Histoire de la 9e Escadre Gander/Base des Forces canadiennes Gander
Gander joue depuis longtemps un rôle essentiel dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l’aviation au Canada, ayant notamment soutenu les opérations transatlantiques pendant la Seconde Guerre mondiale et menant aujourd’hui des missions de recherche et de sauvetage qui sauvent des vies. Le premier ministre britannique Winston Churchill a décrit Gander comme « le plus grand porte-avions de l’Atlantique Nord » [traduction]. Son emplacement stratégique en a fait un important centre d’opérations militaires, de communications et de coopération internationale.
Les débuts
En 1935, le gouvernement canadien choisit un site près du lac Gander, à Terre-Neuve, pour y construire un aéroport pour faire partie d’un réseau d’aérodromes en pleine expansion visant à faciliter le transport aérien transatlantique. Le premier aéronef atterrit à Gander en janvier 1938.
Avec l’essor du transport aérien, Gander devient rapidement un important point d’escale pour les aéronefs traversant l’Atlantique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son emplacement stratégique en fait l’un des aérodromes militaires les plus achalandés au monde. Les aéronefs en route vers l’Europe font escale à Gander pour se ravitailler en carburant et se préparer à la prochaine étape de leur voyage. Durant la guerre, l’aéroport portait le nom de Station Gander de l’Aviation royale du Canada (ARC). En 1943, Gander devient la plus importante station de l’ARC au monde, avec une population atteignant parfois près de 15 000 personnes, dont des membres de l’ARC, de la Royal Air Force, des Forces aériennes de l’Armée américaine (USAAF), de la Marine royale du Canada (MRC) et de l’Armée canadienne.
Le Royal Air Force Ferry Command dépendait largement de Gander pour acheminer des aéronefs de l’Amérique du Nord vers les théâtres d’opérations outre-mer. À la fin de la guerre, près de 20 000 aéronefs de tous types étaient passés par Gander lors de leur convoyage entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Parmi eux figuraient des aéronefs de combat destinés au service opérationnel, ainsi que des aéronefs de transport et d’autres appareils militaires. Gander a également joué un rôle important dans le transport transatlantique d’aéronefs et de personnel de l’USAAF. De nombreuses unités militaires étaient stationnées à Gander et la base abritait l’une des premières installations radars de la rive ouest de l’Atlantique. Des membres de la MRC assuraient la surveillance de ce système radar, qui allait plus tard être intégré à la Station radio navale Gander.
Gander ne servait pas uniquement de point de rassemblement et de ravitaillement; elle constituait également une base opérationnelle de l’ARC. De 1941 à 1945, le 10e Escadron de bombardement et de reconnaissance a mené des patrouilles anti-sous-marines à partir de Gander à bord d’appareils Digby, puis de Liberator. On lui attribue la destruction de trois sous-marins allemands : le U-520, en octobre 1942, le U-341, en septembre 1943, et le U-420, en octobre 1943. Les 5e et 116e Escadrons de bombardement et de reconnaissance ont également exploité des aéronefs Canso depuis Gander à différentes périodes pour appuyer les patrouilles anti-sous-marines et les opérations de recherche et de sauvetage. Les 126e, 127e et 129e Escadrons de chasse, équipés d’appareils Hurricane, ont également été stationnés à Gander durant la guerre pour protéger cet aérodrome important d’un point de vue stratégique.
À la fin de la guerre, en 1945, les opérations militaires à Gander cessèrent, mais l’aéroport resta un carrefour essentiel du transport aérien commercial entre l’Amérique du Nord et l’Europe. La Station Gander de l’ARC fut démantelée et l’aérodrome reprit son exploitation civile.
Reprise des opérations militaires
Au début des années 1950, les opérations de l’ARC reprennent leur cours à Gander avec le rétablissement de la Station Gander, et le 226e Escadron de contrôle aérien et d’alerte commença ses activités au sein du Réseau Pinetree, un réseau continental de stations radars, le 21 février 1954.
La Station Gander de l’ARC s’est intégrée au système de défense aérienne du Canada, ce qui a permis de contribuer à la surveillance de l’activité aérienne dans la région de l’Atlantique Nord. La mission radar menée à la Station Gander contribua au système continental de défense aérienne de la Guerre froide en assurant l’alerte lointaine et la surveillance des voies d’approche vers l’Amérique du Nord. En 1968, la Station radio navale de Gander est intégrée à la Station Gander de l’ARC. À la suite de l’unification des Forces armées canadiennes en 1968, la Station Gander de l’ARC est rebaptisée Station des Forces canadiennes (SFC) Gander.
En 1970, une nouvelle installation du renseignement d’origine électromagnétique surnommée « Turkey Farm » est aménagée pour héberger le 770e Escadron de recherche en communication (770 ERC). La même année, la SFC Gander passe sous l’autorité du Commandement des communications des Forces canadiennes.
Le 9 mai 1977, la SFC Gander devient une unité de Commandement aérien, puis est renommée BFC Gander en 1984. En 1993, la 9e Escadre Gander voit le jour.
En août 1997, le 770 ERC est rebaptisé Station des Forces canadiennes Leitrim, détachement de Gander.
Aujourd’hui, la 9e Escadre Gander relève de la 1re Division aérienne du Canada. Son commandant est également chargé de l’administration, des opérations et du soutien logistique de la BFC Gander.
Recherche et sauvetage
En décembre 1976, le gouvernement canadien décide d’installer une unité de recherche et de sauvetage à la SFC Gander. Le 2 mai 1977, la 103e Unité de sauvetage (103 US) est donc réactivée. Le 23 juin 1997, le prince Philip présente les drapeaux à la 103 US, qui est rebaptisée 103e Escadron de recherche et sauvetage (103 Esc SAR).
Aujourd’hui, le 103 Esc SAR assure une capacité d’intervention en recherche et sauvetage 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 dans le Bas-Arctique, les Maritimes, Terre-Neuve-et-Labrador et les eaux extracôtières de la région. Fonctionnel en tout temps, l’escadron intervient dans l’ensemble de la région de recherche et sauvetage de l’Atlantique, qui est l’une des plus achalandées du Canada. En raison de la situation géographique de Gander, les équipages de recherche et sauvetage de l’ARC qui y sont basés occupent une position stratégique pour intervenir lors d’urgences à Terre-Neuve-et-Labrador, dans l’Atlantique Nord et dans les eaux extracôtières adjacentes.
La tragédie d’Arrow Air
Le 12 décembre 1985, un avion de ligne d’Arrow Air s’écrase peu après son décollage de l’aéroport international de Gander. La catastrophe a coûté la vie à 248 militaires des États-Unis et à huit membres civils de l’équipage. À la suite de cet écrasement, la BFC Gander reçoit la US Secretary of the Army Commendation pour l’aide qu’elle a apportée lors de cette tragédie.
Soutien à l’opération Yellow Ribbon
À la suite des attentats du 11 septembre 2001, 38 vols transatlantiques sont déroutés vers l’aéroport international de Gander. La 9e Escadre Gander joue un rôle de soutien essentiel lors de cette tragédie, notamment en fournissant une assistance logistique et humanitaire (matériel, hébergement et moyens de transport). L’escadre, qui a travaillé en étroite collaboration avec les autorités locales et l’administration de l’aéroport international de Gander, a fait preuve du professionnalisme, de la compassion et de l’esprit de coopération qui sont au cœur de ses liens durables avec la collectivité.
Escadrille de la Réserve aérienne Torbay
L’Escadrille de la Réserve aérienne (Ele RA) Torbay relève également du commandement de la 9e Escadre Gander/BFC Gander. L’Ele RA Torbay est située à St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador). Elle assure le soutien des aéronefs et des équipages de l’ARC et de l’OTAN qui transitent par l’aéroport international de St. John’s, renforce la présence de l’ARC dans la région et maintient un effectif de membres pleinement formés et hautement qualifiés capables de soutenir les opérations courantes et les déploiements au besoin.
Aujourd’hui
La 9e Escadre Gander/BFC Gander continue de jouer un rôle de premier plan dans l’histoire de l’aviation et du patrimoine militaires du Canada. Qu’il s’agisse de soutenir des opérations en temps de guerre, de renforcer la défense continentale, d’intervenir lors d’urgences ou d’exécuter des missions de recherche et sauvetage, elle poursuit une longue tradition de service au Canada. De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, la 9e Escadre Gander/BFC Gander a laissé une empreinte durable dans l’histoire de l’ARC, d’abord comme importante station opérationnelle et de transit transatlantique, puis comme élément du système de défense aérienne de la Guerre froide et, aujourd’hui, comme centre de recherche et sauvetage.
