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Recherche qualitative originale – Obstacles systémiques et organisationnels à la prévention primaire des maladies chroniques : une étude qualitative des organismes de santé publique au Canada

Revue PSPMC

Table des matières |

Katerina Maximova, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Maryam Marashi, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 3; Erin K. O’Loughlin, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 4; Jennifer L. O’Loughlin, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 4Note de rattachement des auteurs 5

https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.5.01f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Creative Commons License

Attribution suggérée

Article de recherche par Maximova K et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0

Rattachement des auteures
Correspondance

Katerina Maximova, MAP Centre for Urban Health Solutions, Li Ka Shing Knowledge Institute, St. Michael’s Hospital, Toronto (Ontario)  M5B 1T8; tél. : 416-864-6060; courriel : katerina.maximova@utoronto.ca

Citation proposée

Maximova K, Marashi M, O’Loughlin EK, O’Loughlin JL. Obstacles systémiques et organisationnels à la prévention primaire des maladies chroniques : une étude qualitative des organismes de santé publique au Canada. 2026;46(5):197-208. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.5.01f

Résumé

Introduction. Alors que les organismes de santé publique au Canada jouent un rôle central dans la prévention des maladies chroniques, ils sont confrontés à des défis persistants, notamment à la restructuration des systèmes, à un sous-financement chronique et à des changements de priorités en matière de politique. La complexité croissante de ces enjeux justifie l’apport de données qualitatives en complément des rapports quantitatifs, qui présentent le point de vue des organismes de prévention des maladies chroniques.

Méthodologie. L’étude sur les capacités organisationnelles de santé publique (PHORCAST) est un recensement itératif à l’échelle du Canada des organismes de santé publique mobilisés dans la prévention primaire des maladies chroniques à l’échelle de la population régionale, territoriale, provinciale et nationale. En 2023, les gestionnaires principaux et le personnel ayant une connaissance approfondie des activités de prévention des maladies chroniques de leur organisme ont répondu à un questionnaire suscitant des commentaires facultatifs par l’entremise d’une question ouverte. Les réponses ont été analysées à l’aide de méthodes qualitatives descriptives et d’une analyse inductive du contenu afin d’identifier et d’organiser les enjeux récurrents. Les fréquences des thèmes sont présentées de manière descriptive afin d’indiquer leur importance au sein des organismes et non pour quantifier leur signification.

Résultats. Portant sur 55 organismes, 125 références codées aux obstacles à la prévention des maladies chroniques ont été synthétisées autour de 5 thèmes clés : les défis liés aux capacités organisationnelles et à la mise en œuvre des programmes (n = 38), notamment le sous-financement chronique, la pénurie de main-d’œuvre et des infrastructures limitées; les perturbations causées par la pandémie de COVID-19, qui ont entraîné un redéploiement du personnel et des interruptions de service prolongées (n = 30); les obstacles politiques et systémiques (n = 28), notamment l’ingérence politique et la mauvaise coordination entre administrations; les partenariats fragiles et la nécessité d’une collaboration intersectorielle plus forte (n = 16) et enfin les difficultés à mobiliser des collectivités diverses, les problèmes d’accès au numérique et le manque de programmes adaptés culturellement (n = 13).

Conclusion. Les efforts en matière de prévention des maladies chroniques au Canada sont limités par des obstacles structurels, opérationnels et contextuels. Pour relever ces défis, il faut des investissements soutenus, des politiques cohérentes et des partenariats intersectoriels plus solides.

Mots-clés : prévention des maladies chroniques, organisme de santé publique, capacités organisationnelles, obstacles, Canada, recherche qualitative

Points saillants

  • Le sous-financement chronique et la pénurie de main-d’œuvre sont des obstacles majeurs à la prévention primaire des maladies chroniques à l’échelle du Canada.
  • La fragmentation des politiques, l’ingérence politique et la faible coordination entre administrations continuent d’affaiblir les capacités en matière de prévention des maladies chroniques à long terme.
  • La pandémie de COVID-19 a entraîné l’intensification des défis déjà présents en raison du redéploiement du personnel et des perturbations des programmes de prévention des maladies chroniques.
  • Les inégalités numériques et le manque d’approches adaptées culturellement empêchent d’atteindre les collectivités dans leur ensemble.
  • Les partenariats sont essentiels, mais demeurent fragiles, ce qui fait ressortir le besoin de mettre en place des cadres de collaboration intersectoriels plus stables.

Introduction

Les maladies chroniques non transmissibles, notamment les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète et les maladies respiratoires chroniques, sont les principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde. Les organismes de santé publique au Canada et ailleurs jouent un rôle central dans l’élaboration et la mise en œuvre de programmes, de politiques et de pratiques de prévention des maladies chroniques visant à en réduire le fardeau. Malgré les solides données probantes sur la rentabilité de la prévention, les systèmes de santé publique n’accordent pas suffisamment de ressources à la prévention des maladies chroniquesNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6 et ils lui accordent une priorité insuffisante. Les soins actifs continuent de dominer les programmes d’action et de financement, ce qui limite les investissements dans la préventionNote de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9Note de bas de page 10. Le financement de projets à court terme contribue à l’instabilité des politiques, à la rotation du personnel et à la perte de mémoire institutionnelle, ce qui entrave la pérennité et les capacités évolutives de la prévention des maladies chroniques fondée sur des données probantesNote de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9Note de bas de page 10Note de bas de page 11. En outre, la pandémie de COVID-19 a exacerbé ces défis en raison du redéploiement du personnel et des perturbations prolongées des services de prévention, en particulier au sein des populations marginaliséesNote de bas de page 12Note de bas de page 13Note de bas de page 14.

Au Canada, la prévention des maladies chroniques est mise en œuvre par de nombreux organismes différents chargés de soutenir la prévention primaire et la promotion de la santé à l’échelle de la population, que ce soit des organismes gouvernementaux formellement mandatés tels que les unités ou agences de santé publique et les autorités sanitaires ou bien des organisations non gouvernementales telles que les organismes de bienfaisance en santé et les organisations sans but lucratifNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6. Collectivement, ces organismes exercent leurs activités au sein d’un système de santé publique affecté par des décennies de restructuration, de contraintes budgétaires et de changements de priorités politiques.

Afin de faire le suivi des capacités en matière de prévention des maladies chroniques dans ce contexte en constante évolution, l’étude sur les capacités organisationnelles de santé publique (PHORCAST) a été lancée en 2004. Il s’agit d’un recensement itératif, à l’échelle du Canada, des organismes de santé publique qui élaborent ou mettent en œuvre des initiatives de prévention des maladies chroniques à l’échelle régionale, territoriale, provinciale et nationaleNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19Note de bas de page 20. Tous les organismes qui participent à PHORCAST ont pour mandat de mener des activités de prévention primaire des maladies chroniques à l’échelle de la population ou de promotion d’un mode de vie sain. Bien que PHORCAST ait fourni des données quantitatives précieuses sur les mesures des capacités organisationnellesNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 16, sur la collaboration interorganisationnelle et les réseaux de ressourcesNote de bas de page 15 ainsi que sur les tendances en matière de stratégies de santé publique pour la prévention des maladies chroniques et la promotion d’un mode de vie sainNote de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19Note de bas de page 20, on en sait peu sur la manière dont les organismes de santé publique font face à des obstacles systémiques en matière de prévention des maladies chroniques.

Dans le cadre de cette sous-étude qualitative des organismes de prévention des maladies chroniques, nous nous appuyons sur les données de PHORCAST recueillies en 2023 pour explorer les pressions perçues, notamment le sous-financement chronique, les changements de politiques, les transitions dans le leadership, le redéploiement de personnel et les réformes structurelles. En nous appuyant sur les points forts de l’enquête qualitative pour éclairer les expériences et les adaptations organisationnellesNote de bas de page 21Note de bas de page 22, nous visons à offrir une compréhension contextualisée des réalités opérationnelles qui façonnent la prévention des maladies chroniques au Canada aujourd’hui.

Méthodologie

Une sous-étude qualitative a été intégrée à PHORCAST 2023, dans le but de recueillir des données auprès de tous les organismes de santé publique régionaux, territoriaux, provinciaux et nationaux qui ont un mandat de prévention primaire des maladies chroniques au CanadaNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 16Note de bas de page 17Note de bas de page 19. Les organismes pouvant participer à PHORCAST sont les autorités sanitaires régionales, territoriales et provinciales, les unités et organismes de santé publique, les ministères, les organismes paragouvernementaux (c.-à-d. ceux financés par le gouvernement mais agissant de manière indépendante), les organismes de bienfaisance en santé et leurs sections régionales, territoriales et provinciales, les autres organisations non gouvernementales et sans but lucratif, les centres de ressources et les associations professionnelles. Cet inventaire des organismes a été établi en 2004 et mis à jour en 2010 et en 2023.

Nous avons d’abord dressé une liste exhaustive des organismes candidats dans chaque province et territoire et à l’échelle nationale, en effectuant des recherches rigoureuses sur Internet. Nous avons ensuite validé cette liste pour nous assurer qu’elle était complète en consultant des experts ayant une connaissance étendue du paysage de la santé publique à l’échelle régionale, territoriale, provinciale et nationale au Canada. Pour mettre à jour l’inventaire en 2010 et 2023, nous avons vérifié la pérennité des organismes ayant participé ou n’ayant pas participé aux cycles précédents de collecte de données, en incluant des organismes précédemment inadmissibles, car les mandats des organismes peuvent changer au fil du temps. Nous avons ensuite effectué d’autres recherches sur Internet et consulté d’autres sources (listes de diffusion provinciales et territoriales, bases de données sur les membres, experts de chaque province et territoire, experts nationaux) afin de sélectionner les organismes ayant commencé leurs activités depuis l’inventaire précédent et afin de confirmer leur admissibilité en fonction de leur mandat. Nous avons également vérifié l’admissibilité des organismes déjà en place qui fonctionnent avec de nouvelles divisions de prévention des maladies chroniques ou qui proposent de nouveaux types d’activités, ainsi que les organismes issus de la fusion d’au moins deux organismes ayant déjà été participants.

L’inventaire rassemble les organismes de santé publique qui développent ou adaptent des initiatives de prévention primaire des maladies chroniques (par exemple, des programmes, politiques ou pratiques) et qui transfèrent ces initiatives à d’autres organismes (appelés « organismes ressources ») et ceux qui fournissent ou mettent en œuvre des initiatives de prévention des maladies chroniques pour la population dans son ensemble ou pour des sous-groupes spécifiques (appelés « organismes utilisateurs »). Plus précisément, il s’agit d’organismes de santé publique ayant pour mandat la prévention primaire à l’échelle de la population des maladies chroniques (cancer, maladies cardiovasculaires, diabète, maladies respiratoires chroniques) ou la promotion d’un mode de vie sain, ou bien ayant pour mandat spécifique une alimentation saine, la lutte contre le tabagisme ou l’activité physique. Les organismes se concentrant exclusivement sur la prévention secondaire ou tertiaire, la recherche, la collecte de fonds, la défense des droits ou le transfert de connaissances ont été exclus, tout comme ceux exerçant leurs activités uniquement à l’échelle localeNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19Note de bas de page 20.

En 2023, tous les organismes admissibles (n = 335) ont été invités à participer. Nous avons d’abord contacté un gestionnaire principal au sein de chaque organisme afin de confirmer son admissibilité et de sélectionner un informateur clé, défini comme la personne la mieux informée sur les activités de prévention des maladies chroniques de l’organisme. Les gestionnaires principaux pouvaient se qualifier eux-mêmes ou nommer un autre membre du personnel. Les informateurs clés ont été contactés par courriel afin de confirmer la pertinence de leur sélection et ont ensuite été invités à remplir le questionnaire de PHORCAST, disponible en ligne sur la plateforme LimeSurvey (LimeSurvey GmbH, Hambourg, Allemagne). Ils pouvaient remplir le questionnaire de manière indépendante ou être interrogés par le coordinateur de l’étude ou un enquêteur par Zoom (Zoom Communications, San Jose, Californie, États-Unis), conformément aux procédures normalisées de PHORCASTNote de bas de page 23Note de bas de page 24.

Les informateurs clés (appelés « participants » dans la suite du texte) ont reçu pour instruction de répondre au nom de leur organisme en reflétant les expériences collectives plutôt que leurs perspectives individuelles. Après les questions fermées, les participants ont été invités à formuler des commentaires supplémentaires à l’aide d’une question ouverte, générale et non directive : « Avez-vous d’autres commentaires? »

Cette sous-étude est fondée sur les réponses écrites ou orales de 70 organismes concernant les obstacles à la prévention des maladies chroniques. Quinze d’entre eux ont été exclus parce qu’ils s’étaient concentrés uniquement sur les réponses au questionnaire, ce qui a mené à un échantillon analytique final de 55 participants.

Nous avons adopté un modèle qualitatif descriptif pour synthétiser les perspectives organisationnelles sur les obstacles à la prévention des maladies chroniques avec un minimum d’inférence interprétativeNote de bas de page 25Note de bas de page 26. Cette approche a été choisie pour fournir une description des expériences rapportées qui soit pertinente pour la pratique et qui utilise le langage des participants. Les données ont été analysées à l’aide d’une approche inductive d’analyse de contenu, où les codes sont dérivés directement des données plutôt qu’imposés a priori. Deux chercheurs ont codé indépendamment toutes les réponses et ont élaboré une liste de codage commune dans le cadre d’une discussion itérative. Les différences mineures (12 des 125 références codées; 9,6 %), qui correspondaient généralement à la création d’une catégorie pertinente supplémentaire par l’un des codeurs, ont été résolues par discussion.

Sur les 55 réponses des organismes, 29 ont été fournies verbalement dans le cadre d’entrevues par Zoom et 26 ont été soumises par écrit. Les réponses orales se sont révélées généralement plus détaillées (médiane de 236 mots; fourchette de 76 à 1 604 mots) et les réponses écrites ont eu tendance à être plus courtes mais substantielles (médiane de 58 mots; fourchette de 9 à 178 mots). Chaque réponse pouvait être codée dans plus d’une catégorie. La fréquence d’apparition des catégories dans les réponses a été comptabilisée et elle est présentée de manière descriptive afin d’illustrer la répartition des enjeux signalés par les organismes.

La détermination des schémas s’est appuyée sur les principes généraux de l’analyse thématique décrits par Braun et Clarke, en particulier la détermination de significations récurrentes dans un ensemble de données par une interaction récursive avec les données, sans adopter d’analyse thématique réflexive comme cadre méthodologique autonomeNote de bas de page 27. La crédibilité analytique a été renforcée par un double codage indépendant, des discussions d’équipe itératives et une vérification croisée des décisions de codage prises par des chercheurs ayant des antécédents expérientiels différents et relevant de disciplines différentes. Nous avons eu recours à des discussions réflexives afin de renforcer la transparence analytique en analysant comment les expériences professionnelles des chercheurs en santé publique et en matière d’initiatives à l’échelle du système ont pu influencer leurs décisions analytiques, conformément aux pratiques descriptives qualitatives.

Toutes les transcriptions ont été anonymisées. Les citations des propos des participants ont été identifiées par la lettre majuscule P et le numéro anonymisé du participant (par exemple P50). Elles sont traduites librement de l’anglais dans le cadre de cet article.

Approbation éthique

Les procédures de l’étude ont été approuvées par le comité d’éthique en recherche de Unity Health Toronto (21-240) et par le comité d’éthique en recherche du Centre de recherche du CHUM (2022-10366). Tous les participants ont fourni leur consentement éclairé.

Résultats

En 2023, PHORCAST a réalisé une enquête auprès de 298 organismes de santé publique ayant un mandat de prévention des maladies chroniques, soit 89 % des organismes admissibles. L’âge médian des 55 organismes qui ont répondu à la question ouverte était de 50 ans. La plupart (75 %) d’entre eux étaient des organismes utilisateurs, et 47 % étaient des organismes gouvernementaux formellement mandatés. Plus de la moitié (58 %) des organismes se consacraient entièrement à la prévention des maladies chroniques tandis que 42 % hébergeaient des unités de prévention des maladies chroniques. Les organismes desservaient diverses zones géographiques, la plus grande partie d’entre eux exerçant leurs activités à l’échelle régionale (31 %) ou provinciale ou territoriale (40 %). Près de la moitié (51 %) desservaient des zones géographiques de plus de 500 000 habitants (tableau 1).

Tableau 1. Caractéristiques des organismes de prévention des maladies chroniques ayant fourni des commentaires sur les obstacles à la prévention des maladies chroniques (n = 55), PHORCAST, Canada, 2023
Caractéristiques Proportion
Âge médian en années (écart interquartile [EI]) 50 (25-100)
Organisme utilisateur (%) 75
Organisme ressource (%) 15
OFM (%) 47
ONG (%) 53
Organismes entièrement dédiés à la PMC (%) 58
Organismes hébergeant des unités de PMC (%) 42
Zone géographique desservie (%)
Sous-région 7
Région 31
Province/territoire 40
Plusieurs provinces/territoires 11
Canada 11
Taille de la population desservie (%)
< 50 000 hab. 7
50 000 à 99 999 hab. 2
100 000 à 199 999 hab. 27
200 000 à 499 999 hab. 13
500 000 à 1 000 000 hab. 13
> 1 000 000 hab. 38
Nombre médian de membres du personnel à temps plein chargé de la PMC, n (EI) 67 (8-300)
Nombre médian de bénévoles, n (EI) 25 (9-60)

Les participants ont fait état de plusieurs obstacles qui se chevauchent et qui entravent les activités de prévention des maladies chroniques à l’échelle de leur organisme. À l’échelle des 55 organismes, 125 références codées ont été sélectionnées puis synthétisées autour de 5 thèmes clés (tableau 2). Les obstacles les plus fréquemment mentionnés sont liés aux capacités organisationnelles et à la mise en œuvre des programmes (n = 38), aux perturbations des activités de prévention des maladies chroniques dues à la pandémie de COVID-19 (n = 30) et aux politiques et systèmes (n = 28). Les obstacles liés à l’établissement de collaborations et de partenariats (n = 16) et à la mobilisation de collectivités diverses (n = 13) ont été moins souvent mentionnés (tableau 2).

Tableau 2. Thèmes dans les descriptions des obstacles organisationnels à la prévention des maladies chroniques par les participants, PHORCAST, Canada, 2023
Thème clé Fréquence, n
Capacités organisationnelles et mise en œuvre des programmes 38
Incidences de la pandémie de COVID-19 sur les activités de PMC 30
Politiques et systèmes 28
Collaboration et partenariats 16
Atteindre et mobiliser des collectivités diverses 13

Capacités organisationnelles et mise en œuvre des programmes

Le manque chronique de ressources est apparu comme un défi majeur. Les participants ont fait état d’une situation chronique où il faut « faire plus avec moins », exacerbée par l’inflation et par la stagnation des budgets. Les allocations budgétaires ont souvent failli à tenir compte de l’ampleur et de la complexité croissantes du travail de prévention des maladies chroniques. Un participant a expliqué qu’en dépit de la croissance rapide du programme,

[…] nous ne recevons que le montant que nous avons toujours reçu, et il n’y a pas d’accommodement pour le coût, vous savez, l’indice des prix à la consommation, sur le plan de l’augmentation des choses, nos frais de consultation, ce genre de choses augmentent. [P50, organisme ressource]

Cette stagnation financière a créé des obstacles pratiques à tous les niveaux de mise en œuvre, en particulier pour les unités plus petites et plus éloignées. Certains organismes ont mentionné la manière dont l’isolement géographique compliquait leur capacité à attirer des talents et à obtenir des ressources adéquates :

Nous sommes une très petite organisation dans notre province, nous sommes les plus petits, avec seulement 35000 personnes. Il nous est donc toujours difficile d’obtenir ces ressources. Nous sommes également très, très éloignés de la plupart des centres géographiques, et il est donc difficile de trouver des étudiants prêts à venir, à déménager ou à participer dans ces conditions [P118, organisme utilisateur].

Entre-temps, la demande de services de prévention (programmes locaux sur le mode de vie, initiatives en matière de santé à l’école et en milieu de travail, dépistage des maladies chroniques, campagnes d’éducation ou de sensibilisation du public, etc.) a considérablement augmenté depuis l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie, ce qui exerce une pression supplémentaire sur des infrastructures et un personnel déjà réduits. Ainsi, de nombreux organismes ont indiqué que leur capacité à répondre à cette demande n’a pas suivi le rythme : « Au fur et à mesure que la situation s’est améliorée, la demande de prévention des maladies chroniques a été forte, mais la formation et les ressources des programmes essentiels ont été faibles » [P165, organisme utilisateur].

Il en résulte une main-d’œuvre en mode de réactivité qui est poussée à ses limites, s’efforce de répondre aux besoins croissants de la collectivité mais manque des ressources financières et humaines nécessaires pour soutenir les programmes actuels, sans parler de l’innovation ou de l’expansion de nouveaux programmes. Plusieurs participants ont exprimé leur frustration concernant le fait que, malgré de bonnes idées et de bonnes intentions, des contraintes structurelles limitent leur capacité à mettre en œuvre des programmes ambitieux ou à forte incidence :

Il y a tant de choses à faire dans un environnement où les ressources sont limitées [...] on peut élaborer le meilleur programme possible, mais on n’a pas toujours les fonds nécessaires pour le mettre en œuvre à grande échelle et le diffuser. Nous devons toujours faire des choix par rapport aux endroits que nous pouvons atteindre [...] [P197, organisme utilisateur].

Un autre participant s’est exprimé dans le même sens :

Nous avons dû revoir nos budgets de telle sorte que nous n’avons plus d’argent pour la formation de nos entraîneurs d’activités parce que nous devons survivre en tant qu’organisation, alors que nous devons aller chercher d’autres financements et plus d’argent pour réaliser l’encadrement d’activités [P50, organisme ressource].

Ces points de vue illustrent la manière dont le manque de financement entrave non seulement les activités quotidiennes, mais éloigne également les organismes du renforcement proactif de leurs capacités ou de la planification à long terme. Comme l’exprime un participant, « nous n’avons tout simplement pas les ressources nécessaires pour un tel niveau de mise en œuvre » [P197, organisme utilisateur].

En bref, bien que l’innovation et l’expansion soient des objectifs d’envergure, les organismes demeurent ancrés dans un mode de survie, et font des compromis stratégiques qui donnent la priorité à la faisabilité plutôt qu’à des programmes plus ambitieux.

Obstacles systémiques et liés aux politiques

Les participants ont dépeint un paysage politique qui sous-évalue la prévention et oblige les organismes à agir de manière réactive plutôt que stratégique. Le contexte financier a été décrit comme instable, souvent motivé par des programmes politiques à court terme plutôt que par des résultats en matière de santé à long terme. Cette instabilité oblige les organismes à ajuster continuellement leurs priorités pour obtenir du financement, une pratique qui nuit à la continuité et à la planification stratégique :

[…] si le gouvernement fédéral ou le gouvernement provincial a une priorité, et que c’est là que vous allez, puis l’année suivante, ils changent de priorité et vous courez après cet argent, vous n’aurez jamais l’élan dont vous avez besoin, parce que vous changez de mode de vie. Cela prend des années [...] Il n’est pas possible de le faire dans le cadre d’un programme de six semaines. Cela n’arrive tout simplement pas [P144, organisme utilisateur].

La description de cette vision à court terme a été reprise par d’autres participants qui ont mentionné un contexte des politiques fragmenté, auquel il manque une vision ou une coordination globale. Au lieu de stratégies intégrées et fondées sur des données probantes, les organismes se heurtent souvent à une approche dispersée à l’échelle provinciale ou territoriale :

Ce qu’ils ont fait, c’est un ensemble de mesures disparates et ponctuelles, au lieu d’une approche exhaustive de ce travail [...]. Je pense qu’il y a des possibilités significatives pour nous [dans la province], si le ministère et le gouvernement provincial participaient à l’analyse de certains de ces enjeux et fournissaient les ressources dont ils disposent [P57, organisme utilisateur].

Les participants ont également souligné que les cultures politiques et organisationnelles ont tendance à donner la priorité à des programmes visibles et facilement quantifiables plutôt qu’à des mesures stratégiques en amont qui favorisent la santé de la population. Cette focalisation sur une optique à court terme compromet les investissements dans des stratégies de prévention à plus long terme :

Le manque de compréhension, mais aussi [...] les politiciens sont très axés sur la programmation, pour dire, vous savez, ils veulent être capables d’aligner des chiffres, et ils n’ont donc pas la même reconnaissance ou compréhension de l’importance d’une politique de santé publique pour créer une population en meilleure santé [P185, organisme utilisateur].

De même, les participants ont exprimé leur frustration par rapport au fait que, malgré les appels répétés à rééquilibrer le financement des soins actifs en faveur de la prévention, la promotion de la santé continue de recevoir des investissements insuffisants et seulement à court terme :

Le manque de reconnaissance du fait que la promotion de la santé sera rentable, qu’elle produira des dividendes à l’avenir [...] les initiatives de réduction des coûts des soins de santé ciblent les activités de promotion de la santé à court terme, qui ont une incidence sur la santé et le bien-être à long terme des personnes. [...] Même si de nombreux rapports ont fait état du transfert du financement des soins actifs vers la promotion de la santé et la santé de la population, ce transfert n’a pas encore eu lieu [P118, organisme utilisateur].

Outre les lacunes en matière de financement et de politiques, des contraintes structurelles plus larges ont été mises en évidence. Les unités de santé publique intégrées dans les structures gouvernementales sont souvent limitées dans leur capacité à communiquer directement avec le public, en particulier sur les questions sensibles ou politisées. Cette restriction limite la visibilité des efforts de prévention et empêche la diffusion de messages de santé publique en temps opportun :

Il y a beaucoup d’ingérence politique dans la santé publique parce qu’il ne s’agit pas d’un bureau indépendant [...] mais cela rend les choses vraiment difficiles parce que [...] nous faisons beaucoup de travail dans les communications, les médias sociaux, les campagnes [et] toutes ces sortes de choses, en élaborant des fiches d’information et des infographies qui seraient utiles pour le transfert de connaissances au public. Mais elles ne sont pas diffusées, parce qu’elles sont arrêtées par quelqu’un à un échelon supérieur [P185, organisme utilisateur].

Une telle ingérence renforce le déséquilibre qui existe depuis longtemps entre les soins actifs et la prévention, un thème qui a été mentionné à plusieurs reprises. Plusieurs participants ont noté que, alors que les maladies chroniques sont responsables de la majorité de la morbidité et de la mortalité, les efforts de prévention continuent d’être éclipsés par des priorités réactives en matière de soins : « Je pense que la prévention des maladies chroniques est largement sous-financée [...]. Nous perdons plus de personnes à cause des maladies chroniques que des maladies transmissibles » [P135, organisme utilisateur].

Outre l’ingérence politique, les participants ont décrit les défis structurels propres au secteur qui ont entravé la capacité des organismes à mettre en œuvre des programmes de prévention à l’échelle des collectivités. L’un de ces problèmes a été la perte de bénévoles à la suite de la pandémie de COVID-19, une main-d’œuvre qui a toujours joué un rôle essentiel dans la mise en œuvre des programmes. Un participant a expliqué :

Les bénévoles ne sont pas revenus. Que ce soit [parce qu’]ils ne veulent pas tomber malades, ou [parce qu’]ils ont passé entre 18 mois et 2 ans sans faire de bénévolat, et qu’ils se sont dit que c’était super, mais qu’ils ne voulaient plus faire de bénévolat [...]. Nous essayons de comprendre exactement ce qui se passe à l’échelle de la collectivité [P142, organisme utilisateur].

Pris ensemble, ces récits brossent le tableau d’un système continuellement remis en question par des vents politiques changeants et entravé par des obstacles institutionnels à la communication et à la continuité. Voici l’effet cumulatif : un secteur de la prévention des maladies chroniques incapable de réaliser son plein potentiel en raison d’investissements incohérents, d’une autonomie insuffisante et d’un contexte politique qui privilégie souvent la visibilité et les gains à court terme plutôt que l’amélioration durable de la santé de la population.

L’incidence de la pandémie de COVID-19 sur les activités de prévention des maladies chroniques

Les participants ont généralement décrit la pandémie de COVID-19 comme une perturbation profonde des efforts de prévention des maladies chroniques, dont les effets se sont fait sentir bien au-delà de la période de crise aiguë. Lorsque les systèmes de santé publique se sont orientés vers l’intervention d’urgence, presque tous les programmes de prévention des maladies chroniques ont été interrompus, privés de financement ou mis à l’écart. Le mandat de nombreux organismes a été temporairement suspendu, et le personnel a été réaffecté à la gestion de l’épidémie et aux efforts de vaccination. Comme l’a expliqué un participant, « de mars 2020 à environ, je dirais, mars 2021, nous n’avons vraiment pas fait de travail de prévention des maladies chroniques » [P163, organisme utilisateur]. D’autres ont fait état d’un arrêt presque total des activités de promotion de la santé de longue date, qui a entraîné une coupure entre les organismes et les collectivités qu’elles desservent : par exemple, « [...] un arrêt complet de toutes nos activités pour la promotion de la santé des collectivités [ce qui nous a laissé] en position de faiblesse lorsqu’il a fallu comprendre ce qui s’est passé dans nos collectivités au cours des dernières années » [P149, organisme utilisateur].

Outre l’interruption de la prestation de services, la pandémie de COVID-19 a entraîné des retards en cascade dans la mise en œuvre, dans la recherche et dans l’évaluation des programmes. Les répercussions de cette perturbation se sont fait sentir sur les plans des échéanciers, des partenariats et de la planification stratégique : « La COVID-19 a retardé et ralenti les échéanciers de certaines activités de transfert essentielles [...] elle a probablement fait reculer les équipes de [...] deux ans » [P79, organisme ressource].

Au-delà des revers sur le plan opérationnel, les participants ont décrit les dommages durables causés à la cohésion interne et à la collaboration externe. Le redéploiement du personnel a fragmenté les équipes, détourné l’attention des mandats principaux et affaibli la culture organisationnelle. Des partenariats de longue date avec les collectivités ont également été mis à rude épreuve, voire totalement perdus : « Les partenariats au sein de la collectivité ont été affectés. Les relations au sein de la division [...] ont été affectées [...] les changements structurels du système [...] ont créé des obstacles » [P185, organisme utilisateur]. Ces pertes relationnelles ont été aggravées par une réticence à reprendre des activités en personne. Bien que certains organismes aient tenté de reprendre les programmes de groupe, ils se sont heurtés à une participation réduite et à une peur persistante : « La première chose que nous avons constatée [...] est le manque de personnes qui veulent revenir après [...] à cause de la peur générale d’être en groupe [...] il n’y a pas de solution toute faite pour cela » [P175, organisme utilisateur].

Bien que quelques participants aient mentionné des points positifs, tels qu’une prise de conscience accrue des déterminants sociaux de la santé ou l’importance de renforcer les liens communautaires pendant les crises, la plupart d’entre eux ont exprimé le sentiment que le secteur est toujours en convalescence. Pour beaucoup, le retour aux activités courantes de la prévention des maladies chroniques est demeuré partiel ou symbolique, limité par des goulets d’étranglement non résolus et des priorités permanentes liées à la pandémie :

Au bout d’un an, les gens se sont mis d’accord sur le fait qu’il était temps de retirer [les professionnels des fonctions de] promotion de la santé [liées à la COVID-19] et de laisser les gens retourner à leurs affaires, mais cela n’a pas vraiment signifié grand-chose, parce que nous n’avons pas réussi à publier quoi que ce soit. Il s’agissait encore de la COVID-19 [P185, organisme utilisateur].

Ces réflexions illustrent la manière dont la pandémie a non seulement interrompu les activités de prévention des maladies chroniques à court terme, mais a également introduit des obstacles systémiques et relationnels supplémentaires. Cette incidence cumulative se traduit par des équipes fracturées, des innovations bloquées, des partenariats affaiblis et une incertitude persistante quant à l’avenir de la prévention au sein de systèmes de santé publique encore marqués par l’intervention de crise.

Atteindre et mobiliser des collectivités diverses

Les participants ont mis l’accent sur les obstacles qui empêchent de garantir que les efforts déployés dans le cadre de la prévention des maladies chroniques atteignent et touchent équitablement des collectivités diverses. Nombre d’entre eux ont indiqué que les modèles standard de mise en œuvre des programmes (en particulier ceux qui s’appuient fortement sur des plateformes numériques) risquent d’exclure des populations déjà mal desservies par le système de santé. Bien que les outils numériques aient élargi la portée des programmes pour certaines populations, ils ont introduit de nouveaux obstacles pour d’autres. Comme l’a fait remarquer un participant, « nous nous concentrons sur les collectivités racisées ou marginalisées, en particulier les Autochtones [...] un monde virtuel ne correspond pas à leurs préférences culturelles » [P69, organisme utilisateur]. Cette remarque relève d’une reconnaissance plus large du fait que les solutions technologiques, bien qu’efficaces, ne sont pas neutres sur le plan culturel. Pour de nombreux groupes, en particulier ceux qui ont des visions du monde différentes ou des antécédents de marginalisation, l’engagement numérique peut sembler déconnecté ou inaccessible.

L’exclusion numérique a également été signalée comme un problème majeur pour les aînés, qui sont souvent moins à l’aise ou moins équipés pour s’orienter dans les systèmes en ligne. Les participants ont mentionné le défi que représente l’équilibre entre l’innovation et l’accessibilité, en particulier dans les zones rurales ou mal desservies, où l’infrastructure Internet est limitée :

Nous avons toujours affaire au groupe des 55 ans et plus, des 50 ans et plus; [ce qui fait qu’on] doit utiliser tous les moyens de communication, y compris l’imprimé et le courrier postal. Beaucoup de choses ne sont disponibles qu’en ligne, [ce qui] n’est pas utile, surtout quand certaines parties de notre province n’ont même pas d’Internet… il y a des personnes de 87 ans qui n’ont jamais eu d’ordinateur et qui n’en veulent pas. Atteindre certaines personnes au sein d’un groupe démographique [...] ce n’est pas un groupe homogène [P172, organisme utilisateur].

Ces fractures numériques et générationnelles ont été aggravées par des pressions économiques croissantes, qui ont encore limité l’accès aux programmes et aux aides. Un participant a souligné que les contraintes financières (en particulier pour les personnes à revenu fixe) ont aggravé les inégalités préexistantes : « Avec l’augmentation du coût des choses, la situation s’est aggravée sur le plan de l’accessibilité pour certaines personnes [...] à revenu fixe [...] nous voyons beaucoup de gens qui ont des difficultés aujourd’hui alors qu’ils n’en avaient pas auparavant » [P172, organisme utilisateur].

Les participants ont appelé à s’éloigner des interventions étroites et individuelles pour adopter des modèles plus holistiques, inclusifs et axés sur la collectivité. La volonté d’intégrer l’équité, la sécurité culturelle et les systèmes de connaissances autochtones dans la pratique de prévention des maladies chroniques a été clairement exprimée. Un organisme a décrit l’évolution de son approche :

Nous nous concentrons sur la collectivité en tant que client, et non sur les individus, et nous nous éloignons des facteurs de risque modifiables pour nous intéresser à l’équité, à l’équité raciale, à l’environnement bâti, etc. Nous apprenons et grandissons [...] nous essayons d’être humbles et ouverts à l’approche à double perspective et à de nouveaux modes de connaissance. [P61, organisme utilisateur]

Ces explications témoignent d’une prise de conscience croissante du fait que l’obtention de résultats équitables en matière de prévention des maladies chroniques nécessite plus qu’une adaptation : elle nécessite une transformation. Les programmes doivent aller au-delà des messages génériques sur les risques et adopter des modèles de prestation qui tiennent compte des valeurs culturelles et des réalités économiques et qui sont conçus en collaboration avec les personnes qu’ils visent à servir. L’appel n’est pas seulement à l’inclusion, mais à un partenariat significatif, fondé sur le respect, la réciprocité et la pertinence.

Collaboration et partenariats

Les participants ont systématiquement souligné que la collaboration est à la fois essentielle et difficile dans le contexte actuel de la prévention des maladies chroniques. Bien que les partenariats intersectoriels soient largement reconnus comme essentiels pour s’attaquer aux déterminants complexes de la santé, beaucoup ont fait état d’un système fragmenté où la collaboration est favorisée de manière rhétorique mais n’est pas soutenue structurellement. Les organismes se retrouvent souvent en concurrence pour des fonds limités, ce qui nuit à la confiance et à l’action concertée. Selon un participant :

Il semble que tout le monde chante la même chanson, mais d’un point de vue différent [...] nous sommes tous en compétition pour les mêmes subventions et le même financement [...] nous rencontrons ces organismes et nous disons, comment pouvons-nous nous aider les uns les autres, mais il n’y a pas de financement pour augmenter la capacité des organismes à se développer ensemble [P95, organisme ressource].

En l’absence de financement durable et d’infrastructures pour soutenir le travail de partenariat, la collaboration demeure souvent informelle, à court terme, ou dépendante de relations personnelles plutôt que d’une conception à l’échelle du système. Le même participant a proposé un modèle dans lequel les bailleurs de fonds favoriseraient et coordonneraient les efforts conjoints : « Nous vous accorderons une subvention si vous êtes capable de bien jouer ensemble [...] et nous placerons un intermédiaire auprès de vous, pour vous aider [...] » [P95, organisme ressource]. Cette vision évoque la nécessité de structures intermédiaires (telles que des organismes de soutien, des facilitateurs neutres ou des rassembleurs) qui peuvent combler les lacunes entre les secteurs et réduire le fardeau administratif d’équipes de prévention des maladies chroniques surchargées.

D’autres ont fait écho à l’appel à la coordination à l’échelle du système et ont estimé que le leadership provincial ou territorial avait un rôle clé à jouer dans l’harmonisation des initiatives locales. Plutôt que de nouveaux investissements massifs, les participants ont plaidé en faveur d’une gouvernance plus intelligente et d’un leadership facilitateur susceptibles de réduire les doublons et d’accroître la portée collective :

Si le ministère et si le gouvernement provincial participaient ... et ce que je veux dire par là n’implique pas d’investissements supplémentaires importants [...] j’ai l’impression que les gens vont aller dans des directions différentes, ce qui crée un environnement très chaotique [P57, organisme utilisateur].

La pandémie a également mis en lumière le rôle vital des relations à l’échelle locale dans la réponse aux besoins de santé publique. Dans certains cas, la crise a servi de catalyseur à l’approfondissement de la mobilisation et de la coopération autour des déterminants sociaux de la santé :

[La pandémie de COVID-19] est en fait devenue un catalyseur, notamment en ce qui concerne les travaux menés dans des cadres organisés autour des déterminants sociaux de la santé. Pouvoir faire en sorte que davantage d’intervenants soient conscients de la nécessité d’agir sur les déterminants sociaux de la santé [P79, organisme ressource].

Plusieurs participants ont relevé des innovations prometteuses, telles que l’encadrement d’activités liées aux médecins, qui pourraient bénéficier d’une infrastructure et d’investissements intersectoriels plus importants. Ces modèles ont le potentiel d’établir un pont entre soins cliniques et soins communautaires, mais seulement s’ils sont mieux intégrés dans des systèmes de soutien plus larges :

Nous avons besoin de plus de ressources pour faire notre travail [...] l’encadrement d’activités va vraiment changer la donne [...] Nous ne comprenons pas pourquoi il n’y a pas plus de soutien pour ce que nous faisons et pour la prescription par les médecins et les professionnels de la santé [P143, organisme utilisateur].

Dans l’ensemble, ces réflexions indiquent que les partenariats ont besoin, pour être durables et efficaces, d’une structure de soutien et non d’une simple volonté de collaboration. Des investissements modestes mais stratégiques dans la coordination, les infrastructures partagées et l’harmonisation des politiques pourraient permettre de passer d’une collaboration ponctuelle à une prévention collective des maladies chroniques plus pérenne et plus influente.

Analyse

Cette analyse qualitative élargit la perspective des précédents cycles de PHORCAST en mettant en évidence ce qui est nouvellement significatif en 2023, et pas seulement ce qui demeure important. Les participants ont décrit les effets cumulés d’un sous-financement de longue date, de l’inflation de l’après-pandémie, de l’attrition de la main-d’œuvre et de l’affaiblissement des infrastructures de partenariat, qui se traduisent par une forme qualitativement différente de pression liée aux capacités des organismes. La pandémie de COVID-19 a été systématiquement présentée comme un amplificateur de vulnérabilités structurelles préexistantes plutôt que comme un facteur explicatif à part, accélérant des processus déjà en cours. Par rapport aux résultats précédents de PHORCASTNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17Note de bas de page 18Note de bas de page 19Note de bas de page 20, les témoignages des participants suggèrent que l’érosion des capacités en matière de prévention des maladies chroniques semble plus enracinée et moins récupérable, avec moins de tampons organisationnels disponibles pour absorber les chocs du système. La dépendance continue à l’égard des cycles de financement à court terme, combinée aux attentes croissantes en matière de programmes axés sur l’équité et répondant aux besoins des collectivités, impose des contraintes nouvelles et supplémentaires aux organismes qui exercent leurs activités dans un contexte politique et fiscal de plus en plus instable.

Un thème dominant émergeant des réponses est la présence d’attentes insoutenables envers les organismes de santé publique de « faire plus avec moins », une situation exacerbée par l’inflation et la stagnation des budgets. Ces contraintes limitent non seulement la mise en œuvre des initiatives de prévention des maladies chroniques, mais réduisent également la capacité d’innovation, d’évaluation et d’intensification. Ces préoccupations font écho à des critiques antérieures concernant la priorité insuffisante accordée à la promotion de la santé au sein les cadres des politiques canadienne en matière de santéNote de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6Note de bas de page 7Note de bas de page 8. Étant donné que les organismes sont obligés de privilégier la prestation de services de base au détriment du développement stratégique, le potentiel de transformation en matière de prévention est considérablement affaibli.

L’instabilité et la fragmentation des politiques sont apparues comme des menaces supplémentaires aux capacités en matière de prévention des maladies chroniques. Les participants ont décrit un contexte de financement imprévisible, qui oblige les organismes à « courir après l’argent » en réponse aux changements de priorités politiques, ce qui empêche toute planification à long terme et tout élan soutenu. Ce constat rejoint les critiques plus générales sur la gouvernance fragmentée de la santé publique au Canada et ses conséquences sur l’intégration des systèmes et l’équité en matière de santéNote de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6Note de bas de page 7Note de bas de page 8. En l’absence d’une stratégie stable et coordonnée pour la prévention des maladies chroniques à l’échelle provinciale, territoriale et fédérale, les efforts demeurent cloisonnés et redondants, et se limitent souvent à des initiatives à court terme qui manquent de cohérenceNote de bas de page 28.

La pandémie de COVID-19 a accentué la déstabilisation des opérations de prévention des maladies chroniques, ce qui révèle des vulnérabilités de longue date en matière d’infrastructure de la santé publique. La plupart des organismes ont connu un redéploiement généralisé du personnel et une suspension de leurs programmes, dont les effets résiduels se sont prolongés bien au-delà de la phase aiguë de la crise. Ces résultats concordent avec les analyses globales des effets perturbateurs de la pandémie sur les secteurs de la prévention et de la promotion de la santéNote de bas de page 12. Outre les revers sur le plan opérationnel, les participants ont fait état d’effets à long terme sur la cohésion interne des équipes et des partenariats externes, en soulignant que le rétablissement de la prévention des maladies chroniques doit intégrer non seulement le redémarrage des programmes, mais aussi la reconstruction des fondations organisationnelles et relationnelles. Ces enseignements vont aussi au-delà de la reprise après la pandémie et soulignent la nécessité de disposer de systèmes de prévention des maladies chroniques résilients, capables de résister à d’autres perturbations potentielles du système, telles que les urgences liées au climat (par exemple les incendies de forêt), les ralentissements économiques ou les défaillances de l’infrastructure numérique. Le renforcement de la flexibilité organisationnelle et de la coordination intersectorielle est essentiel pour garantir l’adaptation et le maintien en fonctionnement des systèmes de prévention en cas de crise.

Des obstacles liés à l’équité ont également été largement décrits au sein des organismes. Bien que les modèles de diffusion numérique se soient multipliés pendant la pandémie, ils ont souvent échoué à faire participer les aînés, les populations à faibles revenus et les collectivités culturellement diverses. Les participants ont souligné le besoin d’adopter des approches multimodales, intégrant les composantes culturelles, afin d’aller au-delà des messages sur les risques individuels pour aborder les déterminants structurels de la santé. Cela traduit une évolution plus large du discours sur la santé publique vers des cadres axés sur l’équité et reposant sur les collectivitésNote de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 31. Plusieurs participants ont appelé à l’intégration des systèmes de connaissances autochtones, tels que l’approche à double perspective, soulignant le potentiel des modèles de prévention des maladies chroniques fondés sur la réconciliation qui honorent les diverses formes de savoir.

Bien que la collaboration soit considérée comme essentielle pour une prévention efficace des maladies chroniques, les participants l’ont décrite comme difficile à maintenir. Ils ont noté que les dispositions actuelles en matière de financement et de gouvernance n’offrent qu’un soutien réduit à un travail de partenariat durable. Des recherches antérieures indiquent que le succès à long terme nécessite une harmonisation entre les systèmes, une infrastructure de soutien et des mécanismes de coordinationNote de bas de page 32. Les propositions de mesures de soutien intermédiaires et de modèles de financement qui favorisent la collaboration soulignent que des changements sont réalisables à l’échelle du système et sont susceptibles de débloquer de plus grandes capacités collectives sans nécessiter de nouveaux investissements majeurs.

Les résultats de notre étude concordent étroitement avec les récents appels à la transformation des systèmes de santé publique au Canada. Le rapport de l’administratrice en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2021 souligne la nécessité d’un système de santé publique plus résilient, équitable et intégré, capable de relever des défis complexes en matière de santé des populations grâce à des investissements soutenus, à une infrastructure de données améliorée et à des partenariats intersectoriels plus solidesNote de bas de page 30. De même, les Compétences essentielles en santé publique au Canada de 2025 offrent une vision modernisée de la pratique de la santé publique qui met l’accent sur l’équité, la résolution de problèmes complexes, la mobilisation des Autochtones et les capacités numériquesNote de bas de page 31. Ces priorités font écho aux travaux de Mondal et ses collaborateursNote de bas de page 33, qui mentionnent les compétences organisationnelles et de leadership telles que la pensée systémique, la communication stratégique et la capacité à s’adapter aux complexités comme des éléments fondamentaux des compétences en santé publique. Les appels lancés par les participants en faveur d’un financement coordonné et à long terme de la prévention des maladies chroniques, d’une conception des programmes sensible à l’équité et d’une infrastructure de soutien à la collaboration reflètent ces priorités nationales et académiques.

Enfin, bien que les participants aient souvent mis l’accent sur des stratégies pragmatiques telles que des investissements modestes et ciblés ou des partenariats locaux pour soutenir la prévention des maladies chroniques dans le cadre des contraintes actuelles, leurs points de vue témoignent également de la reconnaissance du fait que ces efforts seuls sont insuffisants. Par exemple, plusieurs propos soulignent la nécessité d’une réorientation des priorités, promise depuis longtemps, mais toujours absente, des soins actifs vers la prévention et des résultats à court terme vers les résultats à long terme en matière de santé de la population. Le sous-financement chronique et la fragmentation structurelle sont considérés comme des problèmes systémiques qui nécessitent des ajustements progressifs et des transformations plus larges de la manière dont la prévention est évaluée et gérée au Canada.

En résumé, cette étude souligne l’urgence de s’attaquer aux obstacles structurels et systémiques qui continuent d’affaiblir la prévention des maladies chroniques au Canada. En l’absence d’investissements à long terme, de cohérence politique et de conception axée sur l’équité, le fossé entre les objectifs de santé publique et les capacités organisationnelles ne fera que se creuser. Dans un contexte où les gouvernements s’efforcent de transformer les systèmes de santé à la suite de la pandémie, il est essentiel de positionner la prévention des maladies chroniques comme un élément fondamental (et non périphérique) de la santé de la population.

Points forts et limites

Parmi les points forts de cette étude, citons l’utilisation d’un modèle qualitatif descriptif, qui a permis d’obtenir des données contextuelles sur la manière dont les obstacles à la prévention des maladies chroniques sont perçus par les praticiens ayant une connaissance approfondie de leur organisme. L’analyse thématique a été menée indépendamment par deux chercheurs, ce qui a permis d’améliorer la rigueur analytique et la validité interprétativeNote de bas de page 34.

Parmi les limites, citons la présence d’un seul répondant pour chaque organisme, ce qui peut avoir limité la diversité des points de vue exprimés. Bien que la question ouverte ait été intentionnellement large pour favoriser la réflexion spontanée, elle a probablement introduit une variabilité dans la profondeur et l’orientation des réponses. De futures recherches pourraient intégrer des entrevues de suivi ou des questions incitatives ciblées afin d’explorer systématiquement certains domaines thématiques spécifiques.

Tous les organismes participants étaient bien établis et avaient entre 25 et plus de 100 ans d’existence. Leurs points de vue reflètent donc l’expérience d’organismes matures ayant une plus grande résilience et l’infrastructure nécessaire pour soutenir les efforts en matière de prévention des maladies chroniques malgré un sous-financement chronique. En revanche, nos résultats ne reflètent vraisemblablemnt pas les réalités des organismes plus récents ou moins bien établis ou ceux qui ont cessé d’exister entre les cycles de collecte de données de PHORCAST. Les recherches futures devraient également analyser la manière dont l’âge et la maturité de l’organisme influencent les capacités en matière de prévention des maladies chroniques, en particulier en cas de stress du système.

Recommandations en matière de politiques

Les résultats de cette étude vont dans le sens d’un ensemble d’orientations stratégiques plus ciblées et ancrées dans les faits, qui reposent sur les explications des participants. Plutôt qu’une vaste réforme du système, les participants ont souligné la nécessité de prendre des mesures pragmatiques pour soutenir la prévention des maladies chroniques dans les conditions actuelles. Cinq domaines prioritaires ont émergé. Premièrement, les gouvernements devraient fournir un financement de base stable et ajusté en fonction de l’inflation pour la prévention des maladies chroniques afin de soutenir le personnel, la continuité des programmes et des capacités opérationnelles de baseNote de bas de page 29Note de bas de page 35. Les participants ont systématiquement mentionné les financements faibles ou à court terme comme un obstacle central qui limite la planification, l’intensification et la pérennité des programmes.

Deuxièmement, une cohérence accrue des politiques est nécessaire pour réduire les fréquents changements de priorités qui obligent les organismes à réorienter continuellement leurs efforts en fonction de l’évolution des objectifs politiques. Les participants ont insisté sur le fait que la prévention repose sur une longue durée incompatible avec des cycles de financement à court terme.

Troisièmement, la collaboration intersectorielle nécessite une infrastructure spécifiqueNote de bas de page 32Note de bas de page 36. Les participants ont souligné l’absence de mesures de soutien intermédiaires, de mécanismes de coordination et de financement des partenariats comme autant d’obstacles à une collaboration durable, malgré une forte volonté de travailler de manière intersectorielle.

Quatrièmement, les initiatives de prévention des maladies chroniques doivent être axées sur l’équité et adaptées du point de vue culturelNote de bas de page 29. Les participants ont souligné la nécessité d’adopter des approches allant au-delà des modèles de prestation uniquement numériques, afin de mobiliser davantage les collectivités autochtones, les aînés, les populations rurales et d’autres groupes pour lesquels les modalités actuelles sont peu adaptéesNote de bas de page 37Note de bas de page 38.

Cinquièmement, la reconstitution des capacités en matière de prévention des maladies chroniques à la suite des perturbations liées à une pandémie demeure une priorité urgenteNote de bas de page 39Note de bas de page 40. Les participants ont fait état d’effets durables sur la stabilité des effectifs, les partenariats et la mémoire institutionnelle, ce qui indique que le rétablissement nécessite plus qu’un simple redémarrage des programmes.

Conclusion

Cette étude souligne que, 20 ans après le lancement de PHORCAST, les organismes de santé publique canadiens continuent de se heurter à des obstacles persistants et, dans certains cas, à une intensification de ces obstacles. En l’absence d’investissements soutenus, d’une orientation stratégique cohérente et d’un soutien à la collaboration et aux pratiques sensibles à l’équité, la prévention des maladies chroniques demeurera vulnérable aux chocs actuels et futurs du système.

Remerciements

Katerina Maximova est titulaire de la chaire de la Fondation de la famille Murphy en interventions précoces. Maryam Marashi est titulaire d’une bourse de doctorat du Conseil de recherches en sciences humaines. Erin O’Loughlin a été titulaire d’une bourse salariale postdoctorale du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQ-S) au cours de cette étude. Jennifer O’Loughlin a été titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur les déterminants précoces des maladies chroniques chez l’adulte de 2004 à 2021.

Financement

Le projet PHORCAST a été soutenu par une subvention de fonctionnement des Instituts de recherche en santé du Canada (subvention no 170321).

Conflits d’intérêts

Jennifer O’Loughlin est membre du comité de rédaction de la revue, mais n’a pas participé au processus d’évaluation ni à la prise de décision éditoriale pour cet article.

Les auteures n’ont pas de conflits d’intérêts.

Contribution des auteures et avis

  • KM : conception, acquisition de financements, méthodologie, administration du projet, supervision, rédaction – première version du manuscrit, rédaction – relectures et corrections.
  • MM : analyse des données, rédaction – première version du manuscrit, rédaction – relectures et corrections.
  • EO’L : analyse des données, rédaction – première version du manuscrit, rédaction – relectures et corrections.
  • JO’L : conception, acquisition de financements, méthodologie, rédaction – relectures et corrections.

Le contenu de l’article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteures; ces points de vue ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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2026-05-13

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