Informations sur les aliments nouveaux : Rhiza mycoprotein – Biomasse de mycélium déshydraté et non viable de Neurospora crassa souche BSTR26
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- Contexte
- Introduction
- Développement du produit
- Exposition alimentaire
- Chimie
- Microbiologie
- Nutrition
- Toxicologie
- Allergénicité
- Conclusion
Contexte
Santé Canada a notifié The Better Meat Co. qu'il ne s'oppose pas à l'utilisation alimentaire de Rhiza mycoprotein.
Santé Canada a procédé à une évaluation exhaustive de ce produit conformément à ses Lignes directrices sur l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux. Ces lignes directrices s'appuient sur des principes internationalement reconnus visant à établir l'innocuité des aliments présentant des caractéristiques nouvelles.
Ce qui suit est un résumé de l'avis de The Better Meat Co. et de l'évaluation menée par Santé Canada. Ce document ne contient aucun renseignement commercial confidentiel.
Introduction
The Better Meat Co. a mis au point une biomasse de mycélium déshydraté non viable, issue d'un isolat environnemental non génétiquement modifié de Neurospora crassa, destinée à être utilisée comme protéine de substitution et source de fibres alimentaires dans la viande, la volaille, les fruits de mer, les substituts de viande et les produits de substitution aux produits laitiers. Rhiza mycoprotein est composée d'environ 45 % de protéines et 38 % de glucides, dont 30 % de fibres alimentaires totales.
L'évaluation d'innocuité réalisée par les évaluateurs de la Direction des aliments et de la nutrition (DAN) a été menée conformément aux Lignes directrices sur l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux de Santé Canada. Ces lignes directrices s'appuient sur les efforts d'harmonisation menés avec d'autres autorités réglementaires et reflètent les documents d'orientation internationaux dans ce domaine (par exemple, le Codex Alimentarius). L'évaluation a porté sur : la manière dont le produit a été développé, ses spécifications et son procédé de fabrication, ses utilisations prévues, y compris l'exposition alimentaire prévue au sein de la population canadienne, sa composition nutritionnelle, son innocuité microbiologique, ainsi que la possibilité que le produit soit toxique ou qu'il provoque des réactions allergiques. The Better Meat Co. a fourni des données démontrant que ce produit peut être consommé en toute sécurité au Canada.
La Direction des aliments et de la nutrition est légalement responsable de l'évaluation préalable à la mise en marché des aliments nouveaux et des ingrédients alimentaires nouveaux, comme le prévoit le Titre 28 de la partie B du Règlement sur les aliments et drogues (aliments nouveaux). Rhiza mycoprotein est considéré comme un aliment nouveau au sens de la partie suivante de la définition des nouveaux aliments : « a) substance, y compris un microorganisme, qui ne présente pas d'antécédents d'innocuité comme aliment ».
Développement du produit
Rhiza mycoprotein est fabriqué par fermentation submergée à partir d'une culture pure de la souche BSTR26 de N. crassa. Le requérant gère des banques de cellules primaires et de travail afin de garantir la pureté et la stabilité de ses cultures. La fermentation s'est déroulée dans des conditions contrôlées (densité cellulaire, température, agitation, etc.) à l'aide d'un milieu de culture stérile.
Une fois la densité de mycélium souhaitée atteinte, la fermentation est interrompue et la biomasse humide est séparée du milieu de culture par filtration. La biomasse humide ainsi obtenue est ensuite découpée en petits morceaux et déshydratée à température et humidité contrôlées (65-90 °C pendant 60 à 90 minutes) jusqu'à ce que son activité de l'eau soit inférieure à 0,65. Cette étape de chauffage constitue un point de contrôle critique qui contribue à rendre les cellules de N. crassa non viables. La biomasse séchée et déchiquetée qui en résulte est enfin tamisée et conditionnée.
Exposition alimentaire
The Better Meat Co. a estimé les apports en Rhiza Mycoprotein en partant de l'hypothèse prudente selon laquelle ce produit serait ajouté à tous les aliments de chaque catégorie alimentaire proposée à la concentration maximale (c'est-à-dire 17 à 30 % sur une base sèche), en s'appuyant sur les données de consommation alimentaire issues de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2015. La compagnie a estimé que l'apport per capita en Rhiza mycoprotein est d'environ 15 g/jour (moyenne) et 35 g/jour (90e centile) sur une base sèche.
L'estimation de l'exposition fournie par la compagnie n'était pas ventilée par groupes d'âge et de sexe selon les apports nutritionnels de référence (ANR), et l'exposition n'était pas non plus exprimée en mg/kg de poids corporel/jour. Des collègues du Bureau de l'intégration des données, de la science et des connaissances ont réalisé une évaluation de l'exposition alimentaire de Rhiza mycoprotein correspondant aux aliments et au niveau d'utilisation proposés.
Sur la base des utilisations proposées, les enfants âgés de 1 à 3 ans présentent l'exposition estimée la plus élevée (apport quotidien) en Rhiza mycoprotein, avec des apports moyens et au 90e centile de 1,02 et 2,22 g/kg de poids corporel/jour, respectivement. En se basant sur le poids corporel moyen (selon l'ESCC de 2015), les apports moyens et au 90e percentile s'élèveraient respectivement à 14,2 g et 30,9 g de Rhiza mycoprotein par jour. Les hommes âgés de 19 à 30 ans présentent l'exposition estimée la plus élevée au 90e percentile (65,8 g/jour) de Rhiza mycoprotein Rhiza.
Composition chimique
The Better Meat Co. a fourni les spécifications relatives à Rhiza mycoprotein, y compris les limites concernant les oligo-éléments, qu'elle a établi en l'absence de spécifications pour cet ingrédient dans le Food Chemicals Codex et le Répertoire des normes pour les additifs alimentaires.
La compagnie a analysé le produit à l'étude afin de détecter la présence d'oligo-éléments (arsenic, cadmium, plomb et mercure) et de onze mycotoxines. Elle a analysé plusieurs lots du produit pour ces contaminants et a fait état de concentrations soit très faibles, soit, comme ce fut le cas pour de nombreux résultats, « non détectées ». Les limites de détection (LOD) utilisées pour tous les contaminants évalués ont été jugées suffisamment basses. En se basant soit sur les résultats analytiques quantifiés, soit en se référant aux valeurs des LOD, le Bureau d'innocuité des produits chimiques a déterminé que l'ajout de Rhiza Mycoprotein aux aliments spécifiés ne devrait pas entraîner d'augmentation des concentrations de contaminants chimiques dans les produits auxquels il est ajouté, ni avoir d'impact significatif sur l'exposition alimentaire totale à ces contaminants.
Les composants des milieux de fermentation ne sont généralement pas réglementés en tant qu'additifs alimentaires et le Règlement sur les aliments et drogues n'impose généralement pas leur évaluation préalable à la mise sur le marché. Toutefois, la Section des additifs alimentaires a procédé à un examen de l'utilisation de l'acide citrique, du phosphate de sodium, du phosphate dipotassique et d'un agent antimousse dans la fabrication de Rhiza Mycoprotein.
L'acide citrique, le phosphate de sodium et le phosphate dipotassique sont utilisés dans les milieux de fermentation. L'utilisation de ces substances peut être conforme aux usages autorisés des additifs alimentaires. L'acide citrique est autorisé en tant que nutriment de culture dans les aliments non normalisés, à une concentration conforme aux bonnes pratiques de fabricationNote de bas de page 1. De même, le phosphate de sodium et le phosphate dipotassique sont autorisés en tant que régulateurs d'acidité dans les aliments non normalisés, à une concentration conforme aux bonnes pratiques de fabricationNote de bas de page 2.
En ce qui concerne l'agent antimouse utilisé dans le milieu de fermentation, la compagnie a fourni une justification, étayée par des données, démontrant l'élimination des substances liposolubles et hydrosolubles au cours des étapes de transformation en aval.
Il incombe au fabricant et au distributeur de s'assurer que toute substance utilisée dans la fabrication de Rhiza mycoprotein est conforme à l'ensemble des exigences réglementaires. Cela implique notamment de veiller à ce que les additifs alimentaires utilisés dans la fabrication de Rhiza mycoprotein soient conformes aux dispositions énoncées dans le Règlement sur les aliments et drogues et dans les listes des additifs alimentaires autorisés; de veiller à ce que toutes les matières utilisées dans la fabrication de Rhiza mycoprotein soient de qualité alimentaire, ou équivalente, et répondent aux spécifications appropriées en matière de qualité alimentaire telles qu'énoncées dans la dernière édition du Food Chemical Codex ou dans le répertoire des normes pour les additifs alimentaires établi par le Comité mixte FAO/OMS d'experts sur les additifs alimentaires (JECFA). En outre, le fabricant et le distributeur sont tenus de veiller à ce que Rhiza mycoprotein et toute substance utilisée dans sa fabrication n'entraînent pas de violation de l'article 4 de la Loi sur les aliments et drogues.
Le Bureau d'innocuité des produits chimiques n'a identifié aucun risque chimique pour l'innocuité alimentaire lié aux utilisations proposées de la Rhiza Mycoprotein.
Microbiologie
Le microorganisme source, la souche BSTR26 de N. crassa, est un champignon filamenteux saprophyte, isolé de l'environnement, conidié et aérobie obligatoire, appartenant au phylum des ascomycètes. Cette espèce a été identifiée pour la première fois en 1843 sous le nom Monilia sitophila et se reconnaît phénotypiquement à ses proliférations caractéristiques de conidies orange vif sur le bois carbonisé.
L'identification taxonomique de la souche BSTR26 a été réalisée par séquençage et comparaison des séquences de l'espaceur interne transcrit ribosomique nucléaire avec la base de données ITS Genebank, ce qui a permis de restreindre l'identification au genre Neurospora. La compagnie a ensuite séquencé quatre loci génétiques bien précis (tmi, dmg, tml et pho4) présentant une variabilité de séquence connue parmi les espèces apparentées du genre Neurospora (Dettman et al. 2003Note de bas de page 3, Luque et al. 2012Note de bas de page 4). Ces marqueurs phylogénétiques ont été comparés à la base de données non redondante de GenBank afin de déterminer l'espèce la plus probable, après quoi les séquences ont été alignées avec celles d'une souche de référence de N. crassa et de l'espèce la plus proche. Les séquences s'alignaient parfaitement avec les séquences de la souche de référence tout en présentant des variations par rapport à l'espèce de Neurospora la plus proche, démontrant ainsi que l'isolat appartient à l'espèce N. crassa.
N. crassa est un organisme modèle en génétique et en biologie moléculaire. Son génome a été publié en 2003 et reste l'un des génomes fongiques les mieux étudiés et les plus minutieusement annotés (Galagan et al., 2003Note de bas de page 5, Bartholomai et al. 2022Note de bas de page 6). La génétique, le métabolisme et la physiologie de cette espèce sont bien compris.
En tant qu'organisme aérobie obligatoire, N. crassa est incapable de survivre ou de coloniser le tractus gastro-intestinal. Malgré sa présence omniprésente dans l'environnement et plus d'un siècle d'utilisation dans la recherche fondamentale, aucun élément ne permet d'affirmer que cette espèce soit l'agent causal d'une quelconque maladie ou infection. De plus, aucune souche découverte de N. crassa n'est connue pour produire des métabolites secondaires nocifs, et la littérature scientifique ne fournit aucune preuve indiquant que cette espèce présente un risque de toxigénicité.
Le génome de la souche BSTR26 a été entièrement séquencé et aligné sur celui de la souche de référence NC12, dont le génome estNote de bas de page 7. La recherche de gènes de résistance aux antimicrobiens, de toxines et de facteurs de virulence n'a donné aucun résultat biologiquement pertinent.
La recherche de protéines associées à la sporulation a donné 30 résultats biologiquement pertinents, qui présentent un alignement de séquences élevé avec leurs homologues de la souche de référence NC12. Ce résultat était attendu, car N. crassa est connue pour sa capacité à former des conidies. Cependant, la capacité de sporulation de N. crassa ne se manifeste que sous l'effet d'un stress environnemental, ce qui est évité pendant la phase de fermentation en milieu industriel. De plus, l'absence de cellules viables et de spores dans le produit final a été démontrée par la compagnie. Par conséquent, le Bureau de la salubrité alimentaire microbiologique et toxicologique n'a aucune inquiétude quant à la présence de gènes associés à la sporulation dans la souche BSTR26.
La compagnie a également réalisé un test de diffusion sur disque d'agar en utilisant comme échantillon à tester la biomasse humide de la souche BSTR26, conformément à la méthodologie décrite par le « Clinical and Laboratory Standards Institute »Note de bas de page 8. Des disques contenant de l'imipénem/rélébactam et d'autres sans antibiotiques ont été utilisés respectivement comme témoins positifs et négatifs. Aucune zone d'inhibition n'a été observée autour des disques de biomasse humide de N. crassa, démontrant ainsi l'absence d'activité antimicrobienne au sein du produit à l'étude.
Les spécifications microbiologiques, qui tenaient compte de l'absence de cellules viables de N. crassa souche BSTR26 et de ses spores, ont été fournies. Des certificats d'analyse ont été fournis pour le produit final Rhiza Mycoprotein concernant trois lots non consécutifs, démontrant que tous les lots testés sont conformes aux spécifications microbiologiques. Les spécifications, les méthodes et les résultats des essais ont tous été jugés acceptables. De plus, le produit est destiné à être cuit avant consommation, ce qui renforce le caractère non viable du produit.
Au vu de l'ensemble des éléments de preuve, le BMTFS n'a aucune préoccupation en matière d'innocuité microbiologique concernant N. crassa souche BSTR26.
Nutrition
L'analyse de la composition de Rhiza mycoprotein a porté sur les macronutriments (humidité, protéines, matières grasses totales, fibres alimentaires totales, cendres et glucides (calculés)), les acides aminés, les acides gras, les vitamines, les minéraux et les antinutriments.
D'après les données issues de trois lots non consécutifs, Rhiza mycoprotein contient environ 45 % de protéines, 38 % de glucides (dont 30 % de fibres alimentaires totales), 7 % d'humidité, 3,6 % de matières grasses totales et 7 % de cendres sur une base sèche.
Étant donné que Rhiza mycoprotein est proposée comme source de protéines alternative, sa qualité protéique et sa composition nutritionnelle globale ont été comparées à celles d'autres sources de protéines d'origine végétale disponibles sur le marché canadien ainsi qu'à celles de la Fy ProteinMC, une mycoprotéine similaire approuvée par Santé Canada en 2023 en tant qu'aliment nouveau.
La compagnie a calculé l'indice chimique corrigé de la digestibilité des protéines (PDCAAS), qui sert à mesurer la qualité protéique de Rhiza mycoprotein. Le PDCAAS du produit à l'étude est de 89, ce qui est comparable aux valeurs rapportées pour d'autres sources de protéines (à savoir : la protéine de soja (100), le bœuf (92), la Fy ProteinMC (91), le concentré de protéine de pois (89), les lentilles (63) et les pois chiches (52)).
L'apport nutritionnel recommandé (ANR) en protéines totales est de 1,05 g/kg/jour pour les enfants âgés de 1 à 3 ans (c'est-à-dire la sous-population présentant l'exposition estimée la plus élevée face au produit à l'étude). D'après les estimations de consommation, la consommation au 90e percentile de Rhiza Mycoprotein chez les enfants âgés de 1 à 3 ans pourrait apporter 14 g de protéines à l'alimentation (soit 100 % de l'ANR)Note de bas de page 9. Si l'on considère l'apport quotidien estimé le plus élevé (90e percentile) chez les hommes âgés de 19 à 30 ans, Rhiza mycoprotein apporterait environ 30 g de protéines à l'alimentation. Avec un ANR de 0,80 g de protéines par kg de poids corporel, la consommation de Rhiza mycoprotein pourrait couvrir 47 % de l'ANRNote de bas de page 10.
Bien que la teneur en protéines de Rhiza Mycoprotein puisse couvrir l'intégralité des besoins quotidiens des enfants âgés de 1 à 3 ans, il est important de noter qu'aucun apport maximal tolérable (AMT) n'est fixé pour les protéines. Par ailleurs, les National Academies of Sciences Engineering and Medicine (NASEM), anciennement la Institute of Medicine, ont indiqué que le risque d'effets indésirables liés à un apport excessif en protéines provenant de l'alimentation semble très faible et concerne la consommation à long terme de régimes riches en protéines. Rhiza Mycoprotein n'est pas destinée à être utilisée comme seule source de protéines alimentaires, ce qui réduit encore davantage le risque de tout danger nutritionnel potentiel lorsque le produit est utilisé conformément aux recommandations.
Rhiza mycoprotein contient environ 30 % de fibres alimentaires totales, composées principalement de fibres alimentaires insolubles. La sous-population présentant l'apport estimé le plus élevé au 90e percentile (hommes âgés de 19 à 30 ans) pourrait consommer jusqu'à 20 g de fibres totales par jour en raison de sa consommation en Rhiza mycoprotein. Bien que cela représente environ 53 % de l'apport suffisant (AS) en fibres alimentaires, il est important de noter que les Canadiens ne consomment pas suffisamment de fibres alimentaires. Selon l'ESCC (2015), les apports moyens en fibres alimentaires, tous âges et sexes confondus, sont bien inférieurs à leurs AS respectifs. Enfin, il n'existe pas d'AMT établi pour les fibres alimentaires et la consommation excessive est auto-limitante, en grande partie en raison d'effets indésirables gastro-intestinaux. La consommation de Rhiza Mycoprotein ne devrait pas entraîner de réactions indésirables gastro-intestinales allant au-delà de ce à quoi on pourrait s'attendre avec les sources de fibres alimentaires déjà présentes dans l'alimentation canadienne.
Au niveau d'apport le plus élevé (90e percentile) (hommes de 19 à 30 ans), Rhiza Mycoprotein apporte < 25 % de l'ANR des vitamines suivantes : thiamine, vitamine B12, vitamine C, vitamine A, vitamine D, vitamine E et vitamine K. L'acide pantothénique, la riboflavine et la biotine apportent > 25 % de l'ANR; cependant, ces nutriments ne disposent pas d'un AMT en raison du manque de données appropriées démontrant une toxicité chez l'humain. Enfin, l'apport maximal en Rhiza Mycoprotein fournit de la vitamine B6 et du folate à des niveaux correspondant respectivement à 8,7 % et 10,9 % de l'AMT. Lorsque l'on considère l'apport moyen pour cette même sous-population, la vitamine B6 et le folate fournissent respectivement 4,1 % et 5,2 % de l'AMT. L'estimation de l'exposition repose sur des hypothèses très prudentes d'absorption totale dans chaque catégorie d'aliment demandée; par conséquent, on ne s'attend pas à ce que la consommation réelle apporte ces quantités à l'alimentation et cela n'est pas considéré comme un problème en matière de sécurité nutritionnelle.
Sur la base des informations fournies, le Bureau des sciences de la nutrition n'a identifié aucun risque pour l'innocuité concernant l'utilisation proposée de Rhiza mycoprotein d'un point de vue nutritionnel.
Toxicologie
Afin de démontrer l'innocuité toxicologique de Rhiza mycoprotein produite par la souche BSTR26 de N. crassa, l'entreprise a soumis trois études de génotoxicité et une étude de toxicité orale sur 90 jours.
Les études toxicologiques présentées ont été menées avec un isolat protéique très similaire, mais non identique, au produit à l'étude. À l'instar du produit à l'étude, la substance d'essai a été produite à partir d'une souche de type sauvage de N. crassa. Le Bureau de la salubrité alimentaire microbiologique et toxicologique a confirmé que la souche utilisée pour produire la substance d'essai est représentative du produit à l'étude. En outre, la section des additifs alimentaires a confirmé l'innocuité du procédé de fabrication du produit à l'étude, y compris les matières premières utilisées, sur la base des informations fournies dans le dossier. Pour les raisons énumérées dans le présent paragraphe, la Section de l'évaluation toxicologique préalable à la mise en marché a été en mesure d'utiliser les études d'innocuité soumises au produit à l'étude.
Une étude de toxicité orale de 90 jours publiéeNote de bas de page 11 a été menée conformément à la ligne directrice n° 408 de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Des rats Sprague Dawley mâles et femelles ont reçu par gavage des doses allant jusqu'à 5 000 mg/kg de poids corporel/jour de la substance d'essai pendant 90 jours consécutifs. Les paramètres toxicologiques standard ont été enregistrés, notamment les signes cliniques, le poids corporel, l'hématologie, la chimie clinique, ainsi que l'autopsie macroscopique et l'histopathologie. Aucun effet indésirable lié au traitement n'a été observé, et la dose sans effet nocif observé (DSENO) a été établie à partir de la dose la plus élevée testée (5 000 mg/kg de poids corporel/jour).
Trois études de génotoxicité menées avec la même substance d'essai ont été présentées. Il s'agissait d'un test d'Ames in vitro conforme à la ligne directrice 471 de l'OCDE, d'un test du micronoyau in vivo conforme à la ligne directrice 474 de l'OCDE et d'un test d'aberration chromosomique in vitro conforme à la ligne directrice 473 de l'OCDE. La qualité des études a été jugée suffisante pour être prise en compte dans l'évaluation, et aucun effet génotoxique n'a été observé.
Le scénario d'exposition le plus prudent, basé sur le poids corporel (pc), correspondait à l'apport quotidien chez les enfants âgés de 1 à 3 ans, qui consommeraient 2 221 mg/kg pc/jour au 90e percentile. Par rapport à la DSENO de 5 000 mg/kg de poids corporel/jour, cela donne une marge d'exposition (MOE) de 2,25. Bien que cette marge soit relativement faible, d'autres éléments doivent être pris en compte dans l'analyse d'innocuité.
Premièrement, la DSENO a été établie à partir de la dose la plus élevée testée dans une étude toxicologique sur des animaux. Aucun risque pour l'innocuité n'a été identifié. En raison de la nature du produit testé et des limitations des études effectuées sur les animaux, il n'est pas possible de tester une dose plus élevée, car cela entraînerait des déséquilibres nutritionnels et, par conséquent, des effets indésirables.
Deuxièmement, ce calcul correspond à un scénario extrême dans lequel on suppose que tous les aliments pouvant être préparés à partir de Rhiza mycoprotein en contiendront, et qu'il y aura une exposition quotidienne à des niveaux correspondant au 90e percentile pour les jeunes enfants, sur la base du poids corporel, et ce tout au long de la vie. La marge de sécurité (MOE) au 50e centile, qui est plus représentative des habitudes de consommation moyennes, est nettement plus élevée, à 7,7. De plus, la consommation par rapport au poids corporel diminue considérablement avec l'âge; par exemple, les marges d'exposition calculées à partir des apports quotidiens pour les hommes âgés de 14 et 30 ans seraient respectivement de 19 et 28.
Compte tenu de la nature de la substance testée, des limitations liées aux études sur les animaux, de l'absence de danger identifié et du caractère très prudent de l'évaluation de l'exposition alimentaire, les marges d'exposition identifiées ci-dessus sont suffisantes pour tenir compte des incertitudes de la base de données.
La Section de l'évaluation toxicologique préalable à la mise en marché n'a mis en évidence aucun risque toxicologique lié à Rhiza mycoprotein.
Allergénicité
L'évaluation de l'allergénicité a intégré une revue systématique de la littérature, des études de consommation chez l'humain, l'étude de la digestibilité, une analyse protéomique (recherches d'homologie in silico dans les bases de données AllergenOnline et BLASTP) et l'évaluation des épitopes.
Une revue de la littérature concernant la biomasse de mycélium pur de N. crassa en tant qu'ingrédient alimentaire a été réalisée par l'entreprise. Il a été conclu que la consommation orale de la protéine fongique est peu susceptible de provoquer une réaction allergique chez les consommateurs. De plus, la protéine fongique de N. crassa est bien tolérée lors des essais de consommation humaine, au cours desquels aucun cas de troubles gastro-intestinaux majeurs, tels que la diarrhée ou les vomissements, n'a été signalé.
La digestibilité des protéines contenues dans Rhiza mycoprotein a été démontrée dans des conditions gastriques et intestinales simulées, par comparaison avec des protéines de pois. Bien qu'elles n'aient pas été entièrement digérées au bout de 60 minutes dans des conditions gastriques en présence de pepsine (utilisée pour simuler la phase gastrique), les protéines contenues dans le produit se sont révélées plus digestibles que les protéines de pois. Dans des conditions intestinales, où l'enzyme pancréatine a été utilisée pour simuler la phase intestinale, tant les protéines contenues dans Rhiza Mycoprotein que les protéines de pois ont été digérées en moins de 10 minutes.
Les séquences protéiques du génome de N. crassa, dont l'allergénicité avait été prédite à l'aide du serveur web Algpred 2.0, ont ensuite fait l'objet d'une recherche d'homologie significative avec des protéines non allergènes annotées manuellement issues de la base de données UniprotKB/Swiss-Prot. Les protéines allergènes prédites restantes ont fait l'objet d'un criblage supplémentaire à l'aide de la base de données AllergyOnline (version 21) pour évaluer leur allergénicité, en utilisant une fenêtre coulissante d'au moins 80 acides aminés ainsi que l'approche établie par la FAO/OMSNote de bas de page 12 pour prédire la réactivité croisée.
Les requêtes effectuées dans AllergyOnline avec les paramètres par défaut ont permis d'identifier 52 protéines allergéniques prédites, dont 22 présentaient une identité de séquence supérieure à 35 % avec un allergène sur une longueur de 80 acides aminés. Les résultats ont été affinés afin de prendre en compte la pertinence des protéines présentant une homologie de 50 % sur l'ensemble de la séquence avec des valeurs E < 1 ×10-7, ce qui a permis d'identifier plusieurs protéines putatives de N. crassa présentant une identité de 50 % à 77 % avec des allergènes connus issus de moisissures, de champignons, de levures et de blé.
Bien que les protéines de N. crassa aient été considérées comme potentiellement capables de provoquer une réaction croisée avec des protéines de moisissures, de champignons et de levures, la recherche d'homologie de séquence effectuée dans la base de données protéique non redondante a révélé une homologie très significative avec des protéines provenant de nombreuses autres espèces. Par conséquent, ces protéines seraient considérées comme conservées sur le plan évolutif et sont donc peu susceptibles de présenter un risque significatif d'allergénicité.
Une protéine hypothétique prédite issue du blé présentait des homologies de séquence avec les séquences protéiques de N. crassa. Ces homologies nécessitaient une analyse plus approfondie, car les protéines de blé constituent une source d'allergènes alimentaires majeurs. De plus, cette protéine hypothétique prédite du blé ne présente aucune homologie de séquence significative identifiée avec des protéines d'autres taxons lors de la recherche dans la base de données protéique non redondante, ce qui suggère qu'elles sont propres à leur propre taxon.
La compagnie a démontré, à l'aide de recherches BLASTp, que l'homologie entre les séquences protéiques de N. crassa et la protéine hypothétique prédite du blé était principalement due à des séquences continues de glutamine (Poly Q) de faible complexité, une caractéristique commune aux protéines eucaryotes, plutôt qu'à une véritable homologie structurelle ou évolutive avec les allergènes du blé. La suppression du domaine poly-Q de la requête BLAST a donné lieu à des correspondances appartenant à des espèces de Neurospora, tandis qu'aucune n'a été attribuée au blé. De plus, l'évaluation de la séquence complète d'acides aminés a confirmé l'absence totale de tout épitope allergénique connu du blé se liant aux IgE.
Des recherches de correspondances exactes sur 9 acides aminés et d'alignements complets avec des peptides actifs chez les personnes atteintes de la maladie cœliaque issus de la base de données Celiac Database ont été menées (sur les 22 protéines initialement identifiées dans la base de données AllergyOnline, avec les paramètres par défaut). Aucune correspondance exacte répondant aux critères d'un résultat significatif (> 45 % d'identité, ≥ 50 % de couverture de la requête et une valeur E < 1 ×10-16) n'a été identifiée.
Au vu de l'ensemble des données, il est peu probable que les protéines issues de N. crassa présentent un risque de déclencher une réponse immunologique chez les consommateurs souffrant d'une allergie au blé et de la maladie cœliaque.
La Section de l'évaluation toxicologique préalable à la mise en marché n'a identifié aucun risque prioritaire lié aux allergènes alimentaires dans le cadre de l'utilisation proposée de la biomasse pure de N. crassa.
Conclusion
L'examen effectué par Santé Canada des renseignements présentés à l'appui de l'utilisation de Rhiza mycoprotein comme protéine de substitution et source de fibres alimentaires ne soulève aucune préoccupation en matière d'innocuité alimentaire.
Le présent document d'information sur les aliments nouveaux a été préparé pour résumer l'avis concernant le produit en question émis par la Direction des aliments et de la nutrition, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada. Cet avis est fondé sur l'examen exhaustif des renseignements soumis par le requérant conformément aux Lignes directrices sur l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux.
Pour plus d'informations, veuillez contacter :
Section des aliments nouveaux
Direction des aliments et de la nutrition
Direction générale des produits de santé et des aliments
Santé Canada, PL2204A1
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Ottawa (Ontario) K1A 0K9
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