Comparution devant le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes
Dicours d'ouverture - Directeur général de l'Antiterrorisme
Monsieur le Président, membres du Comité, bonjour. Je suis ici au nom du Service canadien du renseignement de sécurité. Je m’appelle Jean-Pierre et je suis le directeur général de l’Antiterrorisme.
Je tiens d’abord à remercier le Comité d’avoir invité le SCRS dans le cadre de cet enjeu très important. Je profiterai de l’occasion pour situer le discours antiféministe dans le contexte de la menace actuel et parler du cheminement vers l’extrémisme violent. Je vais aussi vous parler des efforts que déploie le SCRS pour contrer ces menaces.
Le SCRS prend très au sérieux l’extrémisme violent à caractère idéologique, religieux et politique. Il continue d’analyser les menaces de violence dirigée contre les femmes et la communauté 2ELGBTQIA+ au Canada, d’enquêter sur ces menaces et de les atténuer.
L’extrémisme violent fondé sur l’identité et le genre est une catégorie distincte de l’extrémisme violent à caractère idéologique ou EVCI. Il constitue toujours une menace importante pour la sécurité nationale du Canada. Toutefois, dans le contexte de la menace en général, les activités menées sont bien souvent de nature criminelle et ne relèvent pas de la sécurité nationale. Ou encore, elles sont « horribles, mais légales », c’est-à-dire qu’elles ne répondent pas aux critères établis pour être considérées comme des actes criminels ou des menaces pour la sécurité nationale. Le SCRS a le mandat d’enquêter sur les menaces qui satisfont aux critères établis pour être considérés comme une menace envers la sécurité nationale au sens de l’alinéa c) de la définition qui en est donnée à l’article 2 de la Loi sur le SCRS, et de les contrer : le SCRS détermine que les auteurs de menace ont l’intention et la capacité de faire usage de la violence grave (ou encouragent ou incitent d’autres individus à se livrer à des actes de violence grave), et sont motivés en tout ou en partie par une idéologie, et ont pour objectif de transformer la société sans passer par le processus politique.
Le contexte de l’extrémisme violent au Canada est complexe. Il n’y a pas de vision du monde universelle. Le cheminement vers la radicalisation n’est ni le même pour tous ni linéaire.
Les discours extrémistes antiféministes relèvent de la sécurité nationale uniquement lorsqu’ils sont associés à des adeptes de l’extrémisme à caractère idéologique, religieux ou politique qui font appel à la violence pour soutenir leurs croyances antigenres et anti-identitaires. Ces croyances peuvent découler de la misogynie, de l’homophobie, de la transphobie, d’interprétations religieuses, de théories du complot ou d’une crainte généralisée des changements socioculturels.
Pour contrer ces menaces et protéger la sécurité publique, le SCRS continue d’enquêter activement sur les activités liées à la menace et de les perturber en collaboration avec ses partenaires nationaux et étrangers de l’appareil de la sécurité et du renseignement et des organismes d’application de la loi.
En conclusion, je tiens à préciser que je suis ravi de pouvoir avoir une discussion franche et transparente sur les menaces susceptibles de peser sur les jeunes au Canada. Je serai heureux de répondre à vos questions, mais gardez à l’esprit qu’il m’est impossible de donner publiquement des détails sur les activités opérationnelles du SCRS ou sur les enquêtes criminelles des forces d’application de la loi.
Dicours d'ouverture - Directeur général des évaluations au CIEM
Madame la présidente, honorables membres du Comité, je vous remercie de me donner l’occasion de comparaître devant vous aujourd’hui. Je m’appelle Luc et je suis directeur général des évaluations au Centre intégré d’évaluation des menaces du Canada, ou CIEM.
Le CIEM est un centre de fusion qui réunit des experts de l’ensemble de la communauté canadienne de la sécurité et du renseignement. Notre mandat est analytique : nous fournissons aux décideurs et aux partenaires en matière de sécurité des évaluations rigoureuses des menaces, fondées sur toutes les sources disponibles, afin de contribuer à la protection des Canadiens et à la promotion des intérêts du Canada. Nous ne menons pas d’enquêtes et n’exerçons pas de fonctions d’application de la loi.
Le CIEM évalue les menaces à la sécurité nationale qui pèsent sur le Canada et les Canadiens, y compris la probabilité d’attaques perpétrées par des extrémistes violents. Ces évaluations éclairent le Niveau de la menace terroriste nationale. Nous nous concentrons sur les menaces qui ont évolué vers l’extrémité violente du spectre de l’extrémisme, où nous analysons l’idéologie en parallèle avec des indicateurs d’intention, de capacité et de volonté de recourir à une violence létale.
Dans cette optique, l’idéologie antiféministe est de plus en plus pertinente dans le paysage de la sécurité nationale du Canada. Je tiens à préciser que le CIEM n’évalue pas l’idéologie de manière isolée et que nous ne considérons pas l’expression de croyances — aussi controversées soient-elles — comme constituant en soi une menace pour la sécurité nationale. La grande majorité des personnes qui adhèrent à des points de vue antiféministes ne s’engageront jamais dans la violence et ne la soutiendront pas.
Toutefois, nos évaluations indiquent que, dans certains contextes, l’idéologie antiféministe peut agir comme un facteur facilitateur sur les trajectoires menant à l’extrémisme violent. Ces discours peuvent fournir des cadres de griefs qui légitiment l’hostilité envers les femmes et l’égalité des genres, et certains de leurs éléments sont cohérents avec ceux observés dans l’extrémisme violent à motivation idéologique.
Dans certains cas, les récits antiféministes servent de points d’engagement précoces, en particulier dans les environnements en ligne, et peuvent s’entrecroiser avec d’autres idéologies extrémistes, y compris des interprétations violentes et extrémistes de la religion qui promeuvent des hiérarchies de genre rigides. Ces évaluations ne concernent pas les croyances religieuses de manière générale, mais plutôt l’utilisation de l’idéologie pour justifier la coercition ou les préjudices.
Du point de vue de la sécurité nationale, l’idéologie antiféministe mérite une attention particulière lorsqu’elle apparaît en parallèle avec des indicateurs d’intention violente. Les femmes, y compris les élues, les journalistes et les éducatrices, peuvent être présentées comme sapant l’ordre social, ce qui peut contribuer à des environnements où le harcèlement, les menaces et, dans de rares cas, la violence deviennent plus probables.
Pour conclure, le CIEM continuera de travailler avec des partenaires des communautés du renseignement, de l’application de la loi, des politiques publiques et de la prévention afin d’évaluer les tendances émergentes et de fournir des avertissements précoces concernant les menaces d’extrémisme violent.
Je vous remercie.
