L’approvisionnement en matière de défense
Monsieur le Président, je vous remercie de nous donner l’occasion de témoigner devant le Comité dans le cadre de son étude sur l’approvisionnement en matière de défense dans le contexte de l’engagement du Canada à accroître ses dépenses militaires. Je tiens à reconnaître que cette audience se déroule sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anishinaabe. Je suis accompagné aujourd’hui d’Isabelle Marsolais, la directrice de l’audit sur la capacité future en matière d’avions de chasse, qui a été déposé en juin 2025.
Ma déclaration portera sur trois thèmes qui se sont dégagés de nos audits sur l’approvisionnement en matière de défense et qui sont pertinents dans le contexte mondial actuel. Ces thèmes sont les retards et les changements à la portée dans le cadre du renouvellement des équipements et de la flotte, la disponibilité du personnel qualifié et les faiblesses dans la gestion des stocks.
Tout d’abord, les retards dans le renouvellement des équipements et de la flotte ont des conséquences opérationnelles réelles. Lorsque les nouveaux aéronefs ou navires ne sont pas livrés à temps, les équipements plus anciens doivent rester en service plus longtemps que prévu ou être mis hors service avant que les nouveaux soient prêts. Cela augmente les coûts d’exploitation et d’entretien et peut limiter la capacité opérationnelle.
Nous avons observé cette tendance dans le cadre de plusieurs audits. Par exemple, en 2021, nous avons audité la Stratégie nationale de construction navale, qui vise à livrer plus de 50 navires destinés à la recherche scientifique et à la défense au cours des 30 prochaines années. Nous avons constaté des retards importants liés à des difficultés de conception et de construction touchant de nombreux navires.
Nous avons également constaté des retards lors de notre audit de 2022 sur la surveillance des eaux arctiques. Ces retards ont augmenté les risques de lacunes en matière de surveillance, de patrouille et de présence, car les satellites et les aéronefs de patrouille vieillissants pourraient arriver en fin de vie avant que les équipements de remplacement soient opérationnels.
Le remplacement des avions de chasse du Canada constitue un autre exemple de retards touchant l’état de préparation. Le Canada a acheté ses CF-18 au début des années 1980, et ils sont restés en service plus de 20 ans après la fin de leur durée de vie utile prévue. Alors que le gouvernement s’était engagé, à la fin de 2022, à acquérir 88 avions de chasse F-35A auprès des États-Unis, notre audit de 2025 portant sur le Projet de capacité future en matière d’avions de chasse a révélé que les coûts estimatifs avaient augmenté de manière importante depuis 2022 et qu’ils ne tenaient pas compte de l’ensemble des éléments nécessaires pour atteindre la pleine capacité opérationnelle. Des projets d’infrastructure nécessaires accusaient un retard de plus de trois ans, ce qui a nécessité des solutions provisoires qui augmenteront encore les coûts.
Cela m’amène au second thème : il est essentiel de disposer de personnel qualifié en nombre suffisant pour soutenir l’état de préparation opérationnelle.
En ce qui concerne les avions de chasse, la Défense nationale prévoyait de dépenser près de 3 milliards de dollars pour l’achat et l’exploitation d’appareils australiens afin de prolonger la durée de vie de sa flotte, mais elle n’avait pas de plan pour remédier à la pénurie de pilotes d’expérience. L’achat d’appareils supplémentaires ne suffisait pas à répondre aux exigences du NORAD et de l’OTAN.
Par la suite, notre audit de 2025 portant sur le Projet de capacité future en matière d’avions de chasse a révélé que le programme de formation de pilotes prévu pour les F-35 ne permettrait pas d’avoir suffisamment de pilotes d’ici 2032-2033 pour répondre aux exigences opérationnelles.
Plus récemment, dans notre rapport d’octobre 2025 sur le recrutement pour les Forces armées canadiennes, nous avons constaté que le recrutement et l’instruction restaient un défi pour les forces militaires canadiennes. En particulier, les Forces armées canadiennes n’ont pas recruté ni formé suffisamment de personnes pour répondre à leurs besoins, notamment pour les métiers hautement qualifiés, comme les pilotes et les techniciennes et techniciens de munitions.
Le dernier thème que je souhaite aborder est la gestion des stocks.
Nous soulevons des préoccupations à ce sujet depuis une vingtaine d’années dans le cadre de nos audits des états financiers. De plus, notre audit de performance de 2020 portant sur la chaîne d’approvisionnement militaire a révélé que les unités recevaient des articles essentiels, tels que des pièces de rechange, des uniformes et des rations, avec un retard dans 50 % des cas. Ces retards, souvent dus à des ruptures de stock, ont nui à la capacité de la Défense nationale de fonctionner avec efficience.
Dans l’ensemble, ces audits soulignent l’importance d’un renouvellement opportun des équipements et de la flotte, de chaînes d’approvisionnement fiables et d’un personnel qualifié en nombre suffisant. Des faiblesses dans l’un ou l’autre de ces domaines augmentent le risque de lacunes susceptibles de compromettre la capacité du Canada à respecter ses engagements nationaux et internationaux ou, en cas de crise, d’entraver une réponse militaire rapide.
Monsieur le Président, je termine ainsi ma déclaration d’ouverture. Nous serions heureux de répondre aux questions des membres du Comité. Merci.
