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Paul Embury : L’enquêteur du SCC qui n’a jamais cessé ses recherches

Image promotionnelle d’Au-delà du badge avec Paul Embury, montrant l’animateur devant un établissement correctionnel. Le texte indique : « Au-delà du badge avec Paul Embury » et « L’enquêteur du SCC qui n’a jamais cessé de chercher ».

Bien avant que Paul Embury ne mène des enquêtes sur des projets d’évasion dans l’un des pénitenciers les plus redoutables du Canada et ne retrouve la trace de personnes disparues depuis des décennies, un mystère continuait de lui échapper : celui de ses propres origines.

Paul a toujours su qu’il avait été adopté. Il se rappelle que son père le présentait d’une façon un peu inhabituelle : « Voici Paul; il portait déjà ce prénom lorsqu’il est arrivé chez nous. » Sans jamais parler de son adoption ouvertement, cela soulevait inévitablement des questions.

« Qui suis-je? D’où viens-je? » se rappelle s’être demandé Paul. « On veut toujours le savoir. »

Cette curiosité le mènerait éventuellement sur les traces de ses parents biologiques. Elle caractérise aussi très bien un homme qui a consacré une grande partie de sa carrière à chercher au-delà de l’évidence, à reconstituer des pistes à partir de parcelles d’information et à tirer au clair ce qui demeurait un mystère pour les autres.

Pendant ses 38 années de carrière dans le domaine des services correctionnels, dont 20 ans comme enquêteur à l’Établissement de Millhaven, Paul a mené des enquêtes portant sur des meurtres, des activités liées aux drogues, des voies de fait et des complots d’évasion. Pour ce faire, il s’est appuyé sur diverses sources, dont des policiers, des systèmes de surveillance électronique, des membres du personnel correctionnel et certains des délinquants les plus notoires au pays. À la retraite, il s’est tourné vers le métier d’enquêteur privé et a développé une spécialité remarquable : retrouver des proches portés disparus.

Et pourtant, rien ne le destinait à cette carrière.

En 1958, le père de Paul, un charpentier au chômage à la recherche d’un emploi dans le secteur de la construction, s’est rendu avec sa famille à Brantford, en Ontario, où habitaient les grands-parents de Paul. C’est là que sa grand-mère a vu par hasard une offre d’emploi pour un poste administratif à l’ancien Centre correctionnel Burtch, au sud de la ville.

Paul a posé sa candidature et a commencé à travailler cet été-là comme adjoint à l’administration des peines. Son rôle consistait à calculer la durée de la peine qu’allaient purger les détenus en fonction des peines imposées, des lois en vigueur et des réductions de peine accordées.

Ce travail pouvait s’avérer complexe, particulièrement dans le cas des récidivistes, et l’exactitude des calculs était primordiale. Il a ensuite été promu au poste d’administrateur des peines et muté au Complexe correctionnel de Monteith, dans le Nord de l’Ontario, puis à l’Établissement de Warkworth, près de sa ville natale de Belleville.

Au fil des années, une autre passion s’est développée. Fasciné par le travail des policiers, il s’est inscrit à des cours en soirée pour suivre une formation en criminologie et en sciences sociales.

« J’étais un grand amateur de séries policières à la télévision et j’aimais voir la façon dont les enquêteurs résolvaient les crimes, raconte-t-il. J’étais loin de me douter que, quelques années plus tard, j’allais moi-même emprunter une nouvelle voie professionnelle dans le domaine correctionnel. »

Cette occasion s’est présentée en 1976, lorsque le Service correctionnel du Canada (SCC) a décidé de créer des postes d’enquêteurs dans les établissements partout au pays. Paul, comme bien d’autres, a immédiatement posé sa candidature. Il a ensuite été sélectionné et affecté à l’Établissement de Millhaven, où il occuperait le poste d’agent de la sécurité préventive en établissement pendant 20 ans.

Il s’est retrouvé dans l’un des environnements les plus exigeants du système correctionnel canadien. L’Établissement de Millhaven subissait encore les contrecoups de l’émeute survenue au Pénitencier de Kingston en 1971, et les relations entre les détenus et le personnel demeuraient profondément tendues.

Dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, il avait un mandat en apparence simple : obtenir le plus de renseignements possibles auprès du plus grand nombre de sources possible.

Ses sources pouvaient inclure des détenus, des membres du personnel, des visiteurs, des policiers, des membres du public ou encore les systèmes de surveillance électronique. Paul analysait les renseignements recueillis, en vérifiait la fiabilité, les comparait à d’autres renseignements et présentait ses constatations à la haute direction.

Concrètement, il devait chercher à savoir ce qui se passait parmi quelque 450 détenus qui savaient très bien qui il était et ce qu’il faisait.

Au début, presque personne ne lui faisait confiance. Les détenus ne voulaient pas être vus entrant dans son bureau, de crainte que les autres ne les prennent pour des informateurs. Certains agents correctionnels se montraient tout aussi méfiants, se demandant si ce nouvel enquêteur n’était pas là pour surveiller le personnel.

Au fil du temps, Paul s’est constitué un réseau d’informateurs, dont certains provenaient de milieux insoupçonnés.

« Certains de mes meilleurs informateurs comptaient parmi les pires détenus du Canada », raconte-t-il.

Vue aérienne historique de l’Établissement de Millhaven et de ses terrains environnants.

La construction de l’Établissement de Millhaven a débuté en 1969 et celui-ci a officiellement ouvert ses portes en 1971.

Leurs intentions n’étaient pas nécessairement désintéressées. Les détenus tenaient à une certaine stabilité, souligne Paul, et lorsqu’un détenu préparait une émeute, une évasion ou toute autre perturbation, c’est la routine de tout le monde qui risquait d’être compromise. Ainsi, même les détenus les plus enracinés dans la culture carcérale avaient parfois intérêt à signaler discrètement ce qui se préparait.

Un détenu d’un certain âge lui a fait un compliment dont il se souvient encore aujourd’hui.

« Tu sais que ni les détenus ni les membres du personnel ne t’apprécient beaucoup, lui a-t-il dit. Pour moi, c’est la preuve que tu fais bien ton travail. »

Les renseignements pouvaient provenir de pratiquement n’importe où. Parfois, les détenus lui faisaient parvenir un « billet » (ou kite, un terme du milieu carcéral désignant une note transmise par le système de courrier interne de l’établissement), et d’autres fois, il obtenait des renseignements pendant des conversations ou des appels téléphoniques, ou encore grâce à des visiteurs, des membres du personnel, des collègues policiers ou des personnes de l’extérieur.

Il pouvait arriver qu’un détenu fournisse de faux renseignements pour régler ses comptes avec quelqu’un. Paul cherchait donc toujours à obtenir une confirmation indépendante auprès d’une autre source. Avec des centaines de détenus à surveiller et un seul enquêteur pour le faire, il était essentiel de développer et d’entretenir un réseau de sources.

Les enjeux pouvaient être énormes. Pendant les 20 années qu’il a passées à l’Établissement de Millhaven, 32 détenus ont été victimes de meurtre. La drogue représentait également un défi permanent, les détenus et leurs associés rivalisant d’ingéniosité pour faire entrer des objets interdits dans l’établissement. Paul estime avoir contribué à l’arrestation d’environ 150 visiteurs et de trois membres du personnel qui tentaient d’introduire de la drogue dans l’établissement.

Après 38 ans de carrière dans le domaine correctionnel, Paul a pris sa retraite, sans pour autant perdre son intérêt pour le travail d’enquête. Il a obtenu son permis d’enquêteur privé et a fondé une agence avec un bon ami d’enfance, Gord Marriott, un policier retraité de la Police provinciale de l’Ontario. Leur travail les a amenés à enquêter sur une foule d’affaires, allant de cas d’infidélité soupçonnée et de différends en matière de garde d’enfants, jusqu’à des disparitions et des vols.

Toutefois, les dossiers qui ont le plus touché Paul sur le plan personnel étaient ceux de personnes à la recherche de membres de leur famille.

Paul s’est lancé presque par hasard dans les enquêtes visant à retrouver des personnes disparues après avoir lu, dans un journal, l’histoire d’une femme qui cherchait en vain son père biologique depuis des années, à grands frais. Il a pris contact avec elle et lui a proposé son aide.

« Je lui ai dit : "Laissez-moi essayer de le retrouver. Je crois savoir comment m’y prendre." »

Seulement huit heures lui ont suffi pour retrouver l’homme, qui vivait alors sur un bateau à Oshawa.

Au fil des ans, Paul a mené 21 activités de recherche et a réussi chaque fois à retrouver la personne recherchée. Son cas le plus remarquable concernait un homme parti de Belleville pour l’Ouest canadien, dont la famille était sans nouvelles depuis 48 ans.

La mère de l’homme souhaitait revoir son fils aîné. Il a fallu environ une journée et demie à Paul pour le retrouver dans un hôtel de Winnipeg et l’aider à renouer avec sa famille.

Paul comprenait mieux que quiconque pourquoi une personne pouvait poursuivre ses recherches après 48 ans. Lui-même avait entrepris de retrouver sa mère biologique en 1958, la même année où il a commencé sa carrière dans le domaine correctionnel. À cette époque, les dossiers d’adoption fournissaient peu de renseignements, hormis des informations non identificatoires. Il a finalement découvert l’identité de sa mère en 1982, pour apprendre qu’elle était décédée dix ans plus tôt.

L’identité de son père biologique est toutefois demeurée un mystère beaucoup plus longtemps.

Après avoir subi un test d’ADN par l’entremise d’Ancestry en 2016, Paul est entré en contact avec des personnes figurant dans son arbre généalogique et a finalement reçu l’aide d’une spécialiste chevronnée en généalogie génétique. Les recherches l’ont finalement mené à son père biologique, né à Toronto et décédé à Trenton, à moins de 16 kilomètres de Belleville.

Même si sa carrière d’enquêteur rémunéré remonte maintenant à plusieurs années, Paul continue de consacrer du temps à aider des inconnus à trouver des réponses aux mêmes questions qui l’ont habité pendant une grande partie de sa vie.

Membre de plusieurs groupes en ligne liés aux cas d’adoption, il tombe régulièrement sur des messages de personnes qui tentent de retrouver des proches biologiques. Parfois, les recherches sont étonnamment simples. Il y a quelques semaines, par exemple, une personne cherchait quelqu’un de la région de Timmins. Paul a alors effectué une recherche dans les registres de cimetières accessibles en ligne.

« Comme je m’y attendais, la réponse s’y trouvait », explique-t-il. Il a donc envoyé à cette personne une photo de la pierre tombale.

À 86 ans, Paul continue de mener une vie bien remplie. Entre ses divers projets et ses promenades quotidiennes d’environ quatre kilomètres avec son chien, il ne manque pas d’occupations. « Chaque nouvelle journée amène de nouvelles personnes, alors les défis ne manquent jamais », confie-t-il.

Il a récemment célébré son 46e anniversaire de mariage avec sa femme, Celia. Ensemble, ils profitent de courtes excursions en voiture, de sorties dans les théâtres de la région, de repas entre amis et des visites de leurs petits-enfants qui, à leur grand bonheur, viennent leur rendre visite plusieurs fois par année.

Après avoir consacré 38 ans de sa vie au domaine correctionnel, Paul affirme avoir désormais un autre objectif à savourer : passer 38 ans à la retraite. Il ne lui en reste plus que six pour y parvenir. « C’est comme un détenu qui compte les jours jusqu’à sa date de mise en liberté en les rayant de son calendrier », lance-t-il en riant.

Voilà une belle façon de souligner un jalon important après une vie consacrée à chercher des réponses pour les autres et, finalement, à découvrir celles qui comptaient le plus pour lui.

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2026-09-02

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