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Recherche quantitative originale – L’impact de la légalisation du cannabis à des fins récréatives sur les visites aux urgences pédiatriques en Colombie-Britannique (Canada)

Revue PSPMC

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Melody Xiao, B.A., M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Aygun Ibrahimova, M.S.P., B. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Atousa Zargaran, B. Sc.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Phoebe Cheng, B. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Mojgan Karbakhsh, M.D., M.S.P.Note de rattachement des auteurs 1; Fahra Rajabali, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Kate Turcotte, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Kirvy Quiambao, B.A., M.S.P.Note de rattachement des auteurs 3; Shelina Babul, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 4Note de rattachement des auteurs 5

https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.4.04f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Creative Commons License

Attribution suggérée

Article de recherche par Xiao M et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0

Rattachement des auteurs
Correspondance

Melody Xiao, F508, 4480, rue Oak, Vancouver (C.-B.)  V6H 3V4; tél. : 778-319-2418; courriel : Melody.Xiao@bcchr.ca

Citation proposée

Xiao M, Ibrahimova A, Zargaran A, Cheng P, Karbakhsh M, Rajabali F, Turcotte K, Quiambao K, Babul S. L’impact de la légalisation du cannabis à des fins récréatives sur les visites aux urgences pédiatriques en Colombie-Britannique (Canada). Health Promot Chronic Dis Prev Can. 2026;46(4):185-195. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.4.04f

Résumé

Introduction. Les jeunes Canadiens affichent des taux de consommation de cannabis parmi les plus élevés au monde, ce qui soulève des inquiétudes quant aux intoxications chez les enfants et les adolescents dues à des expositions involontaires et à la consommation récréative depuis la légalisation. Cette étude analyse et compare les tendances en matière d’intoxication au cannabis chez les enfants et les jeunes de 16 ans ou moins traités au service des urgences d’un hôpital pédiatrique canadien avant et après la légalisation du cannabis à des fins non médicales.

Méthodologie. Les visites aux urgences liées au cannabis au BC Children’s Hospital (BCCH) (2016-2021) ont été identifiées à partir de la base de données du Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT) à l’aide de codes de blessures et de recherches par mots clés. Les variables clés étaient l’âge, le sexe, l’intention, la méthode de consommation de cannabis, l’intention d’intoxication, la saison, la consommation avec des pairs et le mode d’arrivée aux services des urgences. Des tests du khi-carré ont été utilisés pour évaluer les associations entre les caractéristiques et une analyse de séries chronologiques interrompues a permis d’évaluer l’impact de la légalisation.

Résultats. Entre 2016 et 2021, 304 visites aux urgences pédiatriques pour intoxication au cannabis ont été enregistrées au BCCH, soit une augmentation de 55,5 % entre la période antérieure à la légalisation (n = 119) et la période suivant la légalisation (n = 185). Les intoxications involontaires sont passées de 4 % à 12 % et sont principalement dues à l’ingestion de produits comestibles chez les enfants dont l’âge médian était de 3 ans. Dans 90 % des cas, il s’agissait plutôt d’une consommation intentionnelle, la coconsommation avec d’autres substances étant plus fréquente que la consommation de cannabis seulement. L’analyse des séries chronologiques interrompues a montré une tendance à la hausse des intoxications entre 2016 et 2018, une augmentation immédiatement après la légalisation de 48 % des visites aux urgences, puis une baisse.

Conclusion. Nos résultats soulignent la nécessité de renforcer les efforts de prévention en matière de consommation de substances, les programmes d’éducation et la surveillance continue afin de réduire les dommages chez les enfants et les jeunes liés à la consommation intentionnelle et à l’exposition non intentionnelle au cannabis, en particulier aux produits comestibles.

Mots-clés : enfant, adolescent, cannabis, produits comestibles, intoxication, risque, législation

Points saillants

  • Les visites aux urgences du BC Children’s Hospital liées à la consommation involontaire de cannabis concernaient principalement les enfants ayant un âge médian de 3 ans, passant de 4 % avant la légalisation du cannabis à 12 % après la légalisation.
  • Les visites aux urgences du BC Children’s Hospital liées à une intoxication due à la consommation intentionnelle de cannabis concernaient principalement des jeunes âgés en moyenne de 15 ans, la coconsommation avec d’autres substances étant plus fréquente que la consommation de cannabis seulement, tant avant qu’après la législation sur le cannabis.
  • Après la légalisation, les intoxications dues à la coconsommation des jeunes enregistrées au service des urgences du BC Children’s Hospital étaient plus fréquentes chez les filles, et les intoxications dues uniquement au cannabis étaient plus nombreuses le week-end.
  • Les visites aux urgences du BC Children’s Hospital pour intoxication au cannabis ont augmenté entre 2016 et 2018, ont connu un pic de 48 % au moment de la légalisation et ont diminué dans la période qui a suivi la légalisation du cannabis.

Introduction

Les jeunes Canadiens affichent des taux de consommation de cannabis parmi les plus élevés au monde, avec 43 % des jeunes de 16 à 19 ans déclarant avoir consommé du cannabis au moins une fois au cours des 12 derniers mois en 2023Note de bas de page 1Note de bas de page 2. L’adoption du projet de loi C-45 (Loi sur le cannabis) le 17 octobre 2018 a légalisé et réglementé la production, la distribution, la vente et la possession de cannabis au CanadaNote de bas de page 3. Alors que la légalisation ne visait que les adultes de 18 ans et plus, des inquiétudes ont surgi quant à l’augmentation de l’usage intentionnel en raison d’un accès accru chez les adolescents et d’une exposition involontaire chez les jeunes enfants, incluant les intoxications involontairesNote de bas de page 4. Les cas involontaires impliquent généralement de jeunes enfants qui ingèrent par inadvertance des produits du cannabis, en particulier des produits comestibles, tandis que les cas intentionnels sont plus fréquents chez les adolescents et liés à un usage récréatif, à la surconsommation, à la polyconsommation ou à l’automutilation. En dépit d’une prévalence déjà élevée de la consommation de cannabis chez les jeunes Canadiens avant la légalisation, des inquiétudes demeurent à propos d’une aggravation potentielle des risques pour la santé, comme en témoignent l’augmentation du nombre de visites à l’urgence et les changements dans les tendances observéesNote de bas de page 5Note de bas de page 6. Ces augmentations résultent sans doute d’une plus grande acceptabilité sociale et de changements dans les perceptions, l’accès et les modes de consommation chez les jeunes à la suite de la légalisation du cannabisNote de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9.

Dans plusieurs États américains ayant légalisé le cannabis récréatif, les expositions intentionnelles chez les jeunes (12 à 24 ans) ont augmenté, ce qui s’est traduit par une hausse des visites aux urgences, des hospitalisations et des appels aux centres antipoisonNote de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 12Note de bas de page 13. Au Massachusetts, plus de la moitié des appels pour exposition intentionnelle chez les adolescents de 15 à 19 ans impliquaient la consommation de plusieurs substances, le plus souvent de l’alcoolNote de bas de page 10. Des tendances similaires apparaissent au Canada, où les visites des adolescents aux urgences et les appels aux centres antipoison liés au cannabis ont augmenté à la suite de la légalisation, la plupart des cas concernant l’usage récréatif, beaucoup les produits comestibles, et les expositions à l’automutilation impliquant souvent plusieurs substances (11 à 18 ans)Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 16Note de bas de page 17. Dans les provinces canadiennes de l’Alberta et de l’Ontario, les cas d’urgence ont augmenté après la légalisation du cannabis récréatif, avec une augmentation de 20 % des intoxications chez les jeunes, en particulier chez les adolescents de 12 à 17 ansNote de bas de page 14. On assiste également à des changements notables dans les habitudes de consommation chez les jeunes en Colombie-Britannique. L’enquête sur la santé des adolescents de la Colombie-Britannique menée en 2023 par la McCreary Centre Society a révélé un changement dans les habitudes de consommation de cannabis : par rapport à 2018, les jeunes de 12 à 18 ans étaient moins susceptibles d’avoir fumé du cannabis et plus susceptibles d’en avoir consommé sous forme comestible lors de leur consommation la plus récenteNote de bas de page 16.

Le cannabis présente des risques particuliers pour les enfants, qui sont susceptibles d’être gravement intoxiqués et de subir des répercussions à long terme sur le développement du cerveauNote de bas de page 18. Des études américaines montrent une augmentation des intoxications pédiatriques après la légalisation du cannabis (12 ans et moins), principalement dues à l’ingestion involontaire de produits comestibles par de jeunes enfantsNote de bas de page 19Note de bas de page 20Note de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23Note de bas de page 24. Plus précisément, en Californie, les expositions au cannabis ont fortement augmenté après la légalisation en 2016 et la vente au détail en 2018, avec la plus forte augmentation des appels au centre antipoison chez les enfants de moins de 13 ans et surtout de moins de 6 ans, en raison de l’ingestion de gommes et de bonbons à base de cannabisNote de bas de page 25. Des tendances similaires sont apparues au Canada, où les produits comestibles, dont les aliments et les boissons infusées avec du cannabis, ont été légalisés en 2019Note de bas de page 26. Depuis lors, les expositions pédiatriques involontaires (12 ans et moins), en particulier à des produits comestibles, ont augmenté, contribuant à une hausse des visites aux urgences, des hospitalisations et des appels au centre antipoison dans plusieurs provincesNote de bas de page 5Note de bas de page 15Note de bas de page 27Note de bas de page 28Note de bas de page 29. Les données du British Columbia Drug and Poison Information Centre (BC DPIC), qui a géré près de 4 000 appels liés au cannabis entre 2013 et 2021, montrent une augmentation constante des appels même avant la légalisation, avec les taux les plus élevés d’appels pour des expositions non intentionnelles à des produits comestibles chez les enfants de moins de 5 ansNote de bas de page 15. Une autre étude canadienne a montré que chez les enfants de 9 ans et moins, les hospitalisations pour intoxication au cannabis ont augmenté après la légalisation des fleurs de cannabis séchées en 2018 et doublé après la légalisation des produits comestibles, où les hospitalisations ont augmenté davantage dans les provinces autorisant les produits comestibles (Ontario, Alberta, Colombie-Britannique) par rapport au Québec, une province qui interdisait à l’époque les produits comestiblesNote de bas de page 30. À partir de 2025, toutes les provinces et tous les territoires canadiens autorisent la vente de cannabis comestible, avec des variations dans les calendriers de déploiement; cependant, le Québec restreint actuellement les produits susceptibles d’attirer les mineurs, tels que les bonbons, les chocolats et les desserts, n’autorisant que certains produits comestibles, tels que les fruits secs et les noixNote de bas de page 31.

On a également observé une augmentation notable de la consommation de substances chez les enfants et les jeunes aux États-Unis et au Canada pendant la pandémie de COVID-19, coïncidant avec une augmentation des visites aux services d’urgence pour intoxication par rapport aux niveaux d’avant la pandémie, le cannabis formant une proportion croissante des intoxications. Des augmentations relatives ont été observées chez les jeunes enfants (âgés de 6 mois à 5 ans) et les adolescents (âgés de 11 à 18 ans), et les proportions élevées se sont manifestées jusqu’à l’âge de jeune adulte (jusqu’à 24 ans)Note de bas de page 13Note de bas de page 17Note de bas de page 32. Une étude américaine a suggéré que l’augmentation des expositions non intentionnelles chez les enfants de 6 mois à 5 ans était probablement liée au fait qu’ils passaient plus de temps à la maison et que les produits à base de cannabis étaient plus accessibles dans les foyersNote de bas de page 32. En ce qui concerne les jeunes de 11 à 24 ans, l’augmentation des visites aux urgences, en particulier pour usage récréatif et automutilation intentionnelle, peut être attribuée aux facteurs de stress liés à la pandémie et aux perturbations des habitudesNote de bas de page 13Note de bas de page 17.

Comprendre l’impact des changements législatifs sur les intoxications au cannabis peut guider les politiques de prévention, étant donné la susceptibilité des jeunes enfants aux expositions non intentionnelles et le risque chez les adolescents de consommation intentionnelle, souvent de plusieurs substances, ce qui peut nuire à leur santéNote de bas de page 33Note de bas de page 34. Une étude de 2020 a analysé les intoxications au cannabis chez les enfants et les jeunes de 16 ans et moins vus au BC Children's Hospital (BCCH) avant la légalisation du cannabis à des fins récréatives afin d’établir une base de référenceNote de bas de page 35. L’objectif de notre étude est d’analyser les tendances et les schémas des intoxications au cannabis chez les enfants et les jeunes de moins de 16 ans vus au BCCH depuis la légalisation en 2018 du cannabis à des fins non médicales au Canada, en incluant des facteurs tels que la coconsommation, les voies d’exposition et les types de produits. L’analyse de ces changements permet d’identifier les risques émergents, d’évaluer l’efficacité des mesures de protection en vigueur, telles que les exigences en matière d’emballage et d’étiquetage des produits, et de contribuer à l’élaboration d’une éducation ciblée pour les aidants et les collectivités.

L’approbation éthique a été obtenue auprès de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), du Children’s and Women’s Health Centre of British Columbia (CW) et du Comité d’éthique de la recherche, certificat n° H23-00948.

Méthodologie

Collecte et extraction des données

Les données sur les visites aux urgences liées à une intoxication au cannabis au BCCH entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2021 ont été extraites de la base de données du Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT). Le SCHIRPT est un système de surveillance des urgences qui enregistre les cas de blessures, dont les intoxications, en remplissant des formulaires recueillis lors de l’inscription par les patients ou leurs aidants. Les cas d’intoxication liée au cannabis ont été identifiés à l’aide des codes du SCHIRPT « 50NI » (intoxication ou effet toxique) et « 900BP » (partie du corps non requise), ainsi qu’à l’aide d’une recherche par mot-clé dans les descriptions des blessures pour des termes tels que « cannabis », « haschich », « CBD », « marijuana », « THC », « bong » ou « comestible  ». Pour garantir l’exhaustivité, les descriptions des blessures ont été revues afin de repérer les cas manquants.

Description des variables

Les principales variables extraites ont été l’âge, le sexe, l’intention de consommation de cannabis, l’intention d’intoxication, le traitement fourni au patient, l’heure de consommation de cannabis, la saison, la méthode de consommation de cannabis, la consommation de substances avec les pairs, la personne en quête de traitement et le mode d’arrivée au service des urgences.

La consommation de cannabis a été classée comme non intentionnelle (par exemple, de jeunes enfants ingérant par inadvertance des produits comestibles) ou intentionnelle (consommation délibérée en vue d’obtenir des effets psychoactifs). L’intention d’intoxication a été classée comme intentionnelle (dont l’automutilation ou les dommages causés par d’autres personnes) ou non intentionnelle. L’heure de l’intoxication a été classée en fonction du moment de la journée – matin (minuit à 11 h 59), après-midi (12 h à 17 h 59) et soirée (18 h à 23 h 59) – et du jour de la semaine, regroupés en jours de semaine (du lundi au vendredi) et en week-ends (samedi et dimanche). Les saisons ont été définies comme suit : printemps (mars à mai), été (juin à août), automne (septembre à novembre) et hiver (décembre à février). La méthode de consommation du cannabis était l’inhalation (par exemple, joint, bong, vaporisateur), l’ingestion (par exemple, brownies, gommes) ou les deux. La consommation de substances avec les pairs indique si les substances ont été consommées avec des pairs ou non. La personne en quête de traitement est la personne qui a amené le patient aux urgences, qu’il s’agisse d’un témoin (non impliqué et sans lien avec le patient), d’un membre de la famille ou d’un ami ou encore du patient lui-même. Le mode d’arrivée aux urgences pouvait être les services de santé d’urgence (ambulance ou police), la famille ou un autre mode (par exemple auto-admission, travailleur social ou ami).

Analyse des données

Des tests du khi-carré ont été utilisés pour évaluer si la distribution des cas d’intoxication par le cannabis uniquement et par la coconsommation se modifiait en fonction de variables catégorielles telles que le sexe et le moment de l’intoxication. Une analyse de séries temporelles interrompues (STI) utilisant une régression de Poisson segmentée a évalué l’impact immédiat et à long terme de la légalisation du cannabis sur les visites aux urgences liées à l’intoxication au cannabis. En raison du faible nombre de cas mensuels, les données ont été agrégées trimestriellement, ce qui a permis d’obtenir seulement 24 points de données disponibles pour l’analyse. Compte tenu du faible nombre d’observations, l’étude n’a pas la puissance nécessaire pour détecter un effet modeste et le niveau de signification a été fixé à 10 % afin de réduire le risque de faux négatifs.

La période post-légalisation a été définie comme commençant le 1er janvier 2019, afin de tenir compte du déploiement progressif et de l’offre initiale limitée des producteurs de cannabis autorisésNote de bas de page 36. La période d’étude a été divisée en période antérieure à la légalisation (T1 de 2016 au T4 de 2018) et période post-légalisation (T1 de 2019 au T4 de 2021). La variable de résultat est le nombre de cas d’intoxication au cannabis et la variable d’exposition est la légalisation du cannabis, fixée au T1 de 2019. Pour saisir l’effet multiplicatif des changements trimestriels, le coefficient du modèle STI a été élevé à une puissance pour produire un ratio de taux. Toutes les analyses de données ont été effectuées à l’aide de R, version 4.2.3Note de bas de page 37.

Résultats

Au cours de la période de trois ans antérieure à la légalisation (janvier 2016 à décembre 2018), 119 visites aux urgences pour intoxication pédiatrique au cannabis ont été enregistrées au BCCHNote de bas de page 35. Après la légalisation (janvier 2019 à décembre 2021), ce nombre est passé à 185 cas, soit une augmentation de 55,5 %. Dans les deux périodes, plus de 85 % des cas étaient liés à une consommation intentionnelle de cannabis, peu de cas résultant d’une consommation non intentionnelle.

Consommation involontaire de cannabis

Après la légalisation du cannabis, 12 % des intoxications liées au cannabis au BCCH étaient dues à une consommation involontaire, contre 4 % avant la légalisationNote de bas de page 35. Dans les deux périodes, l’âge médian était de 3 ans, et la plupart des cas concernaient l’ingestion de produits comestibles tels que des biscuits, des gommes ou du chocolat. La plupart des patients ont été traités et ont quitté les urgences, peu d’entre eux ayant eu besoin d’être admis.

Avant la légalisation, 80 % des visites aux urgences liées à la consommation non intentionnelle de cannabis concernaient des garçons, dont 73 % le week-endNote de bas de page 35. Après la légalisation, 59 % concernaient des filles, dont la plupart les week-ends. Dans la période post-légalisation, 90 % des cas se sont produits après la légalisation des produits comestibles, fin 2019.

Consommation intentionnelle de cannabis

La consommation intentionnelle de cannabis a été classée comme suit : cannabis seulement ou coconsommation avec de l’alcool, des drogues illicites ou des médicaments. Elle représentait 96 % des cas antérieurement à la légalisation et 88 % après. Parmi les 114 cas antérieurs à la légalisation, 29 % concernaient uniquement le cannabis et 71 % la coconsommationNote de bas de page 35. Après la légalisation, 34 % des 163 patients n’ont consommé que du cannabis et 66 % ont déclaré en avoir consommé conjointement avec d’autres substances.

La comparaison démographique des intoxications intentionnelles au cannabis au BCCH avant et après la légalisation est présentée dans le tableau 1. L’âge médian des patients était de 15 ans (écart interquartile [EIQ] : 14 à 16 ans) pour les deux périodes. Avant la légalisation, les cas de consommation de cannabis uniquement et de coconsommation étaient répartis de manière égale selon le sexe (p = 0,29)Note de bas de page 35. Après la légalisation, les cas de consommation de cannabis uniquement étaient plus nombreux chez les garçons, tandis que la coconsommation était plus fréquente chez les filles (p = 0,01). En ce qui concerne la coconsommation en particulier, les garçons étaient plus susceptibles de coconsommer avant la légalisation, tandis que les filles étaient plus susceptibles de coconsommer après la légalisation (p < 0,01). Plus de 85 % des intoxications au cannabis sont dues à une consommation récréative plutôt qu’à une automutilation ou à une agression. Durant les deux périodes, près de 90 % des patients ont été traités ou observés aux urgences puis sont sortis.

Tableau 1. Données sociodémographiques des patients vus aux urgences du British Columbia Children's Hospital en raison d'une intoxication résultant de la consommation intentionnelle de cannabis, avant et après la légalisation, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Description Consommation
Avant la légalisation
janvier 2016 à décembre 2018
(n = 114)
Après la légalisation
janvier 2019 à décembre 2021
(n = 163)
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Non
n (%)
Oui
n (%)
Non
n (%)
Oui
n (%)
Âge médian en années (EIQ) 15 ans (14 à 15 ans) 15 ans (14 à 16 ans) s.o. 15 ans (14 à 15 ans) 15 ans (14 à 16 ans) s.o.
Sexe
Masculin 16 (49 %) 48 (59 %) χ2 = 1,11, p = 0,29, ddl = 1 33 (60 %) 39 (36 %) χ2 = 7,49, p = 0,01, ddl = 1
Féminin 17 (52 %) 33 (41 %) χ2 = 1,11, p = 0,29, ddl = 1 22 (40 %) 69 (64 %) χ2 = 7,49, p = 0,01, ddl = 1
Intention d'intoxication
Intoxication involontaire 45 (98 %) 59 (87 %) Note de bas de page b 53 (96 %) 87 (81 %) Note de bas de page b
Automutilation intentionnelle Note de bas de page a 6 (9 %) Note de bas de page b Note de bas de page a 12 (11 %) Note de bas de page b
Autres intentions Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b Note de bas de page a 8 (7 %) Note de bas de page b
Traitement fourni au patient
Pas de traitement (conseils uniquement, tests de diagnostic, aiguillage vers un MG) 7 (21 %) 19 (24 %) Note de bas de page b 16 (29 %) 21 (19 %) Note de bas de page b
Traitement, avec suivi nécessaire ou non 7 (21 %) 27 (33 %) Note de bas de page b 17 (36 %) 35 (32 %) Note de bas de page b
Observation, avec suivi nécessaire ou non 16 (49 %) 26 (32 %) Note de bas de page b 12 (22 %) 31 (29 %) Note de bas de page b
Admission à l'hôpital pour traitement Note de bas de page a 8 (10 %) Note de bas de page b 5 (11 %) 13 (12 %) Note de bas de page b
Autres traitements Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b Note de bas de page a 8 (7 %) Note de bas de page b

Au cours de la période antérieure à la légalisation, les intoxications dues au cannabis uniquement et celles liées à la coconsommation différaient de manière significative en ce qui concerne le moment de la journée (tableau 2)Note de bas de page 35. Près de la moitié des cas d’intoxication due au cannabis uniquement ont eu lieu l’après-midi, le reste se produisant durant la soirée (p < 0,01)Note de bas de page 35. Les cas de coconsommation ont eu lieu principalement dans la soirée (58 %), puis le matin (24 %) et enfin l’après-midi (16 %) (p = 0,01)Note de bas de page 35. Après la légalisation, le moment de la journée est demeuré inconnu pour 33 % des cas d’intoxication au cannabis uniquement et pour 58 % des cas de coconsommation. Les intoxications étaient plus fréquentes les jours de semaine avant la légalisation (p = 0,01)Note de bas de page 35, une augmentation des intoxications au cannabis uniquement ayant été observée le week-end après la légalisation. La saisonnalité a été associée au type d’intoxication avant la légalisation (p = 0,05), avec moins de cas d’intoxication au cannabis uniquement au printemps (15 %) et moins de cas de coconsommation en hiver (12 %)Note de bas de page 35. Aucune association saisonnière n’a été constatée après la légalisation.

Tableau 2. Répartition temporelle des intoxications dues au cannabis et à la coconsommation résultant d’une consommation intentionnelle, observées aux urgences du British Columbia Children’s Hospital, avant et après la légalisation, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Description Consommation
Avant la légalisation
janvier 2016 à décembre 2018
(n = 114)
Après la légalisation
janvier 2019 à décembre 2021
(n = 163)
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Non
n (%)
Oui
n (%)
Non
n (%)
Oui
n (%)
Moment de la journée
Matin Note de bas de page a 19 (24 %) χ2 = 11,86, p < 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 7 (13 %) 12 (11 %) Note de bas de page b
Après-midi 15 (46 %) 13 (16 %) χ2 = 11,86, p < 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 18 (33 %) 17 (16 %) Note de bas de page b
Soirée 14 (42 %) 47 (58 %) χ2 = 11,86, p < 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 12 (22 %) 16 (15 %) Note de bas de page b
Inconnu Note de bas de page a Note de bas de page a χ2 = 11,86, p < 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 18 (33 %) 63 (58 %) Note de bas de page b
Moment de la semaine
Jour de semaine 30 (91 %) 56 (69 %) χ2 = 6,00, p = 0,01, ddl = 1Note de bas de page d 39 (71 %) 70 (65 %) χ2 = 0,37, p = 0,54, ddl = 1
Week-end Note de bas de page a 25 (31 %) χ2 = 6,00, p = 0,01, ddl = 1Note de bas de page d 16 (29 %) 38 (35 %) χ2 = 0,37, p = 0,54, ddl = 1
Saison
Printemps 5 (15 %) 23 (28 %) χ2 = 7,76, p = 0,05, ddl = 3 9 (16 %) 17 (16 %) χ2 = 5,39, p = 0,15, ddl = 3
Été 10 (30 %) 18 (22 %) χ2 = 7,76, p = 0,05, ddl = 3 20 (36 %) 26 (24 %) χ2 = 5,39, p = 0,15, ddl = 3
Automne 8 (24 %) 30 (37 %) χ2 = 7,76, p = 0,05, ddl = 3 18 (33 %) 33 (31 %) χ2 = 5,39, p = 0,15, ddl = 3
Hiver 10 (30 %) 10 (12 %) χ2 = 7,76, p = 0,05, ddl = 3 8 (15 %) 32 (30 %) χ2 = 5,39, p = 0,15, ddl = 3
Année
2016 8 (24 %) 27 (33 %) χ2 = 1,2, p = 0,55, ddl = 2 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c
2017 10 (30 %) 25 (31 %) χ2 = 1,2, p = 0,55, ddl = 2 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c
2018 15 (46 %) 29 (36 %) χ2 = 1,2, p = 0,55, ddl = 2 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c
2019 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c 23 (42 %) 49 (45 %) χ2 = 2,11, p = 0,35, ddl = 2
2020 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c 20 (36 %) 28 (26 %) χ2 = 2,11, p = 0,35, ddl = 2
2021 Note de bas de page c Note de bas de page c Note de bas de page c 12 (22 %) 31 (29 %) χ2 = 2,11, p = 0,35, ddl = 2

L’inhalation a été la méthode de consommation de cannabis la plus courante, tant pour les intoxications au cannabis uniquement que pour les intoxications par coconsommation (tableau 3). Plus de la moitié des cas d’intoxication au cannabis impliquaient la consommation de substances avec des pairs, qu’il s’agisse de cannabis uniquement ou de coconsommation, et ce, pour les deux périodes. Avant la légalisation, les personnes qui ne consommaient que du cannabis étaient le plus souvent amenées par des membres de leur famille, tandis que celles qui consommaient du cannabis en même temps que d’autres substances étaient plus souvent amenées par des témoins et par leur famille (p = 0,01). Après la légalisation, la famille est restée le principal groupe ayant aidé les personnes à accéder à un traitement, tant pour la consommation de cannabis uniquement que pour la coconsommation avec l’alcool. Les services de santé d’urgence, en particulier la police et les ambulances (terrestres ou aériennes), ont été à l’origine de la plupart des arrivées aux urgences pour des intoxications dues au cannabis uniquement et pour celles liées à la coconsommation, et ce, aussi bien avant qu’après la légalisation.

Tableau 3. Caractéristiques des intoxications dues au cannabis et à la coconsommation résultant d’une consommation intentionnelle, observées aux urgences du British Columbia Children’s Hospital, avant et après la légalisation, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Description Consommation
Avant la légalisation
janvier 2016 à décembre 2018
(n = 114)
Après la légalisation
janvier 2019 à décembre 2021
(n = 163)
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Coconsommation de cannabis et d'autres substances Khi-carré
χ2, p, ddl
Non
n (%)
Oui
n (%)
Non
n (%)
Oui
n (%)
Méthode de consommation du cannabis
Inhalation 20 (67 %) 59 (81 %) Note de bas de page b 27 (53 %) 56 (55 %) Note de bas de page b
Ingestion 10 (33 %) Note de bas de page a Note de bas de page b 14 (27 %) 14 (14 %) Note de bas de page b
Multiple Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b
Inconnu Note de bas de page a 10 (14 %) Note de bas de page b 6 (12 %) 30 (29 %) Note de bas de page b
Consommation de substances avec les pairs
Non 11 (33 %) 13 (16 %) χ2 = 2,93, p = 0,09, ddl = 1 8 (15 %) 9 (8 %) Note de bas de page c
Oui 18 (55 %) 49 (61 %) χ2 = 2,93, p = 0,09, ddl = 1 18 (33 %) 58 (54 %) Note de bas de page c
Inconnu Note de bas de page a 19 (24 %) χ2 = 2,93, p = 0,09, ddl = 1 29 (53 %) 41 (38 %) Note de bas de page c
Personne en quête de traitement
Témoin Note de bas de page a 32 (40 %) χ2 = 9,14, p = 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 13 (24 %) 28 (26 %) Note de bas de page c
Patient 8 (24 %) 9 (11 %) χ2 = 9,14, p = 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 5 (9 %) 10 (9 %) Note de bas de page c
Famille 15 (45 %) 28 (35 %) χ2 = 9,14, p = 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 16 (29 %) 43 (40 %) Note de bas de page c
Inconnu 6 (18 %) 9 (15 %) χ2 = 9,14, p = 0,01, ddl = 2Note de bas de page d 21 (38 %) 27 (25 %) Note de bas de page c
Mode d'arrivée aux services des urgences
Service de santé d'urgence 23 (70 %) 72 (89 %) Note de bas de page b 28 (51 %) 82 (76 %) Note de bas de page b
Famille 7 (21 %) 5 (6 %) Note de bas de page b 9 (16 %) 10 (9 %) Note de bas de page b
Autre(s) Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b
Inconnu Note de bas de page a Note de bas de page a Note de bas de page b 17 (31 %) 15 (14 %) Note de bas de page b

Impact de la légalisation du cannabis

Les tendances observées et prédites des cas d’intoxication au cannabis chez les enfants sont présentées dans la figure 1, soulignant l’impact de la législation sur le cannabis, et les résultats des séries temporelles interrompues sont fournis dans le tableau 4. Entre 2016 et 2021, le nombre de cas d’intoxication au cannabis dans les services d’urgence de la BCCH a connu une augmentation moyenne non significative de 4,6 % par trimestre. La légalisation du cannabis a été associée à une augmentation immédiate de 47,9 % (intervalle de confiance [IC] à 90 % : 3,0 % à 113,1 %) dans les cas d’intoxication au cannabis. Cette augmentation est statistiquement significative au niveau de 10 % (p = 0,076). Depuis la légalisation de 2019, les cas d’intoxication au cannabis ont diminué de 7,1 % par trimestre (IC à 90 % : −12,3 % à −1,8 %, p = 0,030), une diminution statistiquement significative au niveau de 5 %.

Figure 1. Analyse des séries chronologiques interrompues des intoxications au cannabis observées aux urgences du British Columbia Children’s Hospital, avant et après la légalisation, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Figure 1. La version textuelle suit.
Figure 1 : Texte descriptif
Analyse des séries chronologiques interrompues des intoxications au cannabis observées aux urgences du British Columbia Children’s Hospital, avant et après la légalisation, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Période Nombre d’intoxications observées Tendance du nombre d’intoxications
2016 T1 4 7.6
2016 T2 6 8.0
2016 T3 12 8.4
2016 T4 14 8.8
2017 T1 11 9.2
2017 T2 4 9.6
2017 T3 11 10.0
2017 T4 10 10.5
2018 T1 10 11.0
2018 T2 15 11.5
2018 T3 11 12.0
2018 T4 11 12.5
2019 T1 17 18.0
2019 T2 13 17.5
2019 T3 22 17.0
2019 T4 22 16.5
2020 T1 11 16.0
2020 T2 14 15.6
2020 T3 16 15.1
2020 T4 16 14.7
2021 T1 11 14.3
2021 T2 21 13.8
2021 T3 11 13.4
2021 T4 11 13.1

Abréviation : SCHIRPT, Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes.
Remarque : La ligne pointillée rouge représente le moment de la légalisation du cannabis selon la définition utilisée dans cette étude.

Tableau 4. Analyse des séries chronologiques interrompues des intoxications au cannabis observées aux urgences du British Columbia Children’s Hospital par rapport à la légalisation du cannabis, SCHIRPT, janvier 2016 à décembre 2021
Prédicteur Variation en %
(à partir du rapport des taux)
Intervalle de confiance à 90 % Valeur p
Tendance avant la légalisation 4,6 % 0,1 % à 9,3 % 0,093Note de bas de page *
Changement au moment de la légalisation 47,9 % 3,0 % à 113,1 % 0,076Note de bas de page *
Tendance depuis la légalisation −7,1 % −12,3 % à −1,8 % 0,030Note de bas de page *

Analyse

Notre étude a montré que les visites aux urgences liées au cannabis au BCCH ont augmenté chaque année entre 2016 et 2018, avec une augmentation immédiate de 48 % au moment de la légalisation, après quoi le taux d’augmentation a diminué. Les données de la McCreary Centre Society montrent que la consommation de cannabis déclarée par les jeunes de 12 à 19 ans est passée de 25 % en 2018 à 22 % en 2023Note de bas de page 16. Le BC DPIC a indiqué que, bien que les appels pour intoxication au cannabis aient augmenté entre 2013 et 2021, la légalisation du cannabis n’a pas eu d’effet immédiat sur le taux de cas d’intoxication au cannabis et que le taux d’augmentation a ralenti après la légalisationNote de bas de page 15.

Sur la base de ces tendances, les intoxications involontaires au cannabis demeurent préoccupantes, en particulier chez les jeunes enfants. D’après nos résultats, au cours de la période post-légalisation, 90 % des consommations involontaires de cannabis par de jeunes enfants ont eu lieu après la légalisation des produits comestibles, fin 2019. Cette tendance s’est étendue au-delà de la Colombie-Britannique : les données d’hospitalisation de l’Ontario et de l’Alberta montrent une augmentation des intoxications involontaires au cannabis chez les enfants de 9 ans et moins avec l’augmentation de la vente commerciale de produits comestibles à base de cannabis en 2019Note de bas de page 30. Le BC DPIC a signalé que les enfants de moins de 5 ans présentaient systématiquement les taux les plus élevés d’exposition involontaire à des produits comestibles à base de cannabis entre 2013 et 2021. Bien que les appels aux centres antipoison concernant des produits comestibles aient continué à augmenter après la légalisation, le rythme de cette augmentation a été plus lent que pendant la période précédant la légalisationNote de bas de page 15. Malgré cette différence par rapport à nos résultats concernant les urgences, l’augmentation continue des expositions pédiatriques indique une plus grande disponibilité des produits comestibles à base de cannabis dans les ménages après la légalisation, ce qui augmente le risque d’ingestion involontaire. La Loi sur le cannabis du Canada exige que tous les produits du cannabis soient vendus dans des emballages neutres et des contenants à l’épreuve des enfants, elle restreint les promotions susceptibles d’attirer les jeunes, elle rend obligatoire l’apposition de messages d’avertissement sur les emballages ainsi que l’affichage du symbole normalisé du cannabis et elle limite le cannabis comestible à un maximum de 10 mg de THC par emballage afin de réduire le risque de surconsommation involontaireNote de bas de page 38. Néanmoins, une surconsommation peut toujours survenir si plusieurs emballages sont ouverts et stockés ensemble, si des produits illicites sont utilisés ou si les produits sont faits à la maison. Ces résultats soulignent la nécessité de renforcer les stratégies de prévention des intoxications, en particulier l’éducation du public sur le stockage sûr et la sensibilisation pour aider les familles à distinguer les produits légaux des produits illégaux, ainsi que la poursuite des efforts visant à orienter les consommateurs vers le marché légal.

Près de 90 % des consultations pédiatriques aux urgences liées au cannabis en Colombie-Britannique impliquaient une consommation intentionnelle, principalement chez les jeunes âgés en moyenne de 15 ans, l’inhalation étant le mode de consommation le plus courant, tant avant qu’après la légalisation. Cette prédominance continue reflète probablement, en partie, la légalisation des extraits de cannabis inhalés à la fin de l’année 2019. La différenciation des voies d'exposition en fonction de l’âge est conforme aux recherches antérieures : l’ingestion est plus fréquente chez les enfants de moins de 10 ans, tandis que l’inhalation tend à être plus fréquente chez les jeunes plus âgés, ce qui met en évidence les différences d'accès et de modes de consommation en fonction de l’âgeNote de bas de page 10Note de bas de page 11Note de bas de page 21. Au Canada, la consommation intentionnelle de cannabis chez les jeunes est souvent associée à la coconsommation d'autres substances, en particulier d'alcoolNote de bas de page 35. Cette tendance n'est pas propre au Canada, puisque des enquêtes européennes menées auprès de jeunes de 15 à 20 ans indiquent que la plupart des jeunes consomment du cannabis en même temps que de l'alcool, et des enquêtes américaines indiquent qu'environ 20 % des élèves de 12e année consomment simultanément de l'alcool et du cannabisNote de bas de page 39Note de bas de page 40. Les jeunes qui coconsomment de l'alcool et du cannabis ont tendance à présenter des profils de comportement et de consommation de substances plus problématiques : ils fument et boivent davantage et sont plus susceptibles d’éprouver des difficultés sociales et comportementalesNote de bas de page 41.

Les tendances en matière de consommation intentionnelle en fonction du sexe ont évolué après la légalisation. Avant la légalisation, les intoxications au cannabis uniquement et à la coconsommation étaient réparties de manière similaire entre les garçons et les filles. Après la légalisation, les filles étaient plus susceptibles de présenter une coconsommation et représentaient une plus grande proportion des admissions aux urgences. Cela peut refléter le chevauchement avec la pandémie de COVID-19, au cours de laquelle certaines données suggèrent que les adolescentes étaient plus susceptibles de consommer du cannabis comme mécanisme d’adaptationNote de bas de page 13. Un autre facteur possible est l’acceptabilité sociale accrue du cannabis à la suite de la légalisation, qui peut avoir particulièrement influencé les jeunes fillesNote de bas de page 42. La réduction de l’écart entre les sexes en matière de consommation de cannabis semble être façonnée par l’évolution des normes sociales et de genre, ainsi que par une accessibilité et une normalisation accrues.

Selon la McCreary Centre Society, les jeunes citent le plus souvent l’expérimentation, le plaisir et l’influence des pairs comme raisons de leur consommation de cannabis, tandis que certains disent l’utiliser pour gérer le stress ou la douleurNote de bas de page 16. Le renforcement de la communication familiale et des liens avec l’école peut contribuer à réduire les risques, une étude de 2022 ayant montré que ces deux facteurs avaient un effet protecteur direct contre la consommation récente de cannabis chez les élèves de niveau secondaire et collégialNote de bas de page 43. Une méta-analyse des programmes de prévention du cannabis chez les jeunes a montré que les programmes de prévention en milieu scolaire combinant la sensibilisation aux drogues et l’acquisition de compétences émotionnelles et comportementales sont plus efficaces que ceux qui s’appuient uniquement sur l’influence sociale (par exemple, résister à la pression des pairs)Note de bas de page 45. Les programmes en milieu scolaire qui durent plus longtemps ont tendance à être plus efficaces pour réduire la consommation de cannabis chez les jeunes. Ces programmes produisent des résultats plus probants en rendant les élèves moins susceptibles de commencer à consommer du cannabis ou plus susceptibles de réduire leur consommation, car une durée plus longue offre davantage d’occasions de renforcer les messages de préventionNote de bas de page 45.

Au-delà des programmes scolaires, une réglementation stricte joue un rôle essentiel dans la prévention de la consommation de cannabis chez les jeunes. Au Canada et aux États-Unis, des limites d’âge strictes similaires s’appliquent, légalisant la consommation de cannabis aux adultes de 18 ans et plus. Les détaillants titulaires d’un permis doivent vérifier l’âge des clients pour tous leurs achats, souvent au moyen de numériseurs, ce qui rend difficile l’achat de cannabis par des mineursNote de bas de page 46. Dans le cas des achats en ligne, les clients doivent confirmer leur âge au point de vente et, à la livraison, les messagers doivent vérifier l’âge du destinataire en vérifiant une pièce d’identité délivrée par le gouvernement pour s’assurer qu’il respecte les exigences légalesNote de bas de page 47. De plus, la réglementation limite la proximité des magasins de cannabis dans les zones sensibles : par exemple, l’Ontario exige une distance minimale de 150 mètres par rapport aux écoles, l’Alberta exige 100 mètres et Edmonton a étendu les zones tampons à 200 mètres par rapport aux écoles, aux parcs et aux bibliothèquesNote de bas de page 48. Du fait de ces règlements stricts, les jeunes font face à des obstacles pour accéder au cannabis par des voies légales et se tournent souvent vers des marchés illégaux, où il n’existe pas de restrictions de ce typeNote de bas de page 49. L’enquête de la McCreary Centre Society a révélé que 10 % des jeunes de 12 à 18 ans ont déclaré avoir acheté du cannabis dans un magasin, et 3 % l’avaient fait en ligneNote de bas de page 16. Bien que l’enquête n’ait pas précisé si le cannabis provenait du marché illégal, ces résultats soulignent la nécessité de renforcer les efforts visant à limiter l’accès des jeunes au cannabis.

Points forts et limites

Peu d’études ont porté sur l’impact de la légalisation du cannabis en Colombie-Britannique. Cet article s’appuie sur nos travaux antérieurs, qui ont analysé le paysage des intoxications pédiatriques au cannabis à la BCCH avant sa légalisationNote de bas de page 35. En poursuivant la surveillance et l’analyse des dossiers des patients après la légalisation, cette étude porte sur les dossiers postérieurs à la légalisation pour montrer comment les changements de politique ont influé sur les visites pédiatriques aux urgences liées au cannabis.

Notre période d’étude inclut la pandémie de COVID-19, au cours de laquelle les pratiques de collecte de données ont été adaptées pour minimiser la transmission du virus. Pour réduire les contacts, les formulaires du SCHIRPT n’ont pas été distribués aux patients, les détails de l’incident ont été extraits des dossiers médicaux, les contacts entre le personnel et les patients ont été limités et les congés ont été accélérés en raison des politiques relatives à la COVID-19 qui limitaient les interactions en personne afin de réduire le risque d’infection. En raison de ce chevauchement avec la pandémie de COVID-19, il n’est pas possible de dissocier les effets de la légalisation du cannabis des changements liés à la pandémie dans l’utilisation des soins de santé et les habitudes de consommation de substances chez les jeunes. Bien que les données canadiennes aient montré une baisse du nombre de visites des jeunes aux urgences pour cause de toxicomanie au début de la pandémie, cette baisse peut être attribuée à des changements dans le comportement de recherche de soins, en particulier si les cas d’intoxication étaient moins graves et moins susceptibles de susciter une visite à l’hôpitalNote de bas de page 50. Par conséquent, les données relatives aux visites aux urgences ont pu être sous-estimées. Une autre limite concerne la détermination de l’intention, car l’interaction limitée avec les patients pendant la pandémie a rendu plus difficile l’évaluation du caractère intentionnel ou non intentionnel de l’intoxication. La surveillance continue des consultations pédiatriques aux urgences après la légalisation et après la pandémie est essentielle pour suivre les tendances et les schémas des méfaits liés au cannabis. Cela permettra au public d’évaluer l’efficacité des réglementations actuelles et cela permettra d’élaborer en temps opportun des politiques et des stratégies de prévention fondées sur des données probantes.

Conclusion

Le nombre de consultations pédiatriques aux urgences liées au cannabis au BCCH est passé de 119 avant la légalisation à 185 après la légalisation. Cependant, alors que le nombre de consultations a augmenté, le taux d’augmentation a diminué après la légalisation. La plupart des intoxications au cannabis étaient dues à une inhalation intentionnelle, l’âge médian étant de 15 ans, que ce soit avant ou après la légalisation. Après la légalisation, les filles étaient plus susceptibles de présenter une coconsommation et ont représenté une plus grande proportion des visites aux urgences. Cette étude met en évidence les caractéristiques des expositions involontaires et intentionnelles au cannabis chez les enfants et les adolescents. Ces résultats soulignent l’importance d’une surveillance continue, en particulier la nécessité de créer des environnements sociaux positifs, de promouvoir des programmes d’éducation en milieu scolaire et de renforcer l’application de la loi afin de réduire l’accès des jeunes et de minimiser les dommages chez les enfants et les adolescents. Les changements intervenus après la légalisation dans les habitudes liées au sexe, notamment l’augmentation de la coconsommation chez les adolescentes, soulignent la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention de la consommation de substances psychoactives qui tiennent compte des spécificités du genre. En outre, l’augmentation du nombre d’expositions involontaires à des produits comestibles chez les jeunes enfants renforce la nécessité d’intensifier les efforts de prévention des intoxications, notamment en ce qui concerne les produits comestibles à base de cannabis.

Remerciements

Les auteurs souhaitent remercier l’Agence de santé publique du Canada, les membres de l’équipe du SCHIRPT du BCCH pour la collecte des données et la BC Injury Research and Prevention Unit pour son soutien et ses conseils.

Conflits d’intérêts

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Contributions des auteurs et avis

AZ, SB, PC ont conçu le plan et les objectifs de cette étude. AZ a dirigé la collecte des données. MX a effectué les analyses et l’interprétation des résultats et a rédigé la première version du manuscrit. AI a effectué l’analyse de la littérature, rédigé la première version du manuscrit et contribué à l’interprétation des résultats. FR, KQ, MK ont participé à l’analyse et à l’interprétation des résultats. KT a apporté son soutien à l’application et à l’interprétation de l’éthique. Tous les auteurs ont contribué aux relectures et aux corrections du manuscrit. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version définitive du manuscrit.

Le contenu de cet article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteurs; ces points de vue ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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2026-04-15

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