Recherche quantitative originale – Déterminants sociaux des comportements alimentaires chez les adolescents : résultats de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019

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Publié par : L'Agence de la santé publique du Canada
Date de publication : septembre 2026
ISSN: 2368-7398
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Gyselle de Geus, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Jean‑Philippe Chaput, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 3; Rita Al Kazzi, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Claire N. Tugault‑Lafleur, Ph. D., M.A., diététiste autoriséeNote de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 3
https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.9.01f
Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Attribution suggérée
Article de recherche par de Geus G et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0
Rattachement des auteurs
Correspondance
Claire N. Tugault-Lafleur, École des sciences de la nutrition, Faculté des sciences de la santé, Université d’Ottawa, 200, avenue Lees, Ottawa (Ontario) K1S 5S9; courriel : ctugault@uottawa.ca
Citation proposée
de Geus G, Chaput JP, Al Kazzi R, Tugault-Lafleur CN. Déterminants sociaux des comportements alimentaires chez les adolescents : résultats de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019. 2026;46(9):337-350. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.9.01f
Résumé
Introduction. Les données sur les comportements alimentaires des adolescents canadiens sont limitées. Nous avons analysé la manière dont ces comportements alimentaires varient en fonction de facteurs sociaux au sein d’un vaste échantillon national d’adolescents canadiens.
Méthodologie. Cette étude transversale repose sur les données de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019 (n = 13 605 adolescents de 12 à 17 ans). Des modèles de régression à variables multiples répartis par genre ont été utilisés pour évaluer les différences dans la probabilité de prendre un petit-déjeuner, de partager un repas en famille le soir, de consommer des boissons sucrées et d’adopter un comportement alimentaire restrictif, en fonction du genre, de l’âge, de l’origine ethnique ou culturelle, du niveau de scolarité des parents, du revenu du ménage et du niveau de sécurité alimentaire.
Résultats. Par rapport aux garçons, les filles avaient davantage tendance à prendre rarement leur petit-déjeuner, à partager moins souvent des repas en famille le soir et à adopter des comportements alimentaires restrictifs, mais elles avaient moins tendance à consommer des boissons sucrées fréquemment. Les adolescents de 14 à 17 ans étaient plus susceptibles de ne pas prendre de petit-déjeuner régulièrement, de participer moins souvent aux repas en famille, d’adopter des comportements alimentaires restrictifs et de consommer davantage de boissons sucrées que ceux de 12 à 13 ans. Les adolescents noirs étaient plus susceptibles que leurs homologues blancs de déclarer qu’ils prenaient rarement leur petit-déjeuner, qu’ils participaient moins aux repas en famille le soir et qu’ils consommaient fréquemment des boissons sucrées. Les adolescents dont les parents avaient un diplôme d’études secondaires ou moins étaient plus susceptibles de déclarer prendre rarement leur petit-déjeuner et consommer fréquemment des boissons sucrées que ceux dont les parents avaient un diplôme collégial ou supérieur. Un revenu du ménage plus faible et l’insécurité alimentaire étaient associés à la fréquence du petit-déjeuner, aux repas en famille le soir et à la consommation de boissons sucrées chez les adolescents, mais ne présentaient aucun lien avec les comportements alimentaires restrictifs.
Conclusion. On observe des disparités dans les comportements alimentaires chez les adolescents canadiens, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des politiques sociales qui s’attaquent aux déterminants structurels des comportements alimentaires qui façonnent les habitudes alimentaires au sein de cette population.
Mots-clés : comportements alimentaires, jeunes, facteurs sociaux, enquêtes auprès de la population
Points saillants
- Les données représentatives à l’échelle nationale issues de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019 ont été utilisées pour analyser la manière dont les comportements alimentaires varient en fonction de facteurs sociaux chez les adolescents.
- Par rapport aux garçons, les filles avaient davantage tendance à déclarer qu’elles prenaient rarement leur petit-déjeuner, qu’elles partageaient moins souvent de repas en famille et qu’elles adoptaient un comportement alimentaire restrictif, mais elles avaient moins tendance à consommer des boissons sucrées fréquemment.
- Les adolescents plus âgés ont, dans l’ensemble, des comportements moins sains que les plus jeunes.
- Des différences raciales et culturelles ont été observées, les adolescents noirs étant plus susceptibles de faire état de comportements alimentaires moins sains que leurs homologues blancs.
- Les indicateurs socio-économiques ont été associés à trois des quatre comportements alimentaires étudiés, ce qui suggère l’existence de disparités dans ces comportements.
- Les résultats soulignent la nécessité de mettre en place des mesures visant à s’attaquer aux déterminants structurels qui influencent les comportements alimentaires des adolescents au Canada.
Introduction
L'adolescence est une période cruciale du développement, durant laquelle se forment les comportements alimentaires qui perdureront toute la vie et où les besoins nutritionnels atteignent leur apogée en raison de la croissance rapide et de la maturation cognitiveNote de bas de page 1. Les comportements alimentaires sains acquis à ce stade, tels que des repas réguliers, une consommation modérée de boissons sucrées et des repas partagés en famille, ont des effets cumulatifs sur la santé et le bien-être à long termeNote de bas de page 2. Pourtant, les adolescents ne bénéficient pas tous des mêmes chances d'adopter ou de conserver ces habitudesNote de bas de page 3.
Les enquêtes nationales sur la nutrition indiquent que de nombreux adolescents canadiens ne respectent pas les recommandations alimentaires, ce qui se traduit par une consommation insuffisante de fruits, de légumes et de nutriments essentiels, ainsi que par une consommation excessive d'aliments ultra-transformés, qui représentent désormais plus de la moitié de leur apport énergétique quotidien totalNote de bas de page 4. Les recherches mettent également en évidence des lacunes dans certains comportements alimentaires particuliers, notamment la consommation du petit-déjeuner et les repas en famille. La consommation régulière d'un petit-déjeuner est associée à de meilleures performances cognitives et scolairesNote de bas de page 5Note de bas de page 6. Pourtant, il est fréquent de ne pas prendre de petit-déjeuner, les estimations internationales de prévalence allant de 10 % à 35 %Note de bas de page 7. De même, les repas en famille sont associés à une meilleure qualité de l'alimentation, à un bien-être accru et à une moindre implication dans d'autres comportements à risqueNote de bas de page 8Note de bas de page 9. Cependant, la participation diminue avec l'âge, souvent en raison d'horaires incompatibles et d'une réduction du temps passé en familleNote de bas de page 10Note de bas de page 11. La consommation de boissons sucrées, principale source de sucres ajoutés chez les adolescents au CanadaNote de bas de page 12, a légèrement diminué ces dernières années, mais reste élevée. En 2015, un peu plus de la moitié des enfants et des adolescents canadiens ont déclaré avoir consommé une boisson sucrée au cours d'une journée donnéeNote de bas de page 12. Une préoccupation émergente concerne l'augmentation des achats de nouvelles catégories de boissons sucrées (telles que les boissons énergisantes et les boissons pour sportifs) chez les Canadiens au fil du tempsNote de bas de page 13, une tendance qui correspond aux schémas observés aux États-UnisNote de bas de page 14. De plus, des comportements alimentaires malsains et restrictifs, tels que les régimes amaigrissants et le jeûne pour contrôler son poids, sont également courants chez les adolescents. Des données canadiennes récentes indiquent que près d'un tiers des adolescents déclarent avoir modifié leurs comportements alimentaires pour gérer leur poids. Conscient de ces défis, le guide Une saine alimentation pour les adolescents de Santé Canada souligne l'importance d'adopter des comportements alimentaires sains dès le plus jeune âge en participant à la préparation des repas, en planifiant les repas et les collations, en mangeant en famille et en faisant des choix de boissons sainesNote de bas de page 15.
Les données disponibles indiquent qu'il existe des inégalités sociales liées à l'alimentation chez les adolescents, même si les données spécifiques au Canada restent limitées. Dans le cadre d'une vaste étude transversale menée auprès d'adolescents scolarisés dans des établissements d'enseignement secondaire de quatre provinces canadiennes, les comportements alimentaires variaient selon le genre, l'origine ethnique et le statut socio-économiqueNote de bas de page 16. Par exemple, les adolescents noirs et latino-américains étaient plus susceptibles que leurs pairs blancs et asiatiques d'adopter des comportements alimentaires restrictifs et de consommer des collations achetées et de la restauration rapide, tout en étant moins susceptibles de boire de l'eau quotidiennement. C'est chez les élèves d'origine latino-américaine que la consommation quotidienne de petit-déjeuner était la plus élevée, tandis que les élèves noirs étaient les moins susceptibles de prendre régulièrement un petit-déjeuner ou de consommer des fruits et des légumes. Un statut socio-économique plus faible était associé à une probabilité moindre de prendre un petit-déjeuner, de boire de l'eau tous les jours et de consommer des fruits et légumes, ainsi qu'à une probabilité plus élevée d'adopter des comportements alimentaires restrictifs et d'acheter des collations.
À notre connaissance, l'étude menée par Patte et ses collaborateursNote de bas de page 16 est la seule recherche canadienne à ce jour qui mette en évidence des inégalités dans les comportements alimentaires des adolescentsNote de bas de page 12. Des estimations représentatives à l'échelle nationale sont donc nécessaires pour étayer les interventions de promotion de la santé destinées aux adolescents. L'Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ) de 2019Note de bas de page 19 offre une occasion unique de combler cette lacune dans les connaissances, car il s'agit de l'enquête nationale la plus récente portant sur un large éventail de comportements alimentaires chez les enfants et les adolescents canadiens. Dans notre étude, nous avons mesuré la prévalence de quatre comportements alimentaires (prise du petit-déjeuner, repas en famille le soir, consommation de boissons sucrées et alimentation restrictive) au sein d'un échantillon national d'adolescents canadiens, et nous avons évalué comment la pratique de ces comportements variait en fonction de facteurs sociaux.
Méthodologie
Conception de l'étude et sources de données
Cette étude s'appuie sur les données de l'ECSEJ 2019, une enquête représentative à l'échelle nationale menée auprès d'enfants et d'adolescents de 1 à 17 ans résidant dans l'ensemble des 13 provinces et territoires, dont les données ont été recueillies entre février et août 2019Note de bas de page 17. L'échantillon total de l'ECSEJ 2019 comptait 47 871 participants (taux de réponse de 53 %). Dans le cadre de cette étude, l'échantillon analytique a été limité aux adolescents de 12 à 17 ans, car cette période de développement est déterminante pour la formation des comportements alimentaires, ce qui correspond aux conclusions de la littérature antérieureNote de bas de page 18 et tient compte de la disponibilité d'indicateurs propres aux adolescents dans l'ECSEJ.
Les données ont été recueillies au moyen de questionnaires en ligne ou par téléphone, remplis par les adolescents et par leurs parents ou tuteurs. Les adolescents ont fourni des renseignements sur leurs comportements alimentaires et leurs caractéristiques individuelles, tandis que les parents ou le membre du foyer le mieux informé sur la famille ont fourni les renseignements socio-économiques. Davantage de détails sur les méthodologies utilisées dans cette étude sont disponibles ailleursNote de bas de page 17.
Mesures
Les variables relatives aux comportements alimentaires ont été dichotomisées afin de se conformer aux directives de santé publique et d'assurer l'interprétabilitéNote de bas de page 15Note de bas de page 19Note de bas de page 20, tout en respectant les exigences de confidentialité de Statistique Canada et en garantissant la stabilité des estimations compte tenu de la taille des échantillons des sous-groupes.
Comportements alimentaires
La fréquence de consommation du petit-déjeuner a été évaluée à l'aide de la question suivante : « Au cours des 7 derniers jours, combien de jours avez-vous pris un petit-déjeuner? » (options de réponse : 0 à 7 jours, ou « je ne sais pas »). Conformément aux études précédentesNote de bas de page 21, les données ont été classées en deux catégories selon que les participants « déjeunaient régulièrement » (≥ 5 jours au cours de la semaine précédente) ou « ne déjeunaient pas régulièrement » (< 5 jours au cours de la semaine précédente).
La fréquence des repas en famille le soir a été évaluée à l'aide de la question suivante : « Au cours des 7 derniers jours, combien de jours avez-vous pris le repas du soir avec votre famille assise ensemble à la table? » Cette variable a été recodée et dichotomisée, classant les adolescents selon qu'ils prenaient fréquemment leurs repas du soir en famille (≥ 5 jours au cours de la semaine précédente) ou rarement (< 5 jours au cours de la semaine précédente)Note de bas de page 22Note de bas de page 23.
La consommation de boissons sucrées est une mesure composite établie à partir des éléments de la question suivante : « Combien de fois au cours des 7 derniers jours avez-vous consommé les boissons sucrées suivantes? » Nous avons demandé aux personnes interrogées d'indiquer la fréquence de consommation de chacune des boissons suivantes : boissons aromatisées aux fruits, boissons gazeuses classiques, boissons pour sportifs, boissons énergisantes, lait au chocolat ou boissons chaudes au chocolat, laits frappés ou sodas à la crème glacée, ainsi que café ou thé sucré. Les réponses concernant toutes les catégories de boissons ont été additionnées afin d'obtenir un indicateur global de la fréquence de consommation des différents types de boissons sucrées (à l'exception des jus de fruits 100 %) au cours de la semaine écoulée. Les participants ont ensuite été classés en deux catégories : les faibles consommateurs (< 5 boissons sucrées par semaine) et les grands consommateurs (≥ 5 boissons sucrées par semaine). Ce seuil a été choisi a priori afin d'établir une consommation fréquente, conformément aux recommandations visant à limiter la consommation de sucres ajoutés et de boissons sucrées, tout en garantissant une répartition adéquate entre les catégories pour permettre des comparaisons significatives entre les groupes et obtenir des estimations stablesNote de bas de page 24Note de bas de page 25Note de bas de page 26Note de bas de page 27.
Les restrictions alimentaires ont été évaluées en demandant aux participants à quelle fréquence, au cours des 12 derniers mois, ils avaient modifié leurs comportements alimentaires pour contrôler leur poids. Les réponses possibles étaient les suivantes : « jamais », « quelques fois », « tous les mois », « toutes les semaines », « tous les jours » ou « je ne sais pas ». Les personnes interrogées ont été réparties en deux groupes selon qu'elles avaient pratiqué une restriction alimentaire, quelle qu'en soit l'intensité, au cours des 12 derniers mois par rapport à aucune (« jamais »).
Facteurs sociaux
Les facteurs sociaux comprenaient des données autodéclarées concernant le genre, l'âge, l'origine ethnique ou culturelle, ainsi que des données fournies par les parents concernant leur niveau de scolarité, le revenu du ménage et le niveau de sécurité alimentaire. Le genre correspond à la question posée aux adolescents : « Quel est votre genre? », avec pour options de réponse « homme », « femme » ou « de genre divers ». Les réponses « de genre divers » ont été exclues des analyses, car la petite taille de l'échantillon (n = 45) a donné lieu à des estimations présentant des coefficients de variation (CV) supérieurs ou égaux à 35 %, ce qui, selon le guide d'utilisation des données de l'ECSEJ (tableau 9.1 : lignes directrices relatives à la variabilité d'échantillonnage), est jugé trop peu fiable pour être publiéNote de bas de page 28. La question précisait explicitement que le terme « genre » faisait référence à l'identité de genre actuelle, qui pouvait différer du sexe attribué à la naissance ou de celui indiqué sur les documents officiels. Le groupe d'âge a été calculé à partir de l'âge déclaré par les participants. Étant donné que l'échantillon de jeunes de l'ECSEJ comprend des participants de 12 à 17 ans, ceux-ci ont été classés en deux groupes : les plus jeunes (12-13 ans) et les adolescents plus âgés (14 à 17 ans), afin de distinguer le début de l'adolescence de la fin de celle-ci, ces deux phases pouvant présenter des différences en termes d'autonomie, d'influences sociales et de comportements alimentairesNote de bas de page 29. L'origine ethnique ou culturelle a d'abord été répartie en plusieurs groupes (Asiatiques du Sud, Chinois, Noirs, Philippins, Arabes, Latino-Américains, Asiatiques du Sud-Est, Asiatiques de l'Ouest, Coréens, Japonais et autres minorités visibles). Pour pallier la petite taille des cellules et les contraintes de divulgation, les catégories ont été regroupées en une variable recodée comprenant cinq groupes : Les adolescents blancs (n'appartenant pas à une minorité visible), asiatiques, noirs, arabes et latino-américains ou d'origine mixte. Le niveau de scolarité des parents a été recodé en variable dichotomique. La catégorie « niveau secondaire ou inférieur » comprenait les personnes n'ayant pas obtenu de diplôme d'études secondaires, ni son équivalent ou un certificat d'équivalence. La catégorie « diplôme d'études collégiales ou supérieur » comprenait les personnes titulaires d'un certificat ou d'un diplôme de formation professionnelle, d'un diplôme d'études collégiales (CÉGEP) ou d'autres titres de formation non universitaires, d'un certificat ou d'un diplôme universitaire de niveau inférieur au baccalauréat, d'un baccalauréat ou d'un titre universitaire de niveau supérieur au baccalauréat. Le revenu total du ménage a été fourni par la personne la mieux informée. Les tranches de revenus ont été recodées afin d'être conformes aux seuils de déclaration standard de Statistique CanadaNote de bas de page 30. Les catégories finales étaient les suivantes : ≤ 40 000 $; 40 001 $ à 60 000 $; 60 001 $ à 80 000 $ et > 80 000 $. Le niveau de sécurité alimentaire a été évalué à l'aide du module validé d'enquête sur la sécurité alimentaire des ménages, un questionnaire en 18 points comprenant 10 questions spécifiques aux membres adultes du ménage et 8 questions spécifiques aux enfants du ménageNote de bas de page 31. Le niveau de sécurité alimentaire des ménages a été classé en quatre catégories (sécurité alimentaire assurée, insécurité alimentaire marginale, insécurité alimentaire modérée et insécurité alimentaire grave) et noté en fonction du nombre de réponses positives au questionnaire. Afin de faciliter la comparaison avec les études antérieuresNote de bas de page 32Note de bas de page 33, la variable a été dichotomisée en deux catégories : sécurité alimentaire et insécurité alimentaire (regroupant les trois niveaux d'insécurité alimentaire).
Covariables
Les modèles ont pris en compte l'âge (en années), le genre (garçon, fille), les scores z de l'indice de masse corporelle (IMC) (définis selon les normes de référence de croissance de l'Organisation mondiale de la santé)Note de bas de page 34, l'origine ethnique ou culturelle (5 groupes), le milieu de résidence (zone urbaine ou rurale), le niveau de scolarité des parents (diplôme d'études secondaires ou moins ou diplôme collégial ou plus), la sécurité alimentaire du ménage (sécurité ou insécurité) et le revenu total du ménage (4 groupes), car la littérature a précédemment montré qu'ils étaient associés aux comportements alimentaires chez les adolescentsNote de bas de page 16.
Analyse statistique
Des analyses descriptives ont d'abord été menées afin de caractériser les caractéristiques sociodémographiques et la prévalence des comportements alimentaires chez les garçons et les filles de l'échantillon étudié. Des tests du khi carré ont été utilisés pour vérifier s'il existait des différences importantes dans la prévalence des comportements alimentaires entre les garçons et les filles. Des modèles de régression logistique à variables multiples ont ensuite été utilisés pour évaluer les liens entre chaque variable indépendante (genre, âge, origine ethnique, niveau de scolarité des parents, revenu du ménage et sécurité alimentaire) et la probabilité d'adopter un comportement alimentaire donné. Les rapports de cotes ajustés (RCa) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été estimés. Les valeurs p ajustées selon la méthode de Benjamini-Hochberg ont été utilisées pour contrôler le taux de fausses découvertes dans le cadre de tests de régression multipleNote de bas de page 35. Les analyses après estimation comprenaient des tests de Wald, l'estimation des effets marginaux et des comparaisons par paires ajustées selon la méthode de Bonferroni le cas échéant. Les données manquantes ont été traitées selon une approche d'analyse des cas complets, car la proportion de données manquantes parmi les covariables était relativement faible (< 7,9 %). Toutes les analyses ont intégré les pondérations d'enquête et les pondérations bootstrap de Statistique Canada, afin de tenir compte du plan d'échantillonnage complexe et de garantir des estimations de variance fiables et représentatives à l'échelle nationale. Les analyses ont été réalisées dans Stata 13Note de bas de page 36, avec un seuil de signification fixé à une valeur p inférieure à 0,05.
Approbation éthique
Cette étude s'est appuyée sur des microdonnées confidentielles issues de l'ECSEJ 2019, recueillies par Statistique Canada après obtention d'une autorisation éthique préalable et du consentement éclairé des participants. L'accès aux données a été accordé par l'intermédiaire du Centre de données de recherche d'Ottawa (CDRO), conformément aux accords de confidentialité et d'utilisation des données de Statistique Canada. Toutes les analyses ont été menées dans le respect des exigences éthiques et en matière de protection des renseignements personnels du CDRO et de Statistique Canada.
Résultats
Après avoir exclu les enfants de 1 à 11 ans, notre échantillon analytique final comprenait 13 605 participants. Les tableaux 1 et 2 présentent les caractéristiques sociodémographiques et la prévalence des comportements alimentaires de l'échantillon étudié. Plus de 70 % des adolescents se sont identifiés comme étant blancs et environ 80 % avaient des parents ayant suivi des études supérieures (diplôme collégial ou supérieur). Environ 60 % ont déclaré un revenu total du ménage supérieur à 80 000 $, tandis qu'environ 10 % ont connu une certaine forme d'insécurité alimentaire. Une proportion plus élevée de filles a déclaré ne pas prendre de petit-déjeuner régulièrement (33 %), ne pas partager de repas en famille le soir (37 %) et avoir des comportements alimentaires restrictifs (21 %), par rapport aux garçons (respectivement 26 %, 31 % et 12 %). Cependant, les garçons ont déclaré consommer plus fréquemment des boissons sucrées (50 %) que les filles (42 %).
| Caractéristiques | % | n |
|---|---|---|
| GenreNote de bas de page a | ||
| Garçons | 49,7 % | 6 760 |
| Filles | 49,8 % | 6 780 |
| Genre divers | 0,3 % | 45 |
| Origine culturelle ou ethniqueNote de bas de page b | ||
| Blanc | 73,8 % | 10 045 |
| Asiatique | 17,7 % | 2 410 |
| Noir | 3,6 % | 490 |
| Arabe | 1,8 % | 245 |
| Latino-américain ou origine mixte | 2,5 % | 340 |
| Milieu de résidence | ||
| Urbain | 75,9 % | 10 325 |
| Rural | 24,1 % | 3 280 |
| Niveau de scolarité des parentsNote de bas de page c | ||
| Diplôme d’études secondaires ou moins | 20,8 % | 2 830 |
| Diplôme collégial ou supérieur | 78,8 % | 10 720 |
| Revenu total du ménage | ||
| ≤ 40 000 $ | 11,3 % | 1 540 |
| 40 001 $ à 60 000 $ | 14,4 % | 1 965 |
| 60 001 $ à 80 000 $ | 11,4 % | 1 550 |
| > 80 000 $ | 62,8 % | 8 550 |
| Niveau de sécurité alimentaireNote de bas de page d | ||
| Sécurité alimentaire | 87,1 % | 11 845 |
| Insécurité alimentaire | 10,6 % | 1 450 |
| Comportement alimentaire | Filles | Garçons | Khi carré de Pearson | Valeur p | ||
|---|---|---|---|---|---|---|
| % | n | % | n | |||
| Consommation de petit-déjeuner | ||||||
| < 5 jours par semaine | 33,5% | 2 263 | 26,6% | 1 788 | 90,06 | < 0,001 Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille | ||||||
| < 5 jours par semaine | 37,2% | 2 525 | 31,3% | 2 115 | 53,67 | < 0,001 Note de bas de page a |
| Fréquence de consommation de boissons sucrées | ||||||
| ≥ 5 fois par semaine | 42,1% | 2 855 | 50,8% | 3 435 | 104,17 | < 0,001 Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire | ||||||
| Oui | 21,2% | 1 435 | 12,9% | 870 | 173,06 | < 0,001 Note de bas de page a |
Le tableau 3 présente les liens entre le genre et les comportements alimentaires. Les filles étaient plus susceptibles de déclarer ne pas prendre souvent de petit-déjeuner, ne pas souper souvent en famille et adopter des comportements alimentaires restrictifs, mais elles étaient moins susceptibles de consommer fréquemment des boissons sucrées que les garçons.
| Résultats et comparaisons | RCa | IC à 95 % | Valeur pNote de bas de page * |
|---|---|---|---|
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| Garçons (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Filles | 1,44 | 1,30 à 1,61 | < 0,001Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| Garçons (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Filles | 1,27 | 1,15 à 1,40 | < 0,001Note de bas de page a |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 fois par semaine) | |||
| Garçons (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Filles | 0,73 | 0,66 à 0,80 | < 0,001Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| Garçons (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Filles | 1,86 | 1,63 à 2,10 | < 0,001Note de bas de page a |
Le tableau 4 présente les liens entre les groupes d'âge et les comportements alimentaires. Les adolescents de 14 à 17 ans étaient plus susceptibles que ceux de 12 et 13 ans de déclarer ne pas prendre souvent de petit-déjeuner, ne pas souper souvent en famille, consommer fréquemment des boissons sucrées et adopter des comportements alimentaires restrictifs.
| Résultats et comparaisons | RCa | IC à 95 % | Valeur pNote de bas de page * |
|---|---|---|---|
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| Adolescents plus jeunes (12 à 13 ans) (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Adolescents plus âgés (14 à 17 ans) | 2,09 | 1,85 à 2,35 | < 0,001Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| Adolescents plus jeunes (12 à 13 ans) (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Adolescents plus âgés (14 à 17 ans) | 2,34 | 2,10 à 2,61 | < 0,001Note de bas de page a |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 jours par semaine) | |||
| Adolescents plus jeunes (12 à 13 ans) (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Adolescents plus âgés (14 à 17 ans) | 1,62 | 1,47 à 1,78 | < 0,001Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| Adolescents plus jeunes (12 à 13 ans) (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Adolescents plus âgés (14 à 17 ans) | 2,26 | 1,96 à 2,60 | < 0,001Note de bas de page a |
Le tableau 5 résume les liens entre les groupes ethniques et culturels et les comportements alimentaires. Les adolescents d'origine asiatique étaient moins susceptibles de déclarer ne pas prendre de petit-déjeuner régulièrement que leurs homologues blancs. Par rapport aux adolescents blancs, les adolescents d'origine asiatique, latino-américaine et mixte étaient plus susceptibles de partager un repas du soir en famille. En revanche, les adolescents noirs étaient plus susceptibles de déclarer ne pas prendre de petit-déjeuner régulièrement, partager rarement un repas du soir en famille et consommer fréquemment des boissons sucrées. Les adolescents d'origine arabe étaient plus susceptibles de déclarer ne pas prendre de petit-déjeuner régulièrement et adopter des comportements alimentaires restrictifs que leurs homologues blancs.
| Résultats et comparaisons | RCa | IC à 95 % | Valeur pNote de bas de page * |
|---|---|---|---|
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| Blanc (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Asiatique | 0,68 | 0,59 à 0,79 | < 0,001Note de bas de page a |
| Noir | 1,40 | 1,09 à 1,81 | 0,009Note de bas de page a |
| Arabe | 1,41 | 1,00 à 1,99 | 0,047Note de bas de page a |
| Latino-américain ou origine mixte | 0,92 | 0,67 à 1,25 | 0,599 |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| Blanc (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Asiatique | 0,78 | 0,68 à 0,90 | < 0,001Note de bas de page a |
| Noir | 2,05 | 1,61 à 2,62 | < 0,001Note de bas de page a |
| Arabe | 0,84 | 0,59 à 1,20 | 0,353 |
| Latino-américain ou origine mixte | 0,72 | 0,54 à 0,96 | 0,028Note de bas de page a |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 jours par semaine) | |||
| Blanc (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Asiatique | 0,90 | 0,79 à 1,05 | 0,852 |
| Noir | 1,59 | 1,25 à 2,01 | 0,001Note de bas de page a |
| Arabe | 1,19 | 0,83 à 1,68 | 0,470 |
| Latino-américain ou origine mixte | 1,05 | 0,79 à 1,39 | 0,789 |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| Blanc (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Asiatique | 1,15 | 0,98 à 1,35 | 0,074 |
| Noir | 1,14 | 0,82 à 1,57 | 0,416 |
| Arabe | 1,89 | 1,29 à 2,77 | 0,001Note de bas de page a |
| Latino-américain ou origine mixte | 1,27 | 0,90 à 1,80 | 0,165 |
Le tableau 6 présente les résultats des analyses d'association entre les comportements alimentaires et les indicateurs de la situation socio-économique (niveau de scolarité des parents, revenu du ménage et niveau de sécurité alimentaire). Les adolescents dont les parents avaient un diplôme d'études secondaires ou moins étaient plus susceptibles de déclarer prendre rarement leur petit-déjeuner et consommer fréquemment des boissons sucrées que ceux dont les parents avaient un diplôme collégial ou supérieur. Les personnes appartenant à la tranche de revenus la plus basse (revenu total du ménage ≤ 40 000 $) étaient plus susceptibles de déclarer prendre rarement leur petit-déjeuner, partager moins souvent des repas du soir en famille et consommer fréquemment des boissons sucrées, par rapport à leurs homologues de la tranche de revenus la plus élevée (revenu total du ménage > 80 000 $). Les adolescents vivant dans des foyers en situation d'insécurité alimentaire étaient plus susceptibles de déclarer prendre rarement leur petit-déjeuner, partager moins souvent de repas du soir en famille et consommer fréquemment des boissons sucrées.
| Résultats et comparaisons | 2019 | ||
|---|---|---|---|
| RCa | IC à 95 % | Valeur pNote de bas de page * | |
| Niveau de scolarité des parents | |||
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| Diplôme collégial ou supérieur (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Diplôme d’études secondaires ou moins | 1,19 | 1,05 à 1,36 | 0,006Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| Diplôme collégial ou supérieur (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Diplôme d’études secondaires ou moins | 1,03 | 0,91 à 1,17 | 0,601 |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 jours par semaine) | |||
| Diplôme collégial ou supérieur (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Diplôme d’études secondaires ou moins | 1,25 | 1,11 à 1,40 | < 0,001Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| Diplôme collégial ou supérieur (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Diplôme d’études secondaires ou moins | 1,12 | 0,92 à 1,37 | 0,231 |
| Revenu du ménage | |||
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| > 80 000 $ (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| 60 001 $ à 80 000 $ | 1,24 | 1,05 à 1,46 | 0,496 |
| 40 001 $ à 60 000 $ | 1,16 | 0,98 à 1,34 | 0,952 |
| ≤ 40 000 $ | 1,25 | 1,05 à 1,49 | 0,012Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| > 80 000 $ (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| 60 001 $ à 80 000 $ | 1,06 | 0,90 à 1,26 | 0,455 |
| 40 001 $ à 60 000 $ | 1,12 | 0,95 à 1,32 | 0,151 |
| ≤ 40 000 $ | 1,20 | 1,01 à 1,42 | 0,034Note de bas de page a |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 jours par semaine) | |||
| > 80 000 $ (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| 60 001 $ à 80 000 $ | 1,05 | 0,90 à 1,26 | 0,824 |
| 40 001 $ à 60 000 $ | 1,18 | 0,95 à 1,32 | 0,190 |
| ≤ 40 000 $ | 1,20 | 1,01 à 1,42 | 0,016Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| > 80 000 $ (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| 60 001 $ à 80 000 $ | 1,01 | 0,84 à 1,23 | 0,386 |
| 40 001 $ à 60 000 $ | 1,09 | 0,91 à 1,28 | 0,783 |
| ≤ 40 000 $ | 0,98 | 0,81 à 1,19 | 0,816 |
| Niveau de sécurité alimentaire | |||
| Petits-déjeuners peu fréquents (< 5 fois par semaine) | |||
| Sécurité alimentaire (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Insécurité alimentaire | 1,76 | 1,49 à 2,07 | < 0,001Note de bas de page a |
| Repas du soir en famille peu fréquents (< 5 jours par semaine) | |||
| Sécurité alimentaire (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Insécurité alimentaire | 1,46 | 1,24 à 1,71 | < 0,001Note de bas de page a |
| Consommation fréquente de boissons sucrées (≥ 5 jours par semaine) | |||
| Sécurité alimentaire (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Insécurité alimentaire | 1,32 | 1,12 à 1,53 | < 0,001Note de bas de page a |
| Restriction alimentaire (plus d’une fois par an) | |||
| Sécurité alimentaire (référence) | 1,00 | s.o. | s.o. |
| Insécurité alimentaire | 1,12 | 0,92 à 1,37 | 0,231 |
Analyse
Cette étude a porté sur la prévalence et les facteurs sociaux associés à quatre comportements alimentaires (prise du petit-déjeuner, repas du soir en famille, consommation de boissons sucrées et comportements alimentaires restrictifs) chez les adolescents canadiens en 2019. Nos résultats confirment ceux de recherches antérieuresNote de bas de page 16Note de bas de page 37, qui suggèrent l'existence de disparités socio-économiques dans les comportements alimentaires. Dans l'ensemble, les comportements moins favorables étaient plus fréquents chez les filles, les adolescents plus âgés et les jeunes issus de milieux racisés ou défavorisés sur le plan socio-économique. Les indicateurs socio-économiques ont été associés à plusieurs comportements alimentaires, soulignant ainsi l'influence des conditions structurelles et sociales sur les comportements alimentaires des adolescents.
Le genre était associé aux quatre comportements alimentaires étudiés, ce qui corrobore les résultats de recherches antérieuresNote de bas de page 5Note de bas de page 16. Les filles étaient plus susceptibles que les garçons de sauter le petit-déjeuner et d'adopter des comportements alimentaires restrictifs, ce qui reflète les influences plus larges de la société et des médias qui renforcent les idéaux de minceur chez les adolescentesNote de bas de page 38. Cette étude a mis en évidence une différence entre les genres concernant la fréquence des repas du soir en famille chez les adolescents, s'écartant ainsi des recherches antérieures qui ont généralement constaté des différences minimes, voire inexistantes, entre les genresNote de bas de page 8Note de bas de page 9. Les filles étaient moins susceptibles de participer aux repas du soir en famille, ce qui pourrait indiquer un évitement lié à une insatisfaction corporelle ou à une restriction alimentaireNote de bas de page 39. Toutefois, cette différence était minime et pourrait n'être qu'un résultat fortuit. Les garçons ont déclaré consommer plus fréquemment des boissons sucrées, ce qui corrobore les données indiquant que la publicité pour ces boissons cible de manière disproportionnée les adolescents de sexe masculinNote de bas de page 37. Les jeunes de genres divers n'ont pas pu être étudiés séparément en raison de la petite taille de l'échantillon et des contraintes liées à la qualité des données. Des recherches futures devraient donc vérifier si leurs comportements alimentaires et les risques liés à la nutrition diffèrent de ceux observés chez les groupes de genre binaire.
L'âge a été associé de manière importante aux quatre comportements alimentaires, les adolescents plus âgés présentant généralement des habitudes moins favorables que leurs homologues plus jeunes. Cette tendance générale concorde avec la littérature antérieure, qui indiquent que les habitudes favorables à la santé ont souvent tendance à s'estomper au cours de l'adolescence, à mesure que l'autonomie s'accroît et que l'influence parentale diminueNote de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 40. La diminution de la fréquence des repas en famille chez les adolescents plus âgés concorde avec les données probantes internationales et les études longitudinales, qui indiquent que les repas partagés deviennent moins fréquents à mesure que les jeunes grandissent et que les habitudes du foyer évoluentNote de bas de page 10Note de bas de page 11. De même, la tendance plus marquée à sauter le petit-déjeuner observée chez les adolescents plus âgés concorde avec les études qui montrent une baisse de la consommation de petit-déjeuner entre le début et la fin de l'adolescenceNote de bas de page 40Note de bas de page 41. Des études antérieures indiquent également que les adolescents invoquent souvent le manque de temps, le fait de privilégier le sommeil plutôt que de manger et l'absence d'appétit comme raisons pour ne pas prendre de petit-déjeunerNote de bas de page 42Note de bas de page 43. Les adolescents plus âgés ont également déclaré une consommation plus élevée de boissons sucrées, ce qui concorde avec les données de surveillance indiquant une consommation plus importante chez les jeunes plus âgés, pouvant s'expliquer par le fait qu'ils achètent davantage de manière autonome, par les normes de leurs pairs et par leur exposition à la publicitéNote de bas de page 40Note de bas de page 44. De plus, les restrictions alimentaires visant à contrôler le poids étaient plus fréquentes chez les adolescents plus âgés, ce qui corrobore les données indiquant une augmentation des préoccupations liées à l'image corporelle et des troubles du comportement alimentaire entre l'adolescence et l'âge adulteNote de bas de page 45. Dans l'ensemble, ces résultats soulignent que l'adolescence est une période cruciale du développement, durant laquelle l'indépendance croissante et l'influence sociale peuvent contribuer à la perte de comportements alimentaires structurés et favorables à la santé.
L'origine ethnique et culturelle était associée à plusieurs comportements alimentaires chez les adolescents. Les adolescents noirs avaient davantage tendance que leurs homologues blancs à ne pas prendre de petit-déjeuner, à consommer fréquemment des boissons sucrées et à participer moins souvent aux repas du soir en famille, ce qui confirme les conclusions antérieures concernant les disparités raciales en matière de nutrition chez les adolescentsNote de bas de page 16Note de bas de page 46. La littérature dont on dispose suggère que les inégalités structurelles et socio-économiques, notamment l'exposition inégale à l'insécurité alimentaire et à des environnements alimentaires malsains, pourraient contribuer à ces tendances, bien que ces facteurs n'aient pas été directement examinés dans notre étudeNote de bas de page 47Note de bas de page 48. Les adolescents d'origine arabe participant à cette étude présentaient également un risque accru de comportements alimentaires sous-optimaux, notamment une prévalence plus élevée de l'absence de petit-déjeuner et de comportements alimentaires restrictifs, ce qui corrobore les études antérieures faisant état de disparités dans les comportements alimentaires entre les différents groupes ethnoculturelsNote de bas de page 49. À l'inverse, les adolescents d'origine asiatique ont fait état de comportements alimentaires plus structurés, indiquant qu'ils prenaient plus souvent leur petit-déjeuner et partageaient des repas en famille, ce qui corrobore les données selon lesquelles les comportements alimentaires varient selon les groupes culturels et les contextes familiauxNote de bas de page 39. Dans l'ensemble, ces résultats mettent en évidence des différences significatives dans les comportements alimentaires des adolescents selon les groupes de population et soulignent la nécessité de mettre en place des stratégies de santé publique adaptées à la culture et axées sur l'équité, qui tiennent compte des déterminants sociaux plus larges de la santéNote de bas de page 45Note de bas de page 50.
Les trois indicateurs socio-économiques (niveau de scolarité des parents, revenu du ménage et insécurité alimentaire) étaient tous associés de manière importante à divers comportements alimentaires, ce qui reflète d'importantes différences socio-économiques dans les comportements alimentaires des adolescents. Les adolescents issus de milieux socio-économiques défavorisés avaient davantage tendance à ne pas prendre de petit-déjeuner, à consommer fréquemment des boissons sucrées et à partager moins de repas du soir en famille que leurs homologues issus de milieux plus favorisés. Ces tendances constantes soulignent la nature multidimensionnelle de la situation socio-économique, chaque indicateur reflétant des mécanismes distincts mais interdépendants qui influencent les comportements alimentaires des adolescentsNote de bas de page 16. Le niveau de scolarité des parents était associé à la consommation de petit-déjeuner et de boissons sucrées. Les personnes dont les parents avaient un niveau d'études secondaire ou inférieur étaient plus susceptibles de ne pas prendre de petit-déjeuner et de consommer des boissons sucrées au moins cinq jours par semaine. Ces résultats concordent avec les données internationales selon lesquelles un niveau d'études plus élevé chez les parents favorise des comportements alimentaires plus sains grâce à de meilleures connaissances nutritionnelles, à l'exemple donné par les parents et à des habitudes bien établiesNote de bas de page 12. Le revenu du ménage constituait un autre facteur déterminant des comportements alimentaires. Les adolescents issus de ménages à revenus élevés avaient moins tendance à sauter le petit-déjeuner ou à consommer des boissons sucrées, et avaient davantage tendance à prendre régulièrement leurs repas du soir en famille que ceux issus de ménages à faibles revenus. Même si les contrastes n'ont pas tous atteint le seuil de signification statistique, les tendances allaient systématiquement dans le sens escompté. Ces résultats indiquent que les adolescents canadiens ne sont pas à l'abri de la précarité financière de leur foyer. Au contraire, les difficultés économiques continuent d'influencer leurs comportements alimentaires quotidiens. Ces résultats contrastent avec des données antérieures indiquant que les liens entre les revenus et l'alimentation sont moins marqués chez les adolescents que chez les adultesNote de bas de page 51, ce qui suggère que, si la quantité de nourriture peut être stabilisée au sein des ménages, la structure et la régularité des comportements alimentaires restent sensibles aux difficultés financières. L'insécurité alimentaire s'est révélée être le facteur prédictif le plus significatif pour l'ensemble des résultats, étant associée à un petit-déjeuner pris rarement, à une diminution des repas du soir en famille et à une consommation plus élevée de boissons sucrées. Malgré les efforts déployés par les parents pour protéger leurs enfants des conséquences de l'insécurité alimentaireNote de bas de page 52, ces résultats indiquent que les mesures actuelles sont insuffisantes. L'insécurité alimentaire constitue donc non seulement un indicateur de privation matérielle, mais aussi un déterminant social direct de la santé des adolescents. Dans l'ensemble, ces résultats mettent en évidence des inégalités socio-économiques persistantes dans les comportements alimentaires des adolescents canadiens. Ces disparités socio-économiques soulignent la nécessité de mettre en place des mesures structurelles en amont visant à lutter contre la précarité des revenus, à améliorer les conditions de travail des parents et à faciliter l'accès à une alimentation nutritive, afin de créer des environnements équitables propices à une alimentation saine chez les adolescents.
Points forts et limites
L'un des principaux atouts de cette étude réside dans l'utilisation d'un vaste échantillon représentatif à l'échelle nationale d'adolescents canadiens issus de toutes les provinces et de tous les territoires, ce qui renforce la généralisation des résultats. Cette étude a également analysé simultanément quatre comportements alimentaires distincts à partir d'un seul ensemble de données, ce qui a permis une évaluation plus complète des schémas sociaux dans les comportements alimentaires des adolescents que les études axées sur un seul comportement. Il convient toutefois de reconnaître plusieurs limites. Tout d'abord, les comportements alimentaires autodéclarés sont sujets à des biais de rappel et de désirabilité sociale, ce qui peut entraîner une sous-déclaration des comportements perçus comme malsains, en particulier chez les filles, ou encore une surdéclaration des repas du soir en famille et de la consommation de petit-déjeuner. D'autre part, bien que Statistique Canada ait utilisé des questions dont la validité a été démontrée, seul un sous-ensemble limité de questions issues du test EAT-26 (Eating Attitudes Test-26) a été retenu, limitant la capacité à saisir toute la complexité des comportements alimentaires restrictifsNote de bas de page 53. Ensuite, l'ECSEJ ne disposait pas d'indicateurs validés, issus des déclarations des jeunes eux-mêmes, concernant leur statut social perçu ou leur niveau de richesse, qui sont de plus en plus reconnus comme des facteurs prédictifs importants de la santé des adolescents. Également, malgré la représentativité nationale, certaines populations, telles que les personnes vivant dans les communautés des Premières Nations, en placement familial ou en établissement, ont été exclues de l'ECSEJ. De plus, il n'a pas été possible d'analyser séparément les jeunes de genres divers, car la petite taille de l'échantillon ne permettait pas d'obtenir des estimations fiables au regard des lignes directrices de Statistique Canada en matière de qualité des données. Il s'agit d'une limitation importante, car les adolescents de genres divers peuvent être exposés à des risques particuliers et potentiellement accrus liés à l'alimentation restrictive et à l'insécurité alimentaire. Enfin, étant donné que les données ont été recueillies en 2019, avant la pandémie de COVID-19, les recherches futures devraient vérifier dans quelle mesure les changements liés à la pandémie ont pu influencer les comportements alimentaires des adolescents et les inégalités socio-économiques. Bien que des données plus récentes issues de l'ECSEJ 2023 soient disponibles, plusieurs considérations méthodologiques ont justifié le recours au cycle de 2019 pour cette étude. Tout d'abord, le cycle de 2023 a enregistré un taux de réponse nettement inférieur (19 %), ce qui limite considérablement la validité externe. Ensuite, la période de référence pour les comportements alimentaires variait d'un cycle à l'autre : l'enquête de 2019 portait sur une période de 7 jours, tandis que celle de 2023 couvrait une période de 30 jours. Les périodes de rappel plus longues sont davantage sujettes à des erreurs de mémoire, ce qui peut réduire la précision et la fiabilité des comportements alimentaires autodéclarésNote de bas de page 54. Enfin, le cycle de 2023 ne comprenait pas de variable relative à la consommation du petit-déjeuner, un indicateur important des comportements alimentaires chez les adolescents. Pour ces raisons, le cycle de 2019 de l'ECSEJ a été jugé plus adapté aux objectifs de notre étude.
Conclusion
Cette étude a démontré qu'il existe des disparités sociodémographiques dans les comportements alimentaires chez les adolescents canadiens. Les adolescents plus âgés et les filles étaient plus susceptibles de faire état de comportements alimentaires sous-optimaux, comme le fait de sauter le petit-déjeuner, de prendre moins de repas du soir en famille et d'adopter des comportements alimentaires restrictifs. Les différences raciales et culturelles étaient également manifestes : les adolescents noirs présentaient un risque plus élevé d'adopter des comportements alimentaires malsains, tandis que les adolescents asiatiques faisaient état de routines alimentaires plus structurées. La situation socio-économique s'est révélée être un facteur déterminant de la fréquence du petit-déjeuner et de la consommation de boissons sucrées, soulignant les inégalités persistantes en matière d'accès à des environnements alimentaires sains.
Ces résultats soulignent l'importance de s'attaquer aux déterminants sociaux des comportements alimentaires chez les adolescents par le biais de stratégies de santé publique ciblées et axées sur l'équité. Bien que les termes d'interaction et les analyses intersectionnelles formelles n'aient pas été étudiés dans notre analyse, les recherches futures devraient évaluer de manière explicite comment le genre, l'origine ethnique et les facteurs socio-économiques interagissent pour façonner les comportements alimentaires chez les adolescentsNote de bas de page 16Note de bas de page 55. La mise au point d'outils validés permettant d'évaluer à la fois les comportements alimentaires et le statut social perçu rapportés par les jeunes permettrait de renforcer la validité conceptuelle. Des études longitudinales et qualitatives sont également nécessaires pour mettre en évidence les trajectoires et les influences contextuelles au fil du temps. Enfin, il sera essentiel de s'attaquer aux déterminants en amont par le biais d'interventions structurelles, telles que des politiques visant à réduire les inégalités de revenus, l'insécurité alimentaire et les obstacles à l'éducation, afin de promouvoir des comportements alimentaires plus sains et plus équitables chez les adolescents canadiens.
Remerciements
Cette recherche a été menée au Centre de données de recherche d'Ottawa (CDRO), qui fait partie du Réseau canadien des Centres de données de recherche (RCCDR). Ce service est rendu possible grâce au soutien de la Fondation canadienne pour l'innovation, des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences humaines et de Statistique Canada, ainsi qu'à celui de l'Université d'Ottawa.
Les données de l'Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ) de 2019 utilisées dans le cadre de ce projet ont été fournies par Statistique Canada et consultées par l'intermédiaire d'un ou de plusieurs centres de données de recherche (CDR) du Réseau canadien des Centres de données de recherche (RCCDR).
Aucun financement externe n'a été reçu pour cette étude. GDG remercie l'Université d'Ottawa pour le financement accordé dans le cadre de la Bourse en nutrition et santé mentale.
Conflits d'intérêts
Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêts.
Contributions des auteurs et avis
- GELD : conception, gestion des données, analyse formelle, méthodologie, validation, visualisation, rédaction de la première version du manuscrit, relectures et corrections.
- JPC : conception, méthodologie, relectures et corrections.
- RAK : gestion des données, relectures et corrections.
- CTL : supervision, conceptualisation, méthodologie, administration du projet, relectures et corrections.
Tous les auteurs ont lu et approuvé le manuscrit final.
Le contenu et les opinions exprimées dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du gouvernement du Canada.
En raison du caractère confidentiel de ces microdonnées, celles-ci ne peuvent être divulguées. Les chercheurs canadiens travaillant dans l'un des établissements membres du RCCDR peuvent accéder à ces données sans frais supplémentaires. Les autres chercheurs devront s'acquitter d'une redevance pour accéder aux données. L'accès aux données est soumis à une vérification des antécédents et à une procédure d'autorisation de recherche. Les protocoles relatifs à l'accès aux données, y compris les tarifs applicables aux chercheurs issus d'établissements n'appartenant pas au RCCDR, sont disponibles sur le site Web du RCCDR.

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