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Études sur la puissance terrestre de niveau avancé (EPTNA) – Objectif, conception et méthode

par le Lcol T.I. Dossev, directeur de cours militaire, EPTNA. - 5 août 2026

temps de lecture : 12 min

 

La mort de Wolfe lors de la bataille des plaines d’Abraham en 1759 est encore dans les esprits lorsque West réalise cette toile, qui fera sa réputation. Le général est entouré de ses compagnons d’armes et de personnages représentatifs : des soldats, un colon en vert et un guerrier autochtone.
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La mort de Wolfe lors de la bataille des plaines d’Abraham en 1759 est encore dans les esprits lorsque West réalise cette toile, qui fera sa réputation. Le général est entouré de ses compagnons d’armes et de personnages représentatifs : des soldats, un colon en vert et un guerrier autochtone. Artiste: Benjamin West, Titre: La mort du général Wolfe


L’Armée canadienne (AC) se modernise rapidement. Cette modernisation entraîne la création de nouvelles structures divisionnaires, l’intégration de nouveaux équipements et l’adaptation au caractère changeant de la guerre. Pour faire face à ces changements, il faut pouvoir compter sur des officiers qui peuvent résoudre des problèmes complexes, faire preuve d’une pensée critique et aider à diriger l’adaptation institutionnelle.

Au cours des dernières années, l’Armée canadienne s’est fortement appuyée sur les diplômés de la School of Advanced Military Studies (SAMS) de l’Armée américaine et de la School of Advanced Warfighting (SAW) du Corps des Marines des États-Unis pour appuyer ses efforts de modernisation. Cette dépendance a mis en évidence d’importantes lacunes dans le système de la formation militaire professionelle canadien, tant au niveau de la disponibilité des planificateurs formés que dans les compétences avancées requises au sein des quartiers généraux supérieurs.

Pour pallier cette lacune, le commandant de l’Armée canadienne a chargé le Collège de commandement et d’état-major de l’Armée canadienne (CCEMAC) de créer un nouveau programme de la formation militaire professionelle axé sur la planification avancée, la résolution des problèmes opérationnels et l’adaptation institutionnelle. C’est ainsi que le programme d’Études sur la puissance terrestre de niveau avancé (EPTNA) a été créé.1

Le premier des trois cours pilotes sera offert d’août à décembre 2026, avec un groupe de 12 stagiaires issus de tous les groupes professionnels de l’Armée et d’autres services qui y participera. Ce qui suit représente la première description narrative détaillée de l’objectif, de la méthode et des principes de conception de ce nouveau cours. 

Objectif

L’objectif principal du cours EPTNA est de préparer des majors et des lieutenants-colonels sélectionnés à occuper des fonctions spécialisées dans le cadre desquelles les problèmes complexes sont mal définis, interconnectés et en constante évolution. Le cours EPTNA s’appuie sur le fondement du Programme de commandement et d’état-major interarmées (PCEMI) et forme des officiers capables d’aller rapidement au cœur d’un problème difficile, d’intégrer les avis d’experts et de produire des plans et des briefings de qualité permettant la prise de décision.2

Le diplômé idéal fait preuve d’humilité, de curiosité intellectuelle et de discipline, et est à l’aise face à l’incertitude. Afin d’apporter un maximum d’avantages aux stagiaires, le cours développe un large éventail de compétences avancées en matière d’analyse et de communication, notamment :

  • la pensée systémique 

  • l’analyse opérationnelle

  • les compétences avancées en communication orale, écrite et graphique

  • la rhétorique et la logique

  • l’analyse historique et les études de cas

  • la métacognition et la réflexion critique

  • les approches probabilistes relatives à l’incertitude, au risque et aux possibilités

Il existe également une exigence explicite que ces diplômés puissent mener leurs opérations avec tact et habileté au sein de l’armée institutionnelle et de la force élargie. Les stagiaires développeront ces compétences grâce à des séminaires, à des exercices, à des reconstitutions d’état-major et à des jeux de guerre axés sur des problèmes militaires réels. 

Le cours est conçu de façon à trouver un équilibre entre la théorie et la pratique, entre une approche centrée sur le domaine terrestre et une perspective pan-domaine, ainsi qu’entre une orientation opérationnelle et une orientation institutionnelle. Dans ce contexte, pratique ne signifie pas tactique. Un professionnel compétent possède des bases théoriques solides, tandis qu’un théoricien doit avoir une expérience pratique. Maîtriser l’un implique de maîtriser l’autre.

Le développement de la force, le maintien en puissance, la disponibilité opérationnelle, la doctrine, l’approvisionnement et les opérations sont étroitement liés. Comme ces aspects d’une armée opérationnelle sont si étroitement imbriqués, et qu’ils transcendent les domaines, les diplômés du cours EPTNA doivent avoir une vision d’ensemble tout en maîtrisant les détails, afin de former un réseau de professionnels qui se soutiennent mutuellement. C’est pourquoi l’EPTNA vise à former des officiers qui possèdent un large éventail de compétences, qui ont une grande capacité d’adaptation et qui peuvent faire le lien entre les exigences opérationnelles et les réalités institutionnelles.

Il est important de noter que l’EPTNA ne constitue qu’une partie d’un effort plus vaste de modernisation de la formation militaire professionelle. Le CCEMAC procède également à la révision et à l’adaptation du système global de la formation militaire professionelle afin de mieux préparer les dirigeants et les états-majors de combat à exercer leurs fonctions à tous les niveaux, notamment dans les QG des nouvelles divisions. Bien que l’EPTNA se concentre précisément sur les planificateurs avancés et les spécialistes qui tentent de résoudre les problèmes institutionnels, d’autres initiatives au sein de l’Armée porteront sur les besoins techniques et fondamentaux des états-majors de combat pour le groupement tactique, le groupe-brigade et les QG de division. 


Map of Operation "Totalize" 7-10 August 1944
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Map of Operation "Totalize" 7-10 August 1944. https://recherche-collection-search.bac-lac.gc.ca/fra/accueil/notice?idnumber=5083480&app=fonandcol&ecopy=e999922608-u


Méthode

Le cours EPTNA s’inspire des programmes d’études de niveau avancé-intermédiaire Advanced-Intermediate Level Education (A-ILE) des collèges d’état-major des États-Unis comme la SAMS et la SAW. Ces programmes sélectionnent les diplômés qui ont un rendement élevé dans des cours de collège d’état-major pour leur dispenser une formation avancée sur la planification opérationnelle et la conduite de la guerre. D’une durée supplémentaire d’un an, les cours de la SAMS et de la SAW portent sur une étude approfondie de l’histoire, de la théorie et de la doctrine. Les diplômés de l’Armée deviennent des ressources au niveau du service gérées par le G3/5/7 de l’Armée américaine. Dans le cas des Marines des États-Unis, ils font partie d’un sous-groupe professionnel militaire de planificateurs professionnels. Les diplômés sont ensuite affectés à des « missions d’affectation » dans le théâtre d’opérations et au sein de QG du commandement en tant que planificateurs et intégrateurs, puis intègrent des QG de niveau tactique élevé pour y occuper des fonctions de planification et d’opérations. L’intensité de l’enseignement et la mise en pratique réfléchie constituent toutes deux des qualités admirables qui méritent d’être imitées.

L’EPTNA se distingue des formations américaines à plusieurs égards. L’EPTNA ne dure que quatre mois et couvre un plus large éventail de sujets tactiques, opérationnels et institutionnels. Par conséquent, l’EPTNA sacrifie une partie de la profondeur du programme américain A-ILE, principalement en réduisant et en remplaçant les éléments propres aux États-Unis dans les volets « histoire » et « doctrine ». Le programme canadien conserve une répartition comparable entre les séminaires, les reconstitutions d’état-major et les exercices, proportionnellement adapté à sa durée plus courte. 

L’autre différence majeure réside dans le fait que l’EPTNA soit rigoureux sur le plan professionnel, mais ne mène à aucune attestation de formation universitaire. Les stagiaires canadiens qui y participent auront déjà terminé des études supérieures dans le cadre du PCEMI ou de programmes équivalents. Par conséquent, bien que la SAMS et la SAW de l’Armée américaine sont une source d’inspiration en raison des méthodes utilisées et de la rigueur des programmes, l’EPTNA est un cours propre à l’AC.

Fondé sur des méthodes andragogiques, l’EPTNA s’appuie principalement sur la taxonomie de Bloom, et visent les niveaux d’apprentissage supérieurs qui sont axés sur l’analyse, l’évaluation et la création.3 Cette approche façonne la structure du séminaire. Chaque séminaire commence par des heures de préparation individuelle consacrée à la lecture (ou l’intégration d’autres médias pertinents), à la réflexion et à l’analyse de l’ensemble des connaissances acquises jusqu’à maintenant. Lorsque les stagiaires entrent dans la salle de classe, ils évaluent déjà collectivement le sujet à l’étude, désormais guidés par un conférencier professionnel. La majorité des séminaires d’instruction se termine par une activité créative où les stagiaires mettent en application les nouvelles connaissances pour régler les problèmes militaires de manière innovante. La charge de travail qui en résulte est intentionnellement élevée, jusqu’à 50 heures de travail par semaine, en plus des exercices d’une journée et des reconstitutions d’état-major. Grâce à cette conception, le cours redéfinit la perception qu’ont les stagiaires de la rapidité avec laquelle ils peuvent apprendre, mettre en application, synthétiser et générer de nouvelles compréhensions.

Principes de conception

Lors de l’élaboration du programme de cours, plusieurs principes de conception se sont imposés comme étant les plus appropriés pour ce type de cours et ces objectifs d’apprentissage. 

Un constat s’est imposé dès le départ : le monde réel est le meilleur laboratoire pour aborder des problèmes complexes. Plutôt que de créer des scénarios fictifs, les concepteurs du cours ont contacté les quartiers généraux de division existants et leur ont proposé de s’attaquer aux problèmes concrets de ces derniers. Cette approche expose les stagiaires à de véritables systèmes opérationnels, à de vraies contraintes et à des environnements de prise de décisions réels.

Les deux reconstitutions d’état-major sont fondées sur un modèle semblable. Elles débutent par une brève étude historique pertinente comme source d’expérience indirecte, en rapport avec la problématique abordée ou la région concernée. Vient ensuite une introduction ciblée des problématiques actuelles des hôtes, qui débouchera sur un exercice de planification et un jeu de guerre. Enfin, les stagiaires présentent aux responsables un briefing sur les conclusions tirées des résultats du jeu de guerre, telles que les capacités essentielles ou les vulnérabilités. Idéalement, les futures reconstitutions d’état-major varieront les problèmes abordés afin de ne pas saturer un responsable en peaufinant continuellement un seul plan ou un jeu de guerre. Ainsi, les stagiaires tirent des enseignements de problèmes réels auxquels ils pourraient être confrontés, tout en contribuant simultanément à la force de campagne et en compensant leur absence au sein de l’AC.

Le deuxième objectif de conception reconnaît que l’efficacité opérationnelle dépend des systèmes institutionnels. Cela reflète l’une des principales différences du A-ILE des É.-U., à savoir que les compétences au niveau opérationnel de la conduite de la guerre sont essentielles, mais insuffisantes dans les conflits modernes. Les divisions dépendent du maintien en puissance, des tirs interarmées, du renseignement ou des technologies émergentes, qui peuvent soit limiter, soit favoriser les opérations. Par conséquent, les stagiaires de l’EPTNA étudieront les liens entre le développement de la force, la projection, le maintien en puissance, les opérations et la modernisation, de sorte que les exercices ne se dérouleront pas en système fermé. Ces leçons détermineront la façon dont les diplômés agiront au sein de l’institution pour améliorer l’efficacité sur le champ de bataille. 

Un dernier principe de conception établit un lien entre cette formation et l’emploi ciblé. Les diplômés de l’EPTNA occuperont des postes au sein desquels ils peuvent continuer de se perfectionner et d’apporter une contribution. La majorité d’entre eux seront affectés à des QG de division, alors que d’autres occuperont des postes au sein de l’Armée et dans des services complémentaires. Cette utilisation délibérée a trois objectifs.

L’objectif premier est de pallier le manque de temps en classe et de permettre aux stagiaires de s’exercer davantage afin de consolider leurs acquis dans des situations spécifiques où les problèmes complexes sont nombreux.

Deuxièmement, il s’agit d’un retour sur investissement. Les compétences nouvellement acquises permettront aux diplômés d’apporter des solutions concrètes et opportunes aux problèmes de l’Armée. De plus, par leur exemple, ils contribueront de manière informelle à diffuser ces compétences et ces outils au sein de l’ensemble de la force. 

Troisièmement, en formant et en répartissant des cohortes de diplômés de l’ EPTNA dans l’ensemble de l’organisation, ceux-ci peuvent s’entraider, même lorsqu’ils ne travaillent pas directement dans la force de campagne. Ces réseaux peuvent harmoniser les options et en évaluer la faisabilité avant de les soumettre aux décideurs. En s’appuyant sur leurs expériences communes acquises lors d’exercices de planification et de jeux de guerre liés à des problèmes concrets, les diplômés de l’EPTNA sont en mesure de communiquer, d’établir des priorités et de mettre ces compétences au service de la réalisation des objectifs de l’AC.

Conclusion

L’EPTNA constitue une initiative ambitieuse qui appuie l’AC dans ses efforts de modernisation et de rétablissement des capacités au niveau de la Division, alors que le Canada doit faire face à un monde en constante évolution. 

Trois cours pilotes de l’EPTNA sont prévus au cours des trois prochaines années, et le premier est déjà planifié, les stagiaires s’étant engagés à y participer. À court terme, ces initiatives soutiendront la modernisation de l’Armée canadienne et la mise sur pied des QG Div.

À terme, l’EPTNA pourrait évoluer vers un programme plus long et mieux planifié, ou vers plusieurs sessions annuelles, si les effectifs sont renforcés. Dès la deuxième session, à l’automne 2027, il sera possible d’accueillir des stagiaires de l’étranger, tout en continuant à inviter des participants d’autres services. Dans tous les cas, le cours ne peut que s’améliorer et s’adapter aux besoins de l’AC. 

En fin de compte, l’EPTNA est un investissement dans les diplômés appelés à devenir les principaux planificateurs et responsables de la résolution des problèmes institutionnels de l’Armée. Alors que le contexte de sécurité continue d’évoluer, l’AC a besoin d’officiers capables de faire preuve d’esprit critique, d’agir dans l’incertitude et de faire le lien entre l’adaptation institutionnelle et l’efficacité opérationnelle. L’EPTNA est un premier pas dans cette direction.

 

En plus d’être marié et père, le lieutenant-colonel Todor (Ted) Dossev est un officier de cavalerie. Il est un diplômé de l’Art of War Scholars Program et de l’Army School of Advanced Military Studies de l’Armée des États-Unis. Il a récemment occupé les postes de chef d’état-major du Quartier général du Centre d’instruction au combat, d’instructeur dans le cadre de l’opération UNIFIER et de CJ7 de la Force multinationale et Observateurs. Il est actuellement le premier directeur de cours militaire des Études sur la puissance terrestre de niveau avancé (EPTNA) de l’Armée canadienne.


End Notes

  1. La directive verbale émise en juin 2025 a été suivie de la publication de l’Ordre de modernisation de l’Armée canadienne (OMAC) en octobre 2025.
  2. Perfectionnement professionnel des officiers – Canada.ca; et https://018gc.sharepoint.com/:w:/r/sites/ORG-4938-002-000/DPGR63SpecMaintWeb/A-PD-055/A-PD-055-E.docx, p. 32-33 (sur le RED seulement)
  3. Le modèle moderne de la taxonomie de Bloom est une hiérarchie bien connue de 6 niveaux de maîtrise des connaissances, qui sont mémoriser, comprendre, appliquer, analyser, évaluer et créer. Voir par exemple Bloom’s Taxonomy | Centre for Teaching Excellence | University of Waterloo
Image of College Entrance used for a section break.

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