Aperçu – Corrélation entre les recherches Internet liées au suicide sur Google Trends et les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées ainsi que la mortalité par suicide au Canada

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Publié par : L'Agence de la santé publique du Canada
Date de publication : janvier 2026
ISSN: 2368-7398
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Parisa Khodabandehloo, M.S.P.Note de rattachement des auteurs 1; Justin J. Lang, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 3; Margot Henry, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 4; Gisèle Contreras, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Wendy Thompson, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 1; Li Liu, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Raelyne L. Dopko, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1
https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.1.04f
Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Attribution suggérée
Aperçu par Khodabandehloo P et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0
Rattachement des auteurs
Correspondance
Raelyne L. Dopko, Centre de surveillance et de recherche appliquée, Agence de la santé publique du Canada, 785 Carling Ave, Ottawa (Ontario) K1A 0K9; tél. : 613-297-1432; courriel : raelyne.dopko@phac-aspc.gc.ca
Citation proposée
Khodabandehloo P, Lang JJ, Henry M, Contreras G, Thompson W, Liu L, Dopko RL. Corrélation entre les recherches Internet liées au suicide sur Google Trends et les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées ainsi que la mortalité par suicide au Canada. Promotion de la santé et prévention des maladies chroniques au Canada. 2026;46(1):39-44. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.1.04f
Résumé
Dans cette étude de type écologique, nous avons analysé les associations entre les tendances dans les recherches Internet de Google Trends liées au suicide et les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées ainsi que la mortalité par suicide au Canada du 31 décembre 2017 au 31 mars 2022. Les données relatives aux hospitalisations et à la mortalité proviennent de la Base de données sur les congés des patients et de la Base canadienne de données de l’état civil – Décès. Les corrélations croisées ont permis de repérer des avances temporelles, ajustées par des régressions binomiales négatives. Les tendances dans Google Trends des recherches liées au terme de recherche « comment se tuer » ont montré des corrélations positives faibles avec les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées. Les tendances dans Google Trends des recherches liées aux termes de recherche « commettre un suicide », « comment se suicider » et « comment se tuer » ont montré des corrélations positives faibles avec la mortalité par suicide. Il est essentiel de mener des recherches supplémentaires pour déterminer l’utilité de Google Trends dans la surveillance des blessures auto-infligées et du suicide.
Mots-clés : suicide, blessures auto-infligées, Canada, surveillance, Google Trends
Points saillants
- Nous avons étudié les corrélations entre les recherches dans Google Trends liées au suicide et les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées ainsi que la mortalité par suicide au Canada.
- Les expressions et termes recherchés sur Google Trends comprenaient « suicide », « se suicider », « comment se suicider » et « comment se tuer ».
- Les recherches liées à « commettre un suicide », « comment se suicider » et « comment se tuer » ont une corrélation faible mais positive avec la mortalité par suicide.
- La recherche liée à « comment se tuer » a une corrélation faible mais positive avec les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées.
Introduction
Environ 4 500 décès par suicide surviennent chaque année au CanadaNote de bas de page 1, et 61 personnes sur 100 000 sont hospitalisées en raison de blessures auto-infligéesNote de bas de page 2, ce qui constitue un problème de santé publique important. Les dossiers d’hospitalisation accusent généralement d’un retard de 6 à 12 mois, tandis que les enregistrements des décès peuvent prendre jusqu’à 2 ans en raison de la longueur des enquêtes du coronerNote de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5. Le manque de données en temps opportun constitue un obstacle à la surveillance sanitaire nécessaire pour savoir où allouer rapidement les ressources et ajuster les réponses de la santé publique.
Google Trends est un référentiel public et dépersonnalisé de tendances et de modèles pour les termes de recherche utilisés dans le moteur de recherche Google (Google, Mountain View, Californie, É-U). Les données provenant de Google Trends sont disponibles en temps quasi réel (c’est-à-dire dans l’heure qui suit), et leur utilisation a été proposée comme moyen de compléter les efforts de surveillance. Des études publiées depuis 2009 ont montré que les volumes de recherches Google Trends étaient positivement associés à des maladies infectieuses telles que la grippeNote de bas de page 6, le VIHNote de bas de page 7, la maladie de LymeNote de bas de page 8, la syphilisNote de bas de page 9 et la rougeoleNote de bas de page 10. Le potentiel de Google Trends a également attiré l’attention de chercheurs en santé mentale : une étude américaine a établi un lien entre la mortalité par suicide et les termes de recherche sur Internet tels que « commettre un suicide », « comment se suicider » et « prévention du suicide » et a suggéré que Google Trends était utilisable pour repérer un risque de suicide accruNote de bas de page 11. En Angleterre, entre 2004 et 2013, la mortalité par suicide a été corrélée positivement avec les recherches Google Trends du terme « suicide » et négativement avec celle du terme « dépression »Note de bas de page 12.
Toutes les recherches n’ont pas abouti à des conclusions significativesNote de bas de page 13. Une étude japonaise a conclu qu’il n’existait aucune corrélation entre les termes « suicide » et « méthode de suicide » et la mortalité par suicideNote de bas de page 14. Une étude menée en Autriche, en Allemagne, en Suisse et aux États-Unis a fait état de certaines corrélations temporelles entre Google Trends et les taux de suicide, mais a souligné que les résultats étaient très variables d’un pays à l’autre et à l’intérieur d’un même pays, ce qui met en évidence la faible validité de Google Trends pour la prévision des taux nationaux de mortalité par suicideNote de bas de page 15.
Notre étude avait pour objectif de relever les corrélations entre les recherches sur Internet liées au suicide et les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées et la mortalité par suicide au Canada de décembre 2017 à mars 2022.
Méthodologie
Google Trends
Le volume des recherches sur Internet liées au suicide au Canada a été recueilli à l’aide de Google Trends, un outil en ligne accessible au public qui fournit des volumes de recherches dépersonnalisées pour un sujet spécifique, à un moment précis et dans un lieu donné (provinces et certaines grandes villes)Note de bas de page 16. Au lieu de fournir des effectifs absolus de recherches, Google Trends calcule la part de requêtes pour les termes de recherche choisis, en normalisant les donnéesNote de bas de page 16. Dit autrement, le nombre de recherches pour un terme est calculé en tant que proportion du nombre total de recherches à un moment précis et dans un lieu donné. Les données sont ensuite normalisées et mises à l’échelle et se voient attribuer des valeurs comprises entre 0 et 100Note de bas de page 17, les valeurs les plus élevées indiquant une plus grande popularité. Un score de 0 correspond à un volume de recherche faible ou nulNote de bas de page 16.
Nous avons cherché à savoir quels termes ou expressions liés au suicide avaient été utilisés dans des études antérieures. Après avoir supprimé les termes pour lesquels il n’y avait pas de données Google Trends (score d’indexation 0)Note de bas de page 18, nous avons retenu quatre termes de recherche en anglais : « suicide » [« suicide »], « commit suicide » [« se suicider »], « how to commit suicide » [« comment se suicider »] et « how to kill yourself » [« comment se tuer »]. Les données relatives à ces termes de recherche entre le 31 décembre 2017 et le 31 mars 2022 ont été extraites de Google Trends à l’aide du logiciel gtrendsRNote de bas de page 19. Cette période a été choisie pour correspondre aux données disponibles sur les résultats liés au suicide.
Hospitalisations en raison de blessures auto-infligées
Nous avons utilisé la Base de données sur les congés des patients (BDCP) de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour obtenir les données sur les hospitalisations quotidiennes en raison de blessures auto-infligées chez les personnes de 10 ans ou plus dans toutes les provinces et tous les territoires à l’exception du Québec. La BDCP enregistre les données administratives, cliniques et individuelles des sorties d’hôpital et classe les résultats diagnostiques, les symptômes et les procédures pendant l’hospitalisationNote de bas de page 20 en utilisant les codes de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision, Canada (CIM-10-CA)Note de bas de page 21. Les événements de blessures auto-infligées survenus entre le 31 décembre 2017 et le 31 mars 2022 ont été repérés à l’aide des codes X60-X84 et Y87.0. Ces données ont été agrégées pour générer des décomptes hebdomadaires.
Mortalité par suicide
Nous avons obtenu les données sur la mortalité par suicide pour les personnes de 10 ans et plus à partir de la base de données provisoire de la Base canadienne de données de l’état civil – Décès (BCDECD) qui est mise à jour mensuellement et qui recueille les données individuelles et les causes médicales de décès de chaque registre provincial et territorial des statistiques de l’état civil (à l’exception du Yukon)Note de bas de page 22. Les comptes hebdomadaires des suicides du 31 décembre 2017 au 31 mars 2022, arrondis à la base 5 pour éviter d’identifier les personnes, ont été extraits en utilisant les codes de la CIM-10 X60-X84 et Y87.0.
Analyses statistiques
Pour chaque requête, Google Trends générant un nouvel échantillon aléatoire à des intervalles de temps non spécifiés, nous avons utilisé une méthode de bootstrap pour tenir compte de la variabilité de ces résultats de recherche. Nous avons extrait 100 tirages distincts en ajoutant une série de caractères alphanumériques aléatoires à chaque terme (par exemple « suicide 2vpq8aw50e ») pour obtenir de nouveaux résultats sans modifier les données de rechercheNote de bas de page 12. En utilisant 100 tirages par terme, nous avons calculé le nombre hebdomadaire moyen de recherches sur Google Trends, ce qui nous a permis de produire des séries chronologiques hebdomadaires plus fiables, minimisant ainsi l’impact de la variabilité d’échantillonnage de Google Trends.
Les analyses de corrélation croisée ont permis de repérer des avances temporelles [« time-lead »] significatives qui indiquent que les changements dans Google Trends précèdent les changements dans les événements liés au suicide. Nous avons interprété les coefficients de corrélation de Pearson comme correspondant à des effets faibles (r ≤ 0,3), modérés (r = 0,4 à 0,6) et forts (r ≥ 0,7)Note de bas de page 23.
Les avances temporelles présentant la corrélation la plus forte ont été intégrées dans des régressions binomiales négatives, afin d’estimer les rapports de taux d’incidence (RTI). Les variables dépendantes étaient le nombre d’hospitalisations et de décès liés au suicide, tandis que la variable indépendante était le volume de recherches Google Trends pour chaque terme de recherche lié au suicide. Ces variables ont permis de quantifier la variation du taux d’événements liés au suicide associée à une augmentation d’une unité du volume de recherches dans Google Trends. Un RTI supérieur à 1,00 indique une augmentation du taux d’événements liés au suicide, un RTI inférieur à 1,00 indique une diminution, tandis qu’un RTI de 1,00 correspond à une absence d’effet. La signification statistique a été déterminée (α = 0,05).
Les analyses ont été réalisées à l’aide de la version 4.2.2 de R (R Foundation for Statistical Computing, Vienne, Autriche) et SAS Enterprise Guide 7.1 (SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord, États-Unis).
Résultats
Hospitalisations en raison de blessures auto-infligées
Entre le 31 décembre 2017 et le 31 mars 2022, il y a eu 57336 hospitalisations en raison de blessures auto-infligées dans l’ensemble du Canada (à l’exception du Québec). Parmi ces patients, 28,9 % avaient entre 10 et 19 ans, 30,1 % entre 20 et 34 ans, 33,6 % entre 35 et 64 ans et 7,4 % avaient 65 ans ou plus. Environ 64,8 % des personnes hospitalisées en raison de blessures auto-infligées étaient des femmes.
L’augmentation dans Google Trends des recherches liées à « comment se tuer » a fourni une corrélation faible et positive avec les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées (r = 0,20). Les termes de recherche « suicide », « se suicider » et « comment se suicider » n’ont pas fourni de corrélation significative avec les résultats (tableau 1).
| Événement | Terme de recherche | Avance temporelle (en mois) | |||
|---|---|---|---|---|---|
| −3 | −2 | −1 | 0 | ||
| HospitalisationsNote de bas de page c | Suicide | 0,10 | 0,10 | −0,01 | 0,10Note de bas de page e |
| Se suicider | −0,10 | 0,07 | 0,06 | 0,12Note de bas de page e | |
| Comment se suicider | 0,00 | 0,08Note de bas de page e | 0,04 | 0,05 | |
| Comment se tuer | −0,02 | −0,03 | −0,08 | 0,20Note de bas de page eNote de bas de page * | |
| DécèsNote de bas de page d | Se suicider | −0,01 | 0,08 | 0,05 | 0,10Note de bas de page e |
| Commit suicide | 0,23Note de bas de page eNote de bas de page * | 0,20Note de bas de page * | 0,19Note de bas de page * | 0,19Note de bas de page * | |
| Comment se suicider | 0,12 | 0,19Note de bas de page * | 0,21Note de bas de page eNote de bas de page * | 0,19Note de bas de page * | |
| Comment se tuer | 0,13 | 0,18Note de bas de page eNote de bas de page * | 0,05 | 0,08 | |
La régression binomiale négative a révélé que chaque augmentation d’une unité constatée dans Google Trends pour « comment se tuer » a eu une corrélation significative avec une augmentation de 0,16 % du taux d’hospitalisation en raison de blessures auto-infligées (RTI = 1,0016; IC à 95 % : 1,0006 à 1,0027) (tableau 2).
| HospitalisationsNote de bas de page b | DécèsNote de bas de page c | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Terme de recherche (avance temporelle en mois) | RTI | IC à 95 % | Terme de recherche (avance temporelle en mois) | RTI | IC à 95 % |
| Suicide (0) | 1,0011 | 0,9996 à 1,0026 | Suicide (0) | 1,0020 | 0,9994 à 1,0046 |
| Se suicider (0) | 1,0014 | 0,9999 à 1,0030 | Se suicider (3) | 1,0048Note de bas de page * | 1,0020 à 1,0075 |
| Comment se suicider (2) | 1,0006 | 0,9996 à 1,0017 | Comment se suicider (1) | 1,0029Note de bas de page * | 1,0011 à 1,0047 |
| Comment se tuer (0) | 1,0016Note de bas de page * | 1,0006 à 1,0027 | Comment se tuer (2) | 1,0025Note de bas de page * | 1,0007 à 1,0044 |
Mortalité par suicide
Il y a eu 17670 décès par suicide entre le 31 décembre 2017 et le 31 mars 2022. Les volumes de recherches Google Trends pour les termes de recherche « commettre un suicide » avec une avance temporelle de 3 mois (r = 0,23), « comment se suicider » avec une avance temporelle d’un mois (r = 0,21) et « comment se tuer » avec une avance temporelle de 2 mois (r = 0,18) ont eu une corrélation faible et positive avec la mortalité par suicide (tableau 1). Toutes les recherches Google Trends liées au suicide, à l’exception de « suicide », ont montré des corrélations positives avec la mortalité par suicide (tableau 2). Une augmentation d’une unité du volume de recherches Google Trends pour « commettre un suicide » a eu une corrélation significative avec une augmentation de 0,48 % du taux de mortalité par suicide (RTI = 1,0048; IC à 95 % : 1,0020 à 1,0075). Nous avons également relevé des associations significatives pour « comment se suicider » et « comment se tuer ».
Analyse
Les résultats de notre étude indiquent une corrélation faible mais positive des recherches Google Trends pour les termes de recherche « comment se tuer » avec les hospitalisations en raison de blessures auto-infligées au cours du même mois. Nous avons également constaté que les tendances Google Trends dans les recherches avec les termes de recherche « comment se tuer », « se suicider » et « comment se suicider » ont présenté des corrélations positives faibles avec la mortalité par suicide, avec des avances temporelles de respectivement 2, 3 et 1 mois, ce qui laisse penser que les augmentations des recherches dans Google Trends sont associées à des augmentations de la mortalité par suicide 1 à 3 mois plus tard. Des études menées au Japon, à Taïwan et aux États-Unis ont mis en évidence des corrélations positives entre la mortalité par suicide et les termes de recherche « suicide », « commettre un suicide », « comment se suicider », « prévention du suicide » et « dépression »Note de bas de page 11Note de bas de page 14Note de bas de page 24. Nos coefficients de corrélation sont plus faibles que celles de certaines études précédentesNote de bas de page 11Note de bas de page 13Note de bas de page 14, ce qui suggère des relations moins fortes.
Bien que faibles, la force cohérente des corrélations et leur direction mettent en évidence des relations nuancées entre Google Trends et les résultats liés au suicide. À l’instar d’études antérieuresNote de bas de page 14, notre recherche a révélé que tous les termes de recherche ne présentent pas la même utilité, indépendamment du résultat en matière de mortalité ou d’hospitalisations liées au suicide. Les termes de recherche peuvent correspondre à des différences d’intention : des termes généraux tels que « suicide » peuvent englober des recherches liées à la prévention ou à l’information, tandis que des expressions explicites telles que « comment se tuer » indiquent probablement une intention plus forte de se blesser ou un comportement suicidaire.
Nous avons trouvé des avances temporelles significatives, où l’augmentation des volumes de recherche a précédé l’augmentation des événements liés au suicide. De telles corrélations temporelles cohérentes et la disponibilité des données Google Trends au cours de l’heure précédente peuvent prouver le potentiel de Google Trends en tant qu’indicateur de résultats liés au suicideNote de bas de page 11Note de bas de page 24. Plusieurs études internationales ont suggéré que l’observation des changements dans les tendances Google Trends pourrait aider à mobiliser les services de prévention du suicide et de santé mentaleNote de bas de page 3Note de bas de page 11Note de bas de page 12. Lorsqu’elles sont associées à des politiques réactives (annonces des services publics sur les ressources de prévention du suicideNote de bas de page 11 ou déploiement d’équipes d’intervention rapide, par exemple), les données Google Trends pourraient avoir des implications en matière de politiques en aidant à prévenir les suicides.
Cependant, compte tenu des corrélations faibles observées et du manque de recherches canadiennes, il est nécessaire de mener des travaux supplémentaires pour évaluer la pertinence de Google Trends à fournir de l’information utile pour les efforts de prévention du suicide au CanadaNote de bas de page 3Note de bas de page 11, en particulier à un niveau plus local.
Limites
Les limites de l’étude relèvent d’abord du manque de transparence de Google sur la manière dont les tendances Google Trends sont calculées (c’est-à-dire indexées et normalisées). En outre, la répartition par âge et par sexe des utilisateurs de Google Search n’était pas disponible, ce qui empêche une analyse stratifiée. Cette absence de données spécifiques au sexe ou au genre dans Google Trends est susceptible de limiter l’applicabilité de nos résultats, étant donné qu’au Canada, les hommes courent un risque plus élevé de mourir par suicide, tandis que les femmes sont plus susceptibles de se blesserNote de bas de page 1. Les estimations des données de mortalité peuvent changer au fur et à mesure que les enquêtes des coroners sont finalisées.
Il se peut également que nous n’ayons pas réussi à saisir certaines nuances dans les données du Québec en excluant les termes français, ce qui limite les possibilités de généralisation. Nous n’avons pas non plus eu accès aux données d’hospitalisation du Québec et aux données de mortalité du Yukon, ce qui a pu diminuer les estimations nationales pour les résultats et atténuer les corrélations potentielles.
Enfin, les enregistrements Google Trends des recherches liées au suicide peuvent ne pas avoir correspondu aux comportements de recherche des personnes ayant des pensées suicidaires. Au contraire, des événements sans lien entre eux, par exemple le suicide de célébrités ou la sortie de films tels que « Suicide Squad », ont pu stimuler les recherches sur Internet, réduisant ainsi les corrélations.
De futures études pourraient porter sur les tendances des recherches dans Google Trends dans les provinces canadiennes et les grandes villes, en particulier au Québec. Les travaux futurs pourraient également porter sur les liens entre Google Trends et les grappes de suicides ainsi que les temps de latence ou décalage (c.-à-d. lorsque les augmentations des tendances dans Google Trends suivent les augmentations des événements liés au suicide).
Conclusion
Nous avons étudié les corrélations entre quatre termes de recherche sur Internet liés au suicide et aux hospitalisations en raison de blessures auto-infligées ainsi que la mortalité par suicide au Canada. Nous avons trouvé des corrélations faibles mais statistiquement significatives entre les tendances Google Trends liées au terme de recherche « comment se tuer » et les hospitalisations. Les corrélations entre Google Trends et la mortalité se sont révélées également faibles, mais légèrement plus fortes et plus cohérentes entre les termes que les résultats concernant l’hospitalisation. Ces constatations apportent un soutien préliminaire à l’utilité de Google Trends dans la surveillance et la recherche sur le suicide.
Financement
Aucun.
Conflits d’intérêts
Justin J. Lang est rédacteur en chef adjoint et l’un des rédacteurs scientifiques adjoints de la revue PSPMC, mais il s’est retiré du processus d’évaluation de cet article. Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Contributions des auteurs et avis
- PK : conception, méthodologie, préparation des données, analyse formelle, enquête, administration du projet, préparation visuelle, rédaction – première version du manuscrit, rédaction – relectures et corrections.
- JJL : conception, méthodologie, administration du projet, supervision, rédaction – relectures et corrections.
- MH : analyse formelle, méthodologie, validation, rédaction – relectures et corrections.
- GC : méthodologie, rédaction – relectures et corrections.
- WT : méthodologie, rédaction – relectures et corrections.
- LL : méthodologie, rédaction – relectures et corrections.
- RD : conception, méthodologie, administration du projet, supervision, rédaction – relectures et corrections.
Tous les auteurs ont approuvé la version finale du manuscrit.
Le contenu de l’article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteurs; ces points de vue ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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