouvernement du Canada.

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